‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 28 sur 159 · LA FBANGMACONNEBIE. — HABIB-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

LA FBANGMACONNEBIE. — HABIB-ANTOINETTE

se fit l'un des fervents apôtres de Mesmer; le marquis de Pujrségur répandit sa doctrine dans les provinces ; il étudia en particulier les divers {lAiénomènes de l'excitation intellectuelle et de la lucidité. Les adeptes fondèrent la Société de rharmonie, qui devait travailler à répandre le mesmérisme. Le gouvernement offrit à Mesmer, en 1781 , vingt mille francs de rente viagère, s'il voulait confier son secret à trois savants; mais il refusa cette bagatelle. De son côté, l'Académie décida que Mesmer était un chariatan : ce qui n'empêcha pas qu'une souscription ouverte parmi ses adeptes lui rapporta trois cent quarante mille livres.

Le comte de Cagliostro ( 1743-1795) vint à point pendant ce règne des charlatans. Ce prétendu comte était , il paraît , un nommé Joseph Balsamo, de Palerme, qui commença ses escroqueries en attrapant soixante onces d'or à un orfèvre auquel il avait promis de faire trouver un trésor. Il voyagea dans divers pays , se donna pour avoir parcouru toute la terre, changeant de nom , extorquant de l'argent avec des préparations chimiques , avec des jongleries , à l'aide du jeu , ou en prostituant sa femme. Il fut reçu en triomphe à Strasbourg ( 1780) , et dupa le public par des actes de bienfaisance , assistant les malades sans vouloir accepter de payement, affable avec les pauvres , plein de morgue avec les riches , qui sollicitaient en foule ses avis. S'étant installé à Paris y il ajouta à sa médecine l'art d'évoquer les morts ; il opérait avec une telle habileté, que le naturaliste Ramond resta persuadé de son pouvoir magique. Il se rendit à Rome plus tard, et il y fut arrêté avec sa femme, comme prévenu de franc-maçonnerie et d'escroquerie ; la peine de mort prononcée contre lui fut commuée en un emprisour nement perpétuel.

Pendant son séjour à Paris , dans l'éclat de sa réputation , il s'était introduit dans l'intimité de Louis de Rohan, grand aumônier de France , qui , comblé de dignités et de richesses , traînait un grand nom déshonoré. Débauché , vaniteux , léger, il avait été ambassadeur à Vienne , où il n'entretenait les gens de sa maison qu'en leur laissant faire la contrebande. Criblé de dettes , engagé dans d'ignobles intrigues et perdu de repu tation, il n'en fut pas moins fait cardinal, attendu qu'il était

d'une maison princière. 11 ne savait pas, disait-il, comnaent un galant homme pouvait vivre à moins de douze cent mille It^ vres de rente. Ck)mme il entendait parler d'une énorme faillite : // n'est permis, s*écria-t-il , d en faire de pareilles qu^au roi et aux Rohans,

Son ambition d'homme à bonnes fortunes et de grand seigneur s'irritait de n'avoir pu jusque-là se concilier les bonnes grâces de Marie- Antoinette, d'autant qu'il la considérait comme un obstacle à son élévation au poste de premier ministre. Cagliostro lui persuada qu'il était en son pouvoir, au moyen de procédés occultes , d'inspirer pour lui à la reine une violente passion ; et il ourdit sa trame avec la comtesse de la Mothe, descendante des Valois, qui, pauvre et séduisante, était cor* rompue jusqu'au fond de l'âme '.

■ Quelques détails pourraient aider à faire comprendre un peu mieux cette bizarre et ténébreuse intrigue. Voici quelques particularités sur le principal personnage qui y figura.

« Parmi les femmes auxquelles les mœurs du cardinal donnaient tfn accès facile auprès de lui , figurait la comtesse de la Mothe- Valois ; elle descendait d'un bâtard de Henri H ; son origine était constatée. Mais sans parents , sans fortune , ne tirant rien du gouvernement qu'une pension inûme, cette femme, tourmentée par Tambition d'un sang méconnu , s'agitait avec une sorte de rage pour sortir de l'obscurité ; elle y employait tout ce qui était à son usage , Tintrigue et la galanterie. £Ue cx)nniit le cardinal de Rohan , et s'adressa d'abord à ses Vices ; elle s'attaqua ensuite à son ambition. La descendante des Valois se donna bientôt à lui pour Tamie de la reine, et se fit fort d'emporter cette réconciliation qui était l'idée fixe du cardinal. Lui, qui rêvait d'être ministre, et de plus d'être, à cinquante ans, Tamant d'une jeune reine, cette (aible tète de débauché était sans doute bien crédule, madame de la Mothe bien hardiment intrigante ; mais si l'on fait de cette femme une abjecte courtisape , une aventurière d*antichambre, la duperie du cardinal ne se comprendra plus. Par ses mœurs , c'était une aventurière sans doute ; mais , à tout prendre , elle était bien du sang des Valois. Elle avait un peu de beauté , quelques facultés heureuses, gâtées par son éducation ; elle était active , chaleureuse , tliéfttrale ; elle savait capter ; on s'intéressait vite à cette femme , dernier rejeton d'une branche royale , à qui la monarchie n'assurait pas même du pain. » km. RéNÉE , H'xit, de louis XVI.

L4 PBàRC-MAÇONNERIE. — HARIE-ANTOINETTE. 233

Louis XV avait oommandé à Bôlimer, joaillier de la cour, uu magnifique collier, de la valeur de deux millions, pour la du Barry . Hais le vieux roi étant mort peu de jours après, Bôhmer offirit cette parure à Marie-Antoioette pour 1 ,600,000 livres. Louis XYI s'effiraya de la dépense, et eut le courage de se refuser à cette acquisition ; mais Marie-Antoinette n'eut pas celui d'y renoncer*.

Madame de la Mothe alla trouver le cardinal de Rohan , pour le prier, de la part de la reine, di8ai^elle , de rendre un grand service à Sa Majesté, lui promettant en retour toute sa fatveur. Il s'agissait d'acheter le collier désiré, qu'elle se réservait de payer ensuite à sa commodité; et l'intrigante lui remit, comme preuve de sa mission , un-prétendu billet de la reine '. Le prélat se trouva flatté dans sa vanité et dans ses espérances ; on détermina une fille publique nommée Oliva , qui avait dans ses traits, et dans sa taille surtout, beaucoup de ressemblance avec la reine, à se fadre passer pour elle dans un rendez-vous nocturne sous un bosquet de Versailles. Le collier fut acheté ; le cardinal le remit à madame de la Mothe pour le porter à la reine ; mais cette aventurière s'enfuit à Londres , où elle le vendit

Lorsque le premier terme fixé pour le payement fut échu , le joaillier s'adressa au cardinal, qui, n'ayant pas les 400,000 livres nécessaires , l'invita à en dire un mot à la reine. Il en résulta une explication qui révéla les circonstances du marché et les coupables espérances du cardinal. Le roi , au lieu de les couvrir d'un voile , céda à son ressentiment, et livra à la publicité ce qui était un scandale domestique (1785). Le cardinal de Rohan fut arrêté, revêtu de ses habits pontificaux , au moment

' Les aatorités n'ont pas manqué à d'autres écrivains poiu* justifier la reine de ce reproche :

« ^it que la reine fût peu flattée d'accepter un tel souvenir, soit que les circonstances lui inspirassent un refus plus élevé (c'était à répoque de la guerre), elle répondit fort à propos qu'avec une pareille tomme on pouvait donner à 1 État deux vaisseaux ; et elle repoussa toutes les instances des joailliers. » Am. Renée, Hist. de Louis XVi.

' II était signé Marie- Antoinette de France , titre qui n'appartenait pas à la reine , princesse autrichienne.

234 ADMINISTBÀTION. — UIÉRÀBCHIE.

OÙ il se préparait à dire la messe à Versailles, le jour de l'Assomption, et conduit à la Bastille; la comtesse delà Motlie fut appréhendée au corps , et le procès déféré au parlement.

La société s'émut à ces scandales inouïs. C'était un cardinal traîné en jugement entre un charlatan et une coureuse ; c'était une reine mêlée à de sales manœuvres; enfin c'était le roi qui ébranlait lui-même les bases d'un trône violemment attaqué, en déshonorant la noblesse et le clergé : bien plus, il introduisit le regard effronté du public dans les secrets de sa couche, et offrit au parlement une occasion de satisfaire sa longue rancune en remuant cet ignoble bourbier.

Le cardinal n'ayant p^s décliné la compétence de la juridiction, le parlement, après six mois du procès le plus incon- ▼enant, le renvoya absous, ainsi que Cagliostro. Néanmoins, le cardinal reçut du roi l'ordre de se démettre des fonctions de grand aumônier, et de se retirer dans l'abbaye de la Chaise- Dieu. Mais Cagliostro et lui obtinrent du public des ovations qui étaient autant d'insultea pour la reine , comme s'il «ût vu en eux deux victimes des intrigues de rAutrichienne. La comtesse de la Mothe fut condamnée à faire amende honorable, la corde au cou , à être fouettée , marquée , et renfermée à la Salpétrière pour le reste de ses jours. Mais ayant réussi à s'enfuir, elle publia un mémoire où elle traîna dans la boue le nom de Marie- Antoinette.

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