ADMINISTRATION. — HIÉRARCHIE
classes , siégeant en différents lieux. Ayant concerté cette levée de boucliers contre la monarchie , les parlements deman* dèrent à la fois rallument des impôts. Louis XV déclara, dans un lit de justice , que les parlements n'étaient que des tribunaux , organes de la volonté royale ; qu'ils avaient soutenu des thèses contraires à la religion , aux mœurs et à la souveraineté du roi; et qu'en conséquence il leur défendait de se servir des mots tmité, indicisibilité , classes. Le parlement persista, et cessa ses fonctions judiciaires ; ce qui , mettant le trouUe dans toutes les affaires, contraignait d'ordinaire le roi à céder.
Mais le duc d'Aiguillon, d'accord avec le chancelier Maupeou et le contrôleur général Terray , songea à dompter la résistance des magistrats. Dans la nuit du 19 janvier 1771 , deux mous- (|uetaires se présentèrent à la porte de chacun des membres de la compagnie, en exhibant l'ordre que le roi lui envoyait de reprendre ses fonctions , et de signer sur-le-champ son acceptation ou son refus. Surpris avant d'avoir pu s'entendre , la plupart se retranchèrent dans la négative. Leurs offices furent confisqués, et eux-mêmes condamnés au bannissement. Trentehuit d'entre eux , qui avaient d'abord adhéré , se rétractèrent le lendemain. On suppléa au vide qui en résulta au moyen d'un parlement composé de conseillers d'État et de maîtres des requêtes; mais aucun avocat ne se présenta pour plaider.
En conséquence il fut tenu, le 13 avril, un lit de justice, où le parlement ainsi que la cour des comptes furent cassés, et remplacés par le grand conseil ; la vénalité des offices ainsi que les épices Âirent supprimées , c'est-à-dire que l'administration de la justice fut rendue gratuite , ou plutôt laissée à la charge des parties , qui devaient continuer de payer, mais non plus au profit des juges. Les autres parlements du royaume furent aussi ou supprimés et réunis, ou modifiés de la même manière.
Ce coup d'État , contre lequel protestèrent les princes du sang, était l'œuvre du chancelier Maupeou. L'ancien parlement, toujours prêt à accorder des victimes à un gouvernement dont il entravait les bonnes mesures, pouvait avoir mérité sa disgrâce; mais pouvait-on se fier à ceux qui l'avaient abattu.' La vénalité de la justice était détruite ; mais comment croire au
désintéressement des nouveaux juges? Puis, telle était la force de l'habitude, qu*on regarda comme une chose humiliante de rendre la justice aux frais du roi. On ne pouvait concevoir que des magistrats à gages pussent être des hommes intègres; etoA leur refusait tout crédit , parce qu*on ne les voyait pas entourés de grandes fortunes, comme on y était habitué. Cependant, à part le [urocédé despotique , Maupeou avait raison de se vanter de cet acte hardi ; car il flt taire les factions , et entrer au parlement des magistrats d*une grande distinction.
Louis XVI aurait pu proGter du coup d'État de son prédécesseur, d'autant plus que le pays s'habituait à la nouvelle juridiction et même s'en applaudissait. Mais Maurepas, imprévoyant et faible, rappela les magistrats exilés , réhabilitant ainsi la rébeU lion, donnant un centre à l'opposition , une représentation à la classe privilégiée, et préparant des résistances aux réformes que le temps exigeait. ^
Ce rappel produisit les conséquences les plus désastreuses au pouvoir, c'est-à-dire la nécessité de combattre la force sur laquelle il a besoin de s'appuyer, ou d'y suppléer par des moyens irréguliers, qui, toujours plus scandaleux qu'efficaces, mènent à de graves abus, comme de casser les arrêts, d'instituer des tribunaux extraordinaires , de lancer des lettres de cachet.
Du reste, si puissants que fussent les parlements au temps de la Ligue et de la Fronde, ils n'allèrent jamais jusqu'à refuser au roi les subsides, ce qui fait la force du parlement anglais.
Le parlement ne s'appuyait donc sur rien de constitutionnel. Les hommes d*épée dédaignaient d'y siéger à côté des gens de robe , n'oubliant pas que ceux-ci avaient souvent aidé les rois à restreindre leurs privilèges. Les intrigues où le parlement s'était jeté durant la Fronde montraient qu'il était un danger pour la paix. Le clergé savait qu'il lui était hostile; et si en lui résis-. tant, ainsi qu'à la cour de Rome, le parlement s'était concilié la faveur populaire , comme tuteur des franchises nationales , on savait qu'il avait fait brûler en dix ans plus de pastorales d'évéques qu'il n'avait fait brûler de livres impies depuis qu'il existait. Il Gtlivreraux flammes Y Emile en 1762 ; mais il avait défendu en 1738 de vénérer saint Vincent de Paul. Sa manie de