‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 31 sur 159 · II18T. DE CENT ANS. — T. I · texte numérisé non relu

II18T. DE CENT ANS. — T. I

254 ADMINISTBATION. — HIÉBABCHIE.

vouloir tout soumettre a ses arrêts Tavait porté anciennement à confisquer les premières imprimeries, à défendre en 16^2 d'imprimer Y Imitation de Jésus- Christ somnn autre nom que celui de Thomas d*A-Kempis ; à menacer de la peide de mort, en 1624, quiconque donnerait un enseignement contraire aux quatre éléments d*Aristote. Les philosophes savaient bien qu'il repoussait les innovations ; ils se rappelaient qu*il avait poussé Louis XV à de nouvelles rigueurs contre les protestants, et qu*il éfafft Fauteur des condamnations de Calas et du ministre Rochette. Il répugnait d'ailleurs aux idées du temps, que la justice devint un patriciat, et qu'un corps à la fois politique et judiciaire pût en suspendre le cours, pour soutenir ses droits, ses abus, ses préjugés. Puis, dans la querelle du Jansénisme , on était tombé des deux côtés dans des excès déplorables.

Cette controverse , et surtout le débat relatif aux jésuites , dans lequel le parlement sortit tout à fait des limites d'une cour de justice, et statua sur une question qui ne lui était pas soumise, développèrent beaucoup la faconde dès avocats, en les habituant à traiter des questions générales : or, une fois armés de cette dialectique , ils éprouvèrent le désir d'en faire usage.

Les parlements n'étaient donc en bonne harmonie ni avec le roi, ni avec la noblesse, ni même avec le peuple, qui les considérait comme les défenseurs de privilèges qui lui étaient odieux, tout en les estimant comme opposition n un pouvoir qu'il méprisait.

Ainsi jamais le clergé , le parlement et le roi n'agirent d'accord ; ils se transformèrent selon lestemps, ce qui prolongea leur durée , mais en se contrariant toujours , sans jamais se soumettre ni s'équilibrer.

• Ali-dessous de tout cela se trouvait le peuple , exclu de toute position dans l'État. Les impôts, trop lourds et, ce qui est pire^» iniquement répartis, pesaient de plus en plus sur le peuple, surtout celui des campagnes. ISoblesse, clergé, fonctionnaires étaieDt exempts de la taille et des corvées. Il fallait en conséquence aggraver les contributions indirectes, qui sont toutes à la charge du j)euple. Depuis que le goiit de la simplicité s'était introduit dans

Je costume, Paris avait perdu le sceptre de la mode ; et une multitude de gens y étaient sans travail et sans pain, au grand profit de TAngleterre. La disproportion était encore plus grande dans les campagnes , où les exigences féodales venaient s'ajouter à celles du fisc royal et de la dîme ecclésiastique. Il existait deux espèces de servage : le serf de tenance ne pouvait disposer de sa personne ni de «es biens sans la permission du seigneur ; mais s'il était las de sa tyrannie, il pouvait s'en aller, en lui abandonnant ses biens. Le serf de corps, au contraire, ne s'affranchissait pas même en laissant ce qu'il possédait ; et le seigneur pouvait le réclamer partout, et le châtier arbitrairement. Il est vrai que cet esclavage ne subsistait plus que dans un très-petit nombre de contrées. Cependant l'Assemblée constituante n'entendit pas sans frémir les obligations avilissantes auxquelles étaient astreints certains habitants des campagnes.

C'était dans cette classe inhumainement sacriGée qu'on recrutait de préférence pour le service militaire. Tout roturier, âgé de seize à quarante ans, était tenu de tirer annuellement à la milice. Mais les habitants des villes jouissaient de privilèges qui faisaient retomber la charge entière sur les paysans; et il n y avait pour les plus braves aucune espérance d'avancement , tous les grades étant réservés aux nobles et aux riches, qui entraient au service comme volontaires.

Une armée forte donne raison à un despote contre la liberté : mais la France ne s'était pas maintenue au niveau des autres nations dans l'art de la guerre, malgré les travaux du maréchal de Saxe, de Griheauval, qui améliora Tartillerie ; de Folard, de Guibert et de Méril-Durand, qui approfondirent la théorie. Le ministre Saint-Germain réforma l'armée à la hâte, avec de bonnes idées et des manières brutales. Il supprima les corps privilégiés, changea la forme et l'ordre des régiments, Thabit, l'exercice, la discipline, l'échelle des avancements; il voulait supprimer l'hôtel des Invalides. Il bouleversa ensuite la discipline , en introduisant le châtiment du bâton et des coups de plat de sabre, à la manière allemande : aussi fut-il promptement congédié. Il fallait, pour être sous- lieutenant, établir, par la déclaration de quatre témoins, qu'on était d'une famille

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