L OPINION PUBLIQUE
pagnes , dans le pays sur les prolétaires , dans l'opinion snr les éerivains.
Les esprits sérieux, dégoûtés de Fétourderie facétieuse et obscène de la première moitié du dix-huitième siècle, des vices et de Foisiveté de la vie parisienne, méditaient sur la chose publique, et censuraient tous les actes du gouvernement. Les so* Gîétés éclairées ne retentissaient que d*abus; les parlements les avouaient ; la prospérité de TAngleterre faisait admirer aux uns, comme à Montesquieu, son système représentatif , tandis que d'autres subtilisaient, avec Rousseau, sur le pacte social et sur la souveraineté du peuple. Il ne surgissait pas une question qui ne devînt d'intérêt général. Le problème de Torigine des idées conduit à tirer tout de la sensation et à tout rapporter à ta sensation : le crime donc sera le résultat de conventions; la mesure des sciences sociales sera Tégoîsme ; le plaisir sera le but de la morale. Une banque bouleverse Téconomie du royaume; a propos du luxe on prend à partie la féodalité et les couvents. Est- Il question de la rivalité entre Fagriculture et Findustrie ? on fait entrer dans le débat le gouvernement, la religion, Fhistoite, la législation. Traite-t-on du commerce ? le débat s'engage sur les douanes, les privilèges, tes exemptions, les sinécures, Fadministration, ta justice. Une satire contre la décadence des mœurs et la dépravation royale devient un libelle contre la société; et parce qu'on conteste la nécessité des armées permanentes, d'une grosse dette publique, du faste de cour, on arrive à proclamer que Fétat naturel de l'homme est la vie sauvage.
Les doctrines prêchées par les philosophes étaient à l'usage de la classe éclairée , et ne devaient point descendre jusqu'à ce qu'ils appelaient la canaille * . Toutes leurs réformes étaient en
■ Voltaire écrivait à Diderot : » Quelque parti que vous preniez , je « vous recommaDde Vin/âme. 11 faut la détruire chez les honnêtes « gens, et la laisser à la canaille grande ou petite, pour laquelle elle est «> faite. » Œuv., t. LX , p. 403 ; 25 septembre 1762. — A madame d^Épinay : a Ma chère philosophe , je vous recommande Vir^fâme : il faut « lui fermer la porte des honnêtes gens, et la laisser dans la rue , où elle « est fort bien. >• T. LIX , p. 23; 20 sept. 1760. «» Nous ne nous soui* cions pas que nos laquais et nos manœuvres soient éclairés. » T. LX»
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l'air et de pure théorie. Mais quand ceux qui dirigent l'opinion par leurs écrits dédaignent Texpérienee des temps et la vdx dii genre humain ; quand ils veulent que tout date de leur époque, leur coup d'œil se rétrécit, ils jugent mal à distance, ils sont éblouis par ce qui est près d'eux ^ et, ne sachant rien du passi§, ils se fourvoient dans le chemin de l'avenir.
Il n'étaitque trop facile, quand l'État était sans lois, lesarmes sans éclat, la cour sans dignité , les mœurs sans pudeur, de s'éprendre de la philosophie railleuse de ces hommes qui , semblables à des vieillards dépourvus d'illusions et voulant les détruire chez les autres , prêchaient l'impiété , et parlaient de Diea comme ils parlaient des rois; les uns niant son existence , les autres la tolérant , mais le faisant muet et sourd , admettant des récompenses sans lin , mais no^ des peines étemelles. Une nation vive et intelligente entre toutes, généreuse à la fois et corrompue, ne pouvait plus vénérer ces rois qui offensaient le sentiment national par leurs faiblesses , la moralité publique par leurs dérèglements, et ne voulaient pas se modifier, quand le pouvoir absolu cessait d'être nécessaire pour l'unité nationale. Elle méprisait les nobles , qui n'étaient plus grands que par leurs désordres; et la conscience publique , abandonnée à ellemême , aurait en vam recouru à l'Église mutilée , asservie , cor* rompue.
Enfin arrive un roi honnête, que toutesles espérances saluent; mais le voilà qui se montre incapable ; et à côté de la nation la plus avancée s'offre le plus arriéré de tous les gouvernements.
Après le coup d'État de 1771 , on ne parla plus de tous côtés que constitution , lois fondamentales. Le pouvoir aurait dû s'y rallier, et en tirer une nouvelle force. Au contraire, il s'avisa de restaurer les privilèges. Le gouvernement précédent avait abattu l'aristocratie de robe, il parut digne d'un gouvernement paternel de la relever : on restitua à la naissance ses prérogatives; à elle les magistratures, à elle les grades militaires. Ainsi l'on accrut
p. 355. Frédéric exhortait aussi à détraire Vinfdme : « Je ne dis pas « chez la canaille, qui n'est pas digne d'être éclairée , et à laquelle tons « les jougs sont propres : je dis chez... ceux qui veulent penser. » JLettre du 5 janvier 1767.