DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
qu*ii contenait avaient été approuvées sans examen. Il revint donc en triomphe ; et son premier soin fut de faire casser par le roi toutes les mesures prises ou proposées. Une joie tumultueuse éclata en voyant le ministre déposéet le parlement rétabli, et tout respect cessa pour un pouvoir sans volonté. Des attroupements (29 ao^ 1787} se formèrent dans Paris; ils vociféraient contre le roi , maudissant Marie-Antoinette et son archeféqae. I^es sentinelles furent insultées. La police , par un mâange de philanthropie et de mépris pour le peuple, <|u*elle ne croyait pas capable de mouvements sérieux, voulant. n'employer la force qu'avec ménagement , opéra avec cette hésitation qui aggrave le mal. Le duc d'Orléans se mêla à cette tourbe déguenillée , en affectant la popularité.
Le parlement, qui n'avait pas tardé à voir qu'il aurait dans la classe moyenne, non pas des auxiliaires, mais'des maîtres, refusa d'enregistrer la convocation des états généraux , s'ils ne Tétaient dans les formes de 1614, c'est-à-dire avec le droit pour chaque ordre de délibérer séparément , et d'opposer son vote à ce qui serait proposé par les deux autres. Alors le peuple, les philosophes , les avocats devinrent hostiles à ce corps : la guerre fut déclarée plus hardiment aux privilèges. Des nobles de bonne foi firent cause commune avec le tiers; des nobles de mauvaise foi agirent de même pour s'élever. Leur chef était le due d'Orléans ; ils avaient pour soutiens tous ces gentilshommes revenus d'Amérique, les gens de lettres, les curés de campagne, et Necker lui-même , qui , né roturier, ne pouvait se porter du coté de la noblesse.
Alors ce fut un concert universel de plaintes : ce fut à qui répéterait que tout était constitué pour l'avantage de quelquesuns et pour l'oppression de presque tous; que lés lettres de cachet étaient un glaive incessamment suspendu sur les têtes ; que la censure enchaînait la pensée ; que la justice , rendue dans les provinces par les seigneurs féodaux , dans les juridictions royales par des magistrats qui avaient acheté leurs charges ou qui en avaient hérité., était lente, coûteuse, arbitraire, impitoyable. Quant aux dignités civiles, ecclésiastiques et mihtajres. elles étaient réservées, disait-on, à certaines
classes, même a un petit nombre de favoris. Cétait aux nobles que revenaient les grâces , qui se convertissaient ensuite en patrimoine , par voie de survivance. Les privilèges entravaient industrie , rendaient Timpôt onéreux et inégal ; les deux tiers des terres appartenaient à la noblesse et au clergé, avec exemptions et immunités; toutes les charges- |)esaient sui; l'autre tiers , %n outre des différents droits féodaux : servitude des chasses, dtmes du clergé et corvées. Si le seigneur se trouvait en retard pour Tirnpôt ou pour les dons gratuits , il était protégé par ses privilèges ; de là la nécessité de déployer plus d'exigence et de rigueur avec les plébéiens, livrés au bon plaisir des exacteurs et des geùs de finances. Cétait la classe ouvrière par ses sueurs , c'étaient les commerçants par leut industrie et les gens de lettres par leurs lumières, qui faisaient la prospérité du pays; et cependant de quelle considération jouissaient-ils?
Ces idées circulaient ouvertement dans les livres. Le comte d'Entraigues prêcha la république dans un écrit : le Sillon, non, et déclara que les rois et la noblesse héréditaire étaient le pire fléau de Dieu. Sieyeé , révolutionnaire à froid , publia sa célèbre brochure : Qu'est-ce que le tiers état? Il y signalait Tune des causes principales de la Révolution , en disant : « Les emplois lucratifs et honorifiques sont occupés par des membres de Tordre privilégié. Lui en ferons-nous un mérite.? Oui, si le tiers état avait refusé ou n'était pas en état d'exercer ces fonctions ; mais il en est tout autrement Cependant cet ordre a été frappé d'interdit; on lui a dit : Quels que soient tes services , quels que soient tes talents, tu iras jusque-là et pas au delà : il n'est pas bon que tu sois honoré. Les rares exceptions ne sont qu'une raillerie , et le langage usité en de telles occasions est une insulte de plus. » Voici la conclusion de cet écrit : « Qu'a été le tiers état jusqu'à ce jour? rien. Que veut-il être? quelque chose. Que doit-il être ? tout. » Sieyes , dans l'application , se laissait entraîner à des utopies. Mais Mirabeau , Talleyrand et lui sentaient qu'il n'était possible de réaliser ce que Sieyes avait indiqué que pai' une révolution '. La Fayette , entendant dire que le
< « Si Ton soutient d'un côté que la nation n'est pas faite pour son