‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 48 sur 159 · DE LÀ BEYOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LÀ BEYOLUTION FRANÇAISE

duc d'Harcourt, gouverneur du Dauphin, lui enseignait Thi»toire de France : H ferait bien, reprit-il, de la commencer à 1787.

La rénilion des trois ordres à Yiziile en Dauphiné (22 juillet 1788) fut le véritable prologue de la Révolution; car le secrétaire Mounier y fit adopter les trois grands prindpes de la rénovation politique, savoir : que les députés du tiers état seraient en nombre égal à celui des deux autres ordres réunis; que les trois ordres délibéreraient en commun, et que Ton vo*. terait par tête.

Tïecker, enorgueilli de son triomphe et enivré par les applaudissements de sa coterie , gâtait par un faste de vertu des vertus rédles, et croyait pouvoir guérir la gangrène avec du miel. Mais il ne trouva pas 100,000 livres dans le trésor, quand il fallait plusieurs millions chaque semaine pour les dépenses urgentes; puis, une grande disette étant survenue, on, eut besoin de 70 millions pour y faire face. Il lutta une année contre toutes les difficultés. Financier seulement, il ne songeait pas à des réformes politiques '. Il considérait le déficit conune un mal, et non

chef, qaelle folie, de l'autre côté, de vouloir qif elle soit faite pour quelques-uns de ses membres!... Toutes ces familles qui conservent la folle prétention de sortir de la race des conquérants et d^avoir hérité de leurs droits , pourquoi le peuple ne les renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie?... N'est-ce pas une véritable aristocratie, là où les états généraux ne sont qu'une assemblée clérico-nobiliaire-judiciaire ? » Qu'est-ce que le tiers état?

' Necker était sans nul doute plus financier qu'homme d'État ; mais c'est abaisser outre mesure son hitelligence , que d'avancer qu'il ne songeait point à des réformes politiques. Ses nombreux édits sont là, qui déposent du t^ontraire. L'auteur n'a-t-il pas dit plus haut que Mecker tenta d'établir des assemblées provinciales ? Nous avons essayé d'apprécier dans le morceau suivant les qualités et les défauts de Necker : ( Am. R. )

» Ce grand financier n'avait dans la tête , en politique, que des idées anglaises un peu vagues.... Il avait le pressentiment des institutions modernes, et il sentait d'avance un certain malaise à se trouver en face de ces vieux états généraux dont il pressentait la confusion et les orages. Il avait au fond peu de goût, peu d'estime pour ces restes d'administration de l'ancienne France ; il vehait de l'étranger , et il n'éprouvait pas

comme un symptôme, et il ne voulait que combler le vide du trésor. Il est certain que la France entière eût pu faire face à tous ces besoins financiers; mais le peuple seul, déjà chargé au delà de ses moyens, ne le pouvait pas : toute augmentation dMmpôts répartis comme ils Tétaient l'aurait accablé. Les remèdes tent^ jusque-là ne suffisaient donc plus; il fallait un changement total du système financier, qui fît partager aux riches le fardeau des impôts. Or cela ne pouvait être opéré que par l'autorité extraordinaire des états généraux.

Comme leur convocation ne dépendait plus de Necker, il aurait dû prendre ses mesures pour que les députés arrivassent à rassemblée, non la tête échauffée ou remplie de connaissances incertaines , mais disposés à réaliser les réformes réclamées par le plus grand nombre. Si on ministre fort , après avoir commu* nk]ué au roi son énergie et s'être concilié la reine» avait mis à profit les circonstances, dompté les privilégiés; et », allant àu-devant des demandes de la nation , il eût donné un large statut , et satisfait au besoin que cette nation manifestait d'intervenir dans le gouvernement , en l'appelant à discuter ses intérêts dans un régime bien cx)nstitué, la France se serait arrêtée peut-être sur cette pente glissante. Mais il aurait fallu pour eela des connaissances profondes, surtout une volonté mâle; n'avoir

pour le passé le faiUe des premières habitudes. Il semble que Necker eût plus vécu à Taise devant deux chambpes législatives, et qu'il eût été mieux servi par son génie, s*il avait pu travailler diaprés ce type anglais quMl avait dans Tesprit. Il hésita devant les dimcultés auxquelles il avait dû s'attendre, et ne maîtrisa pas les situations. Necker n^était pas , si on rose dire , un homme d^État d^avant-garde ; il n'était ni assez convaincu , ni assez dominateur, pour tracer la route et se faire suivre. JI n'était pas fait pour de si grandes luttes. Il était de ceux qui conviennent non à l'origine, mais vers la fin des révolutions , pour les modérer, pour les asseoir, et pour faire transiger dignement les partis fatigués Les qualités de Necker, par leur contraste, font de lui un

homme à part : esprit pratique, rompu aux affaires, avec un caractère dont la pureté touchait à la grandeur ; capacité de détail, génie d'administration et de finance, avec un tour de pensée contemplatif et générali- «ateur. « ( An. Éénée, Hist. de Louis XVI. )

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peur ni de la cour, ni de la noblesse, ni des gens dç lettres. Ce n*est pas ee qu'on pouvait attendre de ce demi-philosophe, finan* der pratique , étranger à la politique , qui portait ombrage à la cour et qui s'attirait les applaudissements du peuple , non parce qu*il lui fidsait des concessions, mais parce que des sentiments tant soit peu populaires dans un agent du pouvoir lui semblaient une merveille.

A la suggestion de r^ecker, le roi convoqua de nouveau les notables (6 novembre 1788). On n'y entendit que des discours vagues , où se trahissait le «manque réciproque de confiance. On demanda que tes anciennes formes aristocratiques fussent oon« servées; mais les novateurs l'emportèrent. Il fut décidé que les députés du tiers état seraient en nombre égal à ceux des deux autres ordres réunis ; on ajouta cependant qu'on voterait par ordre : dédsions qui se contrariaient, et indiquaient une transaction qui devait être suivie du triomphe du tiers état.

Alors la France entière se remua pour l'élection de ces man* dataires qui devaient renouveler la face du pays. Quoique l'horizon fût chargé de nuages , une confiance générale s'empara des esprits. Tous voyaient les vices du passé, et tous croyaient fadie de les corriger. Le clergé se plaignait de l'incrédulité : il faisait droit pourtant à plusieurs griefs des philosophes , pro* clamait la tolérance , et se disposait à supporter sa part des charges publiques, lien était de même des nobles, qui espéraient compenser la perte de leurs privilèges par le partage du pouvoir politique, comme en Angleterre. Le tiers état osait beaucoup, parce qu'il se sentait soutenu par le vœu public ; mais enfin il se réduisait à demander l'égalité devant la loi.

Tous confessaient les vices de l'arbitraire. Un jour qu'on discutait en conseil sur le mode de conférer les grades militaires , le comte d'Artois avait dit : Cest au roi de distribuer les grades; le ministre de Saint-Priest lui avait répondu : « Des grades, monseigneur, ne sont pas des grâces. » Malesherbes avait dit : Nou^ demandons un roi législateur ; Dupont de Nemours : La cause du mal, sire, est que votre nation h a pas de constitution ». Or

» Ces paroles viennent d'une autorité plus élevée d'un homme qui

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ce roi n*était-îJ pas le meilleur homme de France? son vœu n*é« tait-il pas de réformer TÉtat et de rendre ses sujets heureux ?

On espérait, donc une constitution; et c'était à qui en tracerait Tesquisse, avec les idées de toutes sortes que le siècle avait fait germer. Les uns adoptaiéht les limites et les contre-poids indiqués par Montesquieu; d'autres rêvaient, avec Rousseau , l'égalité primitive ; ceux-ci voulaient, avec Mably, revenir aux temps de Sparte ; ceux-là ne voiraient , avec la Fayette^ rien de bien qu'aux États-Unis d'Amérique. Mais la pensée commune était d'abolir les privilèges, d'aUégec les chaînes du peuple, de réaliser les vagues idées de justice et de bonheur. Une douzaine d'axiomes sur ces divers points , plus puissaitts que la sagesse des siècles, circulaient dans toutes les boucha; et le ton résolu dont ils étaient prononcés couvrait ce que les connaissances avaient de superficiel. Rœderer disait, dans son écrit sur \àdé* putation aux états généraux : « Depuis quarante ans, cent mille personnes en France sont nourries des idées de Locke, de Rousseau ; chaque jour on y puise de grandes leçons sur les droits et les devoirs des hommes d'État : le moment de les mettre en pratique est arrivé. »

Mais qui pouvait redouter une catastrophe ? Le roi était haa et conciliant; les ministres s'inclinaient devant l'opinion ; le parlement avait convoqué lui-même les états. Si les vieillards de la noblesse et du clergé se cramponnaient aux honneurs , aux titres, aux privilèges ; la jeunesse, Gère de porter sur sa poitrine la décoration de Cincinnatus , se riait de leur entêtement. D'un autre côté, les grands chocs naissent de convictions profondes, tandis qu'on se laissait généralement aller à un scepticisme tolérant. En d'autres temps le sang coula, il est vrai ; mais d'où cela provint-il ? De ce que les déOnitions n'étaient pas justes,

avait mandat pour parler à Louis XVI plus que Dupont de Nemonrs ; elles sont tirées d'an projet de constitution qui fut remis au roi p&r Turgot. (c La cause du mal, sire, disait-il, vient de ce que votre nalion n'a point de constitution:.... Vous pourriez , sire, gouverner, comme Dieu, par des lois générales, si les parties intégrantes de votre empire avaient uaeorgfuùsaUon r^llère et des rapports connus. » ( Am. R. 1

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tandis qat désormais la logique de Condillac suffirait pour venir à bout de toutes les passions. Il est vrai que les éenvaipt disaient la guerre à Tautorité; mais les grands booleversements ne Tieon^t que des basses classes : or il n'y avait pas un philosopbe qui eût songé à elles. Elles ne lisaient pas > et les théories plroclamées n'étaient pas à leur usage. Toutes ces théories d'ailleurs s'accordaient à ne pas vouloir une révolution violente, mais un progrès pacifique. Ceux qui déclamaient le faisaient par exercice de style, satisfaits s'ils s'entendaient applaudir, ou s'ils pouvaient s'attirer l'honneur d'une persécution.

Ainsi la plus heureuse et la plus tranquille des révolutions allait éclore des méditations des philosophes et des vœux des philanthropes. Lés doctrines répandues dans les hautes classes descendraient dans les rangs inférieurs ; on ferait un catéchisme moral, populaire , et cela en quelques pages. Le gothique caste! de la féodalité serait remplacé par un élégant édifice dans le style grec. On aurait une religion dégagée de superstitions , et le bonheur public aurait pour base la connaissance générale des droits de Thomme.

Les élections se firent, et le parti populaire l'emporta^ soit parce que la noblesse bretonne refusa d'envoyer ses députés, indignée qu'on n'eût pas respecté les privilèges et qu'on eût décrété le doublement du* tiers état ; soit parce que les nobles rendirent un hommage désintéressé aux vertus et au savoir de plusieurs membres de la bourgeoisie. Les curés eux-mêmes. furent nommés en plus grand nombre que les évéques et les gros bénéficiers. En Provence, le comte de Mirabeau se présenta candidat; il y fut repoussé par les nobles, comme déshonoré par sa conduite ; mais il fut élu d'acclamation par le tiers état» dont il devint l'idole : homme étonnant pour tenir les masses en mouvement et les arrêter dans leurs excès, pour obtenir par son autorité l'obéissance qui était refusée aux magistrats.

Mais, en regardant au fond des choses, on reconnaissait combien les maux étaient enracinés et les remèdes difOciles au milieu de tant de dissentiments entre l'autorité royale, les maximes parlementaires, et cette opinion publique si mobile ; et il fallait bien reconnaître que ce n'est pas une tâche sans danger, ni

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d'une exécution peu laborieuse, que de changer toutes les ha» bitudes d*un peuple.

N*étaiMl pas à craindre d'aiHeurs, si les discussions venaient à se prolonger, et avec elles l'inquiétude publique et la paialysie du pouTofr, que le peuple n'intervînt pour dèsider, et qu'il ne devînt aussitôt le maître des événements ? Il importait donc que le roi prît les devants. Malouet, député de l'Auvergne, le sentit, et il dit à Necker : « li'attendez pas que les états généraux « demandent, ou qu'ils commandent! Hâtez-vous d'ofSrir tout « ce que les bons esprits peuvent désirer raisonnablement. N'en* « treprenez pas de défendre ce que l'expérience et la raison « publique démontrent abusif ou vermoulu; n'exposez pas )iu « hasard d'une délibération tumultueuse les bases et les forces « essentielles de l'autorité royale; donnez large carrière aux « besoins et aux vœux publics, et préparez-vous à repousseis « même par la force, ce que. lai violence ou l'extravagauce d<^ « systèmes ne pourrait, exiger sans jeter le pays dans l'anarchie; « proposez ce qui est juste et utile. Mais si le roi hésita, si le ^ clergé et la noblesse résistent , tout est perdu. »

On était loin d'entendre ainsi les choses à la cour. Les assemblées se conduisent avec un fil, y disait-on : quoi de plus facile , dans des réunions où Ton ne suit pas un plan arrêté, que de susciter des dissensions entre des ordres qui déjà se regardent de travers? Alors le roi dirait : Oumetlezrnous d'ac* cord, ou alleZ'Vous-en ; et, après avoir montré l'inutilité de l'assemblée, il la dissoudrait, puis redeviendrait roi absolu comme devant ; mais ce serait pour rendre avec une activité , un amour tout paternel , sur une nation toujours éprise de ses rois, des bienfaits en harmonie avec les progrès du siècle.

Voilà les songes dont se berçait encore cette cour frivole, au moment d'un si terrible réveil !

C'est soùs l'influence de ces idées que les états généraux s'o«- Trirent, 1^ 5 mai 1789. Us ne firent que décréter une révolution déjà accomplie.

ASSEMBLl^B NATIONALB. SOS

ASSAMBLEE NATIONALE

Ce fut à Versailles que, le 5 mai 1 789, la messe da Saint-Esprit et les pompeâ austères de la religion , les fêtes brillantes de la monarchie, inaugurèrent cette assemblée qui devait tant ébranler le trône et l'autel. Paris, c'est-à-dire la France, voyait avec une ardente curiosité défiler ces députés élus par quatre millions de citoyens, réunis sur tous les points du royaume, dans cinq ^%nts collèges électoraux , pour découvrir et corriger les abus , aux termes du mandat qu'ils avaient reçu. Que ne pouvait-on pas espérer de l'admirable accord avec lequel ces mandats ayaient été rédigés, et du caractère populaire des élections? En effet, sur trois cent huit députés du clergé , on ne comptait que quarante-neuf évéques ; la noblesse n'avait que deux cent quatre- Tingt-cinq membres, ceux de la Bretagne ayant refusé de venir. Sur six cent vingt et un représentants du tiers état, il y avait cent cinquante-trois magistrats inférieurs, cent quatre-vingtdouze avocats , soixante-seize propriétaires à peine , et un petit nombre d'hommes de lettres. Le roi, le peuple et les ordres «talent déjà à peu près égaux devant l'opinion, et cependant Ton entendit Févéque de Nancy, qui prêchait, s'exprimer en ces termes : Sire, recevez les hommages du clergé, les respects de la noblesse , les humbles suppliques du tiers- état

Les regards cherchaient dans la foule quelques hommes qu'une réputation honorable ou une triste célébrité signalait plus particulièrement à l'attention publique. Philippe d'Orléans, chef de la branche rivale de celle qui occupait le trône, représentait les usages anglais et aussi les libertés anglaises, qui jouissaient alors d'une grande vogue ; mais son ambition inconstante ne sufGsait pas pour faire de lui un chef de parti. La Fayette se distinguait par des manières nobles et simples, de la dignité sans orgueil, de la familiarité sans bassesse. Marquis, il avait combattu pour la liberté américaine ; courtisan , il était l'adversaire de la cour ; et ce soldat de l'Amérique se mêlait avec une franchise républicaine à la foule , dont il était adoré. Sans gfand génie ni grandes passions, égal , desintéressé, calme au milieu

de l'exaltation et de la colère , il voulait le règne de la loi ; incapable de diriger les événements, mais bon à les seconder, il unissait la clairvoyance du sceptique à la chaleur du croyant. Sieyes, que son livre sur le tiers état avait rendu célèbre, était rtiomme le plus savant de cette assemblée : tout attaché qu'il était à Tesprit positif de la constitution anglaise , il aimait la Ur berté et la justice comme théories abstraites , et possédait l'aiit de formuler les questions. Talleyrand disait de lui qu'il pensait déjà, quand les autres ne faisaient que rêver.

Les regards se portaient surtout sur le comte de Mirabeau, dont nous avons raconté Forageuse jeunesse. Sa brochure lor Tagiotage, dirigée, contre Necker, lui avait valu cetto. réponse du vertueux Rulhière : « Vous, parler de patrie, comte de Mi- « rabeau î Si un triple airain ne vous couvrait le itoat^ com- « ment ne rougiriez- vous pas de prononcer ce nom? Ce qui « constitue le citoyen , c'est une famille que les liens rattachent « à la famille commune , des parents, des amis, des clients^ u des biens à utiliser pour eux et pour la patrie ; des devoirs de « fils, de frère , de mari , de père, à remplir ; une carrière ho- « norable, à suivre. Mais vous, comte de Mirabeau, avez-vous <t un seul de ces caractères? Vous , sans asile , sans parents* « vous avez pour domicile ordinaire les prisons s ou tour h " t«ur renfermé ou consigné par la prudence paternelle, cou^ » pable ou insensé, vous avez distillé les poisons de votre âme» K rongé de vos dents les barreaux de vos cachots , pour tous <c exercer à mieux déchirer encore ce qu'il y a de plus hono- « rable et de plus respecté. »

Écrasé sous sa réputation et sous les reproches de sa conscience , Mirabeau sentait le besoin de se réhabiliter, en faisant parade de nobles sentiments. Le despotisme domestique et po« litique qui indisposait les autres excitait en lui une véritable fureur, qui produisit le mélange le plus extraordinaire de grandeur et de faiblesse. La prison avait ajouté l'étude à ses dispo-

Mf y a plus de passion que de justice dans cette violente apostrophe de Rulliièrc. Était-il juste de faire un crime à Mirabeau des rigueurs pater- «el/es cl des /wrsdcutions dont il avait souffert? ( An . R. )

sitiops , donné une direction à ses passions , de Tenlbousiasme à son génie '. L'effet qoe son éloquence avait produit dans son procès avec sa femme faisait sa confiance , et il se préparait à son rile en silence. Il SMitait d'autant mieux que la Révolution était mûre, qu'il atait souffert, lui, tous les maui^ de l'ancien n^me. Aussi son père écrivait-il ( 1789) : « 11 n'y a aujourd'hui ventre de femme qui ne porte un Arteweld ou un Mazaniello. » Mirabeau, quand il apprit la convocation des notables, avait dit : « Cette assemblée deviendra bientôt assemblée nationale, et il en sortira un nouvel ordre de choses qui régénérera la monarchie* » Repoussé, malgré tout ce qu'il put alléguer pour sa défense, paf le corps de la noblesse, il se tourna du côté du. tiers état *•

■ «.,... 11 était gentilhomme et de grande origine , niais il avait craellement soufTerl par les privilèges mêmes de sa race ; car son père avait fait de lui, pendant des années, un prisonnier d'État. Aussi le mépris et la liaine pour les institutions du despotisme ne lui étaient pas seulement entrés dans l'intelligence » mais avaient passé jusque dans son sang , enflammé par le dur régime de Vincennes. Il en sortit teujoun orageux, mais voulant réliabiliter sa vie et sa réputation à force de gloire; impatient de rendre de grands services, parce qu'il avait^M)mmis de grandes fautes et qu'il se sentait une grande valeur. Son génie qoe les plaisirs auraient dévoré s'était développé sous la triple influence de la méditation solitaire , de l'oppression , de la souffrance : cette moelle de lion l'avait rendu fort. Il était fait pour toutes les luttes, il les appelait toutes ; il était né et préparé pour son temps : « L'heure des «c gens de sa sorte arrive à grands pas , disait son père , historien pro- « phétique et épouvanté ; car il n'est ventre de femme aujourd'hui qui ne « porte un Arteveld ou un Masaniello. » La mesure du marquis de Mira* beau était trop courte ; elle n'était pas à la hauteur de son fils. L'homnoe qui introduisit dans le monde la Révolution firaoçaise avec des fiaroles que le monde ne peut plus oublier, est d'une autre espèce que le séditieux des Flandres, le brasseur de Gand On peut, au nom de la

morale et même de la gloire , faire le procès à cet homme si fortement historique ; mais quand on l'aura dépouillé de tout ce qu'il s'est approprié des facultés d'antrui , quand on aura compté les nombreux abus qu'il a faits des siennes , il restera toujours Mirabeau , l'homme indestructible, immense, qui ferma le dix-huitième siècle avec tant d'éloquence et de grandeur. *» Am. Rénék, Hisk de Louis XV L

^ Mirabeau se présenta aux états de Provence dons lu chambre de la

SOS ASSBMBLÉE NATIONALE.

Son activité, la frayeur inéme qu'il inspirait, lui vinrent en aide; il fut élu malgré son nom, parce que, dans les commotions politiques, le monde appartient aux forts. Le proscrit de la noblesse trouva dans les rangs du peuple une espèce d'ovation; il se présenta pour abattre sans ménagement, certain que, quelque mal qu'il fit, il serait toujours au-dessous de celui dont on le soupçonnerait. U y avait, parmi les élus du tiers état, de l'esprit, des talents, mais aucune expérience politique. Il n'en était pas de même de Mirabeau : il s'appropriait les pensées des «utres en les exposant, les œuvres d'autrui en y ajoutant quelques pages éloquentes. Sa conversation était entraînante, orateur véritable au milieu de rhéteurs.

La noblesse , qui porte même au sein des révolutions le sentiment de l'ordre et de l'autorité, qu'elle prétend diriger, de-

nobleMe U parla, il écrivit sans relâche en faveur du mode d*âe6-

iion contre lequel les deux ordres protestaient. La France entière hit ses discours et ses brochures ; ce fut un incomparahle début. Mais ses sorties véhémentes amenèrent son expulsion de la chambre des nobles; on lui opposa cette distinction de chicane : qu'il était propriétaire de

lief, mais non possesseur Par une dérogation séditieuse à Tordon-

nance , les nobles sans fief se vh^nt repoussés de l'assemblée des nobles de Provence. Mirabeau trouva pour dédommagement une iounense popularité dans toute la province. Mais cet homme de combat avait à «e défendre sur bien des points : pressé par ses besoins d'argent , il avait livré aux librairies une correspondance secrète sur la cour de Berlin. U s'en était suivi un grand scandale, et le livre venait d'être saisi. Mirabeau eut à redouter une condamnation qui lui fermât rentrée des états gêné; raux. Il accourut à Paris , et par ses efforts il détourna le coup ; son lionneur seul en fut atteint. Son retour en Provence fut accompagné d'ovations inouïes. Les populations, bordant les routes, le saluaient du nom de Père de la patrie. U sortit de Marseille à la tête d'une escorte de cinq cents jeunes gens à cheval et de trois cents carrosses. Il eut bientôt à taire emploi de cette souveraineté d'opinion qu'il s'était faite: 4les populations se soulevèrent, et la seule présence de Mirabeau les fit rentrer dans l'ordre ; il eut le pouvoir de leur faire applaudir ce qui

était contre leurs intérêts et leurs passions Aix et Marseille le nom-

nièrent représentant du tiers aux états généraux. » Am. Rlkée, Uisi. ffe louis J^y/,

mandait, dans ses cahiers, des garanties pour elle contre la eoaromie , eontre le clergé et contre le tiers étal. Contre la première « la noblesse exigeait la démolition de la Bastille, la eôDYoeation périodique des états généraux ; elle voulait qu'aucun iiQp6t ne pût être établi sans le consentement des états. Contre l'Église» elle iréclamait Fabolition des dîmes, la vente d'une partie des biens du clergé pour alléger la dette publique, et la snppreaakHi des ordres religieur. Contre le tiers état , les nobles v0iûaient que Ton créât un ordre de paysans, qu'on réglât un cérémonial constant pour la tenue des assemblées , qu'un tribunal héraldique fût institué pour vérifier les titres, et qu*il ne fût permis qu'aux seuls gentilshommes de porter l'épée. En retour, la noblesse devait participer aux impots, mais temporairement, et renoncer aux droits féodaux, mais sous condition de rachat.

Le clergé se composait de membres qui appartenaient à la plus haute noblesse comme aux plus infimes conditions. Les vœux y étaient donc confus ou contradictoires. Les conclusions y démentaient les prémices. A tout prendre, Tesprit libéral et réformateur y dominait : renoncer aux privilèges, prendre part aux charges communes, c'était Tavis du plus grand nombre. Quelques-uns demandaient même que les outils du pauvre fussent insaisissables, et que le journalier fût affranchi de tout impôt '.

■ Voici le résumé du dépouillement des cahiers présenté à rassemblée de 27 juillet 17S9 :

Principes avoués.

Ait. l*^ Le gouvernement français est un goavemcmcut monarchique. II. La personne du coi est inviolable et sacrée. IIL La couronne est hériditaire de mâle en màl& IV. Le roi est dépositaire du pouvoir exécutif. V. Les agents de Tautorité sont responsables. Vf. La sanction royale est nécessaire pour la promulgation des lois VU. La nation fait la loi, avec la sanction royale, VIII. Le consentement national est nécessaire à l'emprunt et à Piinpôt. IX. L'impôt ne peut être accordé que d'une tenue d'états généraui à

l'autre.

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