ASSEMBLÉS RATION AU. SIS
rester la sauvegarde du roi. U fot porté en trlooiphe par le peuple.
Le duc d'Orléans décida beauconp de nobles à se rallier h rassemblée ^ où se trouvaient déjà plusieurs membres du elergé. Le roi lui-même ordonna qne toute la noblesse eât à s*7 rendre, en disant : Je ne veux pas qu'un teul homme périsse à cause de moi. L'astronome Bailly s'écria : La famille est complète! et ce simple citoyen, connu seulement par sa vertu et ses talents, se trouva présider tous les grands du royaume et de FÉglise. L'assemblée déclara ses membres inviolables; et, s'étant ainsi investie de Fautorité législative, elle put entreprendre de donner une constitution au royaume.
Cependant les électeurs , qui s'étaient réunis pour nommer les représentants , ne s'étaient pas séparés. Une idée mal entendue de la souveraineté du peuple faisait admettre le principe de l'autorité permanente du représenté sur le représentant; et les districts considéraient comme des mandataires inférieurs les membres de la municipalité, qui était composée de deux délégués pour chacun des soixante districts. Il y avait des réunions continuelles à l'hôtel de ville et dans le jardin du Palais-Royal , dont les cafés devinrent des tribunes. La vertu s'y trouvait confondue avec le vice , les exaltés de bonne foi avec les intrigants et les fripons , les honnêtes femmes avec les prostituées ; on discutait, on prenait des résolutions, on clabaudait, avec d'autant plus de hardiesse que la légalité manquait. Ce fut là que surgit Camille Desmoulins, Tun des enfants les plus populaires de la Révolution. Naïf dans ses emportements , affectueux avec sa famille, vif et spirituel, ouvert à tous les genres d'émotions, il en vint à tous les excès, comme ce peuple dont il sortait. Il s'imagina qu'il pouvait réformer la société avec des souvenirs de collège, et réaliser ce vœu de Henri IV , que tout paysan pût avoir le dimanche la poule au pot. En attendant , il entretenait la fièvre populaire qui allait sitôt aboutir à des assassinats.
Quand le pouvoir légal succombe , cent pouvoirs prennent aussitôt sa place. Ainsi firent les clubs et les journaux , obéissant à ce besoin de confondre les intelligences avant d'associer
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les actes. Quand une nation se réveille tout à coup vies hommes se rapprochent, pour se soumettre à une discipline commune. Ce furent des membres de rassemblée qui formèrent le premier club. fameux; ils se réunirent dans le couvent des Jacobins, dont ce club prit le nom : à leur suite y pénétrèrent des écrivainsf révolutionnaires , puis le premier venu s'y fit admettre. C'est de là que, sans responsabilité, sans étude, on faisait aux actes de rassemblée la plus furieuse opposition. Le club des Jacobins avait pour chefis Duport , Barnave et les Lameth. Le dub rival , appelé des Feuillants , avait à sa tête la Fayette et Bailly, hommes calmes et éclairés, et par cela même impuissants. Les clubs se propagèrent rapidement, et correspondirent par toute la France; rétincelle se répandait de Paris aux extrémités, pour y allumer les mêmes colères, étouffer sous leurs clameurs la loi impuissante et muette. Comme la haine est la plus aisée à flatter de toutes les passions, les clubs courtisaient celle-là de préférence; ils dénonçaient les paroles, dénigraient les intentions, déclamaient contre les députés , les ministres , le roi , la nation^ le genre humain; montraient partout des complots, des corruptions , la réaction. Le plus alarmiste passait pour le meilleur patriote; le plus ardent délateur, pour le plus zélé citoyen ; le moins scrupuleux était réputé le plus habile. On ne demandait ni savoir, ni prudence; il sufûsaitde blâmer, d'accuser, de semer les soupçons, la défiance. Là les démagogues se sentaient tout-puissants, car ils avaient à leur service la multitude et l'insurrection.
Pour ne pas déranger le peuple de ses travaux , les séances des clubs se tenaient le soir dans l'obscurité, ou à la lueur de quelques chandelles, dont la faible lumière se répandait sous les vastes arceaux de ces églises abandonnées. A la place de l'autel s'élevait la tribune ; sur les bancs de la prière étaient assis des gens de toute condition, et parmi eux des femmes toujours prêtes à hurler, à gémir, à pleurer, et qui tenaient dans leurs bras leurs enfants, pour leur faire respirer le souffle révolutionnaire. Au milieu des applaudissements et des sifflets se succédaient les orateurs : gloire à ceux qui savaient employer les mots eonsacrés , ou qui hasardaient les plus extravagantes motions !
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Mais les clubs n'étaient qu a Tusage d'un petit nombre : il fallait que la parole se répandît partout» qu'elle allât trouver le citoyen à son foyer, dans sa solitude la plus lointaine. C'était l'affaire des journaux ; on avait cessé de faire des livres que personne n'avait la volonté -ni le temps de lire; toute œuvre réfléchie devait disparaître quand la' langue des passions , qui change chaque jour, chaque heure, était seule écoutée. Mirabeau d'abord avait fondé le Courrier de Provence; beaucoup d'autres le suivirient de près; les plus exagérés étaient lès plus sûrs d'être lus. Les Révolutions de Paris, se tiraient- a deux cent mille exemplaires; ce recueil avait pour épigraphe ; Les grande nous paraissent grands seulement parce que nous sommes à genoux ; levons- nous !
La première légion révolutionnaire fut formée des gardes françaises, qui se rangèrent du côté du peuple. Bientôt on arma la garde nationale , institution révolutionnaire aussi, parce qu'elle participe , comme peuple , aux passions qu'elle aurait, comme force publique, la mission de réprimer.
Cependant l'autorité, qui disposait de l'armée, des forteresses, des arsenaux, pouvait encore dompter une multitude soulevée : aussi ceux qui auraient dû conseiller à Louis XVIde tenir sa parole, et de se placer franchement dans la liberté, lui per« suadèrent de recouvrer par les armes une souveraineté à laquelle il avait renoncé spontanément. La eour réunit donc des troupes, soit pour effrayer, soit pour se défendre. Mirabeau dénonça ces armements à la tribune, et fit voter à l'assemblée une adresse au roi , qui était une injonction et un appel aux armes : « Le danger, sire, est pressant, il est universel ; il est au delà de tous les calculs de la prudence humaine.
« Le danger est pour le peuple des provinces. Une fois alarmé sur notre liberté, nous ne connaissons plus de freiaqui puisse le retenir. La distance seule grossit tout, exagère tout, doublé les inquiétudes , les aigrit, les envenime.
« Le danger est pour la capitale. De quel oeil le peuple verra* t-il , au milieu de la disette et des angoisses les plus cruelles, une tourbe de soldats menaçants lui disputer les restes de sa subsistance? La présence des troupes réchauffera^ ameutera^
produira une fermentation générale; et le premier acte de violence, exercé sous prétexte de police, peut commencer une suite d'horribles malheurs.
« Le danger est pour les tjroupes. Des soldats français , approchés du centre des discussions, participant aux passions comme aux intérêts du peuple, peuvent oublier qu'un engage' ment les a faits soldais, pour se rappeler que la nature les fit hommes,
« Le péril , sire, menace ces travaux qui sont notre premier devoir, et qui n'auront un pkin succès, une véritable permanence, qu'autant que les populations les considéreront comme entièrement libres. Il y a, en ootre, une contagion dans les mouvements passionnés. !Nous ne sommes que des hommes^ la défiance de nous-mêmes et la crainte de paraître fail^s peu* vent nous entraîner au delà des bornes. INious serons obsédés de conseils violents, démesurés : la raison calme, la tranquille sagesse ne rendent pas leurs oracles au milieu du tumulte, des désordres, des scènes factieuses.
« Le danger, sire , est plus terrible encore. .. ; et jugez de son étendue par les alarmes qui nous amènent devant vous ! De grandes révolutions ont eu des causes beaucoup moins éclatantes , et plus d'une entreprise fatale aux nations et aux rois s'annonça d'une manière moins sinistre et moins formidable. »
£n dépit de cette manifestation , la reine , qui avait cessé d'être frivole, mais qui n'entendait rien à ces mots de peuple et de liberté, s'obstina à mettre sa confiance dans la noblesse; et la cour médita un coup dont les conséquences pouvaient être terribles, r^ecker, en qui l'on ne vit plus qu'un censeur importun, fut invité à se retirer.
Dès ce moment les faits se succèdent avec tant de rapidité, que la plupart des écrivains ont cru y voir les effets de cette lutte secrète qui existait entre les deux branches de la maison de Bourbon. Quoique cela ait été nie et qu'il n'en ait été retrouvé aucune trace légale , il est probable que le duc d'Orléans aspirait à la lieutenance générale du royaume, et que Mirabeau le soutenait, dans l'espoir d'être son premier ministre. Mais si ce [nïme était populaire, il n'était pas estimé; s'il était
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pToné par ses commensaux et ses agents stipendiés, on frémis* sait à la pensée de le voir à la tête de l'État en compagnie d'un homme non moins corrompu que lui. C'était un esprit politique médiocre, à qui il manquait l'énergie du crime et des grandes ambitions. Que ce fût son ouvrage ou non , la rumeur éclate, les théâtres sopt fermés» et la Révolution prend une face nou^ veile. Camille Desmoulins ajrracbe aux arbres du Palais-Royal uuè feuille qu'il attache à son chapeau, et chacun s'empresse d'orner le sien de ce signe de ralliement. La Fayette, mis à la tête de la garde nationale, dit, enjoignant la couleur blanche du roi à celles de la ville, qui étaient le rouge et le bleu : Cette co* carde fera te tour du monde. Les électeurs s'emparent de l'autorité que leur offre la circonstance, et constituent une municipalité. Bailly, nommé maire, se résigne à occuper un poste « qui ne devait être ni désiré ni refusé. » Les bustes de N^cker et du duc d'Orléans sont portés en triomphe ; des pierres sont lancées sur les soldats; des coups de feu, des menaces, des incendies, répandent l'inquiétude; on se fabrique des armes, puis le pillage commence; et le peuple, s'armautde ce qu'il trouve à sa convenance dans les musées, se précipite en masse sur la Bastille. Les Suisses et les invalides qui en formaient la garnison sont contraints de capituler (14 juillet); les chefs sont tués, et les autres se sauvent à grande peine. On croyait y délivrer des centaines de prisonniers politiques; on n'y trouva que sept détenus incarcérés pour différents délits.
Cet événement , qui devait inaugurer le règne de la violence, fut fêté comme le plus grand des triomphes '.
C'est donc une émeute'^ s'était écrié Louis XVL Dites une
' Pen après, on lisait sur remplacement où s'élevait la Baslillciinô inscription portant : Ici Von danse. Les grenadiers firent, avec fen marbres qui en provinrent, iin)eu de dominos, dont ils firent présent au Dauphin , avec des vers dont voici le sens : Les pietfes de ces murailles, qui renfermèrent d'innocentes victimes de l'arbitraire , ont servi à former ce jeu, qui vous est offert comme un hommage de V amour du peuple, pour vous enseigner quelle est sa puissance. On fit des verrous (h la forteresse une épce pour le général la Fayelle ; la tjrossc clef de la porte d'entrée fut c!t|)édiée à Washington.
révolution, sire, lui répondit le duc de Liancourt. En e£fet, ie roi et rassemblée se trouvaient à la merci d'une insurrection dirigée par des chefs cachés. Les princes, généralement détestés, prirent le parti de fuir; le roi, qui, moins haï qu'eux, ne connaissait point la peur lorsque le danger ne menaçait que lui-même, se présenta à rassemblée sans gardes ni cortège ; et, bien que Mirabeau retint les applaudissements avec ces mots, Le silence du peuple est la leçon des rois! cette démarche le rée^oncilia avec l'assemblée. Puis , cédant au désir du peuple, Louis XY I se rendit à Paris , mais après s'être confessé, avoir reçu la communion (17 juillet], et rédigé une protestation contre ce qu'il pourrait se trouver contraint de faire. Bailly, qui lui présenta les clefs de la ville, lui rappela qu'elles avaient été offertes à Henri lY, avec cette différence que ce prince avait recouvré son peuple, tandis qu'en ce moment le peuple recouvrait son roi, Louis XYI, suivi d'une foule de gens des campagnes, traversa cent mille gardes nationaux aux cris de f^ive la nation! Après avoir été reçu à l'hôtel de ville, avec les rites maçonniques, sou^ la voûte d'acier, il prit la cocarde tricolore. Les députés jurèrent de le défendre, et il revint à Yersailles aux cris de l'ive le roi!
Ainsi la nation se trouvait désormais maîtresse du pouvoir législatif et de la force armée. L'assemblée nationale s'était déclarée constituante ; c'était la nation se gouvernant elle-même. Aussi se crut-elle affranchie de tous les ménagements auxquels l'autorité royale se sentait obligée. Hardie parce qu'elle était despotique , elle soumit tout à la discussion, et se créa des ressources de ce qui jusque-là avait été jugé impossible. Mirabeau, qui la dirigeait, apportait, au milieu de e«s intelligences que les théories de Rousseau avaient hallucinées, des idées pratiques de gouvernement. 11 avait étudié à fond la constitution d'Angleterre , « source inépuisable de grands exemples, disait-il, pays classique des amis de la liberté. » 11 en tirait cette force que Tapplication donne aux principes. Ne voyant que ûction dans le passé, il sacriGait tout sans égards, sans formules^ timides.
Necker fut rappelé triomphalement ; ou le proclama à haute voix h ministre nécessaire, et sou retour aux affaires fut un
jour de fête. 11 se jlattait encore d'arrêter cette fureur de bouleversement , et commença par proposer une amnistie. Mais Mirabeau, qui l'avait pris en haine parce qu'il ne pouvait se faire de lui un instrument, chicana sur Tillégalité de la mesure. Comment accorder les prétentions de l'aristocratie et les dé- Ganees du peuple ? Necker fut bientôt regardé par la cour comuie UD présomptueux ; elle l'abandonna, pour se confier à des conseillers qui ne le valaient pas.
L'assemblée crut détruire dans leur racine les maux passés et présents , en abolissant les privilèges et les oppressions féodales, et en décrétant l'égalité entre les nobles et les plébéiens.
La nuit du 4 août est, à coup sûr, l'une des dates les plus mémorables de l'histoire. Déjà la noblesse s'était concertée pour que le duc d'Aiguillon, le plus riche seigneur de France, proposât Tabolition des privilèges seigneuriaux , quand le vicomte de Noailles le prévint : il demanda qu'on cherchât le salut public dans la justice , en décrétant l'égalité des impôts , la destruction des privilèges, le rachat des droits féodaux, l'abolition sans rachat des corvées et servitudes personnelles et des droitsde mainmorte. Aussitôt une fièvre de générosité s'empara de la noblesse , qui se trouva heureuse de posséder des privilèges pour pouvoir en faire le sacrifice. Le clergé suivit son exemple. Ou renonça aux chasses , aux pêches réservées , aux avantages cléricaux, à tous les titres fondés sur des droits historiques ; la vénalité des charges de judicature fut supprimée, et l'on n'épargna pas même les privilèges des communes et des corporations. Sieyes défendit la dîme du clergé contre ceux « qui voulaient être libres, et ne savaient pas être justes. » Mais Mirabeau soutint qu'il fallait l'abroger, et salarier le clergé , attendu qu'il n'y avait, à son avis, que trois moyens d'exister en société : voler , mendier, ou être salarié. Il l'emporta, et l'on peut dire que , dans cette journée , la Révolution atteignit son but. L'assemblée décréta un Te Deum , et décerna au roi le titre de Restaurateur de la liberté.
Mais si cette nuit, à Jamais mémorable, vit é<*Jater chez les Français de magnanimes élans, on reconnut, dans les jours suivants, combien était périlleuse une générosité qui, n'ayant
fait aucnne distinction entre ce qui devait être aboli et ce qui devait être racheté y avait laissé croire que niille exigence ne pouvait être portée trop loin. La chasse une fois libre, chac4in s'y lança avec une telle fureur, que les récoltes en furent dévastées. L'abolition des dknes enrichit les propriétaires de soixante-dix millions , sans qu'il en revînt rien à l'État. L'entraînement produit par les cessions volontaires alla jusqu'à mettre les propriétés en péril ; car un peuple en mouvement ne s'arrête pas à volonté. On brûla les châteaux, on pilla les convois de grains dirigés sur Paris , où la disette augmenta. Camille Desmoulins vit un privilège pour la garde nationale dans lé droit de porter des armes et un uniforme : Le droit de porter un fusil et une baïonnette, dit-il, appartient à tout le monde. On tenta d'arrêter les assassinats en proclamant la loi martiale; en même temps on encouragea la délation, et les procès pour crime de lèse-nation se multiplièrent. Lorsqu'ils eurent cessé dans la capitale, ils continûment dans les provinces , surtout dans le Midi ; les démagogues s'en firent un moyen d'irriter le peuple, tandis que d'autres, poussant l'assemblée à des mesures extrêmes, lui firent voter une déclaration des droits de l'homme '.
' » Les représentants du peuple français , constitués en assemblée m* tionale , considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de riiomme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corrup> tion des gouvernements , ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle , les droits naturels, inaliénables et sacrés de Thomme , afin qoe cette déclaration , constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs; afin que les actes du pouvoir l^slatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à cliaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus resi)ectés; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et au bonlieur de tous.
AHT. I"**. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sor Tutilité commune.
II. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de rhommr. Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sftroté, et la résistance à l'oppression.
1//, Le principe de tontn souveraineté réside essentiellement dans la nation.
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Cette révolution si impétueuse , et pourtant si souvent imitatrice 9 voulait encore en cela contrefaire la révolution américaine. Mais^il ûdlait, pour mener à bien une si grande tâche, au lieu de maximes générales susceptibles d*étre niées ou discutées, de ces vérités de fait qu*on ne saurait entendre que d*nne seule fa^n, et qu'il est impossible de réfuter. Mirabeau disait avec raison : La Hberté n'est pas le fruit d^un^ doctrine abstraite H de déductions philosophiques; les bonnes lois résultent de r expérience journalière, et des raisonnements qui naissent de ^observation des faits. Or cette célèbre déclaration ne sut pas même définir ce que c'était que le droit. On y confondait les définitions, les maximes, les principes; des vérités évidentes et saintes y furent mêlées à d'autres que l'histoire et l'expérience démentent également, à des formules vagues que le public n'entendait pas, et dont une poignée de philosophes pouvait se passer parfaitement. Les Anglais avaient présenté aussi à Guillaume III, après la révolution de 168S, une espèce de déclaration des droits : mais d'abord elle venait après une révolution ; puis elle n'énonçait qu'un petit nombre de principes clairs et simples , non susceptibles de discussion ou de contra-
Nal corps, nul individu ne peut exeroer d'autorité qui n'en ^mane expressément.
IV. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à aptrui. Ainsi Tezercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui amirent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces ixMnes ne peuvent être déterminées que par la loi.
V. La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.
VL La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou parleurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège , soit qu'elle punisse. Tous les citoyens , étant égaux à ses yeux , sont également admissibles à toutes dignités , places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
VU. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi , et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à Tinstant : il se rend coupable par la résistance.
VIII. La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment né-
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diction, et ayant pour objet de garantir des droits positifs. Celle q^ui venait d'être promulguée en France était une sorte de constitution universelle, qui précédait une constitution nationale;en y sacriGait Thomme réei à un homme fantastique ; on y ré glementait inhumanité abstraite, et non les vingt-six millions de Français d'une époque déterminée, et dont il y avait è interntger les mœurs.
Grand exemple de la hardiesse de Thomme qui se figure pouvoir tout, et de la difficulté qu*ont à^éfinir les libertés sociales ceux qui ne voient pas qu'elles dérivent d*en haut !
A peine la liberté naturelle eut-elle été décrétée , qu'il Êilhit eh sacrifier une grande partie à la liberté politique, danslaecn&titution qui fut bientôt mise en discussion. Les premiers débats
cessafres, et nul ne peut être puni qu^en vertu d'une loi établie et promulguée antéiiencment au délit, et légalement appTiquée.
IX. Tout bomaie étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est Jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne seraitpas né< cessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.
X. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pounii que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.
M. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire , imprimer librement , sauf à répondre de l'abus de c^tte liberté dans les cas déterminés par la loi.
XII. La garantie des droits de Thomme et du citoyen nécessite une ■ forre publique : cette force est donc instituée pour Tavantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
XIII. Pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'administration , une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
XIV. Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement , d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.
XV. La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.
XVI. Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n*a point de constitution.
XVII. La propriété étant un droit inviolable et sacwé, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige ^vjdemiiicut, et sons la condition d'une juste et préalable indemnité.
montrent combien Tesprit public était en éveil. Le gouvernement monarchique héréditaire, le pouvoir exécutif réservé au roi, le concours de la nation à la confection des lois et au vote de Fimp^t , c*étaient là des points sur lesquels tout le monde était d'accord. Mais les avis furent partagés sur la question de savoir 8*il y aurait une ou deux chambres législatives; sur la permanence ou sur la périodicité du corps l^islatif , ainsi que sur sa dissolution ; sur l'existence politique du clergé et des parlements ; sur retendue de la liberté de la presse ; sur le droit royal d'opposer le veto aux décisions des chambres.
Le parti monarchique constitutionnel était prépondérant, et la France aurait pu , dès ce moment , posséder l'unité nationale, l'égalité civile , la liberté politique, si elle avait su s'en contenter. Déjà Mounier demandait clairement une chambre élective, un sénat à vie, un roi constitutionnel; mais ni lui, ni Clermont-Tonnerre, ni Lally-Tolendal, ne parvenaient à se faire écouter; les- défenseurs de la couronne eux-méniëir étaient peu d'accord entre eux. Necker avait du moins un plan fixe : il voulait la constitution anglaise avec deux chambres, avec la nécessité de la sanction royale ; mais comme cette constitution avait été«une transaction , il n'était possible de l'appliquer eu France de la même manière qu'après une lutte plus ou moins prolongée. La haute aristocratie était alors pour une chambre unique, à laquelle répugnait la petite noblesse, sachant bien que l'accès lui en serait interdit. Le peuple, qui redoutait la noblesse , prétendait ne la laisser s'ingérer dans rien , voulait que la nation décrétât, et que le roi exécutât; ce qui aurait constitué une république avec un président. Sieyes , logicien serré , qui n'admettait aucune distinction entre la nation et le roi , s'écria : Un seul Dieu, une seule nation, un seul roi, une seule chambre!
Tandis que l'assemblée s'occupait de débattre ces questions, la mimicipalité se trouvait aux prises avec de terribles embarras pour nourrir tout ce peuple en armes, dont les passions étaient exaltées jusqu'à la fureur, et pour faire justice de ceux qu'il ne massacrait pas. Les aristocrates se montrèrent consternés du coup qui leur avait été porté; les démocrates en conçurent des