LA CONSTITUTION DE
Il était aisé de voir, a tous ces ébranlements, que le peufrie de la liberté était devenu le peuple de l'anarchie ; que la sodété civile, au lieu de marcher avec calme dans le progrès, se soulevait en fureur contre la société domestique et seigneuriale. Beaucoup de membres de l'assemblée donnèrent leur démission ; beaucoup de noïAes émigrèrent, avec la pensée d'une contre-révolution : abandonné par eux , le roi n'eut bientôt pour soutien que Les propriétaires , qui le sentaient nécessaire à leur propre sûreté. Mirabeau en qui l'assemblée se personniGait, lui qui avait poussé aux mouvements de la place publique et demandé qu'on soumît au peuple toutes les délibérations, Mirabeau* commença •# invoquer l'ordre , à tonner contre les séditieux , à parler dplbi avec un sentiment de respect., rejetant les fautes sur ses ministres ' : il méprise trop les hommes pour mettre un grand prix à leur estime ; ce qu'il veut inspirer, c^est la terreur ou l'admiration ; il ne tient pas à gagner l'opinion , mais à imposer la ûenne à force de colères, de sarcasmes ou de paradoxes. C'est avec le ton d'un tribun qu'il loue le roi, qu'il foudroie les excès populaires et les troubles dont il n'a pas été l'instigateur ; il veut diriger le gouvernement , mais sans renoncer à ses désordres privés. Toujours superbe d'attitude, il sait donner un air héroïque même à ses bassesses. Toujours prêt à se comparer aux héros de l'antiquité , il prend place à côté d'eux dans l'imagination populaire; il a un fanatisme , mais dont la splière est tout humaine ; une conscience , mais toute de tête ; une aspiration , mais qui n'a que ee monde
' Troisième lettre du comte de Mirabeau à ses commet(ant& « Le lendemain du jour où le roi fut conduit ou plutôt traîné aux Tuileries, dit le comte de la Mark, Mirabeau vint de très-bonne heure chez moi : « Si vous avez quelque moyen de vous faire entendre du roi «( et de la reine, me dit-il en entrant, persuadez-leur que la France et eux « sont perdus, si la famille royale ne sort pas de Paris. » ' Moniteur f séance du 27 juin 178!).
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potir but. L'ergveil et l'égotsme sont le mobile de ses actes ; il est le représentant des plébéiens, tout en gardant son titre de comte, et recherchant toutes les occasions de rappeler sa race et sa parenté; il pr6ne Fégalité, sans avoir les vertus qui peuvrat la faireaimer; il s*élève entre les partis, au-dessus de tous les partis, qui le détestent tous, parce qu'il les domine; mais qui le recherchent, parce qu'il peut les ruiner ou les servir : il ne se livre à aucun , mais négocie avec tous.
Le but de Mirabeau était, en brisant le despotisme, de main* tenir la monarchie : guérir ( comme il le disait) la France de la superstition de la royauté, et y substituer le culte raisonnable de la monarchie. Déjà, dans son Essai sur le despotisme ^ il avait écrit : « Il ne natt pas, dans quatre siècles, quatre intelligences capables de préciser où doivent s'arrêter les innovations : d'où il faut bien conclure que les nouveautés, les réformes constitutives , sont toujours choses délicates , et ne s'entreprennent jamais sans péril. » Il écrivait de même en 1788 : « Je serai, dans l'assemblée, un monarchiste zélé, parce que je sens profondément combien il est nécessaire de tuer le despotisme ministériel , et de relever l'autorité royale. »
Il voulait donc étayer la monarchie sur une constitution ; mais, dès les premiers pas, il vit les diCGcultés de la situation : et, dans une lettre particulière , il écrivait, dès le lendemain du jour où la chambre s'était constituée en assemblée nationale : « La nation n'est pas mûre : la profonde impéritie , Tépouvantable désordre du gouvernement nous préparent une révolution. »
Ses passions, ses besoins d'argent entraient pour beaucoup dans sa politique. Si les nobles ne fa valent pas repoussé, il aurait été probablement leur meilleur champion ' ; mais si
' Mirabeau, député de la noblesse, eût élé, à coup sûr, une puissante colonne pour ce parti. Mais or peut contester l'opinion quMl se fat mis au service de ses passions et de ses résistances. Dans quelques rangs qu^on la suppose, une intelligence comme la sienne n'eût pu méconnaître l'opportunité des grandes réformes que les représentant* les plus illustres de la noblesse avaient eux-mêmes proclamées. Mirabeau, dans cette liypotlièse où Thisterien italien le place, aurait sans mil
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Tarrogance des siens le révolta, la dictature populaire lui devint plus odieuse encore, et il s'écriait : « Il est temps d'en finir avec ces charlatans qui, pour leur profit, s'en vont proclamant la souveraineté du peuple. Les imbéciles! ils ne savent pas qu'en France la liberté est impossible sans le trône. »
11 résistait aux tumultes populaires. La multitude affamée envahit un jour la salle de l'assemblée, en criant ^ti/^zn.' et en applaudissant Mirabeau; mais , au lieu de flatter ces fureurs, il invita le président à faire sortir les factieux, et avec sa voix de Stentor il s'écria : « L'assemblée ne reçoit la loi de personne. Sortez au nom de la loi , ou l'assemblée fera évacuer leâ tribunes. » Le peuple répondit : « Vive Mirabeau ! »
Il rentrait à Paris au moment où on allait discuter la question si on concéderait le veto au roi. A peine eut-il été reconnu, que le peuple détacha les chevaux du carrosse , et le traîna en lui criant : « Comte de Mirabeau (car on ne conservait plus qu'à lui ce titre, deptiis que tous les autres avaient été abolis ) , vous êtes le père du peuple ; c'est à vous de nous sauver, c'est à vous de nous défendre contre tous ces traîtres qui veulent nous livrer de nouveau au despotisme. Si Ton accorde le veto au roi , à quoi servira rassemblée.' Tout est perdu : sauvez-nous encore une fois ! » Mirabeau ne leur promit rien , et se contenta de dire : « Nous verrons, nous verrons ! » A peine fut-il à rassemblée, qu'il parla en faveur du veto absolu '. Armer le roi de ce droit du veto, c'est-à-dire du droit d'annuler les décisions de l'assemblée , c'était de quoi rendre la monarchie odieuse; elle n'avait pas le droit de proposer le bien, mais
donte montré plus d'unité dans sa conduite il n'aurait point débuté en tribun irrité; il eût été homme d'État dès le premier jour. ( Am. R. ) ■ Mirabeau, dès les premières réunions de rassemblée, s'était prononcé sur cette question avec énergie : « Je crois, dit-il, le veto du roi tellement nécessaire, que j'aimerais mieux vivre à Constantinople qu^en France, sMl ne l'avait pas. Oui, je le déclare pour la seconde Tois, je ne connaîtrais rien de plus terrible que Taristocratie souveraine de six cents personnes qui pourraient demain se rendre inamovibles, après-demain Itéréditaires, et finiraient, comme les aristocrates de tous les pays du monde, par tout envahir. » (An. R. )
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celui de faire échec seulement à quelques décrets de la législature. Mirabeau demanda que le veto fût absolu : « Hommes frénétiques , 8*écria-t-il , que feriez-vous de pire si vous aviez juré d'anéantir la liberté? » 11 échoua; mais Teffort qu'il avait tenté suffît pour que la cour mit son espoir dans cet homme d'État qui commençait à se révéler sous le tribun. La cour , par malheur, ne savait que se décider trop tard.
>Mnrajbeau était tout-puissant sur les tribunes ; mais il était sans soutien dans l'assemblée, si Ton en excepte Sieyes et Chapelier; tout le reste , partisans de l'ancien régime , précurseurs de la république, lui étaient hostiles. On tenta de le ruiner par des procès; on lui proposa des duels, il les refusa avec dédain , et sa renommée ne souffrait pas de ces refus. « Est-il permis, disait-il, que j'expose une tête comme la mienne contre la vie d'un écervelé ? »
L'envie, qui s'attaque de préférence aux côtés les plus glorieux, osa s'en prendre à sa gloire d'orateur. L'on dit, l'on écrivit qu'il ne composait pas lui-même ses discours ; espèce d'ouvrier qui achetait d'une autre main le diamant dont il savait , lui seul, tirer l'étincelle. Comme si sa grande puissance n'avait pas consisté plus encore dans sa parole que dans ses écrits ! Quand une passion s'emparait -de son âme, ne s'élevait-il pas jusqu'à Tenthousiasme, jusqu'aux plus sublimes transports? Il électrisait ses auditeurs, et il disait lui-même : <> Si ce n'est pas là réloquence inconnue à nos siècles amollis , je ne sais quel est ce don du ciel , si rare et si grand. » On s'attaquait à sa vie passée , et alors on le voyait courber la tête ; il sentait qu'on frappait juste , et il gémissait sur des fautes qui éloignaient de lui les hommes les plus purs de la Révolution. « Que les fautes de ma vie, disaitil dès son début, coûtent cher à la France! » Il ajoutait vers les derniers temps : « Si j'avais apporté à la Révolution une réputation comme celle de Malesherbes , quel sort j'aurais assuré à ma patrie! » Grand orateur, grand homme d'État pour les uns; pour les autres, aristocrate ou démagogue; Érostrate de l'édifice social, traître à la Révolution, taxé de vénalité et d'inconstance , parce qu'il votait tantôt avec l'un , tantôt avec l'autre , parfois tout seul. Ceu5ç qui l'accusaient ne voyaient pas qu'il
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ne restait Gdèle qu'aux grands principes , sans sotrci de FopN nion des hommes.
Les ennemis du grand orateur se servirent de ses fautes pour en faire un piédestal sur lequel ils élevèrent Barnave. Ce jeune homme de vingt-sept ans , natif du Dauphiné, s^était rangé tout d'abord parmi les adversaires ies plus ardents de la cour. Enivré d'idées libérale» puisées à Técole anglaise, Barnave avait la pa* roie élégante et facile, Tesprit vif, Fimagination ardente, im grand calme après de violentes sorties , et enfin une réputation intacte : tout cela lui donna la hardiesse d'affronter Mirabeau. Il était loin pourtant d'un tel rival : sans feu, sans grandeur, sans verve puissante, il avait un cœur droit, mais une volonté débile, ett eomme font les talents subalternes, il croyait s'égaler au génie en franchissant les bornes de la raison. Son désir de popularité l'entraînait à des actes et à des discours eu désaccord avec ses sentiment» et avec la cause pour laquelle il combattait. Barnave formait avec Lameth et Duport un triumvirat kitéressanl parce qu'ils étaient jeunes, qui Ait influent parée qu'ils étaient actifs, et qui, sans s'en douter, alla droit à la destruction de la monarchie.
Fort de la faveur populaire, Barnave travailla à la conserver, en soutenatit, en fortifiant les clubs que son ami Duport avait organisés dans toute l'étendue de la France. Il fit voter, en conséquence,, la création des municipalités, des gardes nationales, la déclaration des droits de l'homme, l'établissement d'une justice extraordinaire pour les délits politiques , la réunion des biens du clergé au domaine national, l'égalité des droits civils pour les protestants^ pour les juifs, pour les comédiens. Puis il porta un dernier coup à la monarchie en obtenant que les décrets de l'assemblée eussent force de loi sans la sanction royale , et que le serment civique ne fît point mention de fidélité au roi , sur ce motif que la royauté était partie intégrante de la constitution.
Mirabeau se voyant dépassé par ce jeune homme , en prit ombrage : « Les rhéteurs parlent, dit-il, pour l'instant qui passe ; les hommes d'État, pour l'avenir. » Mais l'homme d'État, par mal- Jieur, prêtait le fianc aux attaques par son caraclère, sa réputation
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compromise ^ ses vices divulgués, ses dettes, et le luxe daos lequel il vivait. Bien qn^aucun écrit ne le confirme, il paraît certain qu'il s'entendit avec le duc d'Orléans, à qui la rumeur publique imputa les événements du 5 octobre ; on prêta aussi ce mot à Mirabeau : « Il nous faut un roi ; que ce soit Louis XVI ou Louis XYII, peu importe! » Mais il se pourrait que le due d'Orléans, que l'on a chargé de tant d'accusations, fât aux yeux de MMbeau trop bon patriote : à en croire plusieurs de ses amis d'alors , il eât préféré au titre de roi, celui de premier citoyen d'une république. Mirabeau, quoi qu'il en soit, n'ayant pu lui faire faire un pas décisif, s'écria : « Il a le prurit du crime, mais il n'en a pas le courage l » Cet homme se sentait de plus en plus nécessaire » autapt pour la France que pour lui , il voulait être ministre. La cour avait déjà songé à prendre dans l'assemblée on ministère habile et fort, où seraient entrées les grandes notabilités du parti populaire. Mais les royalistes, choqués d'une telle politique, s'unirent aux républicains pour faire décréter qu'un membre de l'assemblée ne pourrait faire partie du ministère. Ce fut un trait dirigé au cœur de Mirabeau , qui se trouv» écarté subitement du pouvoir, inutile à la couronne, frappé par ses amis mêmes. C'était donc en pure perte qu'il avait fait tant d'efforts pour soutenir les prérogatives du roi constitutionnel, la nomination à tous les grands emplois judiciaires et administratifs , le droit de grâce , le droit de paix et de guerre.
En donnant alors la main aux constitutionnels , le parti modéré de l'assemblée , Mirabeau aurait pu sauver peut-être la monarchie; mais sa vie privée éloignait de lui les puritains. Il entendait louer la probité et le désintéressement de la Fayette : e'était une censure à son adresse. Il s'en vengeait par des mots amers ; il appelait alors la Fayette le maire du palais.
Il disait de Necker : « Ce ti'est qu'un médiocre financier, sans les quaHtés naturelles ni les connaissances acquises de l'homme d*État. 11 perdrait dix royaumes, plutôt que de compromettre son amour- propre. » Il consentit à une entrevue avec Necker : il fut choqué de sa hauteur, de sa résistance , et ne pensa plus qu'à le renverser.
Frappé par le décret de rassemblée^ ne pouvant plus gou-
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verner au graud jour, il fit offrir au roi son assistance cachée. Il n'y avait qu'un moyen de sauver la monarchie : c'était de donner la main à la Fayette et à Bouille , Tun placé à la tête de la garde nationale, Tautre à la tête de Tarmée. Mais Bouille, royaliste ardent, abhorrait Mirabeau , le déserteur de la caste nobiliaire. La Fayette, loyal et pur, avait peu de penchant pour l'homme , et n'était point rompu à ces manèges obscurs auxquels la cour ne dédaignait pas de recourir. Dans une éStrevue qu'ils eurent ensemble , la Fayette répétant toujours qu'il fallait sauver la reine : « Eh qu'elle vive! dit Mirabeau. Une reioe humiliée peut encore servir à quelque chose : égorgée, elle n'est bonne qu'à faire le sujet d'une tragédie '. » Atroce plaisanterie dont la reine eut connaissance, et dont il jui fallut dissimuler le ressentiment. Pourtant, quand Mirabeau offrit ses services, elle ne put prendre sur elle de le supporter ; immolant peut-être ses amitiés, elle ne put faire le sacrifice de sa haine. Il lui semblait d'ailleurs que de tels hommes n'offrent leurs services que pour imposer leur domination. Mirabeau jura de faire repentir qui avait eu l'imprudence de le dédaigner ; et il se rejeta dans ces mouvements populaires qu'il s'efforçait ensuite de comprimer. Enfin il fallut se résigner à traiter avec lui : il fallut que la reine, ellemême, consentît à une entrevue secrète avec le tribun , qui, lorsqu'il la quitta, lui dit, en lui baisant la main : « Madame, la monarchie est sauvée * ! »
' Mirabeau , dans une lettre au roi , disait de Marie-Antoinette : ^c La reine est le seul homme que le roi ait auprès de lui. »
* Ce Alt à Saiat-Cloud que la reine consentit à voir Mirabeau pour la première fois, en mai 1790. Nous avons cru devoir supprimer ici des réflexions que cette entrevne inspire à Thistorien italien , et qui nous semblent pécher autant par défaut de convenances que par excès de sévérité. Les détails de cette entrevue sont diversement rapportés par les contemporains. Selon madame Campan , « Mirabeau partit de Paris à cheval , sous prétexte de se rendre à la campagne chez un de ses amis; mais il s^arrèta à ime des portes du jardin de Saint-Cloud , et fut conduit vers un endroit où la reine l'attendait seule, dans la partie la plus élevée de ses jardins particuliers. »
Seho Je récit très-dirrérent du comte de la Mark , Tentrevuc eut
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Parole d'une singulière audace ( si elle fut prononcée ) , leçon sérieuse pour les hommes de parti ! Ils se croient forts par euxmêmes, et ils n'ont que la force du courant qui les emporte, et qu'ils se flattent de remonter aussi facilement. Faut-il maintenant crier bien haut que Mirabeau trahit bassement la cause qu'il avait embrassée? Képéterons-nous le mot de Necker : Qu^Ufut tribun par calcul et aristocrate par inclination^ MirabeaUf nous le croyons, ne changea pas de politique ; il garda la haine de tout despotisme, de tout privilège injuste, de ce dont il avait tant souffert. Dans tous les temps , il avait voulu la monarchie. Comme tous les hommes de la première assemblée, il crut sincèrement que la Révolution pouvait se maîtriser ; la prévoyance ici fut raccourcie par l'amour-propre. Il essaya de
lieu dans Tappartement de la reine , où se trouvait aussi le roi. « La première fois que je revis la reine après cette entrevue , dit M. de la Mark , eHe m'assura tout de suite qu'elle et le roi y avaient acquis la conviction sincère du dévouement de Mirabeau à la cause de la monar* cliie et à leurs personnes. Elle me parla ensuite de la première impression qu'avait faite sur elle l'apparition de Mirabeau. 11 y avait à peine neuf mois qu'on lui avait dépeint cet homme comme un monstre farouche , dirigeant une bande de brigands venus à Versailles. Elle se rappelait ses gardes égorgés en la défendant, son palais envahi par des scélérats qui demandaient s'a tête^et involontairement le souvenir de Mirabeau dominant toute cette scène lui revenait à la mémoire. Quelque persuadée qu'elle fût déjà de son erreur à cet égard, des impressions aussi profondes s'effacent difficilement; et la reine m'avoua qu'au premier moment où elle \it Mirabeau, un mouvement d'horreur et d'effroi s'empara d'elle , et elle en fut tellement agitée , qu'elle en ressentit plus tard une légère indisposition. Quant à Mirabeau, il ne me parla que (le l'agrément de cette entrevue. 11 était sorti de Saint-Cloud enthousiasmé. La dignité de la reine, la grâce répandue sur toute sa personne, son affabilité lorsque, avec un attendrissement mêlé de remords, il s'était accusé lui-même d'avoir été une des principales causes de ses peines , tout en elle l'avait charmé au delà de toute expression. «< Rien ne nrarrêtera, me dit-il; je périrai, plutôt que de manquer à ma « promesse I »
Ce récit , qui porte un cachet de vraisemblance et de simplicité se* rieuse, inspire plus de confiance que les détails romanesques rapportés par madame Campan. (An. R.)