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pour £ure passer des conseils opportuns ; et il employait la oolère pour déconcerter les mouvements tumultueux >. L'assemblée était-elle lasse ou effrayée ? il suffisait que cette tête hideose et sublime de Mirabeau se montrât à la tribune , et que sa yoîx puissante fit entendre quelques-uns de ces roots qui ont besoin d'être prononcés et non pas 'écrits, pour lui imprimer une violente secousse et la réchauffer. Il séduisait les uns par des mots flatteurs , intimidait les autres par le sarcasme. Il insultait et se faisait applaudir, parce que les masses se laissent imposer par ceux qui les bravent. Le sentiment de sa supériorité lui donnait avec tout le monde un air de familiarité qui le faisait supposer Tami ou le complice de tels ou tels personnages. Souvent il n'avait besoin que d'une saillie soudaine , pour enlever une résolution. La Fayette a une armée, disait-il, mais moi f ai ma tête. Personne ne savait eomnie lui la valeur des hommes et des choses. Il disait de Sieyes : Cest un métaphysicien qui voyage sur une mapptm^nde ; et de Robespierre : Celui-ci ira très-loin y car il croU^ce quHldit. D'autres fois : La cour affame le peuple: trahimnl Le peuple lui vendra la constitution pour du pain. Il y a beaucoup dAnnibcUs, disait-il encore ; mais il faudrait un Fabius.
L'assemblée fît une adresse au roi qui commençait par ces mots : L'assemblée porte aux pieds de Fotre Majesté y etc. La majesté n*a pas de pieds , cria Mirabeau : c'en fut assez pour qu'on écartât cette formule traditionnelle. Une autre fois, l'assemblée veut exprimer qu'elle était enivrée de la gloire de son roi; Mirabeau s'écrie : Des gens qui font des lois, et qui sont iores! Le roi fît offrir son argenterie pour les be-
^ M. Droz , qui a recueilli les souvenirs de beaucoup d^hommes contemporains de la Révolution, dit que les phrases virulentes qui se trouvent dans les discours de Mirabeau n^étalent point prononcées avec emportement ; 11 se dominait lui-même avec le calme d'un homme supérieur. Son action ne consistait point dans cette animation extérieure et vulgaire qui se manifeste par les gestes de Torateur. Souvent il prononçait les paroles les plus menaçantes sur le ton grave d'un avis salutaire. Mi* rabeau était surtout imposant.
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soins de TEtat, ce qui produisit de rémotion sur les bancs àe la droite : Je ne suis pas si facile à nC émouvoir , dit-il , que de m* attendrir sur la vaisselle des grands. Mais dans une occasioQ plus sérieuse, quand on proposa de supprimer la phrase parla grâce de Dieu: Cest un hommage à la Divinité, éâtMïtah^u\ cet hommage lui est dû par tous les peuples du monde. Quand on discuta la loi contre les émigrés, Mirabeau la combattit comme un acte injuste et tyrannique ; et, remarquant la désapprobation générale, il s^écrie : Si la loi passe, je jure de lui désobéir! Mirabeau , nommé président, contint rassemblée, où Fautorité de sa parole et ses apostrophes déroutaient tous les manèges du triumvirat jacobin. Silence aux trentel s'écriait-il , démasquant par ce mot le petit nombre de ceux qui tyrannisaient rassemblée. Il songeait aux moyens de sauver le roi , de protéger sa fuite, et d'abolir une constitution bavarde , anarchique, déjà tombée en discrédit.
Bamave aussi voulait sauver le roi ; mais sa droiture Téloi; guait trop de Mirabeau, et il ne pouvait se décider à faire pher une idée dont Tautre eût été Finstrument. Le médlaii succombait aux contradictions d'une nature puissante ci^iiiKâsérable , punie du bien autant que du mal, et à qui Ton faisait un crime de ses services autant que de ses désordres.
L'orgueil offensé , la soif de la vengeance , la jalousie des applaudissements donnés aux honnêtes gens , l'excès du travail, les fatigues d'une lutte ardente qui ne faisait pas trêve aux plaisirs, usèrent son tempérament de fer. 11 vit sa fin approcher avec intrépidité , tandis que la France entière était émue du danger qui menaçait , non pas un homme qu'elle aimait , mais un homme qu'elle sentait nécessaire. Dans Paris , on ne s'adressait qu'une question; jour et nuit sa rue, sa cour, son escalier, son antichambre étaient remplis de -monde ; on voyait des gens y passer la nuit ; on en vit offrir leur propre sang pour en tenter la transfusion dans les veines du malade. Louis XYI, plein de sollicitude secrète pour .cette existence menacée, aurait pu , en allant le visiter, gagner encore un jour de faveur populaire; mais l'étiquette l'arrêta. Mirabeau put dire avec raison : J'emporte avec moi le deuil de la monarchie. Ses derniers
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moments fnreDt adoucis par h visite de Baraave, que les jacobins Kii députèrent y et par Pintérét de tout un peuple qui , le pressant autour de sa demeure, attendait avec anxiété de ses lOinrelles. Il demanda sur son lit de mort de la musique et, des fleurs « au lieu de fioles , de médicaments ^ L'homme qui peutêtre , un peu plus tard , serait mort sous les poignards, et aurait été traîneaux gémonies par une populace furieuse, fut f objet de regrets universels , et porté avec honneur à Téglise de Sainte-Geneviève, qui venait d'être métamorphosée en Panthéon des grands hommes *. On y transporta, à quelque temps de là,
* M. delà Mark, entre les bras de qui Mirabeau expira, ne rapporte rien de ees détails, ni des paroles pompeuses qui ont été prêtées à Mirabeau par d^autres témoins. Il souffrait de cruelles douleurs sans se plaindre ; et, se tournant tout à coup vers M. de la Mark, il lui dit : « Monsieur le connaisseur en belles morts, êtes-vous content? » Am. R.
* La Correspondance secrète de Mirabeau , qui vient d^étre publiée; est Tiin des éléments les plus importants à connaUre pour juger de près le caractère, le génie d*homme d'État de Mirabeau , et les rôles souvent obscurs qu'il joua selon les circonstances. Le comte de la Mark , depuis prince d'Aremberg , qui fut le dépositaire de cette correspondance , et qui vécut dans l'intimité de Mirabeau , porte de lui un témoignage trop adouci peut-être par Tamitié, mais qui est grave et sincère :
« Un léger service que )e venais de lui rendre, dit le comte de la « Mark, me donnait quelque droit d*entrer avec lui dans des détails sur « sa position pécuniaire ; et j'acquis ainsi la certitude que cet homme , « que tout le monde représentait comme vénal , n'avait jamais sacrifié « aucun principe pour de l'argent. 11 avait dénoncé Tagiotage dans des «( brochures qui ne lui rapportaient presque rien , lorsque les agioteurs « lui offraient des sommes considérables pour obtenir de lui d'écrire en « leur faveur, ou 'du moins pour acheter son silence. Et cependant, au « moment où il refusait leurs ofTres, il envoyait au mont*depiété tout
(c ce qu'il possédait d'effets 11 reçut, il est vrai, de l'argent du roi,
« mais pour sauver le roi lui-même, et non comme le prix du sacrifice « de ses opinions.
« Il faut avoir eu avec un pareil homme des relations aussi suivies « que les miennes, pour connaître tout ce que la pensée a de plus éle- « vé et le cœur de plus attachant. Aussi, je l'avoue, il me faisait ou- « blier tous les torts de sa vie, lorsqu'il s'écriait avec un accent péné- « trant : Ah! que l'immoralité de ma jeunesse fait de tort à la c)M)se
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les restes de Voltaire ', et plus tard ceux de Rousseau. Mirabeau était mort dans toute la conviction de sa force*. Il disait au serviteur placé à son chevet : Tu peux te vanter de soutenir la tête la plus forte de France ; et à ses amis : Quand je §efài mort, les factieux s'arracheront lés lambeaux de la monarchie, « 11 semble qu'avec Alirabeau, disait Boissj d'Anglas, la Révolution perd sa providence. » A travers les écarts de cette Révolution, il entrevoyait ses grands résultats, et s'écriait : La France enseignera aux nations que l' Évangile et la liberté sont les bases inséparables d'une vraie législation.
£ût-il maîtrisé la Révolution et sauvé la monarchie? Beaucoup Tont pensé. Il avait renversé le trône de Tabsolutisme ; il aurait pu de même, a-t-on dit, renverser Téchafaud. Mais un homme peut suffire pour imprimer la secousse à tout un peuple ;
« publique! » Cette correspondance intime de Mirabeau est peut-être, de toutes ses productions, celle où rhomme d^État se révèle le plus. (An. R.)
■ La cérémouie de la translation de Voltaire au Panthéon, fixée an 10 juillet 1791, se trouva retardée , à cause du mauvais temps. Le procureur-syndic du département de la Seine écrivit à cette occasion une lettre à rassemblée nationale , où Ton remarque ce passage : « La basse jalousie du ciel aristocrate , pour retarder le triomphe du grand homme, du grand Voltaire, rival et tfoinqueur de la Divinité, verse des torrents de pluie. » { Séance du lundi 1 1 juillet. )
' Voy. les Mémoires biographiques , littéraires et politiques de Mirabeau, écrits par lui-même, son frère, son oncle, et son fils adoptif ( Lucas de Montigny), 1841 , 8 vol.