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communications, de réduire l'armée ennemie a Timpuîssanee, au lieu de cherclier à s'emparer d'une forteresse ou d'une parcelle de territoire. Aux théories de Vauban sur l'attaque et la défense des places, il substitua un nouveau système de fortification et de défense, qui consistait à employer alternativement les feux verticaux dans des casemates, pour accabler sans péril Fennemi, s'il s'avançait en grand nombre, et les coups de main liardis lorsqu'il n'était pas en force.
L'histoire moderne n'offre point d'exemple d'une campâgno plus remarquable que celle de 1793 contre toute l'Europe. I^s plans de Camot furent mis à exécution : la bataille d'Hondschoote délivra Dunkerque des Anglais. La dictature toutepuissante du comité opposa aux Autrichiens et aux Prussiens ^ qui s'étaient avancés sur les deux versants des Vosges, des moyens de défense multipliés. La bataille de Watignies fit lever le siège de Maubeuge , et Kellermann refoula les Piémontais au delà des Alpes.
•Le comité dit à l'armée qu'il envoya en Vendée : Soldats de la liberté, il faut que ces brigands soient exterminés avant la fin d'octobre : le salut de la patrie C exige, Pimpatience du peuple français le commande, son courage doit Vexécuter, En effet, Léchelle et Kléber écrasèrent les insurgés en Vendée et en Bretagne. Le jeune général Iloche, chargé de recouvrer les
Grimoard , en janvier 1793 : » Le moyen le meilleur, dit-il , est de faire une guerre de masses, cVst à-dire de diriger toujours sur les points d^at* taque le plus de troupes et d'artillerie qu^on pourra. » Il est à propos de faire remarquer que cette idée fut déjà mise en œuvre par le grand Frédéric lui-même, qui souvent concentra Paltaque, soit sur Tune des Miles, soit sur le centre de Fennemi. Quant au système de Carnot, il :»emblerait différer beaucoup de cette méthode, selon Topinion du général .lomini : « Le système favori de Carnot, dit-il {Histoire des guerres de la Révolution, t. IV, p. 14, note), était d'opérer sur les deux ailes, manœuvre dangereuse à nombre égal, puisqu'elle donne aux forces une direction centrifuge : à peine serait-elle convenable pour une armée fort supérieure, puisqu'on obtiendrait presque toujours des succès plus certains en opérant sur une des ailes seulement. »
(Am. R) .
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lignes de Wissembourg, repoussa les Autrichiens et entra dans lePalatinat, tandis que Toulon était repris sur les Anglais.
Mais la convention comptait sur un autre moyen de salut, la terreur. Danton avait mis Tinitiative àtix mains de ceux qu*on appelait les sans-culottes, en faisant décréter une solde de quarante sous à ceux qui assisteraient aux assemblées de section : il fit déclarer la nation créancière de tous les riches, et demanda que toutes les subsistances, les richesses, les armes, fussent mises en réquisition ; puis Ton décréta la levée en masse.
Les biens des proscrits étalent toujours une ressource abondante. Le comité de salut public dressa en outre un projet, qui était de faire démolir les châteaux, les églises, les palais et les habitations royales , pour en donner les matériaux aux sansculottes, avec six arpents de terre à chacun , moyennant Tobligation de se bâtir une maison et de prendre femme. On voulait ainsi créer un nombre considérable de familles républicaines , qui auraient défendu , au prix de leur sang , leurs propriétés improvisées. Dès lors la Révolution, politique dans son origine, devint sociale dans sa forme ultérieure; puis elle se changea par degrés en monopole. Les jacobins dénaturèrent la générosité de ce grand mouvement , lorsqu'ils nièrent le principe iJe rintelligence, faisant reposer toute souveraineté dans le nombre, et donnant à croire au peuple que la force faisait le droit. De là , Textermination de tous ceux qui résistaient à leur dictature. La Révolution avait rompu avec tous les principes de la civilisation européenne; et les disciples de Rousseau s'eudurcissant, au nom de la raison, dans une logique intrépide , versaient le sang avec autant de froideur que les plus détestables tyrans.
Le conventionnel Laplanche , ancien capucin, disait dans un rapport : « J*ai mis partout la terreur à Tordre du jour ; « partout j*ai mis à contribution les riches et les aristocrates, « partout j'ai fait fondre les cloches et réuni les paroisses ; j'ai « destitué tous les fédéralistes , incarcéré tous les suspects , « mis la force aux mains des sans-culottes. Dans les maisons de « réclusion les prêtres avaient toutes leurs commodités , tandis « que les sans-culottes couchaient sur la paille; mais j*ai domié
UIST. DE CEKT 4NS. — T. 1. "^^
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« à ceux-ci les matelas de ceux-là. Partout j'ai fait des mariages « de prêtres ; partout j'ai électrisé les cœurs et les esprits, or- « ganisé des fabriques d'armes , visité les bâtiments, les hdpia taux , les prisons ; Êdt partir plusieurs bataillons de la levée « en masse ; passé en revue une quantité de gardes nationales « pour les républicaniser, et fait guillotiner beaucoup de roya- « listes. En somme, j'ai suivi mon mandat impératif, et j'ai « opéré partout en zélé montagnard , en représentant révolu* V tionnaire. »
« A Haguenau, ditun représentant, une soixantaine de dames firent toilette pour aller au-devant des émigrés leurs parents, qu'elles espéraient revoir avec l'armée autrichienne : mais un détachement de cavalerie française les découvrit ; il ne laissa à l'ennemi que leurs cadavres. » Le représentant Rochefort annonce qu'il vient d'établir un tribunal révolutionnaire ; « mais « il y manquait, dit-il, le dernier et le plus indispensable de ses « membres. Alors je me rendis à l'assemblée des patriotes, et « leur dis : Qui veut donner à la république unepreuve de son « patriotisme? Il manque U7i bourreau : qui veut en accepter « les fonctions? Moi, s'écrie un bon citoyen. Et je le mène aus- « sitôt déjeuner chez moi ; nous avons trinqué à la victoire des « sans-culottes , et avons inauguré la magistrature suprême de « la république par de copieuses libations. » Une commune. en- Y03ra une caisse de saindoux pour graisser la guillotine, et l'as*» semblée lui vota des remercîments.
Lyon, ce grand centre de l'esprit méridional , où les mécontents auraient pu se rallier et les étrangers tenter une pointe , fut bombardé pendant six semaines impitoyablement. Après une vive résistance il succomba (9 octobre) , et on y vit s'accomplir dliorribles massacres ; le nom même de la ville fut aboli. L'envoyé de la convention, Couthon , chez qui la fureur suppléait à l'art, y fit démolir les plus beaux édifices. Le comédien Collot d^Herbois, qui, dix ans auparavant, avait été sifflé par les Lyonnais, mit ses rancunes particulières au compte de la vengeance nationale. Les cinq juges et le bourreau allèrent se plaindre à lui qu'ils mouraient de fatigue; il leur répondit : Enflammez-vous comme moi de l'amour de la patrie , et recouvrez de nouvelles
forces» Trouvant un moyen d'accélérer la tâche , il 8*écria : Comme la vengeance de la patrie est silencieuse! c'est à coups de foudre qu'elle doit frapper ses ennemis. De longues ûles de prisonniers furent alors conduits dans une vaste plaine, et la mitraille les moissonna. CoUotdit, dans son rapport : a L*in8- « trament de mort ordinaire ne fonctionnait pas assez vite , le « marteau démolissait lentement : la mitraille a détruit les « hommes, la mine a détruit les édifices. Ceux qui sont morts « avaient tous souillé Içurs mains du sang des patriotes ; Toeil « les distinguait sans se tromper. »
Les mesures énergiques étaient toujours accompagnées de mesures cruelles, sous prétexte de trames ourdies par les Anglais. Dans Torigine , les suspects pouvaient du moins sortir la nuit de certaines cachettes pratiquées pour s'y tenir durant le jour; mais il fut alors décrété que les visites domiciliaires se feraient aussi de nuit. Personne ne fut plus en sûreté. Hébert, ancien vendeur de billets à la porte d'un théâtre, qui écrivait le journal intitulée Père DuchesnCy feuille plus dégoûtante encore que celle de Marat, avait été nommé substitut du procureur de la commune. Il alla jusqu'à accuser Marie- Antoinette, devant ses juges , d'avoir corrompu son propre fils. A cette imputation , beaucoup de jacobins eux-mêmes furent saisis de dégoût; l'infortunée en versa des larmes, et s'écria : fen appelle à toutes les mères ici présoites. Condamnée à mort (16 octobre ), elle entendit son arrêt comme une délivrance, et subit la mort comme elle avait enduré ses longues infortunes. La Révolution confia l'éducation de son fils à un savetier, nommé Simon ; et , en attendant que le dernier rejeton de cette race de rois s'éteignît misérablement , les cendres de ses aïeux furent arrachées des caveaux de Saint-Denis, et jetées au vent.
Les girondins devenus à leur tour les modérés , accusés de fomenter la guerre et les troubles du Midi , avaient été livrés, après la journée du 31 mai, au tribunal révolutionnaire. Quelques-uns d'entre eux parvinrent à fîiir, et allèrent organiser à Caen un mouvement qui avorta. Vergniaud, Brissot, Fonfrède, Gensonnet et vingt autres, condamnés à mort à Paris, furent conduits à l'échafaud au milieu d'une populace hideuse qui se
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plut à les couvrir d'outrages ; ils y montèrent , le front calme , en chantant des hymnes à la liberté et à la France. Après eux, ce fut le tour de la belle et courageuse madame Roland , devenue un objet de haine pour ces jacobins qui un moment avaient été ses amis ; elle se refusa à révéler la retraite de son mari , et périt sans désespérer de la cause républicaine , en s'écriant : O liberté y que de forfaits on commet en ton nom! Quand son mari apprit son exécution , il se donna la mort. Condorcet se consolait dans sa cachette des crimes dont il était témoin, en rêvant toujours la perfectibilité humaine. Il fut découvert et arrêté; mais le poison dont- Cabanis avait pourvu ses amis lui permit de se soustraire à Téchafaud. Le duc d'Orléans , atteint comme les autres, malgré tant de gages que la Révolution lui avait arrachés, fut mis en jugement, et alla au supplice avec le courage de Tindifférence.
Le spectacle de la mort frappait si souvent les yeux, qu'ielle ne causait plus d'effroi. Des liens d'amitié et d'amour se for« maient dans les prisons; on se créait des occupations , des amii« sements ; on s'exerçait à recevoir dignement le coup fatal. Chaque matin, lorsque paraissait le geôlier, sa liste à la main, on l'entourait avec anxiété : l'appel fait, on disait le dernier adieu à ceux dont le nom avait retenti sous ces tristes voûtes ; les autres comptaient un jour de plus pour pleurer, pour se divertir, pour se préparer à les suivre. Lavoisier continuait sous les verrous ses recherches chimiques; Destuttde Tracy étudiait son idéologie ; Jolivet concevait l'idée de son système hypothécaire , mis depuis à exécution. André Chénier composait des vers , et se liait d'un sentiment tendre avec une jeune et belle personne de vingt ans <. Condamné à son tour, il s'écria en touchant son
' C'est elle qu*il chantait dans la Jeune captive :
Ainsi, triste et captif , ma lyre toutefois S'éveillait» écoutant ces plaintes, cette voii,
Ces vœux d'une jeune captive ; Et , secouant le Joug de mes jours languissants, Aux douces lois des vers je pliais les accents
ht sa boocbe aimable et naïve.
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front : Mourir si jeune! Et pourtant il y avait quelque chose là. £d marchant au supplice , il rencontra sur la fatale charrette le poète Roucher, Tatiteur des Mois; il lui adressa, en Tembras* saot, ces vers de Racine :
• Oui , puisque je retrouve un ami si fidèle Ma fortune Ta prendre une face nouvelle.
Des scènes semblables de stoïcisme ou de tendresse se reproduisaient chaque jour.
Le fougeux parlementaire d^Esprémèsnil , que nous avons vo C;n guerre avec la cour, tomba un jour dans les mains du peuple, qui le maltraita et Tallait jeter dans un égout, quand des gardes nationaux le sauvèrent. Il disait à Pétion , qui le visitait : Moi aussi Je fus l'idole du peuple, et voyez ce quHls ont fait de moi! On le sauva, dans les massacres de septembre, en lui mettant un couteau à la main comme à un égorgeur, et il s*enfuit, les pieds dans le sang. Condamné, il se trouva sur la charrette avec Chapelier, qu'il avait eu pour adversaire. Cest une question à décider, lui dit Chapelier, que de savoir à qui de nous deux sont adressées les huées du peuple. — A tous les deux, répondit d'£sprémesnil.
Une foule ivre , en effet, attendait chaque matin la charrette funèbre , et la suivait à travers les rues populeuses de Paris, l)lasphémant, raillant, la couvrant de boue et de crachats. On sait trop Thorrible rôle qu'y jouèrent les femmes. Mirabeau avait dit dès le commencement ; Si les femmes ne s'en mêlent, on ne fera rien ; et il les poussa à figurer dans les émeutes ; elles y commirent des profanations dont le cynisme des hommes se fût révolté. Ce furent des femmes que l'on vit les premières envahir le palais, porter les têtes en triomphe ; elles calomnièrent
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux. Feront à quelque amant des loisirs studieux
Chercher qtielle fut cette belle :
La grâce décorait son front et ses discours ; Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours
Ceux «iHï les passeront prés d'elle.
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dans la reine l'honneur de la femme et Tamour maternel ; les scènes de massacre leur devinrent indispensables comme celles du cirque aux Romains. Lionnes pendant la bataille, hyènes après la victoire, elles mutilaient les cadavres, leséventraient, en mangeaient quelquefois le cœur. La plus monstrueuse futThéroigne deMéricourt, capitaine de ces hordes cannibales; d'autres remplissaient l'office journalier dHnsulteuses du supplice , ou assistaient aux séances de la convention en tricotant des bas; on les appela les tricoteuses de Robespierre.
£n regard de ce hideux tableau , hâtons-nous de dire que les femmes n'eurent que trop aussi leur part de souffrances , et ne manquèrent pas d'occasions de se montrer sublimes. Douze jeunes filles de Verdun furent mises à mort pour avoir dansé avec des Prussiens. Les religieuses de Montmartre marchèrent à réchafaud avec leurs élèves , chantant des psaumes autour de leur abbesse nonagénaire. Plusieurs, ne pouvant sauver leurs parents, voulurent mourir avec eux. Dans Paris seul, douze mille femmes furent envoyées au supplice en quatre mois : parmi elles la du Barry , qui donna le spectacle d'une honteuse faiblesse, auquel on n'était plus accoutumé ; puis son ancienne rivale, madame de Grammont, sœur du duc de Choiseul, coupable d'avoir fourni à Marie-Antoinette du linge, dont elle manquait dans sa prison. Madame Elisabeth, sœur du roi, princesse vertueuse et pure, fut conduite au supplice, confondue avec d'autres condamnés. C'était ainsi que l'égalité se réalisait.
Deux cent mille individus étaient incarcérés comme suspects en novembre 1793 ; il avait fallu, pour cela, convertir en prisons les palais, les collèges, les monastères. On arrêtait en masse, par quartier, par religion, par famille, par pays. En une seule nuit, trois cents familles du faubourg Saint- Germain furent arrachées de leur domicile; quarante - cinq magistrats de Paris furent envoyés ensemble à l'échafaud : une autre fois, trente-trois membres du parlement de Toulouse; une autre, vingt-sept négociants de Sedan. On s'inquiétait peu de trouver un délit ; la parenté sufflsait , la richesse , un grade , un nom historique ou parlementaire.
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Va^bé de Fénelon, qui avait recueilli les pauvres enfants savoyards, fut accompagné à Téchafaud par une foule de ces enfûts, et ce vieillard de quatre-vingt-neuf ans leur donna sa bé« iiédietion avant de mourir. Malesherbes paya de son sang le courage qa*il avait eu de défendre Louis XVI et de secourir quelques émigrés. Il fut conduit à Téchafaud avec sa fille , sa petit&^le, €t le mari de cette dernière : trois générations disparaissaient ainsi sous la main du bourreau.
Alors périrent les anciens ministres, les membres des parlemeuts^les maréchaux, les financiers ; et les paroles mémorables que plusieurs d'entre eux firent entendre au dernier moment montient le courage qu'inspirent la vertu ou Thabitude. Quelques savants échappèrent à la mort , parce qu'ils étaient occupés de la réforme des poids et mesures. Lavoisier, qui avait préparé avec Fourcroy et Berthollet les moyens de soutenir la guerre , fiit arrêté avec trente-deux fermiers généraux , accusés d*avoir mis de Teau dans les tabacs ;. tous furent condamnés» et e est en vain que Lavoisier implora un sursis pour mener à fin une découverte de chimie. On lui répondit que « la république n'avait pas besoin de savants. »
Deux cents membres de l'assemblée constituante forent immolés de même, entre autres Bailly, savant illustre, cœur simple et généreux, qui voyait la main de Dieu dans le cours des astres, où l'on ne voulait plus reconnaître que le choc de la matière. Il s'était jeté dans la Révolution avec les espérances naïves de tous ; il se vit condamné à périr à son tour (11 novembre) : l'échafaud fut dressé sur un fumier, dans Tintention de rendre sa fin plus infâme. Un de ces sans-culottes qui suivaient la charrette lui cria, en le voyant frissonner sous une pluie glacée r Quoi ! tu trembles, Bailly? — Oui, mon ami, répondit-il; mais c*€st de froid. La hache révolutionnaire atteignit aussi Barnave, qui , accusé dans sa retraite d'avoir donné des conseils à Louis XVI, tomba victime sans avoir été persécuteur.
Custine , qui avait succédé à Dumouriez dans le commandement, ayant conçu le projet de soulever l'Allemagne, s'était avancé inconsidérément dans le pays , d'où il avait ensuite effectué une retraite prudente. On lui fit un crime de. cela,
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mais surtout de s'être montré triste le 81 mai, et d'avoir traité Robespierre et Marat de perturbateurs. Comme le tribunal révolutionnaire hésitait à prononcer sur des accusations si vagues , les juges eux-mêmes furent accusés à la convention de procéder avec lenteur , et d'employer les formes l^les. Il fallut le sacrifier, ainsi que d'autres généraux.
( 1794) Jamais il ne s'était vu tant de facilité à recevoir ou a donner la mort^ soit à la guerre , soit sur l'échafaud, sans idée de péril ou de sacrifice, par système, par habitude. Montrait-on par hasard de la pitié? c'était pour s'emparer de l'opinion par la clémence, et usurper le pouvoir. Le tribunal révolutionnaire conservait un reste de formes : on pouvait, danssa défei^e, dire encore la vérité. C'était trop : pour peu qu'il y eût preuve marérielle ou morale^ il n'y avait point besoin de témoins. On ne devait aux conspirateurs d*autres défenseurs que la conscience des jurés. Il n'y avait pas d'autre peine que la mort» Fouquinrlinville, l'accusateur public, poussa si loin la démence, que son collègue Collot d'Herbois lui dit : « Mais quoi , tu veux donc démoraliser le supplice ? » C'était par charretées qu'on conduisait les accusés au tribunal; on les jugeait, et on les menait au supplice par fournées. Il y avait là des méprises de toute sorte. Un détenu fait remarquer au tribunal que son nom n'est pas porté sur la liste des accusés : « Qu'importe ? dit Fouquier ; je vais l'y mettre. » On faisait l'appel de gens déjà exécutés , on tuait l'un à la place de l'autre; cela importait peu. On imprimait d'avance les sentences de mort, avec les motifs en regard; il ne restait plus qu'à y inscrire les noms. Les exécutions étaient de cinquante à soixante par jour : « Ça va bien, disait Fouquier; les têtes tombent comme grêle. Cela ira mieux encore la décade prochaine : il nous en faudra au moins cent cinquante. » Billaud-Varennes s'écriait : « Le tribunal révolutionnaire croit faire merveille, quand il fait tomber soixante-dix à quatre-vingts têtes. Un nombre uniforme ne fait plus d'effet : iï faut redoubler. » Vadier disait : « Il faut mettre un mur de têtes entre le peuple et nous. » Le nombre fut élevé à cent cinquante par jour. 11 fallut creuser un égout pour donner de l'écoulement au sang.
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Ces /otim^W faisaient place chaque jour h des centaines de uoûTeaux prisonniers; mais pour qu'il fût possible de con* damner tant de gens inconnus, dont le crime ne pouvait se formuler que par le titre de modérés, on se dit que naturellement ils devaient souhaiter de sortir de prison, et par conséquent tenter de s'échapper. Ils étaient dès lors coupables; et, sous ce prétexte , on condamnait ceux à qui on ne pouvait reprocher autre chose. Les prisons furent remplies d'espions qui y venaient créer le délit, ayant mission de faire parler les détenus, pour les dénoncer après. C'est ainsi que la défiance s'ajouta à la terreur qui y régnait.
Des scènes semblables se reproduisaient dans toute la France. Carrier, qui tuait par instinct, par volupté, exterminait en Vendée les prétendus aristocrates par troupes de cent, de deux cents individus ; et il ne répondait aux réclamations des infortunés , à celles des magistrats, qu'en les menaçant de la guillotine. Il y avait dans les prisons défiantes près de dix mille détenus ; or la fusillade lui paraissant trop longue, indépendamment de la difficulté d'ensevelir tant de cadavres, il les fit noyer par centaines dans la Loire, au moyen de bateaux à soupape. Il fit périr les enfants des Vendéens que la pitié des Nantais avai^ recueillis; quatre ou cinq mille furent sacrifiés en peu de jours. On mitraillait à Bordeaux , à Marseille, à Toulon , surtout à Lyon; et si l'on réclamait contre ces atrocités, le comité répondait : La liberté est une vierge dont on ne doit pas lever le voile.
Maignet , envoyé dans les départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, écrivait à Couthon : « Tu m'ordonnes de « faire transporter à Paris les conspirateurs. Mais il y en a de « douze à quinze mille : ce serait donc trop de dépenses et de « dangers. Puis il faut épouvanter, et le coup n'est effrayant « que sous les yeux des complices. » En conséquence, trois cent quatre-vingts personnes périrent dans la seule ville d'Orange.
Achard écrivait à Gravier : « Encore des têtes, et toujours « des têtes ! Quel délire , si tu avais vu avant-hier cette justice « nationale de deux cent neuf scélérats ! Quelle majesté ! quel « ton imposant ! Combien de grands misérables ont mordu la
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« poussière dans ce jour! Quel ciment pour la république? En a voilà pourtant déjà plus de cinq cents; il en passera eneort « deux fois autant; et puis en avant ' ! »
Collot d'Herbois s'exprimait ainsi : « Que vous êtes énervés , « vous, habitants de la molle capitale ! C'est de la timidité que « d'égorger les ennemis de la patrie : il faut les mitrailler. Je « vous l'ai dit cent fois. »
La mission de Lebon à Arras et sur les frontières du nord, dit Prudhomme, peut se comparer à l'apparition des furies. L'orchestre, les jours de fête , était dressé à côté de Téchafaud , et Lebon disait aux jeunes filles : « Suivez la voix de la nature, abandonnez-vous à vos amants. » 11 se faisait suivre d'une bande d enfants corrompus , qui étaient les espions de leurs familles. C'était une mode d'avoir de petites guillotines ; et l'on se divertissait à couper la tête aux oiseaux et aux souris. Lebon , après avoir abusé d'une femme qui s'était livrée à lui pour sauver son mari, fit guillotiner cet homme sous les yeux de cette malheureuse, à qui il ne resta plus que l'horreur de son sacrifice : genre d'infamie dont les exemples ont été nombreux.
L'ironie se mêlait à toutes ces atrocités : ils appelaient feu de file les procédures expéditives ; la noyade était le baptême républicain, comme le mariage républicain le supplice d'un homme et d'une femme que Ton liait nus ensemble, et que l'on précipitait dans le fleuve. Coffinhal disait à un maître d'escrime condamné : Pare cette hotte-tà! Le président Dumas disait d'une dame qui était sourde : Elle a conspiré sourdement. Il disait à une jeune fille qui lui répondait qu'elle avait seize ans : Tu en as quatre-vingts pour le crime; à un vieillard que la paralysie empêchait de parler : Ce n'est pas la langue que nous voulons , c'est la tête.
C'est ainsi que la peur multipliait les victimes : l'âge, le sexe, le rang , la profession , le crime et la vertu , étaient frappés sans distinction : égalité terrible ! C'était ainsi que le peuple ignorant réalisait ce que les savants avaient préparé , et que la société était régéoérée dans le sang ! On a dit que la terreur sauva la
' Rapport des vingt et un ; pièces annexées , n" 29.
RévolatioD et la liberté : on ne sauve pas les causes en les déshonorant.
Cependant la famine et les besoins croissants augmentaient le mécontentement; Tespionnage, les cruautés se multipliaient à la suite. L'athéisme bientôt eut ses fêtes publiques : l'un de ses apôtres les plus fervents fut un baron allemand, Anacharsis Clootz , qui s'intitulait Forateur du genre humain et Cennemi personnel de Dieu. Il s'était fait aussi Tapôtre de la république universelle, et voyait dans la Révolution , non pas le développement de la liberté française , mais celle du mondç entier. La convention était, à ses yeux, la représentation dé Tunivérs. « Les corps nationaux , disait-il, comme les corps « provinciaux , sont les fléaux du genre humain ; et il en résulte u desguerreâ, qui autrement se réduiraient à des (ft-ocès. Abat- « tez les barrières nationales, et Tâge d'or renaîtra, et une « harmonie inaltérable couvrira le globe d'une paix perpé- « tuelle. » En conséquence, au lieu de Five la nation fou devait crier f^ive le genre humain! La constitution devait être faite pour toute l'espèce humaine , et se réduire à ce que la nature inspirait , en rapprochant les hommes de manière que leur instinct commun pût se manifester. Clootz arrivait ainsi, par les mêmes idées que les fédéralistes , à un résultat tout opposé , à la fusion absolue de toutes les nations.
Un nouveau système de poids et mesures fut alors introduit. Le calendrier reçut des noms nouveaux ; les décades remplacèrent les semaines, avec l'adjonction de cinq jours complémentaires, appelés sans-culottidcs ; ils étaient consacrés au génie, au travail, aux belles actions, aux récompenses. Le dernier, pendant lequel chacun pouvait dire ce qu'il pensait , était sous le patronage de l'opinion. Par amour du système décimal, on alla jusqu'à diviser la journée en dix heures. Toutes les habitudes furent changées ; toutes les marchandises durent être vendues à des prix déterminés ; le pain fut réduit à une seule qualité , encore était-elle mauvaise.
La guerre fut déclarée au Roi du ciel comme aux rois de la terre. La convention ayant décidé que Dieu n'existait pas, et que Tunique religion était la volonté du peuple , on abattit les
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églises, on détruisit les reliques , les chefr-d'œuvre de Tart ; on convertit le mariage en « sacrement de l'adultère ; » et Tefûgie de Marat remplaça dans les rues les tabernacles des saints. Comme tout dans les comédies prétait à raltaskm , on leur substitua des fêtes populaires. Dans celle de Tathéisme, une cantatrice nue représenta la Raison ; et elle fut conduite en triomphe de la salle de l'assemblée, où tombèrent ses voiles, à r^otre- Dame , dont Tautel fut consacré à la nouvelle déesse.
Mais les philosophes de la Révolution s'indignaient déjà qu'un iimulacre de culte survécût à la religion ; ils préféraient inau« gurer l'adoration abstraite d'un Dieu, sans forme, sans dogme, et sans rites. La multitude s'était crue délivrée de tout devoir, dès qu'elle s'était vue délivrée de Dieq.
Des scènes de cette nature n'étaient point du goût de Danton et de Robespierre, qui voulaient exercer leurs cruautés sérieusement, tandis que les autres cherchaient à les égayer. Robespierre désapprouva donc cette manière de « troubler la liberté « des cultes au nom de la liberté , et d'attaquer le £anatisme
« par un fanatisme nouveau L'atliéisme est aristocratique,
« dit-il; l'idée d'un grand Être veillant sur l'innocence opprimée « et punissant le crime triomphant est toute populaire. Si Dieu « n'existait pas, il faudrait l'inventer. »
Les divisions éclatèrent ainsi dans la Montagne victorieuse. Les membres de ce gouvernement se haïssaient entre eux, la nécessité seule les tenait unis ; et lorsqu'ils étaient rassasiés de sang , beaucoup d'entre eux se rassemblaient dans les orgies. Robespierre, à qui sa réputation d'incorruptible proGtait au mi lieu de tant de fripons , semblait un Rousseau, armé de la dictature ; il exécutait ce que l'autre avait pensé. Il proclamait Dieu, le peuple, la justice, l'humanité, la main sur la guillotine; imperturbable dans le crime, parce qu'il le croyait nécessaire pour ramener le règne de la vertu. « L'homme est bon , mais la société est pervertie par un petit nombre de méchants. » La postérité doute encore si ce fiit délire, si ce fut hypocrisie, ou cetteen vie innée qui le dévorait, mais qui fut pourtant utile, car il s'attacha à discréditer les membres du comité, qui se consolidaient, grâce aux triomphes des armées ^ dont ils s'attribuaient le mérite.
Les malédictions d*abord étaient tombées sur le roi : lorsqu'il eut disparu , on s*en prit aux girondins , dont on disait : Les braves gens n^eurent jamais cT énergie. Les girondins renversés , restaient Robespierre et Danton ; et il fallut que 4*un d'eux devînt le bouc émissaire. Il n*était pas possible d'accuser de modération Robespierre , qui haïssait tout le monde ; il n'avait pas besoin de se justifier, attendu qu'il passait pour incorruptible, et qu'il n'avait profité en rien de la Révolution.
La Révolution a été comparée avec raison à un char qui, M ralentissant, écrase celui qui le conduit. Or Danton s'était ralenti : livré à des plaisirs tranquilles, il avait paru prendre en dégoût les désordres féroces , et il parla de clémence. Il fut secondé par Camille Desmoulins, qu'on écoutait parce qu'il était parfois fi éloquent, et qui combattait, mais trop tard, dans le ^ieux cordélier, une anarchie sanguinaire. Il y donnait la traduction d'un passage de Tacite , faisant ressortir la ressemblance de cette époque avec le règne de Tibère ; et il proposa un comité de clémence.
Rohespierre saisit cette occasion de frapper sans égards quiconque voulait refréner la Révolution. Il traduisit au tribunal révolutionnaire Danton , Desmoulins , Westermau l'exterminateur des Vendéens , et douze autres conventionnels. Us étaient jeunes, d'une grande influence, capables de se défendre avec toute la fureur de gens sacrifiés par leurs complices: leur procès pouvait donc avoir des conséquences terribles pour ceux qui avaient été leurs collègues et leurs instruments. Robespierre y pourvut : Nous ne voulons point de privilèges, s'écria-t-il, nous ne voulons point d'idoles ; puis il les fit déclarer séditieux, et condamner en toute hâte. Aux questions qui lui furent adressées , Danton répondit : J'ai rage du sans-culotte JésuS'Christ quand il mourut ; et après une défense éloquente et cynique , il concluait : Ma demeure sera bientôt le néant; et mon nom restera dans le Panthéon de C histoire. Puis il ajouta: Je meurs content , car je sens que j'entraîne Robespierre à ma suite. Le lâche n'aurait eu que moi pour le sauver.
La terreur en était donc venue à se dévorer elle-même : Danton l'avait crue une nécessité fatale; Robespierre, une justice
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rigoureuse. Le premier, prenant pour règle l'opportunité , pensait qu'elle devait cesser; Fautre voulait la maintenir jusqu'à rentière régéaération de la société. Le principe jacobin ^ le fanatisme de l'égalité sociale, se montrait dans Saint- Just , chez qui la férodté avait uue espèce de loyauté , plus que dans Robespierre. Ce fut lui qui soutint le courage de l'Incorruptible lors de ce coup d'État hypocrite, après lequei il fut tout-puissant. Robespierre , désormais sans rivaux , exposa alors ses doctrines : « Le principe du gouvernement démocratique est la «vertu, et le moyen de l'établir, la terreur. Substituer la mo- « raie à l'égoïsme, la probité à Thonneur^ les principes aux « coutumes, les devoirs à la politesse, l'empire de la raison à la r' « tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris de l'infor- « tuile , la fierté à Tinsolence , la magnanimité à la vanité , l'a- « mour de la gloire à celui de l'argent , les bonnes gens à la « bonne compagnie , le mérite à Tintrigue, le génie au bel es- « prit, la vérité au clinquant, les joies du bonheur aux ennuis « de la volupté , la grandeur de Thomme à la petitesse des « grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un « peuple aimable, frivole, misérable, c'est-à-dire toutes les « vertus et les miracles de la république à tous les vices et aux « ridicules de la monarchie , telle est notre intention. » Il fallait pour cela un gouvernement capable de surmonter tous les obstacles. Saint-Just, de son coté, disait : « Un parti veut changer « la liberté en bacchante ; Fautre , en prostituée. Vous avez cent « mille détenus , et le tribunal révolutionnabre a condamné déjà « trois cent mille coupables. Mais , sous la monarchie , il y avait «< quatre cent mille prisonniers; on pendait par an quinze mille « contrebandiers^ on rouait quinze mille individus. Aujourd'hui « même il y a en Europe quatre millions de détenus dont vous « n'entendez pas les cris, tandis que votre modération parricide « laisse triompher les ennemis du gouvernement. Pîous nous « chargeons de reproches ; et les rois , mille fois plus cruels que « nous , s'endorment dans le crime. »
La populace applaudit, comme elle fait toujours, à ces exagérations insensées, et Ton en conclut qu'il fallait sévir contre les ultra -révolutionnaires. En conséquence, Hébert l'énerga-
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mène, et Chaumette , Tap^tre de la Raison , se virent incartérés avec les suspects , que leur nom seul faisait trembler. Tous furent condamnés à mort, selon la règle ordinaires et comme Hébert disait en gémissant que la liberté était perdue : La liberté perdue, s*écrie Ronsin, parce que quelques misérables individus vont périr! La liberté est immortelle : nos ennemis succomberont après nous , et la liberté nous survivra à tous.
De toutes parts pleuvaient des adresses de félicitations ; le co* mité était flatté comme un roi. Saint- Just proposa d'autres yi#h lences : il demanda que tous les nobles et tous les étrangers fussent chassés. Les ministères furent abolis, et remplacés par des commissions du comité. On arriva ainsi à centraliser jusqu'à Topinion; et Robespierre, empruntant le style et les idées de ^ Rousseau , paria de la vertu, déclama contre ses ennemis, c*està-dire contre ceux qu'avait fauchés la guillotine ; enfin , 11 adopta comme base de sa politique l'immortalité de Tâme.
« L'idée de son néant, dit-il , inspirera-t-elle à Thomme des « sentiments plus purs et plus élevés que celle de son immor- « talité.' Lui inspirera-t-elle plus de respect pour ses semblables « et pour lui-même , plus de dévouement pour sa patrie , plus « d'audace à braver la tyrannie, plus de mépris pour la mort ou « pour la volupté ? Vous qui pleurez un ami vertueux , vous « aimez à penser que la partie la plus belle de lui-même aécbappé « au trépas* Vous qui gémissez sur le cercueil d'un fils ou d'une « épouse , êtez-vous consolé par celui qui vous dit qu'il ne reste « d'eux qu'une vile poussière ? Malheureux qui expirez sous les « coups d'un assassin , votre dernier soupir est un appel à la • justice étemelle. L'innocence, sur l'échafaud , fait pâlir le « tyran sur son char de triomphe. Aurait-elle cet ascendant, si « la tombe égalisait l'oppresseur et l'opprimé? »
Il s'attacha ensuite à démontrer la nécessité des fêtes, et fit adopter par acclamation un décret portant que <i le peuple fran « çais reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité
' La chute des hommes de la commune, Chaumette, Héhert,etc., qui formaient le parti ultra-révolutionnaire, précéda celle de Danton et de ses amis. (An. R.)
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« de rame; que le culte le plus digne du Créateur est la pra* « tique des devoirs de Thomme. » De là une série de fêtes consacrées aux différentes vertus; de là la liberté des cultes; et toute la France applaudit à ce décret , comme elle avait fait naguère à celui qui mettait sur les autels la déesse Raison. La vertu et VÉtre suprême retentirent dans toutes les bouches. Robespierre sacriGa quiconque lui paraissait contraire à la vertu ; tout écrivain fut placé sous le coup de la vague menace lancée contre tous ceux qui dépravaient les mœurs. En même temps les restes de Rousseau , qui avait dédaré que la liberté lui paraîtrait chèrement achetée au prix du sang d'un seul ci- ^ toyen , étaient transférés au Panthéon , à côté de Marat. Il est vrai que des torrents de sang avaient été versés au nom de ses doctrines.
Ces idées de recomposition prématurée devaient amener le déclin de Robespierre : en effet, contredit par le comité, il se retira avec le dépit de la vanité offensée. Rillaud-Varennes , Collot d'Herbois, et ce Rarrère, célèbre par des mots élégamment atroces, qui trahissait tous les partis en se comparant à Aristide et à Cicéron , restèrent les maîtres. C'était Rarrère qui s'écriait : Nous battons monnaie sur la place de la Révolution. On répétait encore de lui ce mot : Frappons ! il n'y a que les morts qui ne reviennent point.
Robespierre, néanmoins, se voyait flatté comme un roi, vénéré même comme un saint. Il était entouré de femmes empressées à l'aduler, à le servir, qui lui supposaient une espèce d'inspiration supérieure. Jouissant d'une réputation d'incorruptibilité, comme il en faut pour se faire adorer des masses; étranger à la pitié qui perd les révolutionnaires ; ayant cet orgueil qui prône sans cesse ses propres mérites , il s'était formé un parti nombreux. Il sentait la nécessité d'exterminer ses collègues , pour se conserver lui-même ; mais ils se hâtèrent de le prévenir. Tallien le dénonça comme coupable d'avoir fait plusieurs actes de clémence , et de ne pas aimer Marat : on cria j4 bas le tyran! Pie trouvant dans la Montagne que des amis tièdes ou des adversaires acharnés, il osa invoquer « les hommes purs et vertueux de la Plaine , » qui détournèrent la tête- C'est
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en vain qu*il demanda la parole au président; un député lui cria : Le sang de Danton f étouffe! et il fut décrété d'arrestation. Rendu presque aussitôt à la liberté , il eût triomphé peutêtre, bMI avait su agir ; et la guerre civile fut au moment d'éclater. Le conventionnel Barras fut mis à la tête de la force armée , tandis que la municipalité , proclamant l'insurrection , fit cause commune avec Robespierre, à qui manquait l'audace nécessaire pour la soutenir. Se voyant perdu , il se tira un couy de pistolet, qui lui fracassa la mâchoire, et ne put se soustraira à l'éehafaud. Saint-Just appela , comme Néron , un ami qui voulût lui donner la mort ; et Lebas , à qui il s'adressait , lui répondit : Fais comme moi, et se tua. Les autres n'eurent que le codrage de s'injurier entre eux , et ils furent arrêtés vivants. Le tribunal révolutionnaire , à qui pesait sa complicité avec les vaincus, se hâta de s'en laver en les condamnant (9 thermidor). Le véritable but de la Révolution, pour les jacobins, était d'élever les prolétaires, quel qu'en fût le moyen : Périsse le monde, pourvu que le principe triomphe ! La convention , en les tuant , se tua elle-même , et n'eut à invoquer pour sa justiûcation que la crainte d'être prévenue. A dater de leur mort , la Révolution cessa sa marche ascendante , et le règne de la multitude commença à décliner.