‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 60 sur 159 · GUERRE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

GUERRE EXTÉRIEURE

Les thermidoriens, comme on appela le parti qui l'emporta dans cette journée, furent contraints d'abandonner le système de la terreur : des journaux, des livres osèrent parler d'ordre, de religion. La lutte ne cessa pas toutefois entre les modérés et les exagérés , mais ceux-ci furent réprimés ; un frein fut mis aux sociétés populaires , qui formaient un gouvernement contre le gouvernement \ on apporta des restrictions aux lois économiques , dont les résultats avaient été si funestes. La pauvreté , la malpropreté affectée firent bientôt place au luxe, à l'élégance, aux fêtes, aux spectacles, aux sciences. On se permi(

4t4 LES THERMIDOBIEIUS.

d*écrire contre la « canaille révolutionnaire. » Ces él^;ants qu'on appela \à jeunesse dorée, se firent les antagonistes des jacobins. On se mit à chercher quelque système d'éducation qui p^trendre les hommes aux arts et aux professions libérales : des encouragements furent accordés dans ce sens. Marat, le saint de la terreur, fut arraché du Panthéon ; ses bustes furent rejetés des lieux publics. Sieyes sortit de son long silence. L'assemblée rappela dans son sein ce qui restait des girondins proscrits. Biadame Tallira hérita de Tinfluence qu'avait naguère exercée madame Roland ; et Pichegru , le conquérant de la Hollande , se plaça à la tête des jeunes thermidoriens.

Les biens des proscrits furent rendus à leurs £unilles ; on osa parler de tolérance des cultes , d'amnistie pour la Vendée. La proscription de cités entières , comme Lyon et Marseille , fut levée, le tribunal révolutionnaire aboli, et cette épithète disparut des institutions. La garde nationale fut choisie parmi les citoyens aisés. Les églises furent restituées aux catholiques. Des lois horribles survécurent pourtant à la terreur, et les décrets sur les finances ne s'exécutèrent qu'à l'aide de mesures rigoureuses. La disette était telle dans Paris , que l'on y mesurait le pain comme dans une ville assiégée , et qu'on le paya jusqu'à vingt- deux' francs la livre. Un hiver terrible ajouta à cette famine d'autres souffrances, dans ce temps où les moyens de chauffage manquaient. Il fallait émettre huit cents millions d'assignats par mois ; mais cette prodigalité les dépréciait à ce point qu'un louis en numéraire valait deux cents livres en assignats.

Le peuple, poussé à bout, se souleva ( 38 mars 1795) au cri de Vivent les jacobins ! Du pain, et la constitution de 93 1 Mais l'émeute avorta , faute de chefs. La salle des Jacobins , arène des républicains, fut fermée, et beaucoup d'entre eux furent mis en jugement. Barrère, Collet d'Herbois et Billaud- Varennes furent déportés; Fouquier-Tinville, Carrier, Lebon, avaient été condamnés à mort par. le tribunal révolutionnaire ; d'autres, assassinés par des particuliers. Plus les villes avaient souffert, plus la réaction se montrait terrible; il fallut proclamer la loi martiale , et recourir à de nouvelles rigueurs pour ré-

SECOfïD PABTAGB DE LÀ POLOGNE. 41ô

primer «es mouvements. Ainsi, après que le parti delà Montagne eut été une fois étouffé dans le sang, la crainte de retomber sous le régime de la terreur ramena la terreur. L'anarchie s'étendit partout, faute d'un gouvernement assez fort pour se faire obéir.

Pendant ce temps, la France répandait au dehors, par les armes, ses principes. Elle multipliait ses conquêtes avec ce mélange d'enthousiasme, de passions cupides, de générosité et de terreur, qui fut le caractère de cette Révolution. Mais les sympathies des peuples étaient déjà perdues pour elle ; les grandes puissances en avaient profité pour affermir leur pouvoir, et pour commettre un nouvel attentat politique.

Dans la Pologne démembrée, Stanislas, tout en se souvenant qu'il était redevable du trôner à Catherine , n'oubliait pas qu*il était Polonais. Il profita d'un calme momentané pour rétablir l'ordre dans l'armée et dans les finances ; mais on gouverne plus avecle caractère qu'avec le talent. La noblesse, frémissante, n*attendait que Tinstant de tenter de nouveau la fortune; et Tespoir qu'elle nourrissait fut flatté par le successeur du grand Frédéric, qui paraissait résolu à lui rendre l'indépendance. Les Polonais fortifièrent leur armée , et, malgré les réclamations de la Russie , travaillèrent à se donner une constitution nouvelle , d'après les idées qui leur venaient de France , autant que cela était possible dans un pays où existait le servage , et où il n'y avait point de tiers état.

C'était l'œuvre de patriotes sages , qui ne voulaient ni agir précipitamment, ni démolir le passé, ni imposer à un peuple des institutions avant d'en avoir mesuré l'opportunité. Le plus grand obstacle venait de la faction russe. Elle se composait de gens qui , ayant la pratique des diètes et l'art de traîner les choses en longueur, chicanaient sur des misères , suscitaient des incidents, proposaient des amendements, et qui, lorsqu'ils ne pouvaient empêcher une délibération , poussaient les auteurs de la proposition à des exagérations qui en faisaient ressortir les inconvénients et les difficultés. Pendant ces débats, les forces s'amoindrissaient , et le temps se perdait. Les puissances voisines recommençaient à se mêler des affaires de la Pologne , et déjà l'on disait ouvertement que leur intention était de s'in-

4\e LES THERMIDORIENS.

demniser des dépenses de la guerre, en opérant un nouveau partage du pays. Les patriotes , qui , avec autant de courage que de bon sens et de loyauté , avaient déjà donné une charte aux villes immédiates , par laquelle tous les habitants de ces villes étaient déclarés libres et soumis à une législation unique, jugèrent alors nécessaire de se rapprocher du roi.

Stanislas devait s'estimer heureux de sortir enOn de la servitude où la Russie le tenait depuis vingt-cinq ans« et de s'appuyer sur une constitution nationale. 11 semblait se réveiller à ridée de devenir le législateur de son pays ; et , quelques machinations que mît en œuvre le parti russe pour faire une révolutioa, il les déjoua, et promulgua la constitution (S mai 1791).

U serait inutile de nous étendre sur ce statut , qui n*eut point d'effet t et qui fut jugé trop libéral par les uns^ trop tyranniqae par les autres. 11 fut particulièrement odieux aux seigneurs , à qui il enlevait Tespoir d'arriver aii trône. Ils se concertèrent donc pour se rallier à la Russie (1792). Dès que Catherine se fut réconciliée avec la Porte , elle désapprouva hautement ce qui s'était fait dans la Pologne , qui osait se relever de l'abaissement où elle voulait la tenir; et elle dit, de son ton impérial : // dépend de moi de rayer la Pologne de la carte d Europe.

L'empereur et le roi de Prusse s'étaient engagés à maintenir l'intégrité de la Pologne et la liberté de sa constitution. Catherine obtint d'eux qu'ils reviendraient sur cette promesse. Elle engagea les mécontents à se conGer à sa magnanimité , à son désintéressement ; puis elle déclara, en qualité de protectrice des réfugiés , qu'elle allait faire entrer des troupes dans le pays pour rétablir l'ancien ordre de choses (1792). Les Polonais, voulant maintenir leur droit de nation indépendante , s'apprêtèrent à combattre , firent appel aux puissances. Mais l'Autriche garda le silence ; la Prusse dit qu'elle ne pouvait ni ne voulait s'en mêler, et en même temps elle s'unit à la Russie pour ramener en Pologne l'ancienne anarchie.

Stanislas déclara d'abord qu'il était résolu à périr avec sa patrie; mais, toujours héros à demi , il se découragea. Tout fut donc remis dans l'ancien état.

Ce fut alors que le roi de Prusse déebra que les maximes

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