‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 6 sur 159 · MŒURS · texte numérisé non relu

MŒURS

Sous Louis XIV, les mœurs générales s'étaient déjà relâchées, malgré l'austérité du vieux roi ; mais, dans un pays habitué à se modeler sur la cour, rien ne fut plus funeste que les exemples du Régent. Qui se serait permis de calculer ses dépenses, quand on voyait prodiguer pour l'achat d'un diamant des trésors que réclamaient en vain les besoins publics? Qui aurait osé se montrer sobre et chaste au milieu des petits soupers ? Ceux même parmi'les courtisans que la passion ne dominait pas, prenaient à tâche d'afficher le désordre et la débauche, et se montraient ivres quand le prince chancelait.

Le palais du Régent servait de lieu d'asile contre les lois qui défendaient le jeu. Mademoiselle de Valois, âgée de dix-huit ans, et fiancée au duc de Modène, allait rejoindre son époux, accompagnée de tailleurs de pharaon, et passait la nuit à jouer, le jour à dormir. Les plus hauts personnages se livraient à cette firéuésie, qui se répandit dans les provinces. Il se forma alors ime classe particulière de gens, celle des chevaliers d'industrie, qui vivaient en grands seigneurs et en débauchés , sans autres res-

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sources qae celles que leur offraient Fescroquerie et les cartes. Le gouvernement, ne pouvant les empêcher, songea à surveiller les jeux, et autorisa huit académies, moyennant une somme de 800,000 livres, qui fut destinée aux pauvres.

Les petites maisons, où les seigneurs se dédommageaient, dans la familiarité, de la représentation gênante à laquelle ils étaient condamnés dans leurs hôtels, avaient disparu sous le grand roi ; mais elles se multiplièrent alors. On commença d'avoir honte du bonheur domestique, et de rougir de se montrer avec sa femme. Une dangereuse nécessité de se faire des amis et de les conserver introduisit lesigisbéisme; on stipula, dans les contrats de mariage, que la femme ne serait pas obligée d'habiter la terre du mari.

Les mœurs éprouvèrent une nouvelle secousse dé la rapidité avec laquelle la banque de La w enrichit les uns et appauvrit les autres. Les idées économiques, en se répandant , enlevèrent au commerce cette tache dégradante qui lui avait été imprimée jusque-là. Le luxe devint plus ingénieux, mais frivole, éphémère ; les vastes galeries firent place à des appartements séparés , fournis de toutes les commodités que pouvaient réclamer l'étude ou les plaisirs secrets. Les arts représentèreujt des scènes non plus seulement voluptueuses» mais libertines. L'usage des miroirs se répandit , et on les disposa avec artifice ; les porcelaines et les curiosités, apportées de l'Inde, remplirent les appartements; l'usage des parfums s'y introduisit; on y admit aussi les fleurs , pour se donner un air de simplicité qui contrastait avec la foule des valets habillés d'écarlate, le chapeau chargé de grandes plumes. Leur mérite suprême était de connaître le blason et les livrées, pouf savoir à quels carrosses celui de leur maître devait céder le pas , et ceux sur lesquels il était en droit de le prendre : une erreur les exposait à être battus en pleine rue, ou chassés du logis.

Ce fut à cette époque que l'usage du thé s'introduisit , à l'imitation des Anglais , en même temps que se répandit celui du café, du chocolat, et des vins de luxe. Les habits se simplifièrent et s'ajustèrent au corps , selon la mode septentrionale; l'ampleur des perruques diminua , et on commença même à faire usa^^e dft

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