‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 7 sur 159 · MOEURS · texte numérisé non relu

MOEURS

ses cheveux. Cependant Franklin calculait plus tard encore que la France pouvait lever une armée avec ses perruquiers, et la solder avec le prix de la poudre qu'ils employaient. Les grosses dépenses continuaient pourtsmt d'obérer beaucoup de grandes familles. Il fallut faire taire les prétentions aristocratiques pour s'allier à la roture opulente, et jeter, comme on disait, du fumier bourgeois sur les terres féodales. Louis XIY avait naguère ca< ressé le banquier Bernard ; Taristocratie prit exemple siir lui sans imiter sa dignité, et humilia ses quartiers devant un coffrefort. Des traitants enrichis grandirent à côté de ces familles dans lesquelles la toge ou le bâton de maréchal étaient un héritage traditionnel.

Cependant l'oisiveté , la galanterie , la promptitude à dégainer pour un oui ou pour un non , passaient encore pour le caractère distinctif d'une illustre naissance : « J'ai vu , dit le prince de Li^ne, les jeunes gens de qualité habillés des pieds à la tête et l'épée au côté à sept heures du matin ; on n'allait pas à pied dans la rue, mais à cheval avec une grande suite , et jamais au trot; les grandes dames avaient des heiduques à la portière, des pages et une foule de laquais sur la voiture. » Les grands seigneurs et les Gnanciers affichaient la possession coûteuse des danseuses et des cantatrices, à la porte desquelles on voyait stationner leurs équipages ; et les filles entretenues brillaient dans les promenades, traînées dans des carrosses à quatre chevaux.

Ainsi la noblesse, déjà sur le bord de l'abîme, y glissait gaiement au milieu des fêtes, des intrigues, et d'une corruption voilée d'élégance. Les sociétés épicuriennes du Temple, de Sceaux , du Caveau , en partie bachiques , en partie littéraires , acquirent beaucoup de célébrité.

Le théâtre était bien loin de l'importance et de Tuniversalité qu'il a acquises depuis cette époque. Il causait encore aux âmes timorées une espèce de scandale. En Italie, les ecclésiastiques qui prêchaient le carême le défendaient aux fidèles ; le père Tomeilli en détourna les habitants de Pïovare ; Genève ne voulut jamais l'admettre dans ses murs. Lorsque M. de Muy, ami du Dauphin et depuis ministre sous Louis XVI , fut chargé de conduire dans Paris le roi de Danemark pour lui faire visiter tout,

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