‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 63 sur 159 · LE DIRECTOIRE. — CAMPAGNES D*ITAL1B · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE. — CAMPAGNES D*ITAL1B

La domination exclusive et passionnée des théories , ainsi que le fanatisme antireligieux commençaient à tomber; le sentiment de la réalité, de la vie pratique, reprenait son empire ; on renonçait enfin à appliquer le Contrat social, pour essayer de fonder un système politique qui tient compte du temps et des faits. La nouvelle constitution était une espèce d'accord entre rélection populaire et Tunité. Le génie classique s'y déployait pompeusement dans les costumes romains , dans les chaises curules, dans la prétexte, dans la pourpre, dans la main de justice. Les églises de Paris se convertirent en temples du Génie, de la Concx)rde, de TAgriculture, de la Reconnaissance : véritable religion de programme.

A la tête de l'État se trouvèrent placés des légistes et des philosophes, à qui l'armée portait ombrage : Rewbell, avocat alsacien , organe des hommes médiocres et envieux ; Larevellière- Lépeaux , avocat angevin , qui , penchant vers les girondins ,

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réprouTait, au nom de la loi naturelle, les institutions politiquef et religieuses ; le vicomte de Barras, Provençal, homme d'aetion qui avait servi la convention dups dés circonstances difficiles ; Camot, qui déploya alors une modération inattendue, en quoi il fut secondé par Letourneur, patriote estimé. Sieyes, réputé le grand penseur du temps, mais inhabile dans la pratique, avait refusé. Les directeurs étaient pris dans les diverses fac* tions, tous régicides, pour rassurer contre une restauration qu'on redoutait; ils jurèrent haine à la monarchie, et instituèrent une fête au 21 janvier, jour anniversaire de la mort de Louis XVL

La Révolution ayant abattu les sommités, aucun de ces directeurs n*avait le génie nécessaire pour ramener l'ordre au dedans, pour assurer les succès au dehors. Soixante journaux, presque tous hostiles au gouvernement, tenaient lieu de tribune ; les vétérans de la littérature y rompaient des lances , sans intelligence du dedans ni du dehors. Pichegru trahissait; la Vendée se relevait; tous les partis méditaient leur réaction. La compassion donnait à Taristocratie écrasée un lustre qui lui avait manqué dans ses beaux jours. Elle n'était pas entièrement détruite, et dans différentes provinces, comme le Bourbonnais , la Limagne , la Guienne, le Poitou, la Bretagne, le peuple, qui aimait les seigneurs , avait respecté leurs châteaux : ceux qui n'avaient point émigré conservaient leurs propriétés ; mais de vainqueurs, devenus vaincus, ils étaient surveillés par les acquéreurs de biens nationaux. Deux sortes de propriétaires étaient donc en lutte, de même que deux clei^és. L'un d'eux , assermenté , prétendait, avec Grégoire, être la véritable Église, et conserver la religion : mais le peuple n'avait point foi en lui ; et si les autels de la Raison étaient très-peu fréquentés, ceux que desservaient les prêtres assermentés restaient déserts. Ces derniers haïssaient donc les prêtres réft^ctaires , sanctifiés par la persécution , qui se cachaient pour officier dans quelque lieu isolé, où parfois survenaient les soldats, qui brisaient les calices et les ornements. Le Directoire les poursuivit avec plus d'acharnement encore.

Le reste de la faction des jacobins voyait avec dépit se ré-

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