PARIS
l.lBRAIRll!: DE FIRMIN OIDOT FRÏ^IRKS,
IMPRIMEl'RS DE L^INSTITrT, nUK JACOB, bC.
Ainsi, dans la guerre comme dans la paix, le peuple italien n'avait Oguré dans toutes ces querelles que comme victime. Cependant, grâce à la jalousie réciproque des puissances, il ne resta d'autre domination étrangère que dans le Milanais.
L'Italie, qui avait été pendant un d^mi-^siècle un champ de bataille, où la guerre était d'autant plus désastreuse qu'elle était faite par rétranger, l'Italie s'arrangea pour jouir de la paix, la plus longue dont l'histoire garde le souvenir (1748-1796) , sous neuf dynasties imposées par la force , mais qui montrèrent au moins )e désir de réparer les maux que lui avaient légués les gouvçDinements antérieurs. Les Italiens , tant accusés de duplicité et de dissimulation , ces vices des opprimés, eurent peu de part à la politique suivie par leurs princes ; ils entrèrent au plus dans l'administration et dans la carrière judiciaire , sous la dépendance de ^étranger, et en appliquant ses lois. Mais cessant de craindre et d'espérer, n'ayant plus à faire œuvre d'énergie, dans cette vie de repos ils s'engourdirent. Une politesse frivole remplaça l'énergique franchise ; toute la vie des hommes consista dans une fade galanterie et de ridicules amours.
Le royaume des Deux^Siciles avait un sol fertile , une population pleine de vivacité, des frontières bien défendues , l'avantage de dominer sur deux mers. Aussi suffisait-il que l'oppression disparût, pour que le déplorable contraste qu'y offrait la beauté du sol et la misère des habitants cessât du même coup Charles III n'y trouva ni routes , ni ponts , ni manufactures les monnaies y étaient dans un désordre inextricable ; le com merce des grains y était entravé; les pâturages royaux s'é tendaient de cinquante milles en longueur, sur une largeur qui variait de trois à quinze milles , avec défense d'y planter un arbre ; les biens communaux étaient extrêmement considérables > des propriétés particulières même , assujetties à la servitude du pacage , ne pouvaient être encloses. Des fiefs , des fidéicommis> des privilèges de chasse, de fours, de moulins, enchaînaient le droit de propriété , et multipliaient partout les vexations , les procès. On comptait dans le royaume jusqu'à dix mille feuda* taires, véritables oppresseurs du peuple , qui avaient la nominaîioû d^ juges et des gouverneurs , et imposaient des péages ,
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des dîmes , des corvées , des prémices de tout genre. Trente et un mille moines, vingt-trois mille religieuses, cinquante mille prêtres, possédaient de riches propriétés, exemptes de tontes charges. Il n'y avait pas un seul tribunal de justice dans qua* torze provinces , pendant que les brigands s'élevaient à trente mille, et les assassinats à plusieurs milliers par an. Les ém* poisonnements étaient si nombreux dans la capitale, qu'il fallut y instituer une junte des poisons : en même temps les prisons regorgeaient de contrebandiers et de braconniers.
Charles III s'efforça de remédier à ce triste état de choses ; et les forteresses , les finances, la procédure, les monnaies, les études, attirèrent son attention. Une magistrature d'économie, ehargée d'aviser aux moyens de faire refleurir le commerce et d'accrottre les revenus , augmenta de trois millions la recette du trésor, seulement en portant son examen sur la légitimité des exemptions du clergé. Elisabeth Famèse envoya un million et demi de piastres à son fils Charles III, pour qu'il pût recouvrer un grand nombre de fiefs et de domaines royaux vendus ou hypothéqués. La marine le releva : les chebecs napolitains* commandés par Joseph Martinez , combattirent les saïques barbaresques avec une valeur qui ne le cédait en rien à celle des chevaliers de Malte. Charles obligea chaque province à former un régiment, dont les officiers durent appartenir aux premières familles : illes détacha ainsi de leurs châteaux pour les rallier à la dynastie nouvelle ; et il reconnut lors de la compagne de Yellétri, qu'ils n'avaient pas dégénéré de leur ancienne valeur. Voyant combien l'activité des juifs avait été profitable à Livoume, il les attira, et leur accorda des privilèges dans ses États. Il stipula avec la Porte , en faveur de ses sujets , les privilèges dont jouissaient d'autres puissances , en exigeant que son pavillon et tes côtes fussent respectés par les Barbaresques. Il nomma des consuls sur tous les points où le commerce (lorissait, fonda des lazarets et un collège nautique ; mais il crut, selon les idées du temps , favoriser l'industrie indigène en frappant les marchandises étrangères de droits fort lourds.
La Sicile avait été malheureuse sous Philippe IV, plus malheureuse encore sous Victor- A mèdée, et n'avait pas eu un meil-
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leur sort sous l'empereur Charles YI. Infestée sur ses côtes par des pirates , au dedans par des bandes de brigands , et mise $ en combustion par les excommunications pontiGcales , elle ^tait en outre courbée sous les chaînes féodales ; et , sur douze cent mille âmes à peine de population , elle n'avait pas moins de soixante-trois mille religieux des deux sexes.
Après y avoir rétabli la tranquillité , Charles III la Gt gouverner par une junte composée presque entièrement de Siciliens. Il voulut que les bénéfices fussent conférés exclusivement à des nationaux , ne se réservaut que la nomination de Tarchevéque de Palerme ; et, lors de la terrible peste de Messine en 1743 , il ût passer dans File des secours , des vivres et des médecins. Un concordat qu'il fit avec le pape lui permit de restreindre les privilèges cléricaux , ainsi que le nombre des prêtres, des causes ecclésiastiques, et des asiles. La justice, en matière de foi, était restée aux prélats ; mais Tarchevéque Spitielli ayant poursuivi quatre citoyens pour crime d'hérésie, le peuple vit là une tentative poiur introduire l'inquisition espagnole, et se souleva (1746). Charles cassa les actes du saint office, et ordonna que la cour ecclésiastique procéderait par les voies ordinaires , et ne pourrait statuer sans communiquer «es actes à l'autorité laïque.
Les lois du pays étaient un amas bizarre de droit romain , tarbare, arabe et normand; c'étaient des décrets angevins, des constitutions aragonaises , des pragmatiques de vice-rois , des coutumes locales. Souvent, dans tout ce fatras, certains cas n'étaient pas prévus; et le juge restait alors l'arbitre de la vie et de l'honneur des citoyens. Il n'y avait ni règles de procédure, ni publicité de jugements. Charles remédia à cet état de choses en publiant le Code Carolin , œuvre de Pascal Cirillo , tentative plus louable par l'intention que par le résultat.
Cliarles énuméra les bienfaits dont le pays lui était redevable, dans le décret par lequel il instituait l'ordre de Saint- Janvier, comme pour en reporter le mérite au saint protecteur du royaume.
Ce prince avait pour conseiller son ministre Tanucci , qui, conformément aux tendances du temps, voulait affaiblir l'aristo-
cratie et la papauté, mais sans comprendre encore la puissance croissante du tiers état. Il se préoccupa trop peu de Farmée, du commerce, de la division des propriétés , de la modération qu'il fallait apporter dans l'exercice de la prérogative royale, et du ))esoin de réprimer les fraudes des gens de loi.
Lorsque, pendant la guerre de 1741, Charles III eut envoyé son armée contre le Milanais avec celle des Espagnols , une flottille anglaise se présenta tout à coup devant !Naples. Le vice-amiral Mathews , qui la commandait , déclara , montre en main , que si le roi n'avait pas , dans un délai de deux heures , expédié à ses troupes Tordre de revenir sur leurs pas, il détruirait sa capitale. Charles obéit , mais en frémissant. Il fut tellement contristé de cette humiliation, qu'il conçut la pensée de trans-' porter la résidence royale dans l'intérieur du pays , à l'abri de pareils dangers. Il commença alors à Caserte la construction d'un édifice admirable ; on s'étonne surtout du peu de temps qui fut employé à l'élever. L'architecte Vanvitelli, profitant des débris de l'ancienne Capoue , située dans le voisinage , et de ceux de Pouzzoles , qui n'en est pas loin , ainsi que des marbres dont abondent la Fouille et la Sicile, construisit des appartements et des jardins qui , rivaux de ceux de Versailles pour la magnificence , l'emportent pour le site et pour le goût. Un véritable fleuve , amené à travers des monts et des vallées par un aqueduc fort admiré, vient tomber en masse, puis en mille cascades , dans ce délicieux séjour.
Les villes ensevelies d'Uerculanum et de Pompéi ayant été découvertes à cette époque (1738-1750), Charles fonda un musée pour en recevoir les antiquités , et une académie pour les étudier.
Passionné à l'excès pour la chasse , il bâtit, pour se livrer à ce plaisir, un palais à Capo-di-Monte , et un autre à Portici. A ceux qui l'avertissaient que ce lieu était exposé aux éruptions du Vésuve , il répondait : « La Vierge et saint Janvier y pourvoiront. » 11 voulut avoir dans sa capitale le théâtre le plus vaste du monde (1737), édifice qui fait honneur à l'architecte Medrano. On admire encore davantage l'Hospice des pauvres ( Albergo ), d'après les dessins de Fuga , où les indigents sont
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non- seulement logés et nourris , mais instruits encore à différents métiers ; il voulait arriver à la suppression des lazzaroni, opprobre de cet admirable pays. Charles fonda un autre hospice à Palerme.
C'est un grand témoignage delà richesse de ritaliÇi que toute cette magnificence déployée par Charles III au moment où il sortait de deux guerres désastreuses, et où il venait à peine de prendre possession de ce pays, épuisé par une longue oppression.
(1759) Mais Ferdinand VI d'Espagne vint à mourir ; Charles, son frère, fut appelé à lui succéder; et !Naples perdit le prinee dont le règne de vingt-cinq ans avait réalisé de sérieuses réformes et fait naître les plus belles espérances.
En Lombardie, pendant la domination espagnole, les femmes, séquestrées par la jalousie, vivaient à Técart de la société des hommes. Un gouverneur, le duc d'Ossuna , réunit un jour à une fête la noblesse des deux sexes ; il en résulta tant de piropos médisants, qu'il se garda bien de recommencer l'expérience. Mais le prince de Vaudemont , dernier gouverneur de la Lombardie pour l'Espagne, élevé aux manières françaises , rompit tout à fait avec les vieux usages : il admit, en homme de Versailles, les femmes dans son palais et dans ses maisons de plaisance, où la galanterie alla jusqu'à la licence. Cefutl'époque d'un grand changement dans les mœurs ; c'est alors que le sigisbéisme s'introduisit. Le sigisbée était reconnu publiquement , et parfois même stipulé dans le contrat de mariage. L'énergie du vice manquait même , assure-t-on , à beaucoup de ces unions , toujours corruptrices , en ce qu'elles portaient la femme à chercher l'intimité ailleurs que dans la famille , et les hommes à consacrer leur vie entière au service d'une femme par mode , par frivolité, plus que par affection ; à l'entourer de soins efféminés et ridicules. L'âme s'habitua ainsi à toutes sortes de chaînes , tandis que la mode emprisonnait le corps dans des habits gênants , et soumettait toutes les têtes, deux heures par jour, à la tyrannie du perruquier.
En Lombardie , les biens-fonds étaient immobilisés par des
fidéicommis , ou accumulés dans la main d'un aîné , qui ne
Jfiissait h ses frères d'autre parti que de se faire prêtres , ou
de traîner de table en table, de villa en villa , leur pauvreté oisive et arabitiease. Il n'y avait pas de troupes, sauf quelques régiments recrutés au moyen de Tignoble recolement ; un petit nombre de gentilshommes achetaient un grade dans les armées étrangères. Le clergé n'avait point à discuter dans ces grandes questions qui produisent les grands talents : c'était tout au plus s'il se mêlait de ces querelles frivoles, bien qu'a-t. chamées, d'un jansénisme abâtardi.
La littérature se ressentait de cet affaiblissement général, réduite qu'elle était à déployer une loquacité élégante ou une plate afféterie, à rassembler de vaines images, pour se faire applaudir des esprits médiocres. La poésie de comipande intervenait dans les moindres événements de la vie publique ou privée. Les arts étaient parqués en corporations, qui entravaient p^r leurs prétentions, et repoussaient par esprit de corps toute innovation. Des règlements administratif se jetaient.à la traverse de toutes les industries , pour prescrire ou défendre certains procédés , quelquefois par ignorance , toujours au détriment de leur libre développement.
Les franchises des nobles enrayaient le cours de la justice , et encourageaient les abus. Les juridictions féodales jugeaient les procès , sous Tinflueuce du seigneur qui les salariait. Les impots pesaient inégalement de pays à pays , de personne à personne ; il y avait peu de routes , encore y était-on assujetti à des péages ; un grand nombre de droits royaux avaient été aliénés à des particuliers , et les communes, grevées démesurément pour subvenir aux besoins de la guerre, étaient écrasées de dettes. Les fmances se trouvaient livrées à bail à des fermiers tyranniques , qui voulaient avoir les sbires à leur disposition aûn de pouvoir remplu* leurs obligations envers le trésor, et qui demandaient que la contrebande fût punie des peines que le crime savait esquiver.
Les principes d'une philanthropie qui, sa^s être toujours raisonnée et pratique , était dirigée néanmoins par des intentions droites, s'étaient répandus en Italie comme dans toute FEurope, et y avaient trouvé des esprits disposés à en tenter Tapplic^lion. Des hommes généreux ne s'effrayèrent pas en voyant qus
le peuple ne les comprenait pas ; mais cette indiâërenee populaire les porta à se tourner de préférence du côté des souverains, tandis qu'ailleurs on poursuivait les réformes en attaquant les gouvernements.
Les uns dirigèrent leurs vues vers des améliorations immédiates; les autres s'attachèrent à des idées plus générales. Dans là jurisprudence , on tendit à substituer les procédés d'une analyse à l'érudition pesante , et l'autorité d'une doctrine logique aux arguties scolastiques des gens de loi ; dans l'économie, pn rechercha les applications plus que les systèmes, et Ton pounmivit l'idéal , moins dans le vague des spéculations que jdans l'amélioration patiente du monde réel.
GabrielPascali , de Pérouse, dans son Testament politique, expose ses idées sur le commerce des États de l'Église et sur la navigation du Pô. Les plans du Siennois Bandini, bon éconopiîste, concernant le dessèchement de la maremme de Sienne, furent adoptés par Ximénès. La république de Venise créa, pour le botaniste Pierre Arduino, de Vérone , la première chaire d'économie rurale qu'il y ait eue en Italie, dans l'université de Padoue(1765). Ce savant y réunit dans un jardin toutes les plantes utiles, dont i| enseigna la culture , indiquant celles qu'il serait convenable d'introduire , éclairant de ses conseils les sociétés agricoles, dont le nombre s'accroissait alors sur le territoire vénitien. Antoine Zanoni, d'Udine, améliora, dans le Frioul, |a culture des vignes et des mûriers, fît un commerce actif avec l'Amérique espagnole, institua dans sa patrie une société géorgique, ainsi qu'une école de dessin pour les étoffes de ^ie, et éxsrivit d'après de bonnes idées pratiques. Dans la même contrée, le comte Fabio Asquini raviva l'agriculture, institua une académie, remit en honneur les vignes du Piocolit. introduisit le mûrier, la pomme de terre, la garance. Il enseigna les usages auxquels la tourbe était propre , et proposa de remédier au déboisement que Ton déplorait dès ce temps. Le marquis Jérôme Manfriui planta dutabacàNona, en Daimatie. Le comte Carburi naturalisa l'indigo , le sucre , le café à Céphalonie, où le gouvernement vénitien ouvrit, en 1760, une aca- ^émie agricole économique.
Le Vénitien Jacob Nani , indépendamment de son plan pour la défense des lagunes , et d'autres écrits sur la guerre , corn* mença Textraction des combustibles fossiles , et donna d'utiles indications pour les mines. Il traita de toutes les parties de Péconomie, et en sollicita les meilleures applications. Le comte Garli,deristrie, soutint qu*on ne pouvait faire une question isolée de la liberté du commerce, mais qu'il fallait la rattacher à la forme du gouvernement , et que c'est une folie de ne vouloir que des agriculteurs ou des manufacturiers. Le moine Marie Ortès, économiste vénitien, écrivain obscur^ fut peu compris, tandis que le Florentin Ferdinand Paoletti sut se faire tout à fait pratique dans ses Pensées sur l'agriculture. Il publia les leçons qu'il donnait à ses paroissiens dans les Féritables moyens de rendre la société heureuse , livre lu et goûté même hors de l'Italie. Le Piémontais Maurice Soléra , voyant qu'il n'y avait dans son pays ni routes , ni ponts, ni manufactures , que l'argent y était rare et le gouvernement négligent, songea à y remédier en augmentant le numéraire au moyen d'un papier-mpunaie émis par une banque, qui fournirait ainsi tout ensemble au gouvernement les moyens de faire de grandes entreprises, et aux particuliers la facilité de se livrer à des améliorations. Yasco, de Mondovi , proclama des ventés nouvelles alors , surtout dans le Piémont : qu'il ne faut point parquer les arts et métiers en corporations, ni réglementer administrativement les manufactures ; qu'on ne doit point fixer le prix du pain ni l'intérêt de l'argent; et, afin d'empêcher l'accumulation des biens, il alla jusqu'à proposer d'abolir le droit de tester. Le jésuite Gemelli, professeur à Sassari , fut employé par le ministre Bogino pour réformer l'agriculture en Sardaigne.
Pompée ISéri, de Florence, publia des observations sur le prix légal des monnaies, où ilexpose les règles à suivre dans cette matière difficile. 11 voudrait que les dépenses de fabrication fussent à la charge de l'État. Or chacun sait combien cet usage a été ruineux pour l'Angleterre, François Pagnini , de Yolterra , écrivit sur la même matière : il fit ensuite un traité Du juste prix des choses , et prêcha la liberté du commerce pour la Toscane. Le marquis Charles Ginori, de Florence, introduisit
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dans le pays la fabrication des porcelaines , des machines hydrauliques pour travailler les pierres dures, des plantes exo» tiques ; et, sous sa direction , le premier bâtiment sous pavillon toscan mit à la voile de Livoume pour rAmérique. Targioni Tozzetti, qui montra que les sciences naturelles peuvent parler un langage élégant et correct, indiqua, dans le Discours swr ragricuUure toscane, les défauts et les remèdes. Ludovic Ricd, de Modène , appelé par Hercule III à faire partie d'une commission pour la réforme des établissements pieux «de cette ville, traita de la pauvreté et des moyens d*y obvier. Il désapprouve les aumônes , les donations , les maisons de travail ^ les asiles pour les enfants trouvés et les femmes en couche, ainsi que les grands hôpitaux et les dots pour les filles, attendu, dit-il, que la population se met toujours au niveau des moyens de subsistance : il fht, comme on le voit, l'un des précurseurs de Malthus. Sa conclusion est que le gouvernement do^t laisser la charité privée se charger de tout; qu'il doit tout au plus occuper les mendiants à des travaux d'utilité publique , stimuler le corn* merce, et qu'il n'en faut pas davantage.
Dans un autre ordre d'idées , le pieux Jean Borgi , ce maçon connu dans Rome sous le nom de Tata Giovanni , prenait en grande compassion les gamins abandonnés jour et nuit par les rues; il les réunissait, les nourrissait, les corrigeait avec une rigueur rustique, mais bienveillante. S'inquiétant peu des avis de ceux qui proclament des principes sans s'inquiéter de la pratique, il parvint à entretenir plus de cent jeunes garçons , à les former à divers métiers : tout cela sans théories , mais par le bon sens pratique , et par ce qui complète la science en la suppléant souvent, c'est-à-dire parle cœur.
Le comte Philippe Re, de Reggio, introduisit des plantes inconnues, publia des éléments d'agriculture appropriés à la Lombardie, en y appliquant les théories physiques et chimiques, n enseigna aussi à élever les moutons, à cultiver les ûeurs; il étudia les maladies des plantes , et voulut montrer que les Italiens n'avaient pas besoin d'apprendre Pagriculture des étrangers. Vincent Dandolo , pharmacien de Venise , substitua aux oratiques routinières les nouvelles découvertes de la chimie, et
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s^enrichit en même temps qu'il éclairait le pays ; puis il s'appliqua à introduire les mérinos d'Espagne, ainsi que les meilleures méthodes pour les vignes , les vers à soie et les abeilles.
Dans le royaume de Naples , Antoine Genovesi mérita bien dB la jeunesse en faisant pour elle un cours de logique , et eu rendant ses écrits intelligibles pour le peuple. Barthélémy Interî ayant fondé une chaire de commerce , y fîit appelé. U proclama le principe de la libre circulation des grains, la justice de soumettre les propriétés ecclésiastiques aux charges communes, ïrès-préoccupé des sciences morales, il répudia les dogmes matérialistes de Técole anglaise , et constata Tinfluence des habitudes morales et intellectuelles sur l'économie politique.
Philippe Briganti, de Gallipoli , se fit l'adversaire de Mably , de Rousseau et autres écrivains du même genre, qui voulaient ramener le genre humain à la pauvreté : il soutint que l'individu ainsi que la société tendent à se perfectionner, et que les éH^ ments du perfectionnement social sont l'activité et l'instruction.
Joseph Palmieri , de Lecce, fit supprimer, comme magistrat , les péages , certains monopoles ; il suggéra l'idée de taire le cadastre des terres, d'enlever à la noblesse les prérogatives royales, le droit de juridiction ; il combattit le préjugé que le commerce faisait déroger. 11 soutint que la capitation et la taxe du sel étaient désastreuses ; qu'il fallait faire une guerre à mort aux bandits , cette peste du royaume ; et en toutes choses il s'attacha non pas à des utopies , mais à une pratique immédiate. Melchior Delfico , deTéramo, réclama l'uniformitéde la justice; il provoqua de même e«lie des poids et mesures; et enfin il proposa Taffranchissement des propriétés féodales.
Le peu de contact qui existait encore entre les écrivains et les classes populaires empêchait les premiers de comprendre le peuple ; et ils le regardaient uniquement comme un objet de charité ou de sollicitude pour les hautes classes.
(1728-1797) Le comte Verri , de Milan, dont toute la vie fut vouée à publier et à encourager des vérités utiles, réunit une société de gens de lettres d'où sortit un recueil intitulé le Café, dans le genre du Spectateur d'Addison, destiné à répandre, sans beaucoup de liaison , mais avec cette hardiesse qui parfois
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convainc plus que la vérité elle-même, des maximes de bon sens. Dans cet écrit et dans certains almanachs facétieux, Verri cribla de traits mordants Tarrogance des nobles et l'ignorance paresseuse de la plupart d'entre eux ; il s'y proposait « de fustiger les faiseurs de phrases, les fanfarons de la basse littérature , cette préoccupation continuelle et inquiète de petites choses, qui a tant influé sur le caractère , sur la littérature , sur la politique italienne. » 11 discuta ensuite d'un ton sérieux des questions économiques ; et, dans ses Considérations sur le commerce de VÉiat de Milan , il traite de l'ancienne prospérité de la Lombardie, de sa décadence présente, et des moyens de la. faire renaître. 11 combattit les lois qui gênaient le commerce des grains et la ferme des impots royaux. Si dans ses Méditations sur l'économie politique il est trop souvent en défaut sur des questions aujourd'hui fondamentales et qui étaient à peine posées alors, il s'appuie volontiers sur l'expérience. 11 s'inspira trop pourtant des physiocrates. Néanmoins il comprit l'utilité qui résulte, dans le commerce, du transport et du travail d'échange, qui met les produits à portée du consommateur. Il reconut que l'argent n'a de valeur qu'autant qu'il représente les choses qu'on peut obtenir par son moyen. Toutefois ces idées chez lui manquaient encore de liaison , et il n'en tira pas toutes les conséquences.
Verri montra combien il attribuait d'importance à la propriété , quand il exhorta chaleureusement les orateurs des provinces milanaises , convoqués parLéopold II, à demander une constitution comme garantie de la propriété, en faisant, avec beaucoup de talent , dériver de là toutes les garanties publiques. 11 écrivit contre la torture , et publia une histoire de Milan. Sa patrie s'en inquiéta si peu, qu'il n'en fut vendu qu'un exemplaire du vivant de l'auteur. Aussi se plaignait-il de se voir si peu apprécié '. Les nations qui ont beaucoup souffert se
^ « Après avoir travaillé bien des années et dépensé beaucoup pour mettre dans les mains des Milanais une histoire de leur patrie, et un livre qu'ils passent indiquer sans rougir aux étrangers qui seraient curieux de la comiattre, je n^ai pas même obtenu de la ville de Milan un
laissent aller à ce découragement qui s^effraye du bien comme du mal.
Bien que Foisiveté et la galanterie fussent l'apanage de la noblesse lombarde, quelques-uns de ses membres s'efforçaient de contribuer au bien du pays. Une Société palatine ^ où figurèrent les premiers seigneurs, se forma pour donner des éditions importantes , telles que Antiquitates italicsR et Renan UaU' cartim scriptores de Muratori; travaux qtii ouvrirent la voie aux recueils d'érudition , dans lesquels les étrangers eurent ensuite l'avantage. Une Société patriotique s'occupa de répandre des connaissances et des procédés utiles pour l'agriculture et les arts , donnait des prix et des gratifications, et avait à sa disposition un terrain public pour faire des expériences. Les académies perdaient ainsi de cette frivolité qui les avait discréditées. Celle de Mantoue proposa pour sujet de rechercher les abus des lois criminelles, et les moyens d'y remédier; et peu après, de déterminer une échelle des délits et des peines, de donner les caractères de la certitude dans les preuves judiciaires ; enfin, de tracer les règles d'une instruction prompte et facile. Le marquis César Beccaria , de Milan (1735-1793), après avoir débuté par un opuscule intitulé Du style, composa son livre fameux, Des délits et des peines, qui eut un grand retentissement (1764). Innocents et coupables, prévenus et condamnés, citoyens et proscrits, tous étaient traités de même, enfermés dans des prisons , et quelles prisons ! puis interrogés en secret et souvent mis à la torture. L'appréciation des délits était injuste , quelsigne qui mMndiquàtqu^elle s^était aperçue que j^eusse écrit. Mais avant d^eotreprendre un pareil travail je savais quMl en serait ainsi, et je connaissais rerum dominos gentemqùe togatam. En Toscane , sur la terre ferme vénitienne , en Romagne , il y a le sentiment de la patrie et Tamour de la gloire nationale. Là du moins une médaille , une inscription publique , un diplôme d^historiographe , quelque signe de vie serait donné tout au moins, afin de pousser à Témulation ; mais nous vivons lan* guissants in umbra mortis. On ignorait le nom de Cavalieri ; Agnesi est à riiôpital; Frisi et Beccaria n'ont trouvé à Milan qu'obstacles et amer* tames. G^est le comble du bonheur pour celui qui ose faire honneur à sa patrie, s'il obtient d'être oublié d'elle. Peut-être l'ai-je obtenu !
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quefois absurde ; rapplication des peines toujours atroce, les lois incertaines , les jugements arbitraires , et la société dans rignorance des nioti& pour lesquels un de ses membres lui était arraché. Beccaria s'entretenait sur ce sujet avec ses amis, d'après les idées alors en vogue; et, dans la chaleur du moment, il écrivait les chapitres de son livre , qui conserve , en effet, les caractères et le désordre de Finspiration.
Beccaria n'était pas en réalité un novateur ; il ne fit que réduire en un petit nombre de pages ce qui était disséminé dîms un nombre infini d'opuscules ou de gros volumes, et il termine en disant , avec cette noble exaltation qui n'est pas exempte d'égarements : « Pour que toute peine ne soit pas une violence «> ou d'un seul ou de plusieurs contre un citoyen, elle doit être « essentiellement publique , prompte , nécessaire , la moindre « des peines possibles dans les circonstances données, propor- « tionnée aux délits et dictée par les lois. »
Appelé à la nouvelle chaire d'économie publique, il composa des leçons Sur r agriculture et les manufactures y ouvrage plus original que le livre Des délits et des peines. Laissant de coté les phrases oiseuses et les digressions , il posa comme base la plus grande somme de travail utile , c'est-à-dire celui qui fournit la plus grande quantité de produits négociables. A la suite de cette théorie , qui devança celle des valeurs échangeables d'Adam Smith, il proclama la division du travail avant que ee même Smith en eût fait son principal titre de gloire. Il détermina le mode de régler le prix des travaux ; analysa les véritables fonctions des capitaux productifs, et les vicissitudes de la population ; proposa une mesure décimale tirée du système du monde; modéra la liberté du commerce des grains. Mais il se fourvoya avec la plupart des économistes d'alors , en déclarant que les manufactures étaient stériles. Il avait peu de confiance en son pays , où , disait-il , « c'est à peine si dans une ville de n cent vingt mille habitants il y avait vingt mille personnes dé- « sireuses de s'instruire, et disposées à sacrifier à la vérité et à «( la vertu. » En effet, il eut des ennemis ; mais le gouverneur le prit sous sa protection. Son caractère bienveillant donna du crédit aux doctrines qu'il professait. 11 écrivit contre la lo-
terie ; et, bien que ses fonctions rappelassent à assister aux tirages , il ne 8*y présenta jamais. Paisible cependant et même timide , il ne se croyait pas tenu de sacrifier sa tranquillité à rameur de la vérité ; et de même que Manzoni , son neveu, il garda le silence quand son nom eut acquis de la célébrité.
Gaétan Filangieri, de Naples (1712-1788), ne se contenta pas de toucher à quelques points spéciaux : il embrassa, sous le titre de Science de la Ugislatiany l'économie politique , le droit criminel, Téducation, la propriété, la famille, jusqu'à la religion. Concitoyen de Yico, il crut encore à la toute-puissance des législateurs ; il concentra toutes les fonctions sociales entre les mains du prince, dont il fait pénétrer Tautorité partout. C'est au prince qu'il s'adresse pour obtenir toute réforme, imbu qu'il est de cette idée mise en vogue par les philosophes, et confiant à llndividu les destinées du genre humain >.
On reproche à Filangieri cette faconde sermonneuse et prolixe, cette improvisation théâtrale dans laquelle il exposa des vérités faites pour remuer les esprits. Mais il ne faut point perdre de vue qu'à cette époque on croyait que l'éloquence était indispensable aux sciences , témoin Hutcheson , Smith , Buffon, Raynal, Beccaria, Rousseau. Peut-être Filangieri crutil plus nécessaire encore d'y recourir pour secouer l'apathie , attaquer l'égoïsme, et mettre à nu les outrages faits à l'humanité.
Mais sous ce faste ne perce pas, comme chez les encyclopédistes, l'orgueil personnel. Filangieri aime véritablement l'humanité : il en déplore les maux ; il cherche consciencieusement quels remèdes y apporter. C'est à cet épanchement de bienveillance qu'est due l'influence qu'il exerce sur les lecteurs. Il serait à désirer que tous les jeunes gens l'éprouvassent, dussent-ils puiser dans l'ouvrage quelques idées incomplètes ou exagérées.
' a L'autorité peut tout lorsqu'elle le veut, au moyen d'une légère récompense décernée ayec un certain éclat. Elle fait naStre les génies et crée les philosophes; elle forme des légions entières de Césars, de Scipions, de Régulus, rien qu'en pressant le ressort de Thonneur. u Science de la législation II, 16.
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Ce livre était Tœuvre d*un jeune homme de trente ans , cet âge où Ton commence à peine à connaître le monde. Filangieri mourut à trente-six ans, avant d'avoir pu apprendre tout ce qu'il y a de distance entre les lois réelles et les lois possibles; avant d'avoir pu connaître dans le ministère des finances , auquel 11 était appelé , les difficultés pratiques et l'impossibilité de renouveler un peuple. Il fut du moins assez heureux pour ne pas voir dans une révolution imminente ses utopies^évanouir devant de trop sévères leçons; et s'il n'eut pas à déployer son éloquence dans les débats parlementaires de sa patrie , peut-être dut- il à cette fin prématurée de ne point rendre le dernier soupir, pendu à la grande vergue du vaisseau de Nelson.
Du reste , ces hardiesses chez lui et chez d'autres venaient de ce que les Italiens étaient étrangers aux affaires ; il en résultait qu'ils n'appréciaient pas les obstacles apportés par les faits et par la nécessité aux maximes spéculatives et abstraites, dans les pays libres. Le manque même de libertés et de garanties! légales les poussait dans ce vague et cette exagération, qui n'auraient pu être corrigés que par l'expérience. Mais les hallucinations qu'éprouve celui qui a vécu dans les ténèbres ne se guérissent pas en l'y replongeant ; il lui faut, au contraire, une lumière complète.
Peut-être, en d'autres temps, des intentions si hardies auraient-elles encouru !a réprobation du pouvoir; mais alors un calme général endormait les gouvernements, qui, rassurés par leurs traités avec les forts, ne s'inquiétaient pas du blâme des faibles, licenciaient leurs soldats, laissaient leurs places fortes tomber en ruines, et, uniquement pour faire quelque chose, se laissaient aller au mouvement qui poussait aux innovations, à la condition qu'elles seraient leur ouvrage. Bien qu'ils n'admissent guère ces philosophes dans les cabinets , ou qu'ils les appelassent tout au plus à quelque magistrature consultative , ils prêtèrent l'oreille à leurs projets, et permirent qu'ils eussent cette publicité restreinte que les livres obtenaient alors, dans des limites aristocratiques.
Mieux régler les impôts, et leur faire produire davantage; rendre l'agriculture florissante , et supprimer les vexations lu*
cratives des exacteurs ; abolir les juridictions ecelésiastiques et féodales; obliger le clergé et la noblesse à supporter leur part des charges publiques ; rendre la justice plus prompte et meilleure; donner plus de sécurité à Tinnocence, plus d'instruction au vulgaire, ce sont là des résultats qui profitent aux gouvernements eux-mêmes; car aucun d'eux ne voudrait, de propos délibéré, avoir des brutes pour sujets. On laissait donc toute liberté aux publicîstes pour s'ingénier à résoudre ces problèmes ; mais aucun auteur italien ne touchait aux bases du pouvoir, et ne cherchait à tirer le peuple de sa nullité quant à la représentation politique , ni à Tarracher à sa frivole insouciance sur les affaires publiques.
Au commencement du siècle, les guerres dynastiques avaient écrasé d'impôts la Lombardie. Lorsqu'elle eut été assurée à Charles Yl, elle perdit de plus en plus l'esprit militaire, ne fournissant qu'un régiment de dragons qui avait son cantonnement en Hongrie, sous les ordres du coii)te MaruUi. Ce fut avec déplaisir que Ton vit les Allemands envoyer de l'autre côté des Alpes les subsistances et les objets d'habillement pour leurs troupes, au lieu de répandre dans le pays l'argent qu'ils y recueillaient.
La crainte de la famine dans les fertiles campagnes de la Lombardie suggéra d'étranges empêchements à la circulation des grains, et ils eurent pour résultat de la produire.
Des inconvénients plus graves encore résultèrent de ce que la perception des impôts fut attribuée à des fermiers, qui se permettaient les abus les plus révoltants ; ils avaient des sbires à leurs ordres pour fouiller à leur gré dans l'intérieur des maisons. Une ordonnance qui parut sous le gouverneur Firmiani rendit les pères responsables pour leurs enfants, les maîtres pour leurs domestiques , en ce qui concernait la contrebande du tabac. Le repos des familles en fut bouleversé : d'infâmes délateurs se faisaient les instruments de vengeances atroces ; et Ton n'osait laisser de jour ni de nuit une fenêtre ouverte j de peur qu'un malveillant n'y jetât un paquet de tabac ou de sel , et ne causât la ruine de la famille en allant la dénoncer.
Les philanthropes élevèrent la voix contre de pareils abus,
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et ce ne fut point sans succès : le commerce des grains fut délÎYré de ses entraves; les finances furent affermées en 1766, mais avec des restrictions : Ton exigea la présence d'un agent du fisc; puis, en 1771 , elles furent émancipées, ce qui assura au trésor un bénéfice important.
Le mesnrage des terres ordonné par Charles YI, et terminé en 1759, servit de base à Fimpdt et au système communal. On put ainsi accroître de beaucoup les contributions et toutefois soulager les contribuables , par la suppression d'une foule de charges onéreuses, et par une répartition plus égale. Marie-Thérèse chercha à améliorer l'administration de ces provinces r qu'elle ne revint pourtant visiter qu'une seule fois.
Elle laissa les communes se gouverner librement, et cette liberté, reste de leur antique indépendance, suffit pour empécher la décadence complète du pays. On le vit se relevor, au contraire , et se couvrir de routes , de canaux et de touteft; sortes de travaux profitables aux populations. L'ouverture dit canal de Paderno (1777) termina l'œuvre commencée dans un temps de liberté, et fit communiquer Milan avec le Tessin -et l'Adda. On vit s'ouvrir alors des maisons de refuge pour les. pauvres , de correction pour les mauvais sujets. Les livres de l'état civil furent régulièrement établis; on fonda un système d^enseignement depuis l'école élémentaire jusqu'à l'université; on ouvrit pour les artisans des écoles de dessin ; l'agriculture et l'industrie trouvèrent des encouragements et une direction. Enfin, le système monétaire ftrt remanié, de 1771 à 1779, d'après les meilleures bases que l'on connût alors.
L'État lombard , qui ne comptait en 1 749 que neuf oeqt mille habitants, en avait onze cent trente mille en 1770; et (es vieillards se rappellent ce temps avec bonheur, peut-être eii Iç comparant avec ceux qui suivirent.
Milan vit alors ses maisons numérotées , ses rues éclairées ; il eut un jardin public, des médecins et des pharmaciens répartis dans une juste proportion. Les meilleurs professeurs furent appelés à l'université de Pavie, sans qu'une basse jalousie en fit exclure les étrangers. Scarpa, Borsieri, Rezia, Spallanzani, Tissot, Mangili, Nessi, Carminati, Franck, Brambilla, firent
fûre des progrès à rhistoire naturelle et à la science médicale. Mascberoni et Gr^pire Fontana firent honneur aux mathématiques. Bertola et Théodore Villa donnaient des exennpies et des préceptes d'éloquence et de poésie ; Nani traçait les principes delà jurisq[>rudence criminelle ; Yolta préparait des déeouvertes qui devaient faire une révolution dans la physique. Natali, Zola et Tamburini émettaient des idées que Ton trouvait libérales à cette époque , tandis qu'en réalité ils attaquaient rimique obstacle qui retint encore les rois, le respect du saintsiège. L'observatoire fondé à Bréra en 1766 par Bosco witch, de Raguse, fut ensuite agrandi en 1773. Ou y ouvrit aussi un gymnase impérial et une bibliothèque. Une chaire d'économie publique fut instituée dans les écoles palatines; plus tard, on en établit une d'hydrostatique et d'hydraulique. Enfin, un montde^l^iété pour les soies vint dispenser les particuliers de la né- .^Aeasité de les vendre précipitamment.
Les écoles élémentaires furent placées sous la surveillance de François Soave, l'un de ces hommes qui, s'ils ne font pas avancer la science, contribuent à la mettre à la portée de tous. 11 composa des livres depuis I'a b c jusqu'à la philosophie ; disciple de Condillac et de Locke, dont il traduisit V Essai sur les idées, ^t qu'il appelait « le premier et le plus grand des métaphysiciens. »
Le gouvernement ne prenait pas ombrage des novateurs. Garli se voyait appelé à la présidence du conseil suprême de comfnerce et d'économie publique , au moment où l'égoïsme offensé portait jusqu'à Vienne des accusations contre Verri ; l'impéiatrice le nomma membre de la junte créée pour les affaires ^e finances , et ensuite du conseil suprême d'économie. Elle donna une pension à George Giulini , qui rassemblait les matériaux de ses mémoires historiques sur Milan; et Kaunitz l'invita ^ continuer ce travail. Une pension fut accordée à Argellati pour sa Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, Les gouverneurs eux-mêmes protégeaient les savants contre les persécutions de leurs concitoyens. On imputait à Vallisnieri d'avoir dilapidé à son avantage particulier le musée de Pavie; et le comte Firmiani proclama son innocence dans une lettre. Çorsieri,
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cédant aux tracasseries des écoliers et de ses collègues , allait abandonner sa chaire, quand Firmiani lui écrivit pour l'encourager, et ajouta qu'il était nécessaire à ^honneur de cet ^ta^ blissement littéraire. Les lâches qui se hâtent de jeter la pierre au mérite persécuté s'empressèrent de lui rendre justice lorsqu'ils le virent appuyé par les puissants. La jeunesse» voulut alors l'avoir pour recteur perpétuel ; et lorsque, nommé médecin de la cour, il partit dans une modeste chaise, elle l'escorta pen'» dant un long trajet.
Joseph H voyagea en 1769 dans la Lombardie, où depuis Charles-Quint aucun empereur n'avait mis le pied. U créa une magistrature suprême, dite camerale, où Carli, Beccaria et Verri furent appelés à siéger ; le mont-de-piété de Sainte-Thé* rè^e,.pour consolider les dettes publiques; une chambre des comptes, pour examiner et publier les dépenses de l'État, amsi que ses revenus. A la mort de sa mère , Joseph se jeta daiif toutes sortes d'innovations : il faisait à la hâte , et défaisait de même. En enlevant aux corps provinciaux l'autorité pour la concentrer dans ses mains , il enleva au pays ces formes traditionnelles d'administration qu'un législateur prévoyant réforme sans les détruire. Mais Joseph agissait dans de bonnes intentions : il adressa aux chefs de département des instructions sur la manière de traiter les affaires publiques , les invitant à laisser de côté les formalités pour l'essentiel , à écouter tout le monde sans acception de condition , de langue ni de culte ; car le devoir d'un prince, dit-il, est de ne pas regarder l'État comme sa propriété : ce n'est point pour lui que des millions d'hommes ont été créés, mais c'est pour le service de tous , au contraire , que la Providence l'a élevé au-dessus des autres. 11 ajoutait que ce n'est pas l'augmentation des revenus qui fait un bon ministre ; que les sujets ne sont tenus de contribuer que dans la mesure d'une nécessité absolue au maintien de l'autorité, de la justice , du bon ordre, et au bien de l'État ; enfin , que le roi doit lever l'impôt de la manière la moins onéreuse, et rendre un compte public de l'emploi qu'il en a fait.
Dans le Piémont, pays amphibie , dit Alfieri , où le gouvernement et la cour étaient français, les habitudes et les croyances
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italiennes, Charles-Emmanuel Ili (1730) , qui était resté éloigné des affaires , et dont Téducation avait été très-médiocre , montrar plus de qualités, qu'on n'en attendait de lui; et, secondé par les conseils du marquis d'Ormea , le Richelieu du Piémont , il aida , avec une lenteur prudente, au développement de la prospérité dans ses États. Il travailla à se donner une bonne armée.
Le codex Carolinus y qu'il promulgua , reproduisit l'œuvre de Victor-Amédée II, en y ajoutant de nouvelles lois pour en assurer les effets; et il en ordonna la publication, « afin que toutes les provinces, villes et communautés, obtinssent le bienfiiit d'une législation uniforme. » Il revit lui-même et fit imprimer, bien qu'elles fussent réprouvées par la censure, les ^evolutions dC Italie , de Denina ; et il répondit à ceux qui s'en étonnaient : faime mieux les esprits modernes que les vieux pédants. Il disait encore : Je ne connais pas de meilleure méthode, en fait d'études pour un État, que de choisir de bons maîtres y et de les laisser enseigner à leur manière «.
Le comte Bogino (1701-1784) , qui, après avoir été employé dans la diplomatie, était alors ministre d'État , imprimait à l'administration unedirectioA active. Il termina le cadastre, réforma les monnaies , chercha même à s'entendre avec les autres princes italiens pour les rendre uniformes dans la Péninsule , s'appliqua à relever les études jusque-là négligées , et affranchit la Savoie des mainmortes et des liens féodaux.
La Sardaigne, érigée en royaume, cessa d'être une de ces provinces dont la diplomatie se sert comme d'un appoint pour égaliser les poids dans la balance. Devenue propriété inaliénable, elle acquit, par sa réunion avec la petite Savoie , une importance plus grande quecelle qu'elle avait eue avec l'Espagne. Bogino en 6t connaître la valeur ; il chercha à faire disparaître peu à peu les inégalités établies par l'Espagne, à encourager l'agriculture par des monts de secours y à détruire les brigands, les vengeances sanguinaires , et ces rivalités que les Aragonais avaient entretenues entre les deux factions qui se partageaient l'île. Il la repeupla au moyen de colonies , surtout des gens de
* Roberti , Ijettre à un professeur dans le Frioul, 1777,
Tabarqua. 11 chargea divers savants de dresser la carte de ce pays presque ignoré , y fonda les universités de Cagliari et de Sassari ; de sorte que la langue italienne finit par remporter sur l'espagnol.
Cependant la crainte des innovations dominait dans le royaume , ainsi que le respect pour d'absurdes préjugés. Des entraves que Ton brisait ailleurs y étaient maintenues et fortifiées. Alfiéri, Lagrange, Denina, BerthoUet, Bodoni, durent renoncer au séjour de leur patrie.
Les princes lorrains qui succédaient aux Médicis trouvèrent la Toscane façonnée à une douce obéissance, et liyrée aux abus du pouvoir. François de Lorraine s'attacha à les détruire, à affranchir la propriété, à combattre les restes delà féodalité, en attirant à soi la puissance législative et judiciaire , la levée des troupes , et les autres prérogatives royales. Léopold , son successeur (1765), pensa que ce luxe de soldats , de police , de cachots, d'entraves à la liberté, que Ton regardait comme le cortège obligé de tout gouvernement , n'était pas indispensable au bien des peuples et à la sûreté des princes. Peut-être ses réformes sont-elles les seules du siècle passé qui aient été durables , parce qu'elles se fondaient sur le caractère du même peuple , et sur les besoins de progrès que toute nation éclairée éprouve.
L'ancienne république , formée par l'agrégation successive de petits corps , chacun avec ses privilèges et sa juridiction particulière , avait laissé un ordre de justice civile très-vicieux , et des lois qui variaient de la ville à la campagne , d'une province à l'autre. Léopold rendit les lois uniformes; les magistrats inutiles furent supprhnés ; il réduisit le nombre des juges, et fit un choix sévère parmi eux. 11 promulgua un nouveau règlement de procédure, et chargea Yernaccini, et ensuite Michel Ciani , de rédiger un code qui fut continué par Lampredi, mais interrompu par la révolution. Convaincu que l'extrême rigueur empêchait moins les crimes que les châtiments modérés, mais prompts et certains , accompagnés d'une surveillance exacte , il supprima la peine de mort, et y substitua les travaux forcés. Il abolit toute immunité, tout privilège personnel ou droit d'à-
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sile , la. torture, la oonfiscatioo , les procès de haute trabisoo, le serment des prévenus , les dénonciations secrètes , les accusations contre les parents, les procès de chambre, où les accusés n^étaient pas admis à se défendre , les dépositions des témoins officiels, la condamnation par contumace. Les amendes durent former un fonds destiné à indemniser ceux qui auraient été empriscmnés injustement. Tels étaient les exemples que donnait le père de François I^'.
Les Médicis avaient détruit la liberté, mais non les inconvénients qu'elle entraîne dans les petits États, et entre autres le système des douanes, qui isolidt les unes des autres les villes, où des statuts locaux imposaient des taxes et des mesures funestes à rindustrie. Léopold établit une taxe unique pour tout le grand-duché, permit à toute marchandise d'entrer, de sortir et de circuler librement ; déclara libre le trafic de la soie , les VCTtes, le commerce, des denrées de toute sorte; -établit un tarif unique; ouvrit des routes nouvelles, des canaux ; Mtit des lazarets , et encouragea ceux qui créaient des manufactures. Il brisa les liens que les corporations d'arts et métiers imposaient à rindustrie; il abolit les corvées des paysans, les monopoles, les exceptions , les fidéicommis ; affranchit les propriétés de la servitude du pâturage, qui empêchait de s'enclore de haies ; fit vendre les biens communaux ; confia l'administration des communes à ceux qui avaient intérêt à leur prospérité , c'est-à-dire aux propriétaires eux-mêmes , sans dépendance du gouvernement ; fonda des maisons d'éducation , même pour les filles , des hospices pour les pauvres, des conservatoires pour les arts.
L'uniformité de la législation entraîna alors une répartition plus égale de droits et de fortune ; l'agriculture se releva; Ximénès , Ferroni , Fantoni , s'occupèrent du dessèchement des maremmes ; celle de Sienne fut mise en culture , et peuplée autant qu'il est possible d'y réussir. Le succès fut encore plus complet dans le val de Nievole, dans le val de Ghiana, et dans les environs de Pietra-Santa, où l'on appela des habitants du dehors , surtout de la Romagne, en leur donnant des subventions et des terres à bas prix.
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Léopold abolit les fermes pour l'impôt, qui pesaient lourdement sur le peuple et rapportaient peu au trésor; il renonça à certains monopoles onéreux , et à l'obligation imposée à chaque famille d'acheter une quantité déterminée de sel. Il kdssa libre la culture du tabac , ainsi que le débit des eaux-de-vie et les fonderies de fer. Non-seulement il combla les vides causés par ces réformes au moyen d'une perception plus économique , mais il accrut les revenus de 1,238,000 livres par an; et, dans l'espace de trente-sept aps, il réduisit la dette publique de 87 millions et demi à 24 , en y emplcyriut sa fortune propre et la dot de sa femme. Il dépensa 30 millions en améliorations , et en laissa 5 dans le trésor à son successeur, après avoir embelli la capitale et les villas impériales.
Voulant que la Toscane offrît l'image d'une paix parfaite et durable , il supprima sa marine de guerre , et en conséquence les chevaliers de Saint-Étienne. £nûn Léopold projetait une constitution assez large pour l'époque : il en fit l'essai dans quelques communes en 1772, dans le territoire de Florence en 1774, puis dans tout le duché en 1777, malgré le mauvais vouloir de la noblesse toscane.
« Persuadé que la meilleure manière de gaguer au gouvernement la confiance du peuple est de faire connaître; aux citoyens les motifs des mesures qu'il est nécessaire de prendre, et de les informer sans détour de l'emploi des revenus publics, attendu que le mystère inspire la défiance, et fait méconnaître les intentions du prince et de ses agents , » Léopold fit publier l'état des finances, et les principales dispositions relatives aux diverses sources de prospérité publique. Lui-même rendit compte de ce qu'il avait fait dans un livre intitulé Gouvernement de ia Toscane sous le règne de Léopold IL Mais son tort fut de tout faire lui-même; le peuple était étranger à ces réformes auxquelles il ne comprenait rien , et les citoyens s'embarrassèrent peu d'étudier la chose publique, qui semblait réservée au gouvernement. Il put donc faire et défaire à son gré, heurter les opinions , léser les intérêt», et être tout à son aise un despote philosophe. 11 fit tort à tant de belles, qualités par un espionnage frivole et tracassier, de même que par son défaut de
modération dans les matières religieuses. Cest que lé siècle portait les gouvernements comme les individus à Tindépendance; à croire qu'ils devaient s'affranchir de cette tutelle sous laquelle ils avaient grandi pendant le moyen âge ; à écarter ce pouvoir moral que les sujets pouvaient opposer à la volonté d'un seul ; à étendre la puissance temporelle même sur les choses ecclésiastiques ; à séparer l'Église de la nation , et à faire que c5elle-ci foulât aux pieds l'autorité sacrée, pour se laisser opprimer plus sûrement par le pouvoir yplîtique. Aux décisions des papes se substituaient celles des diplomates. Lors de la paix d'Utrecht, on avait disposé des ûeh du saint-siége sans même le consulter; et l'Autriche acquit, de l'autre côté des Alpes , la prépondérance dont jouissait auparavant la papauté. Les pontifes eurent à lutter, dans tout le cours du dix-huitième siècle, contre ce désir d'affranchissement des princes.
Nous avons plus haut parlé de l'esprit de résistance dont la plupart d^entre eux étaient travaillés. On connaît les concessions de Benoft XIV et de Clément XI V : la suppression des jésuites valut à ce dernier la restitution des villes occupées paf les puissances, qui continuèrent néanmoins à se détacher de Rome , à détruire les corporations religieuses^ à enlever aux ecclésiastiques la censure des livres ; et , tandis que les jansénistes de France montraient leur mauvais vouloir contre l'autorité publique, ceux d'Italie tendaient à éieyer la couronne au-dessus de la tiare, et à rendre les souverains indépendants.
Nous avons vu Pie VI , appelé au pontificat après un long conclave , se rendre en personne à Vienne , par la crainte que lui inspiraient des innovations continuelles ; démarche dangereuse qui , en restant sans résultat , compromit l'autorité du saint-siége. Lorsque le pape fut retourné à Rome , Joseph II manda au gouverneur de la Lombardie que ses décisions, en ce qui concernait les monastères et la tolérance religieuse , devaient être maintenues : il défendit toute discussion sur la bulle Vnigenitus; il ordonna que les livres fussent soumis à la censure royale, et les bultes à Yexequatur; que l'inspection des séminaires fût faite au nom du roi, ainsi que la nomination des évêques. Il fut défendu en outre à tout siyet de recourir direc-
tement à Rome pour des dispenses. Nous avons déjà dit les tem< péraments apportés à ces mesures.
Venise avait aussi ses démêlés avec le pontife. Cette république s'était réservé une grande liberté dans les matières religieuses , d'où il résulta que le clergé y resta toujours assujetti à r État. L'inquisition y eut peu de pouvoir; et ses fonctions étaient exercées par le magistrat public. Tiéanmoins cette république n'en perdit pas la bienveillance dir pape , qui fit tous ses efforts pour provoquer une oroûade, afin de la soutenir dans sa guerre contre les Turcs, où elle perdit entièrement la Mcvée. Ce fut la question relative au patriarche d'Aqtdlée qui les brouilla. Comme la juridiction de ce prélat s'étendait sur les deux Friouls, vénitien et autrichien , on était convenu qu'il serait dioisi une fois par la république , une autre fois par l'archiduc; mais ensuite, soit adresse, soit connivence , le droit de nomination se trouva exercé tout entier par Venise. Marie-Thérèse, extrêmement jalouse de ses droits , revendiqua celui-là ; et 11 en résulta un débat dans lequel le pape fiit choisi pour arbitre. Benoit XIV décida (1751) que ce siège serait divisé en deux, l'un àUdine, l'autre à Aquilée. Venise se trouva lésée par cette sentence : elle congédia les nonces et menaça Ancône ; les rois s'interposèrent «n vain ; mais le Vénitien Kezzonico ayant été élu pape , l'affaire fut apaisée silencieusement.
lien était toutefois resté quelque ressentiment qui poussa ta république à se lancer aussi dans les mesures à la mode. Ainsi elle soumit tous les religieux a l'ordinaire, ce qui attei^ait spécialement les jésuites , que l'on accusait d'indépendance ; elle fixa le maximum du nombre des moines pour chaque couvent; abolit tous ceux qui se trouvaient insuffisants pour en loger douze; régla leur discipline ; défendit les relations avec des chefs étrangers , et l'envoi de sommes d'argent à Rome. Venise fut ensuite la première puissance catholique qui soumit à l'impôt les biens ecclésiastiques sans licence de Rome ; elle repoussa la bulle Jn cœna Domini, et enleva au pape la collation des canonicats et des bénéfices ayant charge d'âmes , excepté celle des évéchés. Elle défendit que personne prit l'habit ecclésiastique avant vingt et un ans , et prononçât des vœux avaut vingt-cinq ; qu'au-
AD mX*HUITIÀM£ SIÀCLX. 77
cose bulle §ài obligatoire sans rapprobalioii de la aeigiieurie, et aucune dispense valable si elle n'était donnée par le patriarche.
Naples, d<Hit lajdépendance envers le saint-siége était pins immàliate , se trouvait à portée d'en étudier les droits avec plus de détail ; e'est pourquoi le droit canonique y fut réduit en corps de doctrine régulier. !Nicx)la8 Capasso et Gaétan Argeuti s'étaient jadis prononcés hautement en faveur de la prérogative royale. Pierre Giannone avait écrit, au milieu des occupations du barreau r une Histoire Hoik du royaume de Naples (1724). C'était déjà un progrès, non pas seulement de s'apercevoir, mais de professer que l'histoire ne consiste pas seulement dans les faits. 11 vit en outre la relation qui existe entre les faits et la jurisprudence, et il ût marcher et se développer de front, comme éléments de la civilisation nouvelle , le droit impérial , le droit canonique , le droit féodal et le droit municipal. Mais les connaissances complètes lui manquaient, et l'art plus encore; il fit donc de tout cela un ouvrage pesant, indigeste, avec beaucoup d'erreurs chronologiques et des omissions importantes. Il ne compulsa pas des monuments inédits , tandis qu'il mettait largement à contribution les pensées et même les expressions d'autrui. Asservi à la lettre comme un légiste , aussi dédaigneux du peuple qu'humble vassal des rois, il craignait que la presse ne préjudiciât « au génie par rérudition, à Téducation par la multiplicité des livres, au règne des idées fécondes par la propagation des mauvaises publications ^ » Toujours attentif à la querelle des deux puissances, pour élever celle du prince au détriment du pouvoir ecclésiastique, non-seulement il pécha par excès de partialité, mais même il se permit d'inconvenantes facéties contre l'Église et sa discipline.
Charles III de Naples , voulant faire tourner à l'éclat et à la richesse du royaume les revenus exorbitants des ecclésiastiques, s'adressa au pape pour être autorisé à diminuer le nombre des prêtres, à conférer les évêchés et les bénéfices, à prohiber les legs aux établissements de mainmorte. Il demandait en outre le
* Histoire civile , VIII , p. 27?..