‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 68 sur 159 · AM. R · texte numérisé non relu

AM. R

dix-huitième siècle : Philippe de Bourbon et Charles d^Autridie voulaient tous deux, comme héritiers de la monarchie, acquitter le tribut et présenter leur haquenée. Charles III 8*y obligea solennellement en recevant Tinvestiture en 1739. Tanucci conseilla au roi de s'affranchir de cette cérémonie, humiliante peutêtre, mais non pas illégale, ainsi que le soutinrent une foule d'avocats.

Ferdinand IV se décida , en 1777, àoffrir la haquenée et les 6,000 ducats ; mais le prince Colonna, qui accomplissait cette cérémonie avec le titre de grand connétable du royaume , déclara qu'il rendait cet hommage aux saints apôtres : Pie YI répondit qu'il recevait la redevance féodale de la couronne de Naples. Il en fut de même les années suivantes ; mais en 1788 on n'envoya point la haquenée : seulement un pl^ipotentiaire du roi offirit à laseerétairerie d'État 7,000 ducats, comme offrande à la tombe des saints apôtres ; et comme ils furent refusés parce que la haquenée manquait^ il les déposa chez un banquier, à la disposition de la chambre apostolique.

Pie VI se plaignit alors que le roi voulût se soustraire à l'obligation de vasselage; et il se publia de part et d'autre beaucoup d'ouvrages sur la question! Mais la révolution, qui grondait déjà, amena de part et d'autre une transaction. Il fut convenu que tout roi nouveau offrirait à Saint-Pierre 500,000 ducats d'argent ; qu'au pape appartiendrait le droit de conférer les bénéfices mineurs , mais en ne les donnant qu'à des nationaux; qu'il désignerait les évêques sur une liste de trois candidats présentés par le roi ; qu'il donnerait les dispenses matrimoniales , en confirmant celles qui auraient été accordées par les évéques durant les démêlés; que l'hommage de la haquenée cesserait^ et que le royaume de Sicile ne serait plus qualifié vassal du pape.

En Toscane, on avait commencé à restreindre l'autorité ecclésiastique quand les princes autrichiens succédèrent aux Médicis. On alla plus loin après Tavénement de Léopold , qu'animaient les exemples de Joseph II , son frère. Mais si les réformes de l'empereur, dit Botta , étaient d'un philosophe , celles de Picrre- Léopold étaient d'un janséniste. 11 supprima l'immunité des biens

AU DIX-HUITIÈHE SlÊCLE. SI

ecclésiastiques , abolit les asiles , les ermites , la mendicité, deux mille cinq cents confréries et beaucoup de moines, entre autres les bamabites , qui se vouaient à Féducation ' . Il décida que les cures seraient données au concours. Il rendit les profes* fions religieuses beaucoup plus difficiles; ordonna de précber contre les flagellations , les pèlerinages , et toutes les dévotions non approuvées par le gouvernement. Les tribunaux épiscopaux furent forcés de se restreindre aux causes ecclésiastiques, et il ordonna d*y plaider en langue vulgaire ; plus de processions , à Texception de celle du saint sacrement ; les images pieuses durent être continuellement découvertes ; enfin le tribunal de la nonciature fut aboli.

Léopold avait pour conseil en ces matières Scipion Ricci , évéque de Pistoie , qui découvrit et corrigea de graves désordres dans les monastères de son diocèse ; mais , confondant avec la superstition certaines pratiques au moins innocentes, il défendit le Chemin de la croix, le Sacré Ccettry etc. ,etrépandit les livres de Quesnel et des autres jansénistes, qui suscitèrent des questions ignorées jusque-là en Italie. Poussé par ce prélat , le grand-duc publia deux instructions pastorales, où il ordonna de réunir le clergé en synode au moins tous les deux ans, pour traiter de cinquante-sept objets qui y étaient indiqués, tels que composer de meilleurs livres de prières, des bréviaires et des missels; examiner s'il convenait d'employer Titalien dans Tadministration des sacrements ; restituer aux évéques Fautorité usurpée par la cour de Rome ; donner au clergé un enseignement uniforme, pour que tous se conformassent à la doctrine de saint Augustin sur la grâce; porter Texamen sur les reliques et les images miraculeuses, en écartant celles qui seraient les moins authentiques; supprimer les chapelles particulières et les fêtes superflues.

Conformément à cet ordre , Scipion Ricci convoqua un concile à Pistoie. Voici les décisions qui furent prises dans les sept

* Il y avait en Toscane ( 1784) 7,957 prêtres séculiers, 2,581 clercs inférieurs, 2,433 prêtres réguliers , 2,627 moines répartis en 213 comvents, 7,070 religieuses en 138 cloîtres.

séances de ce concile : « Les évéques sont les vicaires du Christ, et non du pape ; ils tiennent immédiatement du Christ leurs pouvoirs pour le gouvernement de leur diocèse, et ces pouvoirs ne sauraient être altérés ou entravés; les prêtres eux- mêmes doivent avoir voix délibérative dans les synodes diocésains, et, comme Pévêque , décider en matière de foi. » Le concile ar« rêta en outre ce qui suit : « Il n*y aura dans les églises qu'un ' seul autel; la liturgie sera en langue vulgaire et à voix haute; il n'y aura point de tableaux représentant la sainte Trinité , ni d'images plus vénérées les unes que les autres ; les limbes des enfants sont une fable ; l'Église ne peut introduire des dogmes nouveaux , et ses décrets ne sont infaillibles qu'autant qu'ils sont conformes à la sainte Écriture; l'indulgence pontificale n'absout que des pénitences ecclésiastiques ; l'existence d'un trésor surérogatoire des mérites de Jésus-Christ, profitable aux défunts, est une invention des scolastiques ; la réserve des cas de conscience, et le serment des évéques a?aiit leur consécration, doivent être abolis. L'excommunication n'a qu'un effet extérieur; les princes peuvent établir des empêchements dirimants au mariage. ».

Plus de deux cents prêtres adhérèrent à cette doctrine, qui, disait-on, était celle de saint Augustin sur la grâce; ils acceptèrent les quatre propositions de l'Église gallicane et les douze articles du cardinal de !Noailles; approuvèrent les réformes introduites par le grand-duc et par l'évêque Ricci ; et l'on prescrivit l'adoption du catéchismo que venait de publier Antoine de Montazet , archevêque de Lyon ' . Los uns s'effrayaient de

* Voy. V Histoire de rassemblée des archevêques et évéques de /a Toscane, tenue à Florence en 1787 ; Florence, 1788. — Questions ecclésiastiques transmises par Son Altesse Royale à tous les archevêques et évéques de la Toscane, suivies de leurs réponses respectives; Florence, 1788. .i- Sur le frontispice on voit une gravure avec figures sym' boliques, et au-dessous se trouve un petit génie qui tient ouvert nn livre sur lequel est écrit Encyclopédie. Ricci y soutient les principe jansénistes, et présente comme modèle le synode janséniste d'Utrecht do 1763, exhortant les évoques toscans à Timitor, et prémunissant ks curés contre les intrigues de Rome.

voir l'Italie eD?ahie par Calvin ; les autres se réjouissaienl de en que routrecuidance papale se trouvait eofiu réprimée.

Léopold avait hâte que son encyclique fût approuvée par tous les évéques ; et comme plusieurs prélats s'y refusaient isolément, il songea à réunir un synode ; mais il le fit précéder d'une conférence, dans le palais Pitti, entre trois archevêques et quinze évéques, afin de préparer un concile national. La plupart des assistants adhérèrent au synode de Pistoie ; mais quelques-uns s'y montrèrent opposants, soutenus par le mécontentement général du peuple et de tous ceux qu'on traitait alors de fanatiques ; en sorte que Léopold ne tarda pas à s'apercevoir qu'un synode lui ferait perdre sa cause.

Cependant Ricci continuait à marcher dans la même voie : il fadsait dire les psaumes en italien ; changeait quelques mots dans VAve Maria; enlevait des églises les ornements précieux, les brefe et les souvenirs d'indulgences. Mais lorsqu'il voulut faire disparaître l'autel où les habitants de Prato vénèrent la ceinture de la Vierge, le peuple se souleva en tumulte, et envahit l'église à main armée , en chantant et en sonnant de la manière défendue par Ricci. Il brûla le trône et les armoiries épiscopales, ainsi que les livres qui contenaient les innovations ; ensevelit les lettres pastorales dans la terre d'où il exhumait les reliques, et se mit à faire des processions, à chanter des litanies, à vénérer les images , pour narguer les ordres de Ricci. Bientôt après , de nombreux écrits révélèrent des erreurs grossières de ce prélat; la résistance se répandit même dans les chapitres des deux cathédrales ; de telle sorte que les réformes furent supprimées , et que lui-même , réduit à s'enfuir, se démit de son siège.

Pie VI fit examiner les actes du synode de Pistoie ; puis il condamna, par la bulle Auctoremfidei, cinq de ses propositions comme hérétiques , et soixante -dix autres comme schismatiques, erronées, scandaleuses, calomniatrices. Ricci dénonça au gouvernement cette condamnation comme injuste; mais ritalie se trouva bouleversée par l'invasion. Ricci, comme partisan des Français, fut en butte à toutes sortes de haines, et il finit enfin par reconnaître ses erreurs.

84 l'italie au dix-huitième siècle.

François Beccatini , qui a écrit une f^ie de Pie f7 avtee la plume d'un panégyriste, dit pourtant (c. m) que FÉtat pontifical était le plus mal administré qu'il y eût alors, à Texception de la Turquie. Toute exportation de grains y était défendue , et tout commerce y était entravé ; Tadministration des subsistances avait le droit d'acheter ce dont elle avait besoin, et de le payer au prix qu'elle fixait elle-même; elle enrichissait en outre qui lui plaisait , en accordant des permissions de sortie pour les denrées. Plus d'un cinquième des terres suf les plages fertiles de l'Adriatique restaient improductives, à tel point que les propriétaires voisins étaient autorisés à les cultiver pour leur propre compte. Le tribunal de police était une autre source de vexations : il taxait les bestiaux à son gré, et accaparait toute l'huile du pays, qu'il revendait ensuite au prix le plus élevé; il n'y avait point de manufactures; l'introduction des objets de fabrique étrangère était très-coûteuse, et, par suite, la contrebande très-active; les revenus fonciers étaient affemaés pour 400,000 écus , tandis qu'ils auraient pu facilement rendre le double. Dans les onze années que régna Clément XII! , on enregistra douze mille meurtres, dont quatre mille eurent lieu dans la capitale seule.

Pie VI songea à apporter quelques remèdes , mais ils furent Inefficaces. Ce pontife, beau de sa personne, éloquent, majestueux, se coniplaisait dans ces dons naturels, et se cor>fiait dans l'impression qu'ils devaient produire. Déjà son prédécesseur avait élevé un monument aux beaux-arts dans le musée Clémentin; Pie VI Taugmenta considérablement; il lui donna en outre son nom , qu'une vanité pardonnable lui faisait sculpter partout ; et il chargea le célèbre antiquaire Visconti d'en décrire les richesses. Il ajouta à Saint- Pierre la sacristie, où la richesse supplée à la beauté ; étendit le palais Quirinal , et améliora le port d'Ancône et l'abbaye de Subiaco. Il dépensa des sommes énormes pour dessécher les marais Pontins , en encaissant TAmaseno et TOfanto , et en creusant le long canal , dit fleuve Sixte, par lequel les eaux s'écoulèrent à la mer, et laissèrent à sec des terrains qui se couvrirent d'une nouvelle culture.

i) est à regretter que ces travaux, dignes des anciens Romains,

UTTÉRÀTUBE ITALIENNE. S5

n^eussent pour but que de créer une principauté pour ses neveux ; il les faivorisa à un degré dont on n*avait pas tu d'exemple depuis les papes du quinzième siècle. Il s'entendait peu à la politique des cabinets. Nous ne devons pas toutefois passer sous silence qu'au milieu de Forage qui menaçait alors , quelques cardinaux lui suggérèrent un projet digne des temps de la grandeur pontificale : il s'agissait de réunir l'Italie en une confédération, sous la suprématie de Rome; mais la ligue italique^ plus de peur à l'Autriche que l'invasion ennemie.

IJTTJÉRAttJRE ITALIENNE.

La pauvreté vaniteuse de la littérature, dans le cours du dixseptième siècle, se releva , grâce à l'ennui où l'on était du genre pastoral ; elle n'eut pourtant pas l'inspiration de recourir à la nature , et a la source inépuisable des sentiments : elle se releva avec l'aide des trecentisti et de9 cinquecentisti , de Pétrarque principalement. Les écrivains ne lui empruntèrent pas seulement Tart , mais ses pensées , et sa pureté sans vigueur ; lis visèrent à la rime, à la phrase, sans rien dire naturellement. Il en résulta des compositions minaudières, une petite élégance maniérée, une science de parade. La littérature italienne fut envahie par l'emphase et le bouffon, deux genres détestables. Ce ne furent que chants burlesques , poésies pour noces, réceptions de docteurs, prises d'habit, des amours, des dépits, qui ne venaientjamaisducœur, mais de la tête. On débutait alors par des sonnets pour les recueils, comme aujourd'hui par des articles dans les journaux : heureux ceux à qui leurs productions valaient un diplôme académique ! Quelquesruns ont l'expression pure , le tour harmonieux : leur prose a de la noblesse et de la magnificence , leurs vers de l'harmonie ; mais jamais on n'y trouve de passion ni d'éloquence véritable. D'autres opposaieni; à la recherche fastidieuse des seicentisii une abondance facile,, qui n'était pourtant pas du naturel. Nous nous bornerons à citer y^'

M LITIEkATL BI ITaLII^SX.

parmi un nooibre ioEai d'ccrivajns . qiMiqim-aiB s>D tinrent le moins mal.

Le Gtdoîs FroçODi ^1693-1786. Tccnt dans l'ind pM-JODS Jusqu'aa jour où il devint poêle de fonr , aecTétaire de l'Académie dea beaui-arts. H ehai éréaeiMÈffde celte coar, ta dirisea toiu les s] tenniiijpes jonn daos une açréable position. Bc mais uni plan, il tourne dans un cercle ctroil; il correction. Poète de la bonne compagnie , il bourre < de lieux communs et d'allusions mvlhologiques, a circonstance, pour mariages, baptêmes de clocb docteurs qui l'ennaient , ou en l'bonneur des riclH lent à leurs festins. Ces! ainsi qu'il fut le veiNfici fécond de ce temps où les rers pleuraient, et le < école de prétendus poètes, fabricants de Gonoet! cules à la louante non-seulement des princes, n conque possédait une maison de campagne on i

L«» Ter* libres dei trois excellents auteurs, Fn neili et Lorenzi, méritent, à raison du bruit qu'Us mention particulière; mais on n'y trouve qu'une proi un retour continuel d'images faciles et uianiérées : des mots inutiles, en altérant les termes anciens; i l'emphase pour de la chaleur, le boursoulié et le m la noblesse et la grSce; jamais rien de profond, d' ^t ils Ratent par des détails puérils les sujets les p Frugoni arrive, en contemplant le matin son plafond Kur les causes du beau; ce dont il est ensuite dist valet qui entre avec son chocolat. Betlinelli' s'oc

' Il ilËcril plaLMmDient , ilaDi ses Lettres sur l'épigramit i|u'il Tit à Voltaire. Le pLilosophe de Pernej , iotilé ensui nelli à venir le voira Vérone, lui répondait ; " Vouevoye ne doit ptinie soucier d'aller dansunpa;saùl'oi) téqnesti lie la ville les livre* qu'un pauvre voja^ eur a dsns son tac rail avoir envie de demander k un dominir^în la pennissf< d« ppnter, de lire ; et Je vous dirai rrancliement que re lie fi* l'Ililie me Tait liorreur. Je crois la basilique de Soin

UTTEBAXURE IXALIENK^. 37

rérupUoQ du Vésuve, des rats qui sont chassés de leur trou. Quelle étrange idée l'on avait de la poésie, quand on donnait à Lorenzi des sujets de physique pour improviser ! Frugoni £aisait soixante sonnets à la ûle contre Favare Ciacco , et Casti eu adressait cent à quelqu'un à qui il devait trois Jules ; toute Tacadémie milanaise des Trasformati déplorait en vers la mort du chat de Balestreri ; une autre, celle du chien Pippo. Il y eu avait qui s'entendaient pour traduire en octaves chacun un chant du Berthold ! On allait cependant chercher dans un rang plus has encore , c'est-à-dire parmi les improvisateurs , ceux qu'on couronnait au Capitole; ainsi la Corilla, surnommée roiympique; ainsi Perfetti, à qui on donna pour sujet d'épreuve douze thèmes sur les sciences.

Cette fécondité inépuisable excita la verve mordante de Joseph Baretti >, de Turin (17 16- 1789), que ses éditeurs mettent au rang des bons critiques et des écrivains distingués, et qui rédigea le journal intitulé le Fouet littéraire , dans lequel il se mit à fustiger « ces malheureux qui s'en allaient griffonnant chaque jour des comédies impures, des tragédies stupides, des critiques puériles, des romans biscornus, des dissertations frivoles, de la prose et des vers de toute famille, sans substance ni qualité. »

En effet, on ne voyait plus dans la littérature que Frugoniens, versi scioltai. Ceux qui écrivaient sur les sciences étaient vulgaires , impropres, sans couleur. L'école jésuitique sacrifiait au nombre la concision, la force, le mot propre. Personne ne pourrait aujourd'hui supporter l'harmonieuse et vaine élégance du

l)elie; mais j*aiine mieux un bon livre anglais, écrit librement, que cent mille colonnes de marbre. »

On cite parmi les plus célèbres Thérèse Bandetiini (Amaryllis étrusque), Livie Accarigi, Fortunée Fantasiici, le mordant Matthieu Berardi , le Napolitain Gaspard Molle , qui improvisait en latin comme Gagliuffi , etc.

'■ Baretti, poëte burlesque par-dessus tout, a traduit en vers libres (sciotti) les tragédies de Corneille «t VArô d*atmer d*Ovide. Il se fit Tantagontste des philosophes français, disant qu'ils n'en pouvaient im- • poser qu^aux femmes de chambre. Il a his«é des pamphlets, des dissertations, et un dictionnaire italien-anglais.

IIIST. I)E CENT ANS. — T. \Ù «

38 LITTEBATLBE ITALIENNE.

père Roberti , de Bassano. Rezzonico , lié avec les hommes les plus distingués de son temps dans sa patrie et au dehors, n'arriva lui-même qu'à une poésie imitatrice des plus -mauvaises imitations, et à une prose flasque et incortecte , tout à la fois phraseuse et arrogante.

La vie du comte Algarotti (1712-1764) fut une suite de triomphes. I! est fêté à Paris par les savants; Auguste III, de Saxe, le charge de recueillir des tableaux pour sa galerie; Frédéric, de Prusse, le prend pour compagnon de ses voyages H de ses soupers; il est applaudi par les philosophes, mais il écrit comme ses contemporains : il est fardé et vide ; ses vers sont contournés ; tout emprunt , pour lui , est de bonne prise , pourvu qu'il vise à l'effet : du reste , rien qui vienne de l'âme, jamais de vigueur ni de concision. Son Newtonianisme pour les dames , traduit dans toutes les langues , est ridicule pour les savants, inutile aux ignorants. Il n'est pas jusqu'aux voyages, qui pourtant intéressent toujours, à raison des impressions personnelles du narrateur , où il ne trouve moyen de vous glacer par des réflexions niaises et par un étalage de citations, au lieu de chercher à faire connaître à ses compatriotes les intérêts, les idées . les mœurs , les progrès des peuples , aGn de les piquer d'émulation. Partout , en un mot, on mettait du rouge et des nfouches *) la phrase; partout l'apprêt, au lieu de l'inspiration.

H en était ainsi de l'éloquence de la chaire,, amplification laborieuse, qui laisse le cœur froid , l'esprit sans conviction , la volonté indifférente. On ne trouve chez ces orateurs sacrés que des mots , des discours, des déclamations. Ils n'ont pas cette tristesse évangélique qui est le fond de cette éloquence , ni ce style nourri des saintes Écritures , qui mettent la parole divine à la portée du peuple avec une dignité paisible et familière.

Quel champ Baretti avait devant lui, s'il n'eût trop songé à la forme ; s'il'eilt compris le mérite de la hardiesse et de la sincérité dans l'art; si à l'intention sage il eût associé des sentiments élevés , des vues larges , et les inspirations du patriotisme ! Atais combien il sait peu ! comme il dédaigne ce qu'il ne comprend pas ! comme il s'arrête toujours à la forme , lui qui ne

LITTERATURE ITALIENINS. 30

voit rien, dans le livre Des délits et des peines, • qu*iioe mauvaise chose écrite dans uo style bâtard ! » comme il abuse sans ménagement de la raillerie! comme il s^abandonne à des passions haineuses contre tout ce qui lui est supérieur ! C*est lîi.c* qui rentratna à des grossièretés ignobles, à exalter ce qu'il y avait de plus médiocre , et à faire une guerre si acharnée à Goldoni.

Peu d'hommes furent doués plus richement par la nature que cet avocat vénitien ; mais Goldoni (1707-1793) ne cultiva pas ces qualités précieuses, et sa patrie flttortà son talent. 11 n'y était pas permis de se mêler de politique ; il eût sufi} , pour perdre un auteur, d'un noble qui se crût offensé. D'autre câté, le théâtre était livré à des entrepreneurs, qui ne visaient qu'à attirer la foule en flattant son goût ; il n'y avait aucune relation , nulle sympathie entre les gens de lettres et le peuple. Les gens de lettres faisaient des comédies d'après les règles d'un art froid , conventionnel , que personne ne lisait , et qui endormaient à la représentation. I^ peuple avait pour pourvoyeurs des gens du métier, qui ébauchaient des canevas de comédies à sujet , dont les acteurs improvisaient eux-mêmes le dialogue, en mettant en scène des masques , sortes de types génériques qui revenaient dans toutes les intrigues.

Les acteurs étaient des tailleurs , des cordonniers , des tisserands , qui , le soir, se changeaient en IVinus et en Arbacès. Les arlequins devinrent célèbres. Un ouvrier en soie , le Napolitain Cerlone , inventeur des masques de Polichinelle et du docteur Fastidio , composa une multitude de canevas pour ceâ pièces improvisées, pleines de facéties, de verve, de traits satiriques, de bouffonneries et d'allusions transparentes , et dont les actes se prolongeaient indéfiniment , avec changement à vue et carnage général. 11 fit longtemps la passion des Napolitiins, qui voyaient dans ces représentations leur propre vie. Mais ce fut au grand détriment de l'auteur, qui aurait pu , s'il eût compris sa vocation, s'élever à quelque chose de mieux.

Goldoni s'abandonna à ces nécessités locales avec l'insouciance qui était dans sa nature. Il ne possède pas une grande variété ; il n'a pas /art de tracer fortement les caractères ; il

40 UTTBRATURE ITALlERflB.'

peint inoiDs la vid que la société > qui adoucit tout ce qu'il y a dans rhomme de rude et de earactéristâqoe. Cdui qui le botne à représenter Tindividu social ea est réduit à la &tuité des hommes ^ à la coquetterie des femmes, à la lutte de vanités frivoles. En effet, Goldoni retrace des mœurs toujours banales, des passions superficielles ) des hommes, misérables fanÊuvos d'honnêteté, des femmes sans délicatesse, des physionomies dépourvues de reli^^ et en même temps de ce caractère universel qui donne seid aux oeuvres de l'art une valeur réelle et durable

Mais personne ne manie mieux que lui la scène et le dialogue; personne n'indique mieux dans les caractèresi, quoique les siens soient toujours prosaïques , ce mélange qui se rencontre dans la société, sansrecourir à des exagérations romanesques. On ne trouve nulle part cette abondance familière de style. Son Bourru bienfaisant fait juger ce qu'il eût été s'il fût né Fibbçais. Si le hasard l'eût placé parmi ces Siennois et ces Florentins qu'il appelait des textes vivants, quels progrès n'eût*il pas fait faire à la langue italienne ^ cette langue qui dut tant sons ce rapport à Fagiuoli , lequel n'a pourtant d'autre mérite que la diction ?

Abreuvé de persécutions et de dégoûts dans sa patrie, comme il arrive toujours, Goldoni la quitta pour la France. Mais , en racontant les succès qui le consolaient sur la terre étrangère, il s'écriait : // me semblait me trouver dans ma patrie.

Les autres parties de l'art dramatique n'étaient pas plus brillantes ; ce qui faisait dire à Voltaire : « En Italie, les beaux théâtres; en France, les bonnes pièces. » Pierre Trapassi (1698- ]782) s'en allait improvisant de côté et d'autre dans Rome, où il était né, lorsque le juriconsulte Gravina, qui l'entendit, s*éprit de son talent, lui fit prendre le nom de Métastase, et lui légua en mourant une partie de sa fortune. Le jeune poète en eut bientôt vu la fin; et quand il fallut travailler, il se mit à composer des drames. Marianna Bulgarelli (la Romanina), cantatrice d'une grande réputation, attribuant ses succès à la beauté des vers de Métastase , entreprit , en se l'attachant par les liens du cœur, de diriger son génie poétique.

LITTEBATVRE ITALIENNE. 4f

Appelé à Vienne comme poëte impérial , avec son amie , il devint le protégé de Marie-Thérèse. Tous les souverains le traitèrent en favori , et lui firent à Tenvi des présents. C'était à qui obtiendrait de jui cet encens , ces louanges banales auxquelles la vanité donne la valeur de jugements. Les femmes, qui Tavaient protégé vivant , ont longtemps soutenu sa réputation; et le suffrage de la moitié du genre humain compte assurément pour quelque chose. La douceur de son style, qui est son grand mérite , lui fît pardonner jusqu'à ses incorrections grammaticales, sa molle afféterie, et le tort qu'il eut d'aborder toujours des sujets élevés , qui se prêtent mal à la phraséologie galante de l'opéra. Il ne faut pas voir un auteur tragique dans ce poète à la mode, dont les fades douceurs ont charmé et énervé l'Italie. Il doubla et tripla l'intrigue, multiplia les reconnaissances par toutes sortes de petits moyens; il abusa des a parte et des monologues qui servent au développement des passions. Mais ces passions , au lieu de les peindre , il les ébauche, se bornant à des traits vagues , sans caractère d'époque ni de pays.

Alfieri pèche par des défauts tout contraires : avant lui, Maffei avait montré l'intelligence de Tantiquité dans sa pièce de Aïérope, dont le plan est simple et l'intérêt toujours croissant, et qui fut la première tragédie italienne de quelque mérite; mais l'auteur, livré à la fois à toutes sortes d'études, n'y apporta pas cette perfection de formes qui perpétue les ouvrages.

Alfieri, d'Asti (1749-1803), aristocrate épris de la liberté telle qu'on la prêchait alors , c'est-à-dire la liberté abstraite , n'avait lu que les écrivains français. Il les traite cependant de fort haut ; il fait fi de Rousseau , bien qu'il l'imite et le copie. H méprise ses prédécesseurs; il méprise l'Italie ; il méprise les philosophes et les incrédules , non moins que les dévots et les ignorants ; il méprise la noblesse , dont il sort , et la plèbe , qu'il déteste ; enfin , il méprise le monde entier. Chez lui toute passion se convertit en rage, rage d'étude, rage de liberté , rage d'amour. Mais il mit dans ses dédains et ses colères une énergie qui contrastait tant avec la mollesse louangeuse de son temps , qu'elle parut de roriginalité. Il voyait le public se pAmer à la

43 LITTÉIATLIE 1TALIEX3IE.

douceur de Métastase : il se iit rude et monbnt ; il momt à toutes sortes d'ellipses , supprima Tarticle , dépouilla la langue de tout rbanne , le vers de toute harmooie.

11 se piqua cependant bien plus de se renfermer dans les règles les plus strictes du genre, qu'à foire de la tragédie la représentation d*une époque ou Tanalyse d'une passioo ; aassi la critique de ses contemporains et la sienne touchant ses propres ouvrages ne va-t-elle pas au delà de Tart Une fois le but fixé, il y marche tout droit , sans cueillir une fleur sur sa route ■ ; il rejette tous les développements, tous les accessoires delà tragédie française , mais sans rien y substituer, ni la suUioM ingénuité de la tragédie grecque, ni l'éclat lyrique qui est l'un de ses caractères.

Mais que le monde qu'il peint est hcurrible ! toujours des catastrophes effrayantes , des tyrans qui n'ont pas leurs pareils dans les enfers, des scélérats qui se donnent pour ce qu'ils sont

Pourtant sachons gré à Alfieri de s'être perpétuellement occupé de l'Halle , d'avoir maintenu du moins son nom vivant, quand tout le reste avait péri , et fait servir la tragédie à réveiller des sentiments magnanimes. Mais , contempteur de son siècle , il emprunta tout au passé, et attira les haines, qui jamais ne sont fécondes, sans comprendre les progrès, les besoins de la société moderne. 11 fait détester la servitude sans faire aimer la liberté ; il détruit tout sentiment, à part l'horreur pour les Xyrans. C'est ainsi qu'il donna à l'Italie un théâtre nouveau, mais non pas national.

11 essaya plusieurs comédies politiques, qu'il intitula : fUn, les Peu , les Trop , / Antidote , et où le comique consiste à montrer les héros sous leur côté prosaïque. Dans la Tyrannie ^ exagération des exagérations de Rousseau , il soutient la liberté primitive , fait la guerre aux arts et à Tindustrie ; les peuples

' n Ma manière dans cet art (et souvent ma nature l'exige iropérieii- Mment malgré moi) consiste à marcher toujours à grands pas , autant que je le puis , vers le dénoûment. Aussi tout ce qui n'est.pas très-iiécessaire, lors même quMl en pourrait résulter un très-grand effet , je ne saurais absolument l'admettre. » ( Me.)

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chrétieDS sont , selon lui, plus esclaves que les Orientaux ; et , pour avoir raison du despote , il conseille à tout le monde de s'entendre pour ne pas obéir : conune si, lorsque tout le monde est d'accord , la tyrannie restait possible '. Dans le Prince et les I Mires, il veut montrer que la protection est funeste à celles-ci, et nie que la faveur royale fasse éclore des talents autour d'elle. Ses nomlnreuses poésies abondent en traits mordants contre les. cours. Dans VÉtrurie, il glorifie Lorenzino de Médicis; il épanche dans ses satires son orgueil misanthropique ; et il attiro toujours, parce qu'il a ce qui manque à ses contemporains, la passion. Quand vint la Révolution, il ne la comprit pas : comte , il fut bientôt dégoûté de la domination des avocats ; il injuria les Fraïu^ais ; et il crut si bien qu'il s'agissait d'un orage passager, qu'il dédia à la postérité plusieurs de ses tragédies , et donna,, an début de cet immense mouvement, une édition de ses ouvrages sous une date plus éloignée ; tant il était loin de se douter qu'il pût en résulter pour lui aucune leçon !

L'abbé Meldiior Cesarotti (1730-1808) introduisit le goût français dans les cercles vénitiens , qui, de même que ceux de Paris, s'arrangeaient fort d'une instruction facile ; il se fit chef d'école en imitant. Esprit cultivé, possédant plusieurs langues, il fit d'agréables rapports d'académie , et jugea avec goût ses contemporains ; mais , insensible aux beautés naïves et à la vigueur de la littérature grecque, il traduisit Démosthène eu rhabillant au goût du siècle , en le gâtant même par cette > affectation pédantesque, qu'il faisait pourtant profession de détester. Il traduisit Homère dans le même goût ; il voulut même le refaire, dans sa Mort d'Heclw, où il réduit le grand poète aux proportions que voudraient lui imposer les écoles , le tout accompagné de critiques aussi frivoles que celles de la Motlie , et qui proviennent de l'esprit le moins philosophique; c'est àdire que , ne concevant dans la civilisation que le rafQnement, il en supprima les hardiesses : il fait les dieux plus dignes , les

' AUieri avait déjà prêté cette idée au boiilTun de Philippe II , quand il dit au roi : Que ferait Ta Majesté, si quand (u dis Oui (oui L^f vionde disait Son i*

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hommes plus raisomiables ; substitue la politesse à Téloquence, rétiquette à Fimagination , et revêt le colosse du justaucorps et de la perruque de son temps.

Cesarotti réussit mieux avec Ossian : là il put se donner carrière tout à son aise, et embellir à sa manière les nuag^ises descriptions du poëte que les contemporains abusés mettaient audessus d'Homère et d'Isaïe. Cesarotti se complaît à comparer le barde calédonien et le chantre d'Achille ; il donne presque toujours la palme au premier. Les étrangers eux-mêmes avouent qu'Ossian vaut beaucoup mieux dans la version italienne que dans le texte apocryphe de Macpherson. L'Italie en raffola; et ses muses, tournant le dos à l'Olympe, à l'Hymen et aux Grâces, ne chantèrent plus que le brouillard, les ombres, les sapins, et les harpes agitées par le vent ' .

La langue était peu et mal étudiée : la Cnisca s'endormait; quelques pédants c(Nitinuaient le frivole et facile travail de feuilleter les auteurs classiques pour s'enrichir. Alberti de Villanova conçut la pensée d'un nouveau dictionnaire, et réussit inoins mal que l'Académie, parce qu'il fut seul à s'en occuper. L'esprit de système , qui prétendait d'un côté que la pureté consiste dans les termes académiques , et qui de l'autre refusait au dialecte le pi us riche le titre de langue nationale, conduisit à classer les écrivains en pédants, comme Corticelli, Vanetti , Branda, Bandiera; et en libertini, tels que la plupart des Lombards, les traducteurs et les écrivains scientifiques, qui s'en allaient répétant : Des choses, des choses ! comme si les choses pouvaient se dire sans les mots, ou les pensées s'exprimer sans le langage.

Napione, homme érudit s'il en fut, détourna, dans V Usage et les qualités de la langue italienne , ses compatriotes les Piémontais d'écrire en latin et en français ; et il traça des règles qui parurent relâchées à Cesari, rigoureuses à Cesarotti. Ce dernier voulut réduire en théorie sa pratique particulière, dans son Essai sur la philosophie des langues. Il applique à l'italien les

' Le chef-d^œuvre de rossianisme fut la Naissance du Christ, par Pèlerin Gaudenzi , qui fut portée aux nues , et donnée comme modèle aux jeunes écrivains.

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doctrines du président de Brosses; il s'élève au-dessus de la foule des grammairiens, pour considérer le langage dans ses rapports avec la science générale. En réponse à ceui qui croient l'italien mort, il veut qu'on le rajeunisse, en admettant des ex* pressions et des formes étrangères; puis, afin d'éviter Tabus de l'innovation , il veut qu'elle soit réglée par une assemblée d'hommes instruits ; conseil assez scabreux et remède peu efficace.-

Les écrivains italiens restaient sans contact avec le |)euple : aussi la meilleure des démonstrations manquait-elle à leurs systèmes, à savoir, l'application et la pratique ; ils agitaient des questions ou touchaient à des sentiments que le peuple ne ressent pas, qui même ne sont point les siens; de telle sorte que , n'ayant plus le peuple pour guide , ils extravaguaient, ou devaient se traîner sur les traces des étrangers. De là cette influence française si générale dans la seconde moitié du siècle passé , et qui se révélait , soit chez Métastase , qui empruntait des idées et des plans à Racine, soit chez les eontroversistes, ceux de Naples surtout, qui empruntaient leurs arguments aux partisans des libertés gallicanes ; soit chez les économistes , qui répétaient et appliquaient les. théories étrangères. Édifices , tableaux, drames, satires, romans, tout atteste en Italie une fastidieuse contrefaçon française. C'était de la France que venaient les modes, quelque peu appropriées qu'elles fussent aux Italiens : on jouait à Venise la comédie française; un journal français paraissait à Bologne en 1761. Parini se raillait des nobles , qui ne trouvaient de mérite qu'à ce qui venait de la France, soit qu'il s'agît du tailleur, ou d'une thèse philosophique. Maffei mit en comédie , dans son Raguet, ceux qui lardaient de français l'idiome national ; Chiari ne cessait de se plaindre de ceux qui, nés à Milan, pensaient en français , qui semblaient croire quHl ne s'imprimait rien de mauvais en France ; de ce que les dames ignoraient la langue toscane pour bégayer le français ; et il ajoutait : « Nous avons pris les habits, le langage, les vices des étrangers, sans pour cela dépouiller nos innombrables préju|j;éi. »

Parmi ceux qui échappèrent à cette manie, il faut citer

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Passeroni, de Nice (1713-1802), qui rima descapitoU et de* fables en profusion. li fit une f^ie de Cicéron en eeat et un chants, où il profite des moindres circonstances pour se jeter dans des digressions. Son langage est correct s et il a un air de bonhomie qui le fait aimer, quoique son abondance dégénèie en une flasque verbosité.

Gaspard Gozzi (1713-1786), d'une grande fomiUe Ténitienne*, fit un grand nombre de traductions d'un mérite trèsinégal. Ses Discours vont de pair avec ce que l'éloquence italienne a de mieux. Son Observateur est une série d'articles vi& et légers qui chatouillent l'oreille, mais qui laissent un vide pénible dans l'esprit. On lui a reproché d'être trop Vénitien ; on chercherait pourtant en vain dans ses anecdotes la peinture des derniers temps de la république ; on n'y trouve que des historiettes, des friponneries traditionnelles «t sans couleur. Tel est le caractère de ses autres ouvrages, en très-grand nombre. L'Académie des Granelleschi , instituée par Gozzi et par son frère sous les auspices d'un prêtre imbécile, avec des noms et des symboles en rapport avec l'obscurité de son titre, se proposait d'épurer le goût à l'aide de railleries grossières , en faisant une guerre acharnée à Chiari, à Goldoni, aux vers martéiiens, à l'afféterie française ; elle contribua, tant bien que mai, à raviver l'amour de l'idiome toscan et l'esprit national.

D'autres écrivains se démenaient aussi pour se tirer de l'ornière ; mais ils ne croyaient y parvenir qu'en suivant les traces d'autrui. Jean Fantoni (1741-1817), dont le nom arcadique était Labindo, se fit horatien jusque dans le mètre et dans les phrases; il y n)êia force concetti, avec des couleurs ossianiques. Il eut pour Auguste et pour Mécène d'abord le marquis de Malaspina, race de héros, terreur des hétes féroces, puis tous les géné-

' Parini se déclarait redevable à Passeroni , pour Pavoir détourné de marqueter ses vers de phrases vieillies , et l'avoir amené à laisser an vulgaire les expressions proverbiales employées par les anciens écrivains toscans.

* C'est ce qui lui faisait dire : « Enfants, ne faites jamais de vers! Vous perdriez la santé avec le ji%ement , vous fatigueriez le jour ; jamais vous ne seriez tranquilles. »

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raax, les amiraux de son temps. Horace ayant proféré des imprécations contre les premiers navigateurs , il maudit aussi ceux qui tentaient Vinviolabie royaume de la foudre» Cependant , du fond de la Lunîgiane , il porta ses regards sur ce royaume, et adressa ses vers aux amiraux anglais Rodn^, Vemon , EUiot , lequel « brave la mort sur la borne hercu» léenne; » puis encore à Washington, « protégeant la liberté naUsante de P Amérique contre la colère de la mère patrie. » 1! sentit que les malheurs de Fltalie venaient du relâchement de ses mœurs et de son insouciance, et s'engagea, si « Fouragan des guerres transalpines descendait menaçant des frontières de la Savoie, à défendre , nouvel Alcée , la tremblante liberté contre les tyrans. » Il adressa ses dernières odes à ceux « dont le nom et les mains sont restés purs dans les dix dernières années du dix-huitième siècle. »

Le Parmesan Angelo Mazza (1741-1817), au contraire , s'inspira des écrivains anglais : comme Fantoni , il vise à se rapprocher des poètes modernes. Il fuit la négligence de Frugoni et le barbarisme affecté; mais, faisant étalage de savoir, se créant des difficultés et se drapant dans de pompeuses périphrases, il atteint à une certaine élévation voisine de l'obscurité. Une médaille fut frappée en son honneur avec le titre d'Homère vivant, et l'on n'a pas craint tout récemment de le comparer à Dante.

Joseph Parmi, de Milan (1729-1799), dégoûté de l'élégance minaudiere , de l'abondance insipide , de la facilité prodigue de ses contemporains, se fit plus digne, plus sobre et plus fier : ce en quoi il dépassa la mesure, car il prend parfois le contourné pour le gracieux , le singulier pour le sublime, et habille de latinismes et de périphrases des sentiments de l'ordre le plus commun. Il voulait arracher la poésie aux futilités, pour la mettre au service de la civilisation , pour en faire l'expression de la société et des besoins du temps. 11 se proposa , dans chacune de ses odes , un but élevé et social '. Ce but est clairement in-

< Dans un écrit de M. Cantu sur le dlx-liuitièmc siècle, imprimé en tS33 et réimprimé plusieurs fois, Parini est considéré comme un poète social et civilisateur.

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cliqué dans son poème du Jour^ où il peint satiriquement surtout la vie des jeunes seigneurs italiens , et prêche Tégalité naturelle des hommes, le respect dû aux inférieurs, aux artisans. Il le composa en vers libres ; mais il n'était pas de ces ouvriers médiocres qui laissent Tart au point où Os Font trouvé. Quand Baretti les lut , il dit que son antipathie pour ce mètre était vaincue ; et Frugoni s'écria : Je croycils être passé maifre en fait de vers libres^ et je m'aperçois que je ne suis pas même un écolier. Cest qu'ils ne s'apercevaient pas que l'on n'élève pas un sujet médiocre avec des mots pompeux , et que la forme n'agrapdit qu'un sujet déjà grand par lui-même. La vraie poésie est celle qui consacre et embellit les traditions nationales ( telle e-st la poésie de Parini ) ; celle qui offre le tableau vrai de la vie réelle , dç la vie morale surtout.

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