L'ITALIE AU COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
Nous avons donné une idée de la littérature appliquée en Italie aux besoins sociaux. Mais pendant que l'on y poussait les systèmes jusqu'aux plus téméraires utopies , on ne voyait rien encore de l'orage qui s'amassait sur la France ; pas un de nos penseurs les plus fameux n'avait le pressentiment de cette violente secousse ; car en fait de réformes , ils espéraient tout du temps et des rois.
L'abbé Bertola écrivait une Philosophie de l'histoire, qu'il termine en proclamant la perfection des systèmes politiques de son temps, qui devait garantir les peuples contre tout bouleversement : « Peu de réformes restent à faire, disait-il, et elles s'opéreront paisiblement. Quant à une révolution , V Europe n'a plus à la redouter, » C'était en Taniiée 1787 que Bertola s'exprimait ainsi.
En regardant , en effet , la marche des choses , la sagesse humaine aurait pu dire : « Rome a fini son temps, Rome s'en
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va. » Les princes, ne comprenant plus qu'ils devaient avoir dans la religion non une ennemie ni une esclave , mais une alliée liLre , voulaient attirer dans leurs mains toute Fautorité publique; mais ce n'était pas pourtant pour opprimer les peuples : ils réalisaient même certaines améliorations préchées par les pbilosopbes. Les uns et les autres étaient d'accord pour faire le bien des peuples , - très-satisfaits de leur côté qu'on s'occupât d'eux. — Pauvre sagesse humaine !
Déjà pour les Italiens il y avait matière à réfléchir, en voyant s'écrouler si vite ce qui avait été l'œuvre d'un instant. 11 en avait été ainsi moins en Toscane qu'ailleurs, parce qu'en réalité les réformes n'y avaient pas été radicales, et que le peuple y était mieux préparé à les recevoir. Cependant, lorsque Léopoid quitta le grand-duché pour s'asseoir sur le trône impérial , on y vit s'élever de vives réclamations : il y eut des troubles à Pistoie.pour renverser les innovations de Ricci; à Livourne, les portefaix se soulevèrent, et en vinrent à des voies de fait , surtout contre les juifs ; d'autres villes suivirent cet exemple. Ferdinand III, qui succéda à son frère (1790) , se hâta de rétablir une partie des abus qu'il avait supprimés, afin de.se concilier le peuple. Il rendit aux châtiments leur ancienne rigueur, attendu que le pays était devenu le refuge dé tous les mauvais sujets des environs; il fit revivre les règlements qui entravaient le commerce. Du reste, il suivit les traces de son frère ; et , devenu Toscan , il sépara les intérêts du pays de ceux de la maison d'Autriche.
Venise avait perdu la Morée par la paix de Passarowitz, et se voyait réduite au territoire qu'elle conserva jusqu'au moment de sa chute : elle possédait le duché {dogado\ c'est-à-dire les îles et les lagunes environnantes; les provinces de Padoue, Vicence, Vérone , Brescia , Bergame , Grema , la Polésine de Rovigo , et la Marche de Trévise, qui comprenait Feltre^ Bellune et Ca* dore ; au nord du golfe, le Frioul et Tlstrie; au levant, la Dalmatie vénitienne , avec les îles qui en dépendent ; une partie de l'Albanie, c'està-dire le territoire de Cattaro, Butrinto, Parga, Prevesa , Vonitza ; dans la mer Ionienne , les îles de Corfou et de Paxos, Sainte-Maure, Céphalonie, Théaki, Zante, Axos,
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les Strophades et Cérigo. En 1 723 , les anagraphes lui donnaient 4,.500,000 âmes de population. Le revenu public 8*éle?ait à 6 millions de ducats, et la dette à 28 millions (à raison de 4 fr. 95 cent, le ducat).
Dans le gouvernement, la souveraineté appartenait au grand conseil , composé de tous les patriciens qui avaient accompli leur vingt-cinquième année , et qui compta parfois jusqu'à douze cents membres ; il en fallait deux cents dan» les eas ordinaires, huit cents dans les circonstances graves. Le gouvernement était confié au sénat , élu annuellement par le grand conseil , et composé de cent vingt membres , indépendamment des magistrats patriciens pendant la durée de leur charge. Le pouvoir exécutif appartenait à la seigneurie, ou collège formé du doge , de six conseillers , des trois chefs de la quarantie , et des seize sages. La justice était rendue par quatre tribunaux électifs : trois d'entre eux composaient la quarantie civile , et Tautre la quarantie criminelle , dont le président siégeait dans la seigneurie , et les membres dans le sénat. Les avogadors remplissaient près de ces tribunaux les fonctions du ministère public. Le conseil annuel des Dix avait l'administration de la police ; il choisissait dans son sein deux inquisiteurs noirs pour un an, et dans la seigneurie un inquisiteur rouge pour huit mois , ce qui constituait Finquisition d'État. A l'exception du doge et du procurateur de Saint^Marc , les autres magistratuses étaient temporaires; aussi le grand conseil faisait-il jusqu'à neuf élections par semaine, indépendamment de celles qui appartenaient au sénat. Les fonctions étaient peu rétribuées; elles étaient honorifiques et dispendieuses dans les provinces et près des cours étrangères, où les patriciens soutenaient, sans rien épargner, la dignité de leur patrie et celle de leur propre rang.
11 n'y avait entre les familles nobles aucune distinction , pas même de primogéniture, aucuns titres, aucune différence de costume. Quelques-unes cependant s'étaient assuré les emplois les plus importants et une clientèle parmi les patriciens pauvres, qu'on appelait Barnabites <. Ces familles dépouillèrent peu à
' De VégWse de Saint-Barnabe , autour de laquelle ils habitaient. lU