‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 70 sur 159 · DE LA BÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LA BÉVOLUTION FRANÇAISE

peu le grand coDseil , et attirèreut au sénat la nomination aux charges principales, ou tout au moins la présentation ; elles entrayèrent par des lenteurs le pouvoir délibératif du grand conseil , puis du sénat ; elles attirèrent tout à la seigneurie , et enfin de celle-ci aux inquisiteurs d'État : ainsi un tribunal devûit le gouvernement tout entier, grâce à son pouvoir sans limites et sans appel. Pour en arriver là, ils avaient dû fermer le Livre d'or aux nobles nouveaux , qui auraient apporté dans le conseil des idées plus hardies. Ils constituèrent un tiers état de citoyens originaires ; le peuple lui-même se divisa en citoyens et en plèbe , celle-ci ne pouvant se livrer qu'à certaines professions et à un trafic intérieur. Chaque quartier de la ville avait ses privilèges et son gouveruement ; il en était de même de chaque corps de métier.

Comme dans toutes les oligarchies ^ les abus , les malversations étaient en grand nombre dans Tarmée et dans les finances. Il y avait beaucoup de désordre dans les possessions d'outremer; les employés y extorquaient de l'argent et vendaient la justice, en même temps qu'ils gaspillaient les sommes affectées par la république à Tentretien des forteresses et des ports. Sur la terre ferme , une humeur turbulente et ferrailleuse rendait les rixes et les meurtres fréquents. Les illustrissimes (on appelait ainsi les patriciens ) y déployaient une arrogance dont les plébéiens se dédommageaient chacun dans sa petite sphère. Dans la capitale , la corruption servait à détourner les esprits des affaires publiques ' . Bien que l'usage tendit à rapprocher les nobles des plébéiens au moyen de divers degrés de patronage ', l'orgueil des premiers était en proportion de la nullité

desceBdaient des cadets des principales familles, et de celles qui avaient été agrégées au patriciat , à Toccasion de la guerre de Cliioggia. Celles flont l'inscription au Livre d'or datait de la guerre de Candie étaient encore assez riches.

I Un proverbe disait : » Le matin une petite messe , raprèsdlner une petite bassetle, le soir une petite femme. »

> C'était au point que ceux qui portaient le même nom (senso) se considéraient en quelque façon comme alliés. Aux baptêmes des patriciens y les parrains étaient toujours plus de deux ; il y en eut même

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des autres ; et de leurs loges ils crachaient sur le parterre ,' peuplé de roturiers. Tout le sombre génie de ce tribunal des Dix , dont s'effrayait Montesquieu, se réduisait à l'emploi d'un vil espionnage , à empêcher le développement de toutes vertus , à donner quelque apparence de règle aux mauvaises mœurs. Il bannit une fois , mais bientôt il rappela les bien méritantei prostituées, attendu que leurs maisons étaient, avec le parloir des monastères , les seuls endroits où Ton pût se réunir librement, et faire de la musique, des soupers, de la galanterie , sans inquiéter le gouvernement, puisqu'il y entretenait des espions. La protection accordée au masque encourageait les intrigues galantes, et dispensait de tout frein et de toute pudeur ». L'excès du scandale amena un moment des mesures sévères. Ou ferma les cafés , on multiplia les lois somptuaires, on prohiba les livres impies. Mais bientôt îl fallut céder au torrent. Les cafés se rouvrirent; un luxe inouï fut déployé aux fêtes de la république ; et les théâtres vénitiens éclipsèrent par leur splendeur ceux du monde entier. L'établissement appelé Ridoito était une école d'immoralité. Soixante à soixante-dix tapis verts y étaient dressés, et là un jeu frénétique engloutissait les fortunes. Ce repaire était présidé par des nobles , qui , salariés par les compagnies fermières , restaient seuls avec la perruque et la robe de magistrat, tandis que tous les autres portaient le masque. Des

parfois jusqu^à cent cinquante , et toujours plébéiens. Bien plus , le prêtre était obligé, sous peine d^exii, d'enjoindre sévèrement à ceux qui auraient été patriciens de se retirer.

' Le masque » mode caractéristique de Venise , consistait dans le camail ou baûtta, chapeau à trois cornes, et masque couvrant la moitié du visage. Ce costume était permis du 5 octobre au 16 décembre, puis du jour de Saint-Étienne jusqu^à la fin du carnaval; le jour de Saint-Marc , les quinze jours de la fête de TAsccnsion , les jour.-; de la création du doge et de ses banquets solennels, ainsi qu^au)^ autres fêtes extraordinaires et lors des visites de princes. Alors le patricien pouvait déposer la robe et la perruque , et se promener le visage couvert du masque coiffé du chapeau , s'entretenir même avec les ministres étrangers sur la place, dans les casino, au théâtre, mais non pas chez eux.

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