L^ITALIE AU COMMENCEMENT
ceJui qui permettait à leurs femmes de mendier, mais en robes de taffetas. De cette classe sortaient des escrocs, des brigands, des joueurs, des solliciteurs de procès, des brocanteurs de votes dans les élections. Obligés, pour vivre, de se remuer beaucoup, ils troublèrent plusieurs fois la république. En 1762, ils ourdirent une trame dans le but de la bouleverser et d'abattre les inquisiteurs d'État. Ils ressayèrent de nouveau en 1775; et, d'une manière plus dangereuse, en 1782 ; mais ces mouvements furent réprimés par une organisation judiciaire si forte. Le peuple, respectueux jusqu'à la bassesse, évitait autant que possible ces patriciens fastueux, et menait à Técart avec ses égaux une existence gaie, sans gloire et sans besoins.
L'État était donc concentré dans la cité, la cité dans un p^ tit nombre de familles; et toute la force reposait sur la faiblesse de ceux qui obéissaient. La politique extérieure ne s'occupait plus de Venise que comme une proie convoitée. Les Turcs la laissaient en paix, sauf qu'ils couraient parfois sur ses navires. La prudence vantée de ses sénateurs se bornait à rester neutres entreles puissances qui se faisaient la guerre en Italie. La peur de voir les provinces sujettes se soulever leur faisait craindre la guerre. Venise ne voulut pas adopter, comme toute l'Europe, les armées permanentes et nationales ; et, d'un autre coté, elle détruisait l'unité du commandement, en mettant un provédileur à côté des généraux.
Elle ne prit point part à la guerre de la succession d'Autriche, et l'Italie fut partagée sans sa participation. Les puissances violèrent son territoire chaque fois que cela leur convint. Des bâtiments anglais et autrichiens sillonnaient en toute sécurité le golfe qui portait son nom , et l'empereur ouvrit à Trieste un port franc. Les fonds réservés pour les grands besoins furent consommés; la dette s'accrut jusqu'à 200 millions, et l'on fut forcé d'emprunter même à des étrangers, malgré la loi qui s'y opposait. Le commerce conservait à peine l'ombre de son ancienne splendeur; il entraînait même une espèce de déshonneur , car il était interdit aux nobles ; à quoi l'on voulut remédier en 1 780 , en poussant les patriciens à se livrer aux spéculations. La marine mardvaude n'employait pas plus de (|uatre
DE LA BÉVOLUTION FBANÇAI8E. &5
àdng-Mris navires; la marine militaire ne comptait plus qu'une douzaine de bâtiments à la mer, et une vingtaine éternellement en chantier. La haine des innovations fit que les vaisseaux gardèrent leur ancienne forme ; les procédés de la chimie restaient secrets, comme les procédés des constructions navales.
Nous sommes bien loin de vouloir insulter à Venise pour absoudre ceux qui la trahirent; mais nous croyons que toute puissance qui repousse des réformes exigées par le temps marche a une ruine prochaine. Hâtons-nous de dire que la ville fut déclarée port franc en 1 735, à Texemple de ce que Tempereur avait (ait pour Trieste., et le pape pour Ancône. Goldoni se réjouissait, au retour de ses voyages, de voir Venise si bien éclairée, taudis que les rues des villes qu'il avait visitées restaient dans l'obscurité. En 1786, on promulgua un code pour la marine marchande. Une bonne législation fut faite sur les fiefs, ainsi que les premières lois organiques aor l'exploitation des mines ; enfin Toeuvre gigantesque des Murazzi, digue de marbre opposée à la mer, de 1744 à 1782, ausu romano, œre veneto, prouve qu'il y avait encore de la vie dans Venise.
Les autres républiques étaient réduites à n'être plus que des municipes sans importance politique. Le cardinal Alberoni attenta un jour à l'indépendance de Saint-Marin ( 1739 ) ; mais les plaintes qui s'élevèrent déterminèrent le pape à rendre à cette bourgade i^n ancienne indépendance.
A Lu«ques, la censure romaine et l'ostracisme athénien avaient leur pendant : ou appliquait à qui faisait ombrage l'imputation de débauché. En effet, si quelque citoyen, noble ou bourgeois, se distinguait par sa richesse ou par son mérite, les sénateurs inscrivaient son nom sur le bulletin ; et quand il s'en trouvait vingt-cinq d'accord, il était tenu pour débauché, et envoyé en exil. Cette inquisition , qui se répétait tous les deux mois, faisait disparaître, par la défiance, toute franchise dans les entretiens, et portait les citoyens à se cacher dans la médiocrité. Les juges étaient tirés du dehors; et, le temps de fleurs fonctions expiré, ils étaient soumis à une enquête. Du reste, l'industrie était protégée, et les citoyens acquéraient dans l'administration publique de l'aptitude aux affaires.