EXPÉDITION! D^ÉGYPTE
Le Directoire lui confia le eomniandetnent de Tanhée destinée à opérer contre F Angleterre; mais un débarquement qui ne pouvait avoir pour but que de ravager le pays et d'irriter les populations lui souriait peu : il se sentait plutôt attiré vers l'Orient, « berceau de toutes les grandes choses. »
La possession de TÉgjpte , cette route de Tlnde , semblait indispensable pour faire de la Bléditerranée un lac français. Maître de la marine de Venise et de son matériel nava^ Bo« naparte avait envoyé Tamiral Brueys dans le Levant , y prendre possession des lies vénitiennes, dont il connaissait l'importance, pour dominer dans ces parages , et s'assurer la route direde vers l'Orient, si l'ennemi venait à occuper lecap de Bonne-Espérance. Cette idée , dont il était travaillé, lui faisait désirer vivement une expédition de ce côté : ce qu'elle présentait d'inattendu et de romanesque était pour lui un attrait de plus.
Le Directoire hésitait à exposer aux hasards d'une bataille navale quarante mille hommes , et le général qui inspirait le plus de confiance aux soldats et le plus de terreur à l'ennenni ; mais le vainqueur de l'Italie insista. Il obtint trois millions du trésor de Berne, et fit ses préparatifs en secret. Les généraux Desaix et Kléber voulurent Te suivre , ainsi que d'autres déjà illustrés sous ses ordres. Aux munitions de guerre il ajouta une imprimerie orientale , enlevée à la Propagande de Rome ; il recruta des savants et des dessinateurs ; puis il s'embarqua emmenant avec lui l'élite des braves. La nation inquiète se demandait de quel côté il allait se diriger, et le mystère grandissait encore le jeune héros, L'Angleterre , effrayée , chargea ISelson de surveiller sa marche, en même temps qu'elle tint tous les potentats en haleine , par l'effroi de la propagande républicaine.
Bonaparte partit de Toulon , avec les vieilles troupes d'Italie, le 19 mai 1798. L'escadre, commandée par l'amiral Brueys, comprenait quinze vaisseaux de ligne , dont deux vénitiens de soixante-quatre canons, quatorze frégates, dont six vénitiennes, soixante-douze bâtiments plus petits , el quatre cents de tranrport ; en tout cinq cents voiles , quarante mille soldats , et dix mille marins.
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L'ordre de Malte s'était effacé , dans le cours du dix-huitième siècle, au milieu de petites discordes intérieures et de conjurations avortées ; sa mission était flnie. Les riches cornmanderies qu'il possédait dans tous les royaumes de l'Europe étaient le partage de chevaliers oisifs et débauchés, recrutés parmi les cadets des grandes familles. Sa marine , qui aurait dâ être Ve&r(Â des Barbaresques dans la Méditerranée , consistait à peine en quelques galères qui ne servaient qu'à des courses d'agrément, tandis que les Algériens s'en venaient audacieusement ravager les côtes de l'Italie.
Cet ordre devait donc périr, et il était à prévoir que l'Angleterre-saisirait la première occasion pour mettre la main sur Hle. Bonaparte voulut la prévenir. Il débarqua à Timproviste, et, oprès une faible résistance , le grand maître de Hompesch capitula, sous la promesse d'une principauté en Allemagne, ou d'une pension viagère de 300,000 francs ».
Après avoir mis garnison dans Tile (l*^** juillet), Bonaparte continua sa route sans rencontrer Nelson , qui le poursuivait à toutes voiles, et toucha près d'Alexandrie. Il débarqua avec beaucoup de difficulté , et s'avança , avec sa seule infanterie , contre la ville des Ptolémées, proclamant qu'il venait la délivrer du joug des mameluks. 11 y trouva peu d'obstacles, et s'en rendit maître.
Les Cophtes, race primitive , étaient plongés dans la servitude et l'avilissement. Les Arabes conservaient encore l'apparence des conquérants , mais leurs conditions étaient diverses. Quelques-uns, comme les cheiks, représentants officiels delà" nation, avaient de l'instruction; d'autres, en grand noml)re, étaient petits propriétaires ; lé reste ne possédait rien en propre , et cultivait les terres , sous le nom de fellahs ; les Bédouins erraient dans le désert, adonnés au trafic et au brigandage.
* M. de Tignié , Pun des baillis de Tordre, qui fut témoin du fait, affirme que Bonaparte n'engagea point le feu contre la ville , parce que les Maltais conspirateurs étaient convenus de massacrer tons les clicvaKers à ce signal , et que le général français ne voulut point tremper dans cet odieux complot. ( Am. R, )
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niais une conquête postérieure avait substitué les Turcs A rabé^. Un pacha, envoyéde Gonstantinoj^, étaitcfaar|^ degpu* ▼emer TÉgypte. Afin d'empêcher ce pacha de se rendre iodé* pendant de la Porte, Sélim avait placé près de lui les mameluks, milice recrutée parmi les plus beaux esdaves eireaasiens, qui, élevés sans parents ni patrie, n'avaient d*antre sentimeiit que celui de leur force. Ils obéissaient à ving^quatre bejs, dont chacun avait cniq ou six cents mameluks sous ses ordres, et chaque soldat avait deux fellahs pour le servir. Les mameUiks étaient entretenus par les beys , du produit des terres et des différentes taxes dont les Ck)pbte8 , agents , scribes , espms des mattres de leurs maîtres , étaient les percepteurs. Il B*exîstaît entre les beys d'autre distinction que la force , dont ils usaient les uns contre les autres. Las d'obéir au pacha , ils se rasservî* rent par degrés , s'en firent un instrument, et allèrent jusqu'à lui refuser le miri , impôt foncier, qui représentait le droit de conquête de la Porte. C'était donc une féodalité composée dlndignes, esclaves d'un peuple vainqueur des premiers iiahitants» et d'une milice victorieuse à son tour des uns et des antres , eo état de révolte contre le souverain.
Bonaparte reconnut que le point important était d*abattre les mameluks, hostiles aux Français , tout en montrant de la déférence pour la Porte , ancienne alliée de la France ; de cMresser les cheiks , en leur offrant l'espoir de relever le nom arabe ; d'inspirer la confiance en respectant les biens , les personnes , les femmes, la religion : ménagements inconnus aux conquérants antérieurs.
Une proclamation , en style oriental , annonça que ta France voulait réprimer les pirateries des beys ; que les Français avaient pour Mahomet et pour le Coran plus de respect que les mameluks : « Nous sommes tous de vrais musulmans , disait-elle ; car ])ous avons détruit le pape , qui prêchait la guerre aux musulmans ; nous avons détruit les chevaliers de Malte , qui croyaient que Dieu commandait de combattre les musulmans. »
Bonaparte se borna à instituer à Alexandrie une municipalité et des receveurs pour le recouvrement des impôts. Après avoir mis la place en état de défense, il se dirigea vers le Caire.
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Les vainqueurs de l'Italie , ea se voyant au milieu des sables mouvants d'un désert sans bornes , soUs un ciel brûlant , sans eau pour étancher leur soif, avaient à peine assez de conGance dans leur jeune général pour endurer ces fatigues inaccoutumées. Mourad-Bey avait rassemblé ses mameluks en avant de rimmense cité ; mais leur intrépidité ne put résister au feu régulier de ces vétérans, animés par la présence de ce général qui venait de leur dire : Du hatU de ces pyramides , quarante siècles vous contempletUÎ Les mameluks défaits furent réduits à brûler ce qu'ils avaient de plus précieux. Il en resta cependant encore assez pour satisfaire leurs vainqueurs, qui trou* vèrent au Caire du repos, de Fabondance et des plaisirs, des coursiers arabes et des chameaux. On les vit assister aux cérémonies musulmanes ; et Bonaparte, récitant les prières, édifiait le peuple par sa dévotion.
11 fonda rinstitut d'Egypte, composé des savants qui l'avaient accompagné en Orient , et qui fut chargé , sous la présidence de Monge , de pénétrer les mystères de cette contrée , d'en donner la description , de proposer ce qui pourrait contribuer à sa prospérité. L'ingénieur Peyre, le. général Andréossi, Lefèvre, Malus , explorèrent les lacs et les canaux ; Amolet et Champy , les minéraux des rivages du golfe Arabique; Delile, les plantes du Delta; Savigny, les insectes du désert. Regnault analysa l'eau du Nil; Berthollet, l'air du Caire; Costaz, les sables du désert. Nouet et Méchain déterminèrent les latitudes ; Denon dessina les monuments de la haute Egypte. On découvrit la pierre de Rosette , les zodiaques de Denderah et d'Ësneh , qui fournirent longtemps matière aux discussions savantes et philosophiques.
Restait la haute Egypte à conquérir ; mais la fortune sembla abandonner un moment celui qui se reposait tant surfile. La flotte, qui pouvait entrer dans le port d'Alexandrie, avait jeté l'ancre dans la rade d'Aboukir, où elle s'était presque échouée. Ëlleyfut poursuivie par Nelson, qui l'attaqua (1*' août) ;Brueys y fut tué , et la flotte détruite. Ce désastre irréparable laissa l'armée d'Egypte sans communications , spns appui, sans espoir d'imposer à la Porte , qui , sous la pression de l'Angleterre, dé-