LES JACOBINS A NAPLES ET EN PIEMONT. — SECONDE COALITION
Catherine II, qui depuis trente-quatre ans régnait despotiqnement sur le Nord, avait terminé ses jours ( 16 novembre 1796). Son fils Paul Pétrowitch , son successeur, voulut que les funérailles de sa mère fussent une expiation offerte à la mémoire de Pierre III ; il fit tirer ce malheureux prince du tombeau , Tassocia aux honneurs funèbres rendus à Timpératrice , et le déposa près d'elle , réttnissant après leur mort ceux qui avaient été séparés vivants, Orloff, l'un des meurtriers de Pierre» dut assister à la translation de ses restes. La contrainte où il avait vécu BOUS sa mère , dont il n'était pas aimé, avait rendu le jeune empereur d'autant plus jaloux de l'exercice d'un pouvoir sans bornes : aussi le poussa-t-il jusqu'à Textravagance. L'omission des moindres formalités était un délit qu'il châtiait avec sévérité; il défendit les chapeaux ronds et les pantalons; le mot magasin disparut sur les boutiques , pour être exclusivement réservé aux approvisionnements impériaux. Le peuple n'ayant pas besoin d'avertissement, disait-il, il prohiba les j^vertis» scments au peuple^ parle médecin Tissot. Puérilités qui ne seraient que ridicules , si elles n'avaient pas eu pour cortège le bourreau, le knout, et la Sibérie.
Fort indisposé contre la France , son gouvernement et ses écrivains, il accueillit les émigrés, leur accorda des secours et des pensions ; mais il leur ordonna d'aller deux à deux à la messe , de communier à Pâques. Il ne châtia ni ne disgraciit point cependant ceux qui avaient pu lui déplaire ; il aimait à récompenseif. Il s'occupa de procurer l'abondance à la capitale , et
cassa Tukase qui ordonnait la levée d'un homme sur cent. 11 rendit la liberté à quatorze mille Polonais relégués par Catherine dans les provinces d'Asie , restitua à Tordre de Malte ses biens séquestrés , améliora Farmée, et supprima différents abus, comme celui qui astreignait les soldats au service domestique des officiers.
Paul suspendit Texécution du traité par lequel Catherine s'obligeait à fournir soixante mille hommes à TAutriche , et, pendant les négociations de cette puissance avec la France, il voulut garder une position neutre. Mais l'Angleterre et la cour de Vienne parvinrent à le faire renoncer à cette neutralité. Élu protecteur de l'ordre de IVfalte , il songea à se faire le chef de la noblesse européenne , menacée dans son existence ; il prit à sa solde le corps des émigrés de Condé, et se mit en tête de rétablir en Europe l'ancien ordre de choses. Mais l'empire avait trop souffert ; et si ceux-là qui avaient été dépouillés désiraient la guerre, elle était redoutée des autres, à qui l'Autriche n'inspirait plus de confiance. Cette puissance était tentée de recommencer la grande lutte : elle espérait toutefois dans les négociations deRastadt; mais en même temps elle sondait les autres cours. Bien que Berlin fût le centre de toutes ces intrigues , la Prusse gardait les plus grands ménagements, tout occupée d'empêcher la contagion révolutionnaire de passer de la Hollande et de la France au sein de ses Ëtats.
Les Français avaient fait dans les pays conquis force promesses que les faits avaient été loin de réaliser; et les idées^ de liberté et d'égalité qu'ils y avaient proclamées, entendues par les populations dans le sens le plus matériel, y rendaient le gouvernement difficile. Le désordre était grand en Italie, où tous se croyaient le droit de commander, et où personne, ne voulait accepter Tobéissance comme un devoir. Les peuples étaient mécontents des administrations municipales, et celles-ci,' des armées et des ambassadeurs de la France. Les rois avaient repris courage envoyant que les républiques, en fait de finances, n'étaient ni plus habiles ni plus probes qu'eux-mêmes; les républicains cherchaient néanmoins à soulever les pays encore asservis.
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Dans la république cisalpine , le commandement militaire était passé à Brune, après le départ de Bertiiler; et l'armée «econdait les exagérations des jacobins i qui dominaient dans les conseils ainsi que dans les légions lombardes , commandées par I^hoz.
Les officiers s*v conduisaient avec insolence, comme en pays conquis, y faisant des réquisitions, et le taxant sans en dé* duire de motifs. Des traités honteux étaient conclus avec les commissaires des guerres; Tétat-major recevait de la société des munitionnaires une rétribution de quatre pour cent; on faisait figurer sur les cadres le double des soldats effectifs, et TÉtat avait à payer ces malversations. La division en départements multipliait les fonctionnaires et les dépenses; le nombre des représentants de la république était énorme, et la capidité des déprédateurs insatiable. La France avait fait alliance avec la république cisalpine, en s^obligeant à y entretenir uu corps de troupes pour sa défense , moyennant un subside annuel de dix* huit millions. Si Ton objectait quelque chose à ces exigences, on répondait que la France avait créé cette république , qu'elle pouvait la détruire , et qu'on ne donnait pas la liberté aux gens pour leurs beaux yeux. Les Cisalpins, chez qui avait grandi Tamour de Tindépendance , se récriaient contre les torts de la république française , et repoussaient une alliance onéreuse. La France résolut alors de restreindre aristocratiquement la constitution du pays, comptant pour cela sur le concours des ambitieux et des esprits aigris.
Le directeur Barras touchait sa part dans les concussions des commissaires des guerres; il accueillait et encourageait les exaltés; mais ses collègues étaient d'honnêtes gens. Larevellièro Ût décider qu'un amba^adeur français irait résider à Milan, et travaillerait à modifier la constitution. Le choix tomba sur Trouvé , jeune homme plein d'esprit et d'ardeur. Mais les pa* trietes, voyant que la réduction des emplois entraînerait leur exclusion , jetèrent les hauts cris , et s'appuyèrent sur les officiers pour contre-carrer l'ambassade, autour de laquelle se pressaient les modérés. Cependant Trouvé en vint à ses fins , en déployant toute l'autorité dont il était revêtu. Il donna une nouvelle cons-
titution (30 août ) , qui réduisit le nombre des représentants de deux cent quarante à cent vingt, en désignant les membres a conserver ; et il régularisa l'impôt. Peu après, Fouché, ancien jacobin et complice de Barras , envoyé comme ambassadeur, bouleversa tout de nouveau , en laissant faire Brune et les baïon* nettes. Le Directoire ne tarda pas à le rappeler ; et Joubert, qui le remplaça, rétablit Torganisation de Trouvé. Ces changements continuels montraient l'asservissement du pays; aussi sç format-il un parti qui voulait raffranchissement, mais sans intervention étrangère; il prit le nom de Société des Rayons : Bologne en fut le centre.
La constitution de Rome fut un peu mieux entendue : les conseils, le sénat , les tribuns, exerçaient sur les imagination^ toute la puissance des souvenirs. Le peuple ne savait pas cependant s*y façonner; les employés demandaient des loisirs comme jadis; on aimait les places, mais non les obligations qui y sont attachées. L'administration des finances cependant savait mettre quelque obstacle aux déprédations ; le militaire était refréné par une commission dont l'autorité déplaisait aux états-majors.
Les mécontents trouvaient un appui dans le Directoire luimême, dans Lucien Bonaparte surtout, qui voulait rendre sou frère nécessaire ; et il en résultait des dissensions intérieures, prêtes à éclater aux premiers désastres.
On voyait, en effet , les armements se poursuivre au dehors; et la diplomatie anglaise parvenait, avec une habileté merveilleuse, à former la coalition la plus extravagante entre l'Angleterre , la Russie et Naples. Ferdinand , roi des Deux-Siciies, ruinait depuis quatre ans ses États^ en tenant sur pied une armée inutile de soixante mille hommes; il multipliait, pour y faire face, les expédients les plus onéreux , émettant du papier- monnaie à profusion, enlevant hommes et chevaux à Tagriculture, pour les faire périr de fatigue et d'épidémie. Il se récriait contre l'occupation de Malte, contre celle de Rome , où il prétendait rétablûr à lui seul les choses dans leur premier état. Le marquis de Gallo, ayant vu une longue liste de proscriptions qu'il méditait, lui dit : Envoyez-les faù'e un voyage en France; et sHls sont jacobins, ils reviendront royalistes. Mais Ferdinand était poussé par NeU