‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 82 sur 159 · LES JACOBINS A NAPLES XT EN PIÉMONT · texte numérisé non relu

LES JACOBINS A NAPLES XT EN PIÉMONT

son, que retenaient à Naples les séductions de lady Hamitton. Après avoir trafiqué de ses charmes en- Angleterre, etsenri de modèle aux artistes , Emma Leona était devraue la femme de l'ambassadeur Hamilton , qui se déshonorait par la plus abjeete complaisance. Ferdinand pressait le Piémont et la Toscane de s*unir à lui contre la France ; le prince Belmonte Pignatelli , son général, écrivante Priocca, ministre du roi de Sardaigne, lui demandait pourquoi son maître tardait à s'affranchir de traités que la force lui avait imposés, et il ajoutait : « Est-ce donc un as- « sassinat que d'exterminer ses tyrans? Les Français s'en vont « sans défiance , et disséminés dans le pays. Excitez contre eux «f la fureur du peuple; que tout Piémontais ait à coeur de frap- « per un ennemi de la patrie. Ces meurtres partiels vaudront « mieux que des batailles gagnées; et la postérité n'appellera « pas assassinats les actes vigoureux d'un peuple qui , pour re- «couvrer sa liberté, foule aux pieds les cadavres de ses oppres- A seurs. »

' Cette lettre (si pourtant elle ne fut pas supposée) fut interceptée par les Français et publiée : le Directoire s'en fit un prétexte pour mettre garnison dans la citadelle de Turin. De leur côté, les patriotes multipliaient leurs efforts pour soulever le pays. L'Autriche devait mettre en marche soixante mille hommes , que les Russes allaient suivre de près ; Naples en promettait quarante mille; et les Anglais se chargeaient de fournir de l'argent, des armes, en même temps qu'ils infesteraient les côtes avec leur flotte. Naples leva en toute hâte huit hommes sur mille, et réunit ainsi soixante-quinze mille soldats; il lui fallut en confier le commandement à un étranger, le général Mack. Il divisa ses forces en trois corps : Tun destiné à couper la retraite de l'ennemi par Ancone, vers la Cisalpine; l'autre, à protéger la Toscane, où les flottes anglaise et portugaise devaient occuper Livourne; le troisième, à ^(ssurer le triomphe de Ferdinand dans Rome. L'armée française de Rome avait à sa tête Championnet; mais elle se trouvait disséminée, pour assurer sa subsistance. Les Napolitains pouvaient donc la surprendre dans ses positions, et faire sortir ainsi l'Autriche de son hésitation. Kn effet, si Mack était venu par

SECONDE COALITION. ItS

une marche rapide se poster entre Rome et Trani , il aurait séparé Taile droite des Français de leur aile gauche , et, venant à bout d*eux séparément, il aurait soumis la moitié de Tltalie. Au lieu d'opérer ainsi , il divisa ses corps en colonnes, d'après Tancienne méthode, et entra dans Rome (29 novembre). Le roi Ferdinand , dans la joie d'un triomphe pour lequel il n'avait rien fait , se hâta de rappeler le pape. Mais les soldats et la populace commirent de déplorables excès : la ville fut livrée au pillage; ils jetèrent les juifs dans le Tibre, dévastèrent les chambres du Vatican , et firent main basse sur ce qui avait pu échapper de précieux à la rapacité du Directoire.

Pignatelli disait dans une proclamation : « Les Napolitains « ont sonné les premiers Theure fatale des Français , et du haut « du Capitole ils annoncent à l'Europe que les rois se sont ré- « veillés. Levez-vous, Piémontais! brisez vos chaînes, écrasez « vos oppresseurs. » En même temps on déclarait à la garnison du château Saint-Ange que chaque coup de canon qu'elle tirerait ferait livrer à la fureur du peuple un des Français liesses.

Championnet se retira en concentrant ses forces; mais il revint bientôt victorieux : 11 rentra dans Rome, d'où Ferdinand s'enfuit travesti ( décembre ) , et songea à profiter de ses succès pour frapper le royaume de Naples. Cet État possédait une excellente frontière, qui s'appuyait à Terracine sur la Méditerranée, à deux marches de Rome. Cette frontière s'étendait au centre entre Rieti et Civita-Ducale , à einq lieues de Terni , et se prolongeait à droite vers l'Adriatique , ce qui formait une ligne de cinquante lieues, impossible à tourner, puisqu'elle aboutissait des deux côtés à la mer. Si l'ennemi se dirigeait sur Terracine et Rome, les Napolitains pouvaient le prendre à revers par Rieti et Terni , et occuper les routes qui conduisaient a Foligno. S'il forçait le centre ou la droite, il s'engageait dans des montagnes et des gorges difiGciles ; s'il négligeait le TrontQ et les bords de l'Adriatique , les Napolitains pouvaient être en deux jours à Ancône '. Comment se fait-il donc que de si belles positions aient toujours été inutiles ou emportées?

' Mémoires de Sainte- Hélène.

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