CHUTE DU DIRECTOIRE
saient soulever le littoral ; la flotte turco-russe, qui assiégeait Corfou , menaçait de se diriger sur Fltalie; Nelson inquiétait tantôt la Toscane , tantôt la Romagne ; des troupes nombreuses étaient attendues de Sicile pour renforcer l'armée de la Sainte- Foi. Les communications entre l'Egypte et la France étaient interrompues; bâtiments et passagers étaient capturés par Tennemi.
Force fut au gouvernement républicain de Naples de sortir imfin de l'inaction dans laquelle l'entretenaient sa confiance dans le bien qu'il croyait avoir £ait, et son désir d'épargner le sang. La guerre civile éclata avec fureur sur tous les points ; mais les patriotes avaient contre eux les déplorables nouvelles qui arrivaient de tous côtés. Du moment où le Directoire eut abandonné (mai) la république parthénopéenne à elle-même, les Napolitains crurent avoir acquis réellement la liberté , et ils confièrent le commandement suprême à Gabriel Manthoné. Cependant les partis fermentaient à Fintérieur; les chefs de bandes poursuivaient leurs succès ; ils assaillirent Naples , dégarnie de troupes. On voulut, comme toujours, défendre la capitale, tandis qu'il eût mieux valu l'abandonner, et se retirer en colonne vers Capoue ou vers les montagnes : on aurait épargné ainsi aux royalistes d'innombrables assassinats (15 juin). Le cardinal RufTo y entra avec ses bandes , et les forts se rendirent à des conditions honorables , sous la promesse que tous ceux qui voudraient s'éloigner pourraient s'embarquer librement, et que ceux qui préféreraient rester ne seraient en rien inquiétés.
Déjà les patriotes étaient à bord, lorsque la reine Caroline, qui se révoltait à l'idée de traiter avec des sujets, et déclarait vouloir plutôt la mort, députa vers Nelson lady Hamilton. Séduit par ses caresses, l'amiral anglais viola honteusement la capitulation j et fit charger de chaînes quatre-vingt-quatre citoyens que lui livra Méjeai^, le commandant français des forts. C'était ainsi que Tltalie était traitée par les étrangers, qui l'avaient Itorrée de promesses de liberté. Ruffo( je le dis à la décharge de ce prêtre sans mœurs et sans foi, et à Tétemelle honte de Nelson ) ne voulut pas consentir à la violation du traité. En vain lady Hamilton pressa le cardinal de ses supplications passion*
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nées , en vain Nelson prétendit qu'une telle capitulation était M10 infamie : Rufib tint ferme, et déclara que si l'armistice était Violé, on ne devait plus compter sur le secours de son parti '. Ce trait odieux de l'amiral anglais servit d'exemple et d'encouragement aux bandits de la Sainte-Foi, dont on craignaitde réprimer la férocité : on égorgea, on pilla ; le couteau des assassins rivalisa avec la hache du bourreau ; le cardinal Ruffo et Nelson se plongèrent dans le carnage; l'infâme Emma Leona leur paya en voluptés le sang qu'ils avaient versé. L'amiral Caracciolo, condamné à mort par une commission militaire à la dévotion de l'Anglais, fut pendu à une vergue de son vaisseau. Le roi arriva .^ ce fut pour établir des commissions de justice, abolir les privilèges de la cité, du royaume , de la noblesse, comme en pays conquis ; tout ce qui avait été fait depuis le moment de sa Âiite fut qualifié de
> On peut voir ed effet , dans une lettre de Nelson lui-niême , que le cardinal Ruffo refusa de souscrire à la Tiofation de la capitulation. Cet Yiomme sanguinaire n'accepta pas rinfamie de Vacte dont Tamiral anglais prit sans scrupule la responsabilité. Lady Haroilton et son mari assistèrent, à bord du Foudroyant, à Tentrevue de Nelson avec le cardinal Ruffo, et leur servirent d'interprètes dans cette conférence orageuse.... R J^ai proposé au cardinal, écrit Nelson, défaire savoir aux
Français et aux rebelles, en son nom et au mien, que Tarmistice se trouvait roppu par le seul fait de la présence de la flotte britannique devant Naples...... Le cardinal a refusé de s'associer à cette déclaration; je
Tai signée seul , et je Tai envoyée aux rebelles. Ce n'est qu'après l'avoir reçue qu'ils sont sortis de leurs forts, comme il convenait à des rebelles , et comme le feront, je l'espère , tous ceux qui trahiront leur roi et leur pays, pour être pendus ou traités selon le bon plaiair de leur souverain. »
L'amiral Caracciolo, que ni ses cheveux blancs ni ses glorieux services ne purent soustraire à la vengeance de l'amiral anglais , fut pendu à la vergue de misaine de la frégate la Minerve , ainsi que Nelson Favaît prescrit. Le président de la commission militaire qui l'avait condamné rendit compte de Texécution en ces termes , renvoyant à qui de droit la responsabilité de cet acte infâme : « Son Excellence l'amiral lord Nelson est prévenue que la sentence de Francisoo Caracciolo a été exécutée de la façon qu'il avait ordonné. » Article de 4a Revue Britanniqw. sur les lettres et dépêches de Nelson, 1846. ^ (Av. R.)
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rébellion. Des masses entières se trouvèrent donc comprises dans la proscription. Les prisonniers s'élevèrent au nombre de trente mille dans Naples seulement , coupables d*avoir écrit, parlé, ou porté les armes. Toutesles vengeances purent se satis* faire : la populace rôtissait ceux qui lui étaient désignés comme jacobins , et se repaissait de leur chair. Les tribunaux, enveloppant tout de leurs soupçons, employant les espions, la torture, condamnèrent à mort le général Massa , Éléonore Pimentel , qui s'était fait un nom comme poète, Gabriel Manthoné, Mario Pagano , Dominique Cirillp , Vincent Russo : six noms immor^talisés par le martyre, avec celui de leur inquisiteur Vincent Spéciale. Mais quand plus tard la fortune releva le drapeau français, on se relâcha de ces rigueurs : Ferdinand donna une anmistie ; sept mille détenus sortirent alors de prison , mille autres y restèrent. Trois mille étaient en fuite, quatre mille exilés ; cent dix avaient été exécutés dans la seule capitale >.
Le roi récompensa magnifiquement Ruffo ; l'empereur Paul le décora ; des titres et des richesses furent prodigués à ceux qui l'avaient si bien secondé, fût-ce même des brigands , des coupe-jarrets. Des honneurs sans fin payèrent la complidté de Nelson et de sa concubine, et le titre de duc de Brdnte déshonora le vainqueur d'Aboukir. L'armée se recruta d'une foule de bandits ; et Ferdinand, rendant grâce à Dieu de sa victoire» remit à la voile sans avoir pris terre un instant, pour aller triompher à Palerrae. Alors les bandes de la Sainte-Foi se diri* gèrent sur Rome pour y restaurer la religion, sous la conduite de Rodio, de Fra Diavolo, et autres chefs de la même espèce. Gamier, qm commandait la faible garnison de la place, les repoussa ; mais les Allemands , les Russes et les Anglais resser-
' Parmi ceux qui se trouvaient alors incarcérés , était le célèbre na-. turaliste Dolomieu , qui , à son retour d'Egypte , où il avait suivi Tarmée française , fut poussé sur les côtes du royaume de Naples au mois de juin 1799. On lui enleva son portefeuille, et on le jeta au fond d'une tour, sans livres et sans moyens d^écrire. 11 parvint cependant à se faire de Tencre avec la fumée de sa lampe, et traça, sur les marges d^ua volume qui avait échappé à la vigilance de ses gardiens, sa Philosophie minéralogique, H fut délivré le 15 mars 1801.