‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 88 sur 159 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

JS6 DÉSASTRES.

rèrent la ville , et les Français durent en sortir, après avoir garanti, par un traité et la promesse d'une amnistie, la sûreté des personnes et des propriétés (30 septembre). Les Napolitains entrèrent dans Rome à la suite de cette capitulation , un mois après la mort de Pie YI, qui avait terminé ses jours à Valenee (39 août). Bioitût le prince d'Aragon, commandant général, reçut de Naples Tordre d'extirper les restes de l'infôme république ; les patriotes furent chassés , bannis , incarcérés , par un tribunal institué à l'imitation de la junte de lïaples. Ce tribunal n'envoya personne au supplice , mais il abandonna beaucoup de victimes aux outrages et au fer des assassins. Le gouvernement napolitain fut organisé dans Rome.

En Italie la révolution avait été faite par les riches, les mar^ chauds, les savants et les écrivains, ou du moinarravaient-ils aéoueillie avec joie. Le peuple y avait pris peu de part; et il efi donna bien la preuve par les terribles réactions qui ensan^ntèrent toute la Péninsule, où les tragédies roysilistes succédaient aux comédies Jacobines ; où le pape et la sainte foi catholique étaient rétablis par les Russes , les Turcs , les Ooates et les Cosaques. Les Français sortirent aussi de Florence sans pourvoir à la sûreté publique : d'où il résulta que la populace se livra aux excès ordinaires, au pillage, et même au meurtre. Le poète Alfiéri se montra au milieu de cette cohue , applaudissant à ses transports , excitant par ses discours ; et toute la Toscane rentra sous l'autorité dé Ferdinand.

Il ne restait aux républicains que Gênes et Ancône. La flotte turco-russe vint bientôt assiéger Ancône par mer, tandis que les Autrichiens et4es Romagnols, commandés par Lahoz, Tas-^ siégeaient par terre. Lahoz , qui avait déserté le drapeau français pour passer aux Autrichiens, ou, comme il le disait, à ri-> talie, fut tué sous les murs , que Monnier défendit avec intrépidité , et qu'il ne rendit qu'après avoir obtenu des conditions honorables. Gênes, gardée avec un soin jaloux comme un passage vers la France, fut occupée par le reste de ses troupes, qui la mirent en état de défense. La France accueillit les émigrés italiens, sortis avec une pauvreté honorable d'emplois où tant d'autres s'étaient enrichis. Mais ^ accueillis avec sympathie par

CHUTE DO DIBEGTOIBE. 137

les particaliers, ils ne trouvèrent que froideur de la part d'ua gouvernement faible, qui n'avait pas besoin d'eux. lis comprirent dès lors qu'ils ne devaient attendre que d'eux-mêmes la régénération de leur patrie, et le sentiment italien se fortiûa dans cette communauté de souffrances.

La fortune de la France succombait aussi dans les autres contrées. Les Anglais et les Russes fondirent sur la Hollande, et tentèrent, au Helder, un débarquement que Brune et Daendels ne purent repousser. La flotte boUandaise déserta , avantage immense pour l'Angleterre. La France, menacée d'une invasion, accusait, selon l'usage, son gouvernement. LarevelUère et Merlin , membres restants de l'ancien Directoire , durent donner leur démission. On faisait et l'on défaisait; les malheurs du temps rendaient les esprits difficiles à contenter. On entendit redemander le régime de la tei;reur, comme unique moyen de salut. La chouannerie renaissait , les conscrits s'enfuyaient; on avait recours à tous les moyens pour avoir de l'argent. Les lois somptuaires réduisaient les nouveaux Athéniens à vivre en Spartiates. Les- emprunts forcés, répartis en proportion des fortunes , faisaient jeter les hauts cris. Le Directoire avait cru se sauver en portant la main sur la représentation nationale. Il ne resta plus après que la force militaire : des clubs de soldats, des adresses émanées 'des armées , prétendaient donner la loi. Le gouvernement , qu'on attaquait en toute liberté, et qui n'osait se défendre par la terreur, y suppléait par les intrigues et par les moyens de police. Lucien et Joseph Bonaparte, qui siégeaient parmi les cinq-cents, pour faire sentir le besoin qu'on avjiit de leur frère, entretenaient le mécontentement. Sieyes, qui avait désapprouvé la constitution, et autour de qui se ralliaient les mécontents, fit fermer le club des Jacobins en disant : // ne s*agU plus de bavardage: c'est une tête et une épée qu'il faut.

Tous les regards se tournaient vers Bonaparte, car les défaites que l'on essuyait coup sur coup venaient rappeler la gloire qu*il avait acquise en Italie. On imputait à la jalousie du gouvernement le parti qu'il avait pris de l'envoyer en Egypte ; l'éloignement le faisait paraître plus grand encore, et l'on portait aux nues les projets qu'on lui supposait. On se le figurait vainqueur

Page 1