‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 94 sur 159 · MESURES REPARATRICES DU PREMIER CONSUL. — LB GODE · texte numérisé non relu

MESURES REPARATRICES DU PREMIER CONSUL. — LB GODE

Bonaparte avait fait un acte d'abnégation héroïque en abandonnant le poste suprême qu'il occupait à peine, pour se mettre à la tête des armées ' . Ses ennemis pouvaient nïettre à profit son absence pour détruire son ouvrage. Maissîtdt qu*il eut remporté la victoire de Marengo, il regagna Paris en toute hâte, pour rassurer par sa présence Finquiétude publique et distribuer des récompenses*. En même temps il envoyait Loden comme ambassadeur en Espagne, et congédiait Camot, les deux seuls hommes qui osassent encore lui parler avec franchise. Il se liait de plus en plus avec Talleyrand, excellent serviteur de tout pouvoir grandissant, et avec Fouché, qui connaissait les

* « Mais ce qui est surtout admiral))e , et, à mon gré, le plus beau trait de sa vie, c^est ce noble abandon du poste central de Paris, où à peine il s^était placé, pour aller au delà des Alpes gagner les batailles du peuple français : mouvement de Tâme, dont la gloire est à lui seul, et qui m^a toujours tellement ému , que je m'indigne encore ici de penser que le même homme a cru s^agrandir en se plaçant sons un manteau impérial. » La Faitette, Mes rapports avec le premier consul.

* Parmi les honneurs décernés par Bonaparte en 1800, il faut rappeler celui dont la Tour-d'Auvergne fut l'objet. Descendant en ligne naturelle des ducs de Bouillon , il avait combattu vaillamment en Espagne, et, fait prisonnier par les Anglais, il refusa de déposer la cocarde tricolore. De retour en France, il vivait dans la retraite en se livrant à l'étude , lorsque le fils d^m de ses amis ayant été atteint par la conscription , il reprit les armes et partit à sa place. Bonaparte , pour le récompenser, lui donna le titre de premier grenadier de France. Il fut tué à Oberhausen ; et le premier consul décida que l'appel de la compagnie commencerait toujours par son nom , et que le plus ancien grenadier, portant sur sa poitrine le cœur de la Tour -d'Auvergne dans une boîte d'argent, répondrait pour lui.

Lommes, et les méprisait autant qu'il convient à un bon chef de la police.

Uadministration se consolidait de jour en jour. Un certain nombre d'anciens chouans qui avaient fui la Vendée désarmée, de conscrits réfractaires , de mauvais sujets qui , après avoir longtemps vécu une pique à la main, en criant A la guiUotine ! ne pouvant se résigner à la vie domestique , s'étaient jetés sur les grands chemins , qu'ils infestaient; et ce fut une tâche laborieuse que de les détruire. Il fallait, remettre en bon état les routes et les ponts, restés depuis longtemps à l'abandon , aûn de rendre les communications plus faciles. On s'appliquait à rétablir l'ordre dans les Gnances , et à équilibrer les dépenses avec les revenus. Le rétablissement de la tranquillité raviva la commerce et augmenta la consommation; les biens ruraux, af* franchis des redevances et passés dans les mains de propriétaires laborieux , produisaient davantage ; les forêts étaient mieux conservées. La France bénissait le retour de l'ordre ; mais les factions acharnées ne se laissent par arracher si facilement les armes de la main, ni la haine du cœur.

Le sculpteur italien Ceracchi et le peintre Topino-Lebrun , animés d'une haine classique contre le nouveau César, organisèrent une conspiration que la police, non contente de la surveiller, encouragea, et dont elle arrêta enfin les auteurs pour les envoyer au supplice , tandis qu'il aurait suffi de les confiner dans une maison de fous. Cette dernière parodie des souvenirs de Rome, et Kexplosion d'une machine infernale qui faillit donner la mort au premier consul, ne servirent qu'à accroître l'intérêt qu'il inspirait, comme le seul homme sur qui reposaient , aux yeux de ses ennemis même , les destinée3 du pays. Bonaparte en accusa les jacobins, les métaphysiciens; et le ministre de la justice, secondant le courroux du consul, proposa ( 1**" janvier 1802) de déporter en masse cent trente républicains et terroristes qui, « sans avoir été arrêtés tous le poignard à la main , étaient tous reconnus capables de le prendre. » On soupçonnait cependant alors, et Ton en acquit ensuite la certitude, que le coup était parti, non pas des républicains, mais des émissaires du Vendéen George Cadoudal. Ce fut en vain

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que le conseil d'État 8*opposa à cette mesure illégale. Lèpre* mier acte du sénat conservateur fut d'approuver sans discussion cet acte art)itraire, et d^institner^es tiilNUiaux spéciaux pour les attentats politiques.

Ce fut à partir de ce jour que Bonaparte raaroba plus hardiment à la dictature, en démolissant Tune après Fautre lés bbeftés introduites dans Tadasinistration depuis 17 W. Il lenvem le tribunat, où s'étaient réfugiées la résisûnca et la diseuMon. Cest dans le conseil d*État, où des hommes éclairés, mais sans force pour résister, recevaient de lui leuts ilispiratioDS, exposaient et mettaient en lumière ses pensées, dont il ne tranopirait rien dans le public, qu'il se plut à placer toute sa confiaBce. 11 rappela les émigrés, à l'eroeption d'un petit nombre, et leur rendit ceux de leurs biens qui n^avaient pas été Tendiis.

Cétait une afifoire capitale pour Bonaparte que d^organissr rmstruetion publique, non plus dans le sens démoctatique, mais de manière à donner au gouvernement la haute main sur les intelligences, et à y faire dominer l'esprit militaire. Dès les premiers mouvements révolutionnaires , elle avait été sécularisée, et constituée sur des bases civiles. Cabanis avait été chargé par Mirabeau de rédiger sur cette matière un projet qui fut publié plus tard ' ; et Talleyrand, dans un magnifique rapport à rassemblée constituante, avait considéré l'instmction dans sa source, dans son but, dans son organisation, dans ses méthodes ; il avait proposé un système d'éducation pour tous les rangs et tous les âges , proportionné aux conditions , et capable de développer, outre Tintelligence, le physique et le moral

■ DaiM son plan d^jnstraction, Cabanis admire les Spartiates, selon la mode du temps , pour l'éducation , égale en tout , qu'ils donnaient aux enfante ; mais il ne la croit pas appropriée aux temps modernes , ne méconnaissant pas non plus que les enfants des esclaves étalent à Sparte exclus des écoles. 11 veut que les familles restent maîtresses du clioix et de la somme de connaissances h donner à leurs enfants, sans que l'État y intervienne. Les diverses conditions do fortune des parent< rendront Téduc^tion très-diverse; mais cela lui parait un bien , attendu ^iie le droit commun ne consiste v^^ dans réç^alilé des lumièresi^ mais dans i'dgale extension du bVeïi-^Vvc.

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