‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 97 sur 159 · PAIX D'AMIENS · texte numérisé non relu

PAIX D'AMIENS

La guerre continuait à ensanglanter la Méditerranée , où les Anglais voulaient s'établir. Malte, qu'ils assiégèrent, fut prise le 5 septembre 1800 ; il en fut de même de Minorque. Plusieurs des Antilles françaises furent enlevées; les Hollandais perdirent Surinam , Curaçao, ainsi que tout ce qu'ils avaient dans rOcéanie» à l'exception de Java, et enfin le cap de Bonne-Espérance, le meilleur point de relâche dans ces parages. Les Turcs et les Russes se rendirent maîtres des îles Ioniennes , que ces gouvernements despotiques érigèrent en république (21 mars 1801). Cependant les alliés des Anglais avaient à souffrir eux-mêmes de leur arrogance, et l'empereur de Russie Gnit par eu prendre

* Discours sur les progrès des connaissances en Europe et de V enseignement public en France ^ 180L

On peut citer encore le Tableau de Vétat et des progrès de la littérature française depuis 1789. Chénicr le composa sar la demande de Napoléon ; il en lut une analyse à une séance du C4)nseil d'État, en présence de Tempereur,. qui en fut satisfait. (Am. R. )

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ombrage. N'ayant plus rien alors à redouter de la France, il reprit les projets de Catherine, qui avait proclamé la neutralité maritime en 1780 : c'est-à-dire que les bâtiments des puissances neutres pourraient naviguer librement de port à port, et sur les côtesdesnations belligérantes; que les marchandises appartenant à des sujets de puissances ennemies seraient libres sur vaisseaux neutres, sauf le cas de contrebande; que libre le vaisseau, libre était la marchandise; que Ton considéi:erait~uniquement comme port bloqué celui qui le serait en effet, attendu qu'un» déclaration de blocus ne pouvait suffire. Ces principes répu^ guaient à TAngleterre, qui élevait des prétentions contraires, et entendait de plus assujettir aux droits de visito tous les navires, ceux même qui étaient convoyés par des bâtiments de guerre. Le czar^ irrité, fit saisir tout à coup les navires anglais dans les mers de la Russie y et détermina les Danois à occuper les rives du Weser et de TElbe , et les Prussiens , Télectorat de Hanovre.

L'Angleterre soutenait que ses prétentions résultaient de « droits incontestables, dont l'exercice modéré est indispensable aux intérêts les plus chers de l'empire britannique. » Si Fox et Sheridan prouvaient au parlement ce que la libre navigation avait de légitime, Pitt répondait : Si nous ainons abandonné le droit de visite, la France aurait relevé son coinmerce et sa marine; et il déclamait contre le principe jacobin des droits de t homme, principe qui forcerait de renoncer à tous les avantages en vue desquels Ténergie anglaise s'était déployée depuis si longtemps et avec tant de profit.

Pitt l'emporta, et l'Angleterre répondit par une déclaration de guerre à la déclaration des droits maritimes que proposaient les puissance» neutres. Prompte à agir, elle attaqua l'État le plus inoffensif, mais le plus exposé : Nelson partit de Yarmouth avec cinquante-deux voiles , et arriva dans le Sund , qui n*était pas suffisamment gardé; il bombarda Copenhague (2 avril) , qui , malgré une défense intrépide , fut contrainte de capituler, à la condition que le roi renoncerait à la neutralité , qu'il ouvrirait ses ports aux Anglais , et qu'il leur permettrait d'approvisionner leur flotte eu Danemark.

f7S l'angletebre soumet l'iblânde.

Ce résultat avait été amené par un événement d'une plus grande importance. Nous avons déjà parlé du caractère de Paul I^', qui, chevaleresque, brutal, faible et violent, était extrême dans la haine comme dans l'amour. S'étant mis en tête d'abord de rétablir en France Tancienne monarchie y il prit en haine les Français ; et, croyant les anéantir, il envoya cent mille soldats en Italie , moins à une guerre qu'à un massacre. Puis , brouillé tout à coup avec FAutriche, et principalement avec l'Angleterre parce que cette dernière puissance ne voulait pas lui restituer Malte , à laquelle il prétendait comme grand maître , il se prit d'une sorte de' culte pour Bonaparte , et in« terdit tout commerce avec les Anglais : c'était vouloir réduire à la misère son empire, qui n'a d'autres richesses que les matières premières qu'il fournit à l'Angleterre. Il avait même combiné avec Bonaparte un vaste projet , qui était de rassembler eui commun une puissante armée à Asdrabad, ville de Perse, pour marcher de là sur l'Inde. En cent vingt jours ^ les soldats vainqueurs des Alpes seraient arrivés du Danube à l'Indus , et, se réunissant aux Russes, et forcent l'empire d'Allemagne ainsi que la Turquie de les seconder, ils auraient frappé l'Angleterre au cœur.

L'interruption du commerce anglais avait mécontenté les boyards, et ils n'étaient pas moins offensés des bizarreries de Paul , qui venait alors de changer ses ministres , de maltraiter Souvarow, et qui se laissait emporter à des boutades que suivait fréquemment l'exil en Sibérie. Les grands tramèrent donc un complot dans le but de le détrôner, et de lui substituer Alexandre son fils. Ce prince avait été élevé par un Genevois , le général la Harpe, dans les principes en vogue alors. Paul, qui le voyait de mauvais œil, comme tout ce qui avait plu à Catherine, l'ayant un jour appelé dans son cabinet avec son frère Constantin, leur fit jurera tous deux, sur un crucifix, qu'ils n'entreprendraient rien contre sa vie. 11 ne fut pas difficile dès lors à Pahlen et à Benigsen , chefs de la conspiration, de persuader à Alexandre que Paul voulait le reléguer en Sibérie. Ils obtinrent en conséquence son assentiment à leur projet , sous la réserve que les jours de son père seraient respeclés. Les conjurés ayant

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d»nc assailli Paul , et trouvant une résistance à laquelle ils ne s'attendaient pas, Tétranglèrent sans pitié. Les médecins tirent Fautopsie de son cadavre , et déclarèrent que Tempereur était mort d*un mal subit.

Alexandre > qui avait alors vingt-quatre ans, s'évanouit lorsqu'on lui annonça que le meurtre était consommé , et s'écria ; yi h! quelle page dans P histoire! A quoi Pahlen répondit: Celles qui suivront feront oublier la première. Alexandre commença par révoquer toutes les mesures bizarres de Paul ; il renvoya ses ministres , permit rintroductidn des livres et des modes étrangères. Non-seulement il comprit dans Tamnistie les assassins de son père, mais il leur donna de grandes positions. Répudiant le système suivi précédemment , il rétablit les anciennes relations, abandonna la politique française, peu populaire en Russie , leva le séquestre mis sur les bâtiments , et, renonça au principe, que le pavillon couvre la marchandise.

Ainsi tomba la ligue du Nord ; et l'Angleterre en conçut tant de joie , que la mort violente de Paul passa pour le résultat de ses machinations. Gouvernée par un grand ministre , ses dépenses annuelles s'élevaient à t732 millions, quand le budget de la France n'était que de 600 millions ; sa dette publique s'était accrue de 7 milliards 500 millions, par suite de la guerre qu'elle avait soutenue. Mais ses ressources en même temps s'étaient augmentées. La mort de Tippoo-Saïb lui avait assuré rentière possession des Indes. Elle seule faisait fe commerce du monde; elle avait doublé ses importations et les produits de rimpôt ; elle avait une armée florissante et. huit cent quatorze bâtiments de toute grandeur : personne ne pouvait donc lui disputer la suprématie maritime. Cependant, malgré cette supériorité , des symptômes révolutionnaires semblaient la placer sur le bord du précipice. L'un de ces périls lui vint de l'Irlande catholique, esclave d'un protestantisme intolérant.

I^ Capitulation de lAmerick , accorôée par Guillaume lll aux catholiques irlandais en 1691, garantissait à ceux qui se soumettaient au nouveau gouvernement leurs biens et leurs privilèges antérieurs au règne de Charles II , et le libre exercice de leur culte , autant que le comportaient les lois du royaume.

174 L*A?CGLETEBnB SOUMEI L*1RL4NDE.

Or ces lois étaient le comble de la tyrannie ■ ; les Irlandais faisaient entendre des plaintes dont il n'était point tenu compte. Pourtant rirlande n'avait point pris part au mouTement écossais de 1 745; mais elle frémissait sous le joug ; et aucune main puissante n'étant là pour contenir ces colères, les Enfants blancs * et les niveleurs se soulevèrent contre les fermages exorbitants, et les dîmes exigées par le clergé protestant. Bien que sans expé^ rience, ils s*organisèrent du mieux qu'ils purent, s'obligeant à firarder le secret , et à faire chacun ce qui serait commandé par l'association. Ils expédiaient des ordres personnels, aecoropagnés de menaces, aux contrevenants ; et il s'ensuivait des effets terribles, tels qu'assassinats, enlèvements déjeunes filles, incendies, dévastations des propriétés et des troupeaux , à l'égard de ceux qui se montraient trop exigeants envers leurs fermiers, ou qui donnaient de trop faibles salaires. Les maux que fait un peuple en révolution sont proportionnés à l'oppression qu'il a endurée ^ ; or ce n'étaient pas là des insurrection politiques, mais des

' Une loi adjugeait les biens d^un catholique à celui de ses héritiers qui embrassait le protestantisme. Par cette loi, ub misérable, en abjurant sa religion et ses devoirs, pouvait dépouiller, d^im jour à l'autre , sa famille entière.

On ne pouvait remplir d^emploi civil, ecclésiastique, militaire, sans prêter le serment du test , auquel un catholique ne pouvait se soumettre sans renier les points fondamentaux, de sa croyance. Un avocat >Vxposait à une amende de 500 livres sterling, sHl plaidait sans avoir prêté le serment du test. On ne pouvait voter dans les élections sans l^avoir prêté. Les prêtres catholiques furent bannis par une loi qui portait peine de mort contre ceux qui tenteraient de rentrer dans le royaume. — Une loi défendit aux catholiques d^élever les enfants dans la religion de leurs pères. — L'industrie irlandaise avait été systématiquement annihilée, au plus grand profit du commerce anglais.

(Am. R )

> Les Enfants blancs ( white-boys ), ainsi nommés parce qn^iis portaient une chemise par-dessus leurs habits. Cette sorte de jacquerie se recrutait surtout parmi les catholiques du sud. Dans le nord , on vil les paysans s'armer aussi, et former des bandes errantes sous le nom de Ccft(rs de chêne ( hearts ofoaks ). { Am. R. )

^ Arthur Yoiuig , Anglais et protestant , qui voyageait en Irlande ea

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F^YoItes sociales ; et il est faux que les insurgés se fussent liés avec les orangistes, avec les partisans de Tancienne dvnastie '. Mais le cri de l'indépendance américaine avait retenti en Irlande, pays bien plus maltraité que ceux d*outre-mer, quoiqu'il ne fût pas une colonie ; et les débats auxquels TAmérique donnait lieu paraissaient le concerner lui-même. Force fut donc d'abolir quelques-unes des lois pénales; et d'abord ce droit odieux

1778, s'exprimait ainsi : « Le propriétaire d'un bien occupé par des tenanciers catholiques est une espèce de despote qui ne recounatt » dans tous ses rapports avec eux, d'autre loi que sa propre volonté... li ne saurait imaginer un ordre que son domestique ou que les culUvateurs osassent violer, et rien ne le satisfait qu'une soumissipn absolue. 11 peut, avec la plus grande impunité, punir du fouet et du bâton tout manque de respect à sa personne. Le malheureux qui ferait mine de vouloir se défendre serait aussitôt roué de coups. En tuer un est en Irlande une chose dont on parle d^une manière à confondre toutes les klées. Des habitants respectables m'ont assuré que beaucoup de fer^ Diiers se tiendraient honorés si leur maître daignait recevoir dans son lit leurs femmes ou leurs filles : grand indice de la cormptioh amenée par une longue servitude. J'ai même entendu parler de personnes à qui la vie fut arrachée sans que le meurtrier eût à redouter Fenquéte d'un jury ; et des cas pareils se voyaient chaque jour avant que la loi eût repris quelque empire. Il n*y a pas de voyageur indifférent qui n'ait vu par les routes les vafets d'un gentilhomme pousser violemment dans le fossé toute une file de charrettes de pauvres paysans, pour 4louner passage au carrosse du maître. Qu'elles soient renversées ou même brisées , le mal est souffert en silence. Si les victimes poussaient la moindre plainte, on leur répondait k coups de fouet... Si un pauvre homme s'adressait aux magistrats pour demander justice contre un gentleman, on y verrait un outrage contre celui-ci... Le pauvre sait trop sa condition, pour songer à demander justice. Il ne saurait Fobtenir que dans un cas , lorsqu'un riche prend parti pour lui contre un antre riche; car alors le maître le protège comme il défendrait le mouton qu'il destine à sa table. »

' Les orangistes {eranye parly ou ihe Brunswich par/y) protestants exclusifs , partisans des pnncipes de GuiUaume d'Orange et de la maison de Brunswick , étaient , au contraire , les antagonistes de cos paysans insurgés. Les orangistes possédaient la plus grande partie du sol de l'Irlande , et soutenaient le gouvernement anglais. (Am. R.)

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