‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notesChapitre 98 sur 159 · L*ANGLETBBRB SOUMET L^IR^ANDE · texte numérisé non relu

L*ANGLETBBRB SOUMET L^IR^ANDE

d*expropriation que le ûls pouvait exercer contre le père, quand le premier se fiaisait protestant ; puis d'admettre les enâmts à participer également à Thérédité. Déjà rAngleterre avait dû recruter en Irlande des troupes pour l'Amérique. Quand la guerre fut tout à fait déclarée, les Irlandais, dont les ports s'ouvrent les premiers aux arrivages d'Amérique, demandèrent que l'Angleterre les défendit contre un& surprise : mais elle leur répondit , comme Aétius aux derniers jours de Femptre romain \ Je ne le puis; dé/endez-votis vous-mêmes >, Alors un enthousiasme subit s'empara de l'Irlande. DansTespace de quelques semaines, quarante mille hommes furent sous les armes et répartis dans le pays, où protestants et catholiques se confondirent sous le nom de volontaires irlandais ; Tannée suivante, on en comptait quatre-vingt mille. Ainsi disparut le danger d'une invasion ; mais l'Irlande apprit à connaître ses forces , et ses régiments ne tardèrent pas à se proclamer indépendants. L'élite de la nation se mit àJa tête des troupes, qui se rassemblèrent à des époques Gxes. Partout on forma des associations pour repousser les marchandises anglaises ; on nomma des délégués; on approuva ou l'on blâma les actes du gouvernement et du parlement. C'était à la pointe des baïonnettes que Ton présentait les pétitions : la liberté du commerce et un parlement indépendant étaient surtout l'objet de ces réclamations multipliées, et beaucoup de protestants élevèrent aussi la voix pour réclamer l'abolition des lois pénales.

Ce mouvement national avait pour chef Henri Grattan > (19 juillet 1782). Appuyé par soixante mille hommes armes,

' Le gouvernement anglais s^était vu forcé de dégarnir Plrlande de troupes, pour les envoyer en Amérique. ( âm. IV. )

' Le parlement irlandais, composé de deux chambres, les lords et les communes, était dominé, depuis la révolution de 1688, par rdigardiie protestante; aucun catholique n*y siégeait;

La législation qui pesait si lourdement sur les catholiques était Tœuvre du parlement irlandais.

Le parlement anglais voulait s'arroger le droit de modifier on dVnuler les mesures du parlement d'Irlande , qui, s'appuyant sur Tespril public, réclama \\\ew\eTv\^ç^Tvv[v<\4v^udunre. ( Am R, )

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il proclama rindépendance du parlement irlandais , et déclara que nul ne pouvait faire des lois obligatoires pour le pays que le roi, les lords, et les communes irlandaises.

L'indépendance à peine obtenue (t783 ), lés Irlandais songèrent à la réforme de leur parlement , assemblée servile et pusillanime.

Mais tous les avantages de cet affranchissement parlementaire étaient pour les protestants, qui se trouvaient de fait en possession des privilèges et des droits ; tandis que les catholiques , manquant de pain dans un pays où ta misère est Tétat normal , et où Ton meurt de faim chaque année régulièrement , tiraient peu de profit de rindépendance. Le parlement fut néanmoins obligé de céder aux plaintes des catholiques : il rapporta les lois qui leur interdisaient le libre exercice de leur culte , les fonctions de tuteurs, et celles qui prononçaient des peines contre les prêtres et les instituteurs. Il rendit les juges inamovibles , et donna aux Irlandais Vhabeas corpus > ; garanties précieuses pour tous, mais spécialement pour ceux qui sont opprimés. -

La Révolution française vint accélérer ce mouvement. Les habitants de cette lie n'aspiraient d>abord qu'à la liberté dans le sens féodal ; ils y- prétendirent bientôt comme à un droit. La réforme irlandaise prit donc aussi le caractère philosophique , se fondant sur l'égalité des citoyens , et, par suite , sur le suffrage universel. De là une multitude de projets. Chaque événe-<^ ment qui survenait en France trouvait de l'éeho dans l'Ile ; chaque institution y était imitée. Les volontaires irlandais , qui, libéraux mais protestants, voulaient des droits uniquement pour eux, donnèrent alors ta main aux catholiques, en s'inti-

' L^acte d'^habeas corpus, considéré'par les Anglais comme la sauvegarde de la liberté individuelle , est Tordre adressé par un magistrat à un gésier de faire comparaître ea sa présence un prévenu dont la garde lui est confiée : moyen offert à tout individu, privé de sa liberté sans motif légitime et légal , d'obtenir soit son élargissement, soit sa mise en jugement dans un court délai. Vhàbeas corpus a été suspendu par le parlement après la tentative du Prétendant en 1745, durant les troubles occasionnés par la Révolution française , sous Tadministration de Pilt; et en 1815, après la bataillede Waterloo, f Am. R. )

17$: L ANGLBTEHU SOUMET L IRLANDK.

UiUnt Irlandais-unis. Ils prirent parti pour la Fraoc«, et turmoDtèreot la harpe nationale da boûafit rouge jacobin. Halnant les whigs et la marche lente de la réfiMcme » ils ne- se contentèrent plus de concessions ^rtielles » et piéteiidirent à rtoancipation.

Quelques lois pénales furent encore abolies ; on lé^^oqua la défianse de eontiacter des mariages miites» et IV»hligatîon de snhrre le rit anglican; renseignement fat dffinaiehi; la liberté des TOtes accordée pour l'élection des membres dn parlement, ainsi que la acuité d*-arrifer aux emfjois ciirils et miiîtaires, et d'exercer les fonctions du barreau. Pitt fodait 4ès knrs cetts égdilé de droits pour les catholiques^ qui ne fut obtenue qu'en im.

liais IcNTsque la France se fut laissé entraîner à tooa les eieifi, les protestants se détachèrent des catholiques par eCGroi de la république, et les beaux songes de liberté s^évsnottiriDt. Le gouvernement saisit l'occasion pour sévir : il supprima les volontaires, désarma les citoyens , renforça les garaisons» inlerdît les elid)s, et ne rencontra plus &» résistance. CqMndant les Irlandais-unis continuèrent de subsister en secret : ils ourdirent des complots, ne pouvant plus agir directement sur le peuple; ils appelèrent Tétranger (1798). Wolf-Tone, fondateur de TOoion irlandaise, dont les Mémoires sont de curieux doeumoits sur cette époque, suggérai aux Français l'idée de moiaoer TAngleterre , en effectuant en Irlande un débarquement comiuaé avec une insurrection du pays. L'expédition se trouvant retardée , le soulèvement eut lien avec d'borriUes excès des denx câtés. Vinrent ensuite les procédures infâmes et les supplices atroces. Soixante et dix mille personnes périrent de part et d'autre, vingt mille hommes des troupes royales et cinquante mille insurgés; les dévastations s'élevèrent à la somme de quatrer-vingts millions , et il en résulta deux années d'horrible disette. Déjà rinsurrection était étouffée , quand Hoche arriva avec les troupes de débarquement : il fut battu «, et Wolf'-Tone, fait prisonnier, fut mis à mort.

* Ce fui la tempête qui fit échouer i'expéditioii commandée par Hoche .^

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L'Angleterre , après avoir dépensé, pour remettre l'Irlande sous son joug , cinq cents millions qui auraient pu apporter tant de bien à ce malheureux pays, se Vengea sans pitié, répandit des flots de sang , proclama la loi martiale maintenue jusqu'en 1 825 , et reprit tout ce qui lui avait été arraché depuis- vingt ans de lutte. Mais il était difficile d'enlever à l'Irlande son parlement, le droit de faire ses propres lois ; l'aristocratie, si dévouée qu'elle fût au ministère, résista, du moment où il s'agit de lui enlever ses privilèges. Pitt y dépensa trente millions, et réussit enfin, après avoir tout acheté, à faire passer Vacte cTunion {1800). I^'Irlande cessa ainsi d'avoir un parlement à elle , mais non d'avoir une représentation : ses lords allèrent siéger à la chambre' haute, et les élus des comtés à la chambre des communes.

Restait à Pitt la tâche d'apaiser un peuple affamé qui s'insurgeait de toutes parts , et de trouver de nouvelles ressources pour alimenter une guerre qu'il voulait éterniser. La paix de Lunéville vint déjouer ses combinaison». En conséquence, Topposition lui reprocha d'avoir dépensé des sommes énormes sans résultat , et de ne pas avoir su prévoir la grandeur du nouveau chef de la France. Le bombardement de Copenhague, la mort de Paul de Russie, et l'expédition d'Egypte, vinrent à point pour relever le crédit du ministère.

Bonaparte en quittant rOrient, où il laissait une armée en péril, en avait donné le commandement à Kléber. Ce général avait toujours fait de l'opposition à ses projets, murmurant contre son administration, déplorant l'état où il laissait sa conquête, dénuée d'armes , de munitions , sans communications avec la France; car les croisières anglaises infestaient la Méditerranée^^ Ronaparte lui avait donné de pleins pouvoirs, l'autorisant même à capituler au besoin , et à rendre l'Egypte à la Porte. Bien que

le débarquement, qui devait se faire dans la baie de Bantry, ne put s'effectuer. L'expédition était partie de Brest le 16 décembre 1796; une tempête affreuse la dispersa. La frégate qui portait Hoche et Tamirar Morard de Galles fut séparée de Tescadre; et quand elle arriva enfin^ «lans la baie de Bantry, la flotte française, manquant de vivres et u'ayant pu débarquer, avait regagné les côtes de France. ( Am. R. )

180 L*ANGLETERR£ SOUMET L*IRLANDE.

Kléher u>u fiU pas réduit aux dernières extrémités, il était entré en négociations: les soldats aspiraient à revoir leur patrie; ils ne tenaient plus à tant de fatigues et de maladies. Pendant les l>ourparlers, que Sidney-Smith traînait perfidement en longueur, un corps de Turcs et de Bédouins attaqua à Timproviste le fort d'Kl-Arisc, dont il égorgea la garnison : inOme violation du droit des gens, quMl faut mettre de pair avec Tassasslnat de R.nstadt et quelques autres faits de cette époque. Mais les Anglais, qui avaient intercepté les lettres dans lesquelles Kléber lui-même et ses officiers peignaient , en l'exagérant, leur triste situation , les publièrent pour humilier la France; puis , élevant le ton , ils se refusèrent à traiter, à moins que les Français ne déposassent les armes et ne se rendissent prisonniers de guerre. .^ pareille insolence on ne répond que par des victoires, dit alors Kléber revenu à des sentiments généreux. Soldats, préparez-vous à combattre! Et Tannée se vit condamnée à Théroïsme d'une résistance désespérée. Les Turcs venaient d*un côté , les Anglais de Tautre ; trente mille eipayes, restés disponibles par la mort de Tippoo-Saïb, débarquèrent dans la mer Uouge ( mars 1 800 ) , pour prendre les Français à revers. Kléber trioinpba néanmoins à Héliopolis. Il reprit le Caire ( avril ), où les Français avaient été massacrés , etil les vengea dans le sang des Turcs. Il soumit de nouveau toute TÉgypte soulevée, et prit des dispositions habiles pour la conserver. Comme la force de la France semblait se personnifier en lui , un musuhnan fanatique Tassassina (11 juin ). Le commandement passa, par droit d'ancienneté , au général Menou , qui s^était fait musulman pour épouser une femme d'Alexandrie : choix déplorable, qui excita la jalousie de Reynier et des autres chefs.

La conservation de TÉgypte était d'une importance extrême aux yeux de Bonaparte , soit pour attester qu'il n^avait pas été poussé par pure témérité à y prodiguer tant de nobles vies, soit pour servir de compensation aux pertes énormes éprouvées dans les colonies. 11 expédiait des ordres, des renseignements, des munitions, des secours même en vaisseaux et en hommes. Mais la discorde perdait tout. Les Anglais envoyèrent alors une nouvelle flotte ; el les Ttaivc^Vs ^ pressés (jar la famine , furent con-

PAIX d'AMIENS. 181

traints de capituler. Des bâtiments anglais les transportèrent en France ( septembre); etTÉgypte fut rendue à la Porte.

Ainsi disparaissait le grand obstacle à la paix entre la Franee et r Angleterre, paix ardemment désirée dans les deux pays. Pitt, comprenant qu'il n'y a que dommage à s'obstiner dans une position perdue, prit pour prétexte que le roi lui avait refusé rémancipation des catholiques , et remit le portefeuille à Addington, sa créature (février 1802), après être resté dixsept ans au pouvoir. Alors Joseph Bonaparte et lord ComviralUs entamèrent des négociations à Amiens. La France s'y présen*tait sous un aspect imposant : si elle avait perdu l'Egypte , un grand nombre de faits glorieux sur les côtes d'Espagne attestaient l'importance de sa marine, et l'alliance espagnole lui avait permis d'imposer ses volontés au Portugal. La paix fut donc conclue entre l'Angleterre d'une part., la France , l'Espagne et la république bataye , de l'autre ( 27 mars). L'Angleterre restitua tout ce qu'elle avait conquis sur ces États, excepté l'île de la Trinité , enlevée à l'Espagne, et celle de Ceylan, qui appartenait à la Hollande. La France reconnut la république ionienne ; Malte fut rendue à l'ordre de ce nom , qui devait rester indépendant. La Porte , qui conservait Tintégrité de ses possessions , fut invitée k accéder au traité , et fit sa paix avec la France (25 juin ).

Ce fut là une paix étrange : l'Angleterre avait pris les armes pour défendre la liberté européenne menacée, et il n'en fut nullement question; on ne demanda pas même l'évacuation de la Hollande. Personne n'avait donc atteint le but qu'il se proposait en faisant la guerre, et les politiques prévoyaient que les hostilités ne tarderaient pas à renaître. Ce moment de relâche n'en causa pas moins une grande joie : les Anglais accoururent en foule à Paris pour admirer un peuple transformé, et les riches collections que la victoire y avait rassemblées ; les spéculateurs reprirent de la hardiesse, et Bonaparte prétendit rivaliser avec l'Angleterre sur l'Océan.

Mais le sceptre des mers n'était pas réservé à la France , qui en ce moment même perdait ses colonies , entre autres Sain{- Domingue ou Haïti, la plus belle des Antilles, la plus fertilp

ilIST. DE CR.NT ANS, — T. II. \^

Ifl2 L AlfGLETSRBB SOtJMfiT L'tRLAfïDÈ.

en suere et en café, lies noirs y étaient horriblement traités' ; mais entre eux et les blancs s'était formée une classe de gens de couleur, libre et plus puissante que partout ailleurs ; Téducation avait pénétré dans cette classe, qui possédait un tiers des richesses de l'tle, et qui cependant ne se confondait pas avec les blancs.

L'assemblée constituante corrigea les abus de Teseiavage « tnais ne Tabolit pas ; elle déclara même la traite « un commerce national, » et maintint la prime par chaque tête importée. Mais elle décréta (28 mars 1790) que « les hommes de couleur jouiraient des mêmes droits que les blancs, ne reconnaissant que des esclaves et des hommes libres. »

Il ne s'agissait donc pas des esclaves , mais des hommes déjà en possession de leur liberté. Cependant les blancs indignés virent là un pas de fait vers Témancipation des nègres; ils exclurent les hommes de couleur des comités et des mùnicipa' lités; ils emprisonnèrent ceux qui réclamaient, et menacèrent de se donner à TAngleterre ; ce qui détermina l'assemblée à abroger son décret. Alors les hommes de couleur s'irritèrent^ on courut aux armes \ les noirs , appelés à prendre parti pour

< Un témoin oculaire en parle ainsi : « Sept à huit patates et un peu d^eau étaient la nourriture que les esclaves de Saint-Domingue recevaient de leurs maîtres. Ils se levaient la nuit pour aller marronnef' quelques vivres; et lorsqu'ils étaient découverts, ils étaient fouettés. Que de fois j'ai vu, à Theure du déjeuner, les nègres ne pas avoir une patate, et rester sans manger ! Cela arrive sur presque toutes les habitations à sucre, lorsque les pièces des vivres ne donnent pas en abondance ; et alors les nègres souffrent pendant quelques mois.... On ooih çoit à peine que les gouverneurs, qui étaient distingués par leur naissance et par la douceur de leur caractère , aient souffert les crimes atroces qu'on commettait... Sur l'habitation Vaudreuil et Duras ^ un certain procureur ne sortait jamais sans avoir dans sa poche des clous et on |)etit marteau, avec lesquels.il clouait les noirs par Toreille à un poteau placé dans la cour. S'il y aidait eu des inspecteurs de culture, tous ces crimes ne seraient point arrivés, non plus que les châtiments de cinq cents coups de fouet et souvent renouvelés le lendemain, jusqu'à ce que le nègre en mourût dans son cachot. » Male>fant, Des colonies françaises, et partmilièrement de Saint-Domingue.

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leurs maîtres; commirent d^affreux massacres ; et la convention envoya des commissaires pour rétablir Tordre. Ces commissaires, réduits aux abois^ promirent aux noirs qui se réuniraient à eux la liberté, à laquelle ils n'étaient point préparés ; et trente mille blancs se trouvèrent à la merci de trois cent mille nègres, qui se mirent ( août 1791 ) à dévaster les plantations, à brûler Port-au-Prince, et à massacrer leurs anciens mattres.

La France , loin d'avouer les fautes commises, envoya deux féroces jacobins, Santhonax et Polverel , avec six mille hommes et des pouvoirs illimités , pour réprimer ces désordres (septembre 1792). Mais les insurgés furent encouragés et aidés par les Anglais, qui tentèrent même de surprendre l'tle ; enûn le climat extermina l'expédition française.

La Guadeloupe aussi s'était soulevée sous le mulâtre Pelage ; les nègres s'y livrèrent à un horrible carnage , et il fallut , pour les réprimer, déployer une rigueur terrible. En 1794, la convention décréta l'abolition de l'esclavage colonial. Deux députés mulâtres reçurent l'embrassade du président et de tous les députés, et Danton s'écria : Nous lançons la, liber lé dans les colonies; à partir d'aujourd'hui y V Anglais est mort!

Mais les premiers dommages tombaient sur la France ellemême, Les Haïtiens avaieml à leur tête Toussaint-Louverture , esclave qui avait le génie du pouvoir et comprenait la force de l'ordre. Serviteur probe , ardent catholique , il s'était montré , au début de la guerre , dévoué à Laveaux , qui le nomma son lieutenant dans le gouvernement, et à Santhonax, qui le fit génénd en chef. Se croyant alors assez fort pour agir par luimême , il envoya les deux Français comme députés au corps législatif, repoussa les propositions des Anglais, sauva la vie des blancs, se vit salué, non sans raison, comme le Spartacus de sa race, et fit prospérer l'Ile affranchie. Lorsque ensuite Napoléon se fut fait consul , Toussaint promulgua une constitution copiée sur la sienne , s'intitula président à vie de la république d'Haïti, et dit : Je suis le Bonaparte de Saint-Domingue,

Dans l'espoir de le faire servir à ses projets , Bonaparte lui envoya une proclamation , avec le titre de lieutenant général commandant à Saint-Domingue pour la France , avec ces mots

184 l'angletebbe soumet l'ialanob.

à inscrire sur son drapeau : Hranes noirs, souvenez-vous que le peuple français est le seul qui reconnaisse votre liberté et fégaiité de vos droits !

Toussaint, se sentant alors affermi dans son pouvoir, proclama la liberté du commerce , qui rendit Tîle extrêmement prospère ; il exhorta au travail , maintint Tordre et la justice, montra des égards pour les blancs au détriment même des nègres , acquit cette portion de Tile cédée par la France à FEspagne lôrs du traité de Bàle ; et, s'étant rendu de fait Indépendant de la France, il inscrivit en tête de ses dépêches : « Le premier des noirs au premier des blancs. »

Bonaparte, peu accessible aux idées philanthropiques de la constituante , croyait Tesclavage nécessaire ; et , par le traité d'Amiens, il s*était engagea le maintenir. Son désir de posséder des colonies, n'eût-ce été que pour rivaliser avec l'Angleterre, «'était manifesté par l'expédition d'Egypte. Lorsqu'il perdit l'espoir de garder cette contrée , il se fit céder la Louisiane par l'Espagne , en échange du royaume d'Étrurie. En paix désormais avec l'Angleterre, et cherchant à occuper les soldats et les mécontents, il songea sérieusement à recouvrer Saint-Dominfiue.

Au lieu de ménager Toussaint, qui, haïssant les Anglais, voulait être libre et Français , et de réconcilier ainsi la colonie avec la métropole , il prépara une expédition cju'il confia au général Leclerc, son beau -frère, avec plus de vingt et un miile hommes de débarquement (janvier 1802). La résistance fiit terrible : Toussaint, et plus encore ses lieutenants, revinrent à leur férocité native ; mais les Européens rivalisèrent avec eux. Leclerc disait que les plumets n'allaient pas bien sur des têtes de singes ; et il employa la force et la trahison pour placer sous le fouet cinq cent mille hommes qui, depuis huit ans, avaient recouvré les droits naturels. Il invita Toussaint à une entrevue; et l'ayant fait enlever, il l'expédia en France avec sa famille , pour y mourir de froid au fond d'une tour. En me renversant on n'a renversé que le tronc de C arbre de la liberté des nègres, s'écria le chef noir; mais les racines restent, et elles repousseront. La perfidie de Leclerc exaspéra la résistance : Dessalines déploya toute la fureur d'un esclave ulcéré, et fit massacrer des

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milliers d'hommes; Christophe brilla le pays, pour affamer les Français; puis survint la Gèvre jaune, qui moissonna quinze mille hommes en deux mois, et Leclerc kii-méme. Les hôpitaux ne pouvaient plus y sufGre. On ne se Gait plus à traiter ; l'incendie était partout ; et les Anglais fournissaient des armes aux noirs, dont ils excitaient la fureur. Rochambeau, appelé à remplacer Leclerc , Gt jeter à la mer un grand nombre de nègres , et quelques mulâtres qui s'étaient réfugiés sur. les vaisseaux. Il s'attira par là l'inimitié des hommes de couleur, et se trouva réduit à se livrer prisonnier aux Anglais. L'expédition fut entièrement perdue '.

Le 29 novembre 1803, Findépendance d'Haïti fut proclamée par les vainqueurs , qui « jurèrent à l'univers de mourir plutôt que de retomber sous la domination de la France. » Le nègre Dessalines, général de l'armée libératrice, se Gt proclamer empereur sous le nom de Jacques I""* (8 octobre 1804% et domina sur nie entière , à l'exception d'une poignée de braves qui se soutint jusqu'en 1810. Guerrier intrépide, mais étranger à la politique, il savait vaincre et non organiser. Péthion etGerin l'ayant fait assassiner (17 octobre ISOC), Christophe fut nommé chef du gouvernement , avec une constitution ; mais il la repoussa , se mit en guerre civile avec. Péthion, et se Gt roi. Plusieurs années après, il se tua. Boyer, proclamé président unique, réunit sous sa domination l'île tout entière, dont l'indépendance fut enGn reconnue par la France , moyennant l'indemnité de cent cinquante millions.

Cette colonie perdue , la Louisiane restait à la France. Bonaparte, n'espérant pas pouvoir la défendre en cas d'une nouvelle guerre avec l'Angleterre, songea à la céder. !Non-seulement l'équité , mais une promesse formelle, aurait dû le déterminer à la rendre à l'Espagne , dont il l'avait obtenue : il préféra les J^:tats-Unis , qui furent charmés d'acquérir, pour soixante mil-

• « J'ai à me reprocher renlreprise contre celte colonie. C'était une erreur grave que de vouloir la soumettre par la force : je devais me contenter de la gouverner par le moyen de Toussaint. » Mémorial de Mainte- Hélène,

186 8UIMB UNITÀIBB. — CAMP PB BOOliMirB;

lions, un pays qui doublait leor territoire et leur pnîwsaeii. Cétaît un acte arbitraire de la pn% du premier eoiisiil, qui, au moment où il remit des colonies dans Flndey saeriiait cdies d'Amérique, et stipulait des dons pour lui et sa famille dans le traité de cession.

SDISSE OIinrAIRB. — CAMP OB BOULQGfCB. ^ NAPOLEON ElirEREOR. ,

Dans un pays fatigué de luttes et ébloui de sa gloire , il ne Testait plus à Bonaparte que pçu d'obstacles à écarter po«r marcher droit à la dictature et reconstituer la monarehlB. Déjà il s'était entouré d'une garde consulaire, d'offiden da palais tant civils que militaires, de dames pour le oortéfgB da Joséphine. Ses innovations' n'avaient rencontré ancane opposition dans le sénat, devenu une espèce de pouvoir constituant, et dont il augmenta de plus en plus Tautorité, afin de lui réserver la faculté d'interpréter la constitution , de la compléter, 4'eB faciliter la marche à l'aide de" iteatus-consultes. n agissait ainsi , dans la certitude où il étaii Se pouvoir diriger à son gré ce patriciat. En même temps il restreignait les attributions da tribunat, qui, ayant pénétré ses projets, le contrecarra, surtout

' La constitution consulaire, qui avait été empruntée en grande partie au projet de Sieyes, fut remaniée en juillet 1803. On substitua, «n listes de notabilité , des collèges électoraux à vie ; le sénat reçut ds nouvelles attributions, le pouvoir dMnterpréter, de modifier et de compléter la constitution par des sénatus-con^uUes , de dissoudre le triiHinat et le corps législatif, de casser les jugements des tribunaux lorsqu'ils seraient attentatoires à la sûreté de l'État.

« C'était toujours, dit M. Thiers, la constitution aristocratique 4e M. Sieyes, apte à tourner à l'aristocratie ou au despotisme, suivant la main qui la dirigeait ; tournant en ce moment au pouvoir absolu sous la main du général Bonaparte, mais pouvant tourner japrès sa mort à une franche aristocratie, si, avant de mourir, il ne précipitait xnis k tqit dans uu ablipe. » ( An. R. )

NAPOLÉON EMPEREUB. 187

à propos du code. Il restreignit le nombre de ses membres, et le réduisit uniquement à la faculté de critiquer les mesures qui lui étaient soumises , et encore à huis clos. 11 institua un conseil privé , pour le consulter quant aux traités avec les puissances , SÛT de ne rencontrer là encore aucune opposition.

Déjà toute forme d'antagonisme et d'équilibre lui déplaisait : il n'admettait que le commandement et l'obéissance; il multipliait les bonnes institutions , mais sans liberté ; il écartait ceux qui l'avaient aidé à s'élever. Une police sévère châtiait ceux qui ne voulaient pas se laisser gagner par les honneurs. Il disposa peu à peu les choses de manière à se faire offrir une grande récompense par les différents corps de l'État. Le sénat crut atteindre ce but, en offrant de proroger de dix ans ses fonctions de premier consul; mais il voulut recourir à la source de tout droit, c'est-à-dire au peuple ; et il fit ouvrir des listes pour que chacun s'inscrivît pour ou contre sur la question de savoir s'il convenait de lui conférer le consulat à vie. La réponse (3 août 1802) ne pouvait être que favorable à son ambition , et elle fut bientôt suivie du droit de désigner son successeur. L'épée de Bonaparte allait ainsi prenant peu à peu la forme de sceptre.

Il avait commencé son agrandisseipent par l'armée : après l'avoir conduite à la victoire sans tenir coqapte des ordres jdu gouvernement, il s'en était servi pour abattre le gouvernement lui-même. Les officiers parvenus dont il s'était entouré comme aides de camp étaient un noyau de cour dont le dévouement lui était acquis. Mais les sévères et pauvres spldats de l'armée du Rhin contrastaient avec les brillants militaires revenus d'Italie i l'esprit républicain était alimenté par l'envie chez les généraux ; et comme la paix les empêchait de grandir, ils s'étaient mis à faire de l'opposition à un camarade qui voulait devenir leur maître. Moreau , dont la jalousie ne pliait qu'à regret, portait surtout ombrage à Bonaparte, dont il était le seul rival redoutable et considéré.

Le premier consul ne pouvait guère aimer la paix; elle n'était pas davantage du goût des Anglais, chez qui l'opposition s^e récriait contre un traité où toute la gloire était pour la France. Leurs journaux ne cessaient de lancer des traits acérés contre

ISS SUIMB UNIT4IBB. «—G 4MP DB BOULOORB.

Bonaparte et sa cour de plébéiens diamarrés. 11 8*en dépitait, et demandait qu*on réprimât leurs attaques; mais on lui répondait que' la constitution ne le permettidt pas. En Angleterre se trouvaient aussi les exilés royalistes ou républicaÎBS, oeeupés de complots, en même temps que Bonaparte envoyait de Tautie c6té de la Manche, et principalement en Irlande, des instigateurs secrets. Ni lui ni les Anglais, d^ailleurs, n*obsenraient loyal^ ment la paix : Pitt et toutes les puissances s*inquiéttte&t de le voir envahir en pleine paix la diplomatie des nations. Il avait folt abolir en Hollande les états généraux , mis une gimisoD dans le pays, et institué un conseil d*Étarqui devait oooeentnr la dictature morale.

* Nous avons vu, dès le commencement de la révolution fraafaise, les bailliages insurgés en Suisse contre les eantomr domiliants, et 1^ bourgeois opprimés, contre les oligarques. (^omA la coalition triompha en 1799, elle amena des chAtimeots, dei déportations ; mais à peine l'oppression étrangère se fit-eik inoins sentir, qu*il y eut amnistie. L'Autriche, de soik edté, ae i'obstina pas à rétablir les gouvernements primitifB, attends qu'elle n'y avait point d'intérêt , et elle donna la eœardé allemande aux émigrés suisses admis dans ses troupes.

Quand Taristocratie' comprit qu'elle n'avait plus à compter sur les secours étrangers, elle se mit à intriguer au dedans, et le IB brumaire raviva ses espérances. Le Directoire ayant été diJBSOus (7 janvier 1801), fut remplacé par une commission executive de sept membres; mais la tranquillité ne revint pas pour cela. Lors de la paix de Lunéville (1802), l'indépendanee de la Suisse fut ratifiée, ainsi que son droit à se donner le gouvernement qu'elle voudrait. Berne avait dû émanciper l'Argovie et le pays de Vaud, qui devinrent de nouveaux cantons. Il s'en forma un autre des bailliages italiens : Saint-Gall, le Tockeai)ourg et le Rheinthal se réunirent à Appenzell ; et les bailli^es de Sargans, Werdenberg, Guster, Uznach, Rappersehwill, su •canton de Glaris. Cet accroissement était un piège, à l'aide duquel on espérait que la constitution démocratique ne pourrait se soutenir.

' Bien des gens d^uv^ivid^V^Ya^ «n Suisse , à sortir de la nullité

TfAPOLEON EMPEBEUfi. 189

ordinaire aux Ëtats confédérés , et d'une neutralité qui n'aboutissait qu'à verser leur sang pour tout le monde ; ils aspiraient , en conséquence , à cette centralisation qu'ils voyaient établie en Franco. En opposition à ces unitaires, d'autres voulaient la constitution fédérale , laissant chaque État dans un isolement complet. Pour arriver à ce but, une alliance se forma entre les trois cantons montagnards, Berne, Zurich et Bâle, ce que l'on appela le parti des oligarques. L'appui que chacun des deux partis cherchait au dehors envenimait cette question intérieure. Bien que Bonaparte n'osât pas s'y constituer légis.lateur comme dans la Cisalpine, il prépara un projet de constitution d'après le principe unitaire, avec rachat des rétributions féodales. Une réaction armée surgit alors. Reding, homme résolu et bon soMat, plutôt qu'homme d'affaires, ayant été fait landamman, chercha à ramener l'ancien ordre de choses. Bonaparte considéra le fait comme une contre-révolution, et travailla à le renverser. Alors les constitutions se succédèrent ; et à peine les troupes françaises eurent-elles quitté le pays, que la révolte éclata ( octobre ). Bonaparte prit le parti d'intervenir par la force : il désarma les cantons , arrêta lès chefs , convoqua à ' Paris une réunion consultative, et proposa un acte de médiation qui avait pour bases l'égalité entre les dix-neuf cantons, représentés par une diète où leurs députés auraient une ou deux voix, selon la population ; une renonciation formelle de la part des familles patriciennes à leurs privilèges ; une armée commune, une monnaie semblable, une douane unique, le système fédératif , et l'alliance défensive avec la France, qui s'attribuait le Valais, aûn de s'assurer la route du Simplon.

Dans ce système, la démocratie resta aux petits cantons, et l'aristocratie aux grands ; ces deux éléments se balançaient dans les nouveaux, et aucun d'eux ne fut assujetti à un autre. Ce remaniement enlevait toute influence à l'Autriche , qui , chaque jour, en perdait aussi en Allemagne.

C'est dans cet état que la paix de Lunéville avait laissé ces questions. Une guerre suscitée par l'empereur avait réduit l'Allemagne aux plus dures extrémités, et entraîné la perte de ses possessions situées sur la rive gauche du Rhin : c'était néau-

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moins aux dépens de ce pays qu'il voulait indeoauiser (comme on le disait alors) les archiducs dépossédés en Italie, et agrandir sa propre famille. Le roi de Prusse y demandait aussi une compensation pour le statliouder, chassé de la Hollande. Mais ces indemnités ne pouvaient s'obtenir qu*au moyen des États ecclésiastiques, qui, bien qu'entamés par la paix de Wéstphalie, comprenaient encore le sixième de TAUemagne. Cette violence, combinée au bénéfice des grandes puissances , ne pouvait s'effectuer sans exciter un grave mécontentement chez les expro* priés, ni sans froisser des ambitions jalouses, car chacun voulait la meilleure part dans ce remaniement. Les États* ecclésiastiques furent détruits ; si quelques-unes des villes libres survécurent, ce fut par la volonté de la France, qui exigea qu'elles restassent neutres, et que les péages établis sur le Rhin, le Weser et l'Elbe , fussent supprimés.

L'Autriche se trouvait d'autant plus mécontente du partage opéré, qu'elle avait ambitionné davantage. L'extinction dés États ecclésiastiques lui enlevait des sièges princiers pour ses cadets, des votes assurés lors de l'élection , et un champ à sa disposition pour y lever des troupes. Elle avait en outre espéré occuper l'inn, ou au moins s'étendre jusqu'à Munich, prendre pour frontière Tlsar, enfin placer utilement ses archiducs. La Prusse, opposée à TAutriche, travaillait à assurer la prédomit nance aux protestants, qui se trouvèrent, en effet, avoir le double de votes dans la diète. Mais Bonaparte s'étant déclaré h» vorable à cette puissance, le nouvel empereur de Russie, Alexandre, avide d'intervenir dans les débats européens , chercha à lui faire contre-poids. Bonaparte sut cependant, en lui montrant des égards, l'amener au but qu'il voulait atteindre. La sécularisation de VAMemngae s'opéra selon ses vues* L'Autriche, qui, par son rôle impérial^ aurait dû protéger les princes ecclésiastiques sans défense , laissa faire, en s'occupant d'obtenir une forte part pour elle et les siens, sans oublier non plus de s'approprier les sommes déposées à la banque de Vienne par les princes ecclésiastiques.

C'était là un coup mortel porté à la constitution germanique : aussi répétait-on de toutes parts qu'une paix envahissante était

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pire qne la guerre. En Angleterre surtout, les haines invétérées, entretenues par un voisinage jaloux et par des intérêts opposés, se ranimaient plus vives que jamais» Lord Grenville, Tun des chefs de l'opposition , dans les rangs de laquelle Pitt se tenait habilement caché ^ disait au parlement : « Faites attention à la « France et à Fambition de Bonaparte ! La cire sur laquelle <i vous avez imprimé le sceau britannique ^ lors du traité d'A* « miens, était à peine refroidie, que le Piémont déjà était en* « vahi ; Parme disparaissait du nombre des États indépendants; « le prince d'Orange n'a point obtenu une véritable indemnité « pour la Hollande, passée entièrement sous la domination de « Bonaparte ; la Suisse n'a plus de liberté ; l'Autriche est telle* u ment abaissée, que je ne sais si elle pourra se relever. Kos « ministres ont .fait avec les Français comme nos ancêtres, qui n donnaient de l'argent aux Saxons et aux Danois à la condic< tion de s'éloigner de nos cotes ; argent qui leur servait à acheter n des vaisseaux et des munitions pour subjuguer plus facilement « l'Angleterre. Les ministres ont ainsi cédé la Martinique ; et, ils » étaient sur le point de céder Malte, quand le génie de l'Angle- « terre s'est réveiHé. »Sheridan, plus pressant encore, s'écriait : n On disait, il n^y a pas longtemps, qu'un vide apparaissait sur la « carte d'Europe, là où avait été la France. Aujourd'hui, on voit a la France partout, rien que la France. L'Italie est sa vassale; « la Prusse obéit à son moindre signe de tête, et l'Espagne au « mouvement de son doigt; le Portugal est prosterné à ses pieds, « la Hollande sous sa main, la Turquie dans ses filets. »

La Grande-Bretagne demandait qu'au moins^ en. compensation des accroissements obtenus par les autres États, on lui ac« cordât l'évacuation de la Hollande, et qu'on lui laissât pendant dix ans Malte et Lampéduse (1803). Or, c'était là le véritable nœud de la question : comme l'Angleterre ne se montrait pas disposée à évacuer ces îles , aux termes des stipulations d'Amiens, les hostilités furent déclarées (mai 1803) ; et l'on gémit de voir quels misérables motifs furent donnés à une guerre de douze années, où se déploya toute la barbarie dessiècles de fer >.

' Cotte possession de Malte par les Anglais avait une importance dont

A rorigjne, TAngletem n*afaîl pas de raifoiH pnWliipwnMiir combattre la Révolution , qui mettait la Ftanee à wm eôtéi eotDme pays constituttonnel , en même tempe qae sa poation lai permettait de rester étrangère am Mwta eonpésBs. Mais du moment où Pitt eut imprimé à son gattfeniemsDt le caractère antirérolutiomiaîre, une réoondliaAioii devint impoislble. Si le soulèfement populaire ou le débarquement projeté en Angleterre eussent réussi , la Grande-Bretagne demeunit partagée en trois royaumes, c'esl-à-dire ùOÀt^ exdoe en oodmquenee du eontinent par le ▼msinage de deux gouTememaiis ennemis , et dépouillée dé sespossessionB dana Tlnde. Celait

fbiitorien nous parait faire trop bon marchéi Rapoléon fit offrir Févicaation de la Saine et de la Hollande , poor prix de réracoatlon de Malte. « Halte, disait-il, c'est là domination de la MédKerranée; Je«e mat pas que les Anglais aient deux GilNraltar dans eette mer, on à Paalrte, et fautre au milieu. » Napoléon St proposer en dernier lira» à PAa^ tecre, de remettre Malte en dépétdans les mains de l'empereor de Rmiie, Jaaqn'à un arrangement définitif. L'AagMam repooMa ces divw moyens d'accommodement, reftisa la médiation de la Rosaie et de U Prasse, rappela brusquement son ambaj^sadeur, et dénonça la repriie des hostilités. Cest donc sur elle et sur son miirîstère , qui aima nJeui précipiter le pays dans une guerre désastreuse ^ que de s'exposer à perdre la minorité dans le parlement, qu'il faut rejeter la responsabiltté de eette rupture. (Anl R.)

« L'Angleterre entama une noùTelle guerre, où la déloyauté et la fio* lence furent, disonsJe, de son côté. Si Kapoléon donna matière à dtf réclamations de la part des puissances du continent , l'Angtctorre, q» refusait, contre les engagements des traités, de restitoer Malte, oeit Yaloir.contre son adTersaire que des motifs simulés ( ce fut le laag^ de ses hommes d'État); ils n'ayaient considéré la paix que comme os essat. La paix avait moins rapporté que la guerre; et le cabinet anglais choisit de nouveau la guerre et le pillage des mers. La France fut prise au dépourvu , et vit ses bâtiments et son commerce maritime captera avant tout manifeste d^hostilités. Ce coup de main de pirates, qui vslst à l'Angleterre deux cent n^illions, était entré dans ses calcols. Laooa* flagration maritime , qui devait se communiquer à l'Europe à plusieors reprises, ne reste donc point à la charge de Napoléon, w (Article Nafotéonif par An. Rv.t*#.F., Encycl. des gens du monde.)

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donc pour elle une question d'existence, et elle se trouva obligée d'attaquer pour se défendre. Cette situation forcée n'exigeait pas chez Pitt de grands talents; car les provocations de Bonaparte soulevaient tant d'indignation , que le peuple allait au-devant de tous les impôts pour le combattre < . D'autre côté, dans un pays où la guerre se fait avec des vaisseaux si souvent victorieux , où l'armé^ se recrute de mercenaires, où il importe peu aux marins de vivre sur des bâtiments de guerre ou sur des navire» de commerce, où le pays n'est jamais ravagé, et s'enrichit au contraire par les grosses prises , la guerre, n'est qu'un impôt, et elle ne trouble profondément ni les affaires ordinaires, ni le commerce; elle ouvre même le champ à des spéculations hardies et souvent heureuses. Pitt d'ailleurs répétait que nulle attaque à main armée contre la France ne réussirait; et ce fut la défense qui amena les Anglais jusqu'à Paris. Ils se concilièrent, dans cette grande lutte, l'affection des amis de la liberté dans toute l'Europe , comme un peuple libre luttant contre le plus despotique des souvwains; mais, à y bien regarder, c'était le vieux génie du privilège qui combattait contre l'avenir.

La situation de la France était magniûque alors : ses frontières touchaient au Rhin, et la réunion de la Belgique lui permettait d'exercer au port d'Anvers son influence toute-puissante sur la république batave. Le Piémont était une de ses divisions militaires; le royaume d'Étrurie, sa%création ; la république italienne , son satellite \ le royaume de Naples n'existait que par sa permission, sous la clause de repousser les Anglais de ses ports : enfin , c'était par sa volonté que l'Espagne avait enlevé Olivenza au Portugal.

Le premier coup de canon devait coûter cher à la France, qui avait en mer la plupart de ses bâtiments, tant pour l'expédition d'Haïti que pour les affaires commerciales, qui avaient repris un

< Ati moment où la paix fut rompue, Tesprit public des Anglais n'était IMiint généralement porté à la guerre. Le dé|)art de l'arabassadeur français Andréossy fut accompagné de beaucoup de regrets, l.e imut négoce seul |MUis>ait à la guerre , dans dos vues de Iucfo commercial. ( Am. R. )

104 8UIMB UniT^IBB. — CAMP DB BODLOeUB.

grand essor. L'Angleterre fit en effet de riehes eaptnres : Bonaparte y répondit en ordonniint rarrestaticNi ëe tmm kt njeli britanniques sur le territoire de la réptibliqne, on dans les pays alliés ; Tlolation da droit des gens qafl lit «Béeoter dam ImIb sa rigueur s en même temps qa*ll lançnl des ptodanUioiiB Ibbdroyantes contre la perfide Albion. Gelle-d t'eBflanmia de colère; et le départ de Nelson et de Sidney Smilh« cpdaOaîeBtlBl porter la guerre, fut eélébré comme ui triomplie. BonapHte prépara des armements considérâmes : il fit envahir la Hanorre, occupa les ports d*Otrante, de Tarante, da^BrindeB, d'AacAne, de Livoume ; il épouvanta Napies et l*Espagiiai| dont il se défiait, et répandit le bruit d'une descente en Anf^atefie. D avait reconnu en effet que l'Angleterre était inviiidlila anr mar, comme il l'était sur là terre ferme ; il voulait done la rédoke à combattre sur son pro|ftre sol, en y débarquant une année noaibreuse, qui, réunie aux mécontents et aux Irlandais, pAt dompter l'orgueil britannique. Cette idée devint tellement popalaire en France, que ce fut à qui offrirait des aobeidea, da vaisseaux, des frégates, des bateaux. Bientôt s'improvisa une flotte de deux mille trois cents navires ou cbaloupes canMinlères , capables de transporter en six heures cent cinquante mille hommes et dix ou quinze mille chevaux , avec quatn cents bouches à feu. Les caricatures anglaises représentaiatf cette flottille comme des coquilles de noix ; Nelson se proposait de la brûler, et de l'amener captive dans la Tamise. Il Fattaqua en effet ; mais il trouva imé résistance inattendue, etks Français réussirent même à prendre un des bâtiments ennemis, ce qu'ils célébrèrent comme une grande victoire.

Les plans les mieux concertés , les exercices les plus prolongés, la volonté la plus opiniâtre, les moyens les plus efficaces,

' Ce fût PAngteterre qui donna le signal de cette violation , en coirant sus aux bâtiments de commerce français avant la déclaratioD régulière des hostilités. Quant à l'arrestation des sujets anglais en France, elle ne s'effectua point dans ttmte sa rigueur, puisquMle ne fut appliquée qu'aux militaires et à ceux qui avaient une commissien de leur gouvernement. Ils ne ftirent point renfermés d'ailleurs , mais reteaus seulement prisonniers-sur parole. ( Am. R.)

NAPOLEON EMPEBEUB. 19A

concoururent à la formation de ce mémorable camp de Boulogne : tout y était prêt pour profiter du premier instant où un épais brouillard, un vent propice, l'apparition d'une escadre amie, permettraient d'effectuer le débarquement, malgré les croisières britanniques qui ne cessaient d'inquiéter les travaux et les bâtiments. Bonaparte y mettait une opiniâtreté indomptable : et pourtant l'Egypte et Saint-Domingue auraient dû le refroidir sur les expéditions maritimes; il savait qu'on ne prend pas des vaisseaux de ligue avec des chaloupes < , et qu'il aurait bientôt besoin de son armée sur le Danube et sur le Rhin. Il s'occupait sérieusement en effet de placer des troupes dans les gorges du Valais, en Hollande, à Rome, à Naples, aux bords du Var : sans respecter ni les traités ni la neutralité, il ramassa, il exigea de l'argent partout.

Ces mouvements ravivèrent les espérances des jacobins et des royalistes, partis extrêmes qui s'étaient rapprochés , comme il arrive lorsqu'un pouvoir fort vient à s'établir entre eux. Les Vendéens les plus déterminés s'étaient réfugiés en Angleterre , où George Cadoudal , qui avait préféré l'exil au pardon du premier consul, ne cessait de tramer contre lui, avec le comte d'Artois et les autres princes. Là se trouvaient aussi Dumouriez , qui le premier avait enseigné à la république le chemin de la victoire, et Pichegru , le conquérant de la Hollande , qui s'était enfui de Cayenne sur un fragile bâtiment. Il fut arrêté , dans leurs entrevues , que plusieurs se rendraient à Paris pour se concerter avec les généraux mécontents, et principalement avec Moreau ; qu'on attaquerait Bonaparte et sa garde consulaire au grand jour; et qu'après s'être défait du despote, oo mettrait en avant un Bourbon , qui reprendrait le sceptre, non , comme cela eut lieu plus tard, avec l'aide de l'étranger, mais avec sa propre épée. L'assassinat se déguisait ainsi sous l'apparence d'une insurrection ; et l'Angleterre payait pour soulever la Vendée , de même que Bonaparte cherchait à insurger l'Irlande.

' Il ne s'agissait point de les prendre , mais de les éviter, et d'effectuer le débarquement. ( Am. R. )

196 8U188B UNIT4IBI. — CAMP DB BOUUMIIfB.

Le colonel Savary , Tun de ces hommes dont la moralité eoii« siste dans l'obéissance, et qui a?ait dft, «Si Bomoftine m^ordonnait de tuer mon père , je leféraU , avait alon la dlveetion de la police > , dont le ministère avait été sopprimé. Le Temple^ où avait expiré Tancienne monarchie « servait de prison aux ennemis du gouvernement nouveau; on en tirait alternativement royalistes et républicains, pour les envoyer devant des commissions militaires et entretenir l'effroi. La oonspiratiOB, dont Savary eut connaissance, lui parai une occasion favorable pour perdre les ennemis de son chef et en partlcolier Moreaa, républicain mcorruptible , en confondant avee des chouans, des bandits et des assassins, le vainqueur de Hohenlinden. En dSfot , le général fut arrêté (janvier 1804); on s'empara aussi de Pîchegru et de George Cadoudal , qui avaient eu 4e courage de venir à Paris , où ils étaient restés longtemps eachés , bien-que le premier consul eût décrété la peine de mort contre quiconque leur donnerait asile. Leur conjuration fut rattachée à celle de la machine infernale qui avait menacé les jours du premier consul , et on éclata en amères récriminations contre la parfide Angleterre '.

Paris accueillit mal la nouvelle de cette arrestation : on accusait Bonaparte assez publiquement d-avoir fait arrêter Moreaupar jalousie; aussi s'écriait-il avec colère : Paris a toujours fait le malheur de la France; ses habitants sont légers etùi' grats. Je pourrai bien me décider à trouver une Byzance, comme fit Constantin à l'égard de Rome ingrate. En attendant,

' La ^llce, alors rattachée au ministère de la justice depnis le renToi de Fouché, était dirigée par M. Real. Savary, qui deviot .sous l'empire ministre de la police, fut chargé simplement de plusieurs missions secrètes; mais il est douteux qu'il ait eu dans la découverte de cette eonspiration le rôle qui lui est attribué ici. Le gouvernement fut mis sar la trace du complot par les réTélations de plusieurs agents de George, arrêtés et condamnés à mort , entre autres Bouvet de Loziûr, doat U déposition amena Tarrestation de Moreau. (âm. R.)

' Ce n^était certes pas sans inotifs : on sait le rôle que jouèrent dans ces complots des agents diplomatiques anglais, tels que Drake, Taylor, Spencer, Smith. Am. R. )

NAPOLEON ËMPEBEUB. t9T

comme il redoutait Teffet des débats, il fit suspendre le jury par le sénat, pour les crimes d'État. Pichegru fut trouvé étranglé dans sa prison ; les autres détenus furent frappés d*époU' vante. Cadoudal refusa de se défendre : J quoi bon tant de paroles? dit- il. Je suis un blanc , il n'y a qu'à me fusiller. Et il exhorta les Bretons à ne pas oublier leur patrie.

Au milieu de Téclat des triomphes , il restait encore de la pitié pour la cause qui succombait. Moreau avait eu sa faveur des victoires non moins décisives que celles de Bonaparte; adoré des troupes, jamais il n'avaitsongé à renverser le gouvernement, à lever l'étendard de la révolte; et le héros de la Révolution n'avait rien de commun avec les royalistes en compagnieMes* quels on le traînait devant un tribunal. Des applaudissements fréquents interrompirent la noble exposition de sa vie; les soldats pleuraient à la vue de son jeune enfant.

Renvoyer Moreau absous, c'était condamner Bonaparte; tandis que le premier consul avait besoin dé l'écraser de son pardon. On agit donc fortement sur l'esprit de ses juges, et il fut condamné à deux ans de prison, comme un banqueroutier; la peine de mort fut prononcée contre Cadoudal et douze autres. De toutes parts on implora leur grâce; toutes les familles se jetèrent aux pieds de Bonaparte , jusqu'à Murât lui-même et jusqu'aux soldats, habitués à respecter le héros dans un ennemi. Ce fut en vain : le pardon ne s'étendit que sur deux comtes et un marquis. C'était la première fois , depuis la terreur, que l'on voyait (26 juin) tomber douze têtes en dix-sept minutes.

Comnoe cette conjuration avait dû être appuyée par le débarquement d'un Bourbon en Normandie, Bonaparte y envoya Savary pour s'emparer du prince ; mais personne ne parut. Louis- Antoine de Bourbon , duc d'Ënghien , était alors avec d'autres émigrés dans le duché de Baden : Bonaparte ly fit surprendre , en violant le territoire étranger, et transporter à Vincennes ( 2t mars) , où il fut jugé et mis à mort dans la même nuit.

Cet assassinat inspira une horreur générale. Les amis sincères de la France régénérée s'affligèrent à l'idée que les cabinets étrangers auraient à l'avenir une réponse à faire aux accusations dirigées contre leur politique. Ceux même qui se vantaient

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