I CÉSAR. 18S
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Les Gaulois renouvelèrent au point du jour Tassaut qui avait échoué dans la nuit. Cette seconde épreuve itait décisive. Le général de l'armée extérieure, Yergasillaun, parent de Yercingétorix^ avait fait un long détour avec cinquante -cinq mille hommes, l'élite des troupes confédérées^ pour s'emparer d'une colline qui dominait les quartiers romains vers le Nord et que son vaste circuit n'avait pas permis d'enfermer dans les lignes. C'était le côté faible des retranchements, et les Gaulois sentaient qu'ils n'avaient plus d'espoir s'ils ne parvenaient à percer la ligne et à opérer la jonction des deux armées.
Au moment où Yergasillaun commande l'attaque, Yercingétorix, qui les découvre du haut de la cita* deUe, sort de la ville avec ses troupes, emportant les perches, les claies, et tout ce qu'il tenait prêt pour un dernier assaut. On se bat partout à la fois ; partout on attaque ; on se jette vers l'endroit qui parait le plus faible. L'étendue des ouvrages disséminant les Romains, ils ont sur plusieurs points quelque peine à se défendre. Les clameurs qui s'élè^ vent de l'armée extérieure les inquiètent; ils vont lâcher pied, lorsque César, placé sur une éminence d'où il pouvait découvrir ce qui se passait sur toute
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la ligne, envoie des renforts aux endroits les plus menacés.
Sur deux points ses formidables retranchements étaient forcés ; deux corps de troupes fraîches avaient été repoussés par Yercingétorix , quand César s'élance lui-même avec toute sa réserve, rejette les Gaulois hors des Ugnes, et vole au secours de ses lieutenants qui pliaient devant Yergasillaun.
Avertis de son approche par la vue de son man^ teau de pourpre qu'il affectait de porter les jours de bataille, les Gaulois font les derniers efforts pour emporter la Ugne ; un double cri s'élève à la fois des rangs des deux armées. Bientôt, jetant le javelot de part et d'autre, on tire le glaive et on combat corps à corps. Tout à coup les Gaulois voient derrière eux la cavalerie germaine. Ils faiblissent, se rompent, et les Romains en font un affreux carnage . Yergasillaun est pris ; le chef des Lemovikes (Limousins) est tué. La garnison d'Alé' sia, voyant ce massacre et cette fuite désespérée, abandonné sa position et se retire dans la ville. L'armée extérieure se disperse dans le plus grand désordre.
On rapporta soixante et quatorze drapeaux des nations gauloises à César, et, sur une si grande multitude, fort peu d'hommes rentrèrent au camp sans blessures. Cette armée de la Gaule entière s'évanouit comme un rêve, dit Plutarque.
Dans la nuit qui suivit cette bataille, nuit suprême de l'indépendance gauloise, Yercingétorix pensa que sa mort suffirait peut-être à la vengeance du irainqneur et que la garnison obtiendrait merci. Au point du jour il convoque ses troupes. Il leur rappelle qu'il n'a point entrepris cette guerre pour son avantage, mais pour la liberté commune ; puisqu'il faut céder à la fortune, il s'offre pour qu'on donne satisfaction aux Romains par sa mort volontaire ou pour qu'on le livre vivant à l'ennemi.
Le copseil députe vers César pour traiter de la reddition. Il ordonne que les ennemis remettent leurs armes, qu'ils livrent leur chef et se rendent à discrétion. Puis il va lui-même en avant du camp, hors des portes, pour y recevoir la soumission des vaincus et prononcer de son tribunal sur leur sort.
Yercingétorix n'attendit point qu'on le traînât enchaîné devant César : il monta sur soa cheval de bataille, se revêtit de sa plus riche armure, sortit de la ville et traversa au galop l'intervalle qui séparait les deux camps. Après avoir tourné en cercle
autour du tribunal, il sauta de cheval, jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds du Romain, sans prononcer une parole.
Le vainqueur se montra moins grand que le vaincu. César éclata en reproches sur son amitié trahie, sur ses bienfaits méprisés. Puis il ordonna à ses licteurs de garrotter Yercingétorix et de l'entraîner dans le camp. Yercingétorix souffrit tout en silence. Il fut conduit à Rome et plongé dans un cachot infect. Il y attendit pendant six ans qu'il pût décorer le triomphe de César. Ce jour-là il rendit sa grande âme sous la hache du bourreau, ne laissant d'autre historien pour faire vivre sa mémoire que son ennemi César.
César fit grâce de la vie à la garnison d'Alésia, mais il la réduisit en esclavage, ainsi que les Gaulois de Tarmée extérieure tombés en son pouvoir. Chaque soldat romain eut un captif pour butin. La liberté de vingt mille prisonniers arvemes et édues fut accordée à la soumission de ces deux peuples. Le dévouement de Yercingétorix ne fut pas perdu pour les siens : cette grande victime expiatoire sauva la vie et la liberté de plusieurs milliers de ses compatriotes «
Le désastre de la confédération n'avait que trop démontré aux Gaulois leur impuissance à résister en masse contre les forces de l'armée romaine réunies. Ils sentirent que la guerre partielle et simultanée en un grand nombre de lieux était la seule praticable, et que César n'aurait ni les moyens, ni le temps, ni les forces nécessaires pour se porter partout à la fois. Dans cette lutte à mort, il n'était pas de nation qui ne dût s'exposer à périr même, si, tandis qu'elle arrêterait l'ennemi, les autres pouvaient recouvrer la liberté.
Pour diviser l'effort des légions, dès l'ouverture des hostilités, les chefs gaulois qui survivaient à Vercîngétorix établirent trois centres de résistance : un dans le Nord, chez les Bellovaques, un autre dans rOuest, chez les Andes, et le troisième au Midi, chez les Cadurkes. Les Trévires devaient en outre inquiéter Labiénus et le retenir en Séquanîe* Ce plan convenu, on répara les places fortes et l'on amassa des vivres.
Dès que César fut instruit de ces mouvements, il partit, la nuit des calendes de janvier, de Bibracte, où il passait l'hiver, et, ralliant deux légions, se mit à parcourir le territoire des' Bituriges, qui, ne voyant chez eux qu'une faible garnison, faisaient des préparatifs de guerre. L'arrivée subite de César surprit la population disséminée dans les campagnes et occupée de la culture. Ils ne furent pas même avertis par le signal qui précédait ordinairement César, l'incendie des habitations ; la cavalerie romaine tomba sur eux avant qu'ils pussent se réfugier dans les villes. On enleva plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, qui furent garrottés et traînés avec le bagage ; les autres, poursuivis de canton en canton, crurent trouver un refuge, mais en vain. César, forçant sa marche, se montre partout à la fois et ne laisse nulle part le ' loisir de recueillir les fugitifs. Après avoir ainsi pourchassé pendant plusieurs semaines cette population demi-morte de froid, de faim, de fatigue, il la reçoit à composition, exigeant une forte somme pour ses troupes. « Grâce à la clémence de César, dit le continuateur des Commentaires, Hirtius, les Bituriges purent rentrer dans leurs foyers dévastés. » Le proconsul renvoya les deux légions chez
les Rèmes et rentra lui-même à Biliraete après quarante jours d'absence.
11 y était à peine depuis dix-huit jours, qu'il reçoit la nouvelle de rinsurrection des Carnutes, qui, mécontents delà soumission des Bituriges, étaient entrés sur leurs terres pour les forcer à reprendre les armes. César repart aussitôt avec deux légions cantonnées sur la Saône pour assurer les communications et les subsistances ; il court à la chasse aux Carnutes. A son approche, les habitants se cachent et se dispersent au fond des bois, s'abri- * tant à peine dans des huttes construites à la hâte. César s'établit dans Genabum, d'où il lance sa cavalerie sur tous les points où l'on disait que les fugitifs s'étaient retirés. A chacune de ces courses, les Romains enlèvent un grand nombre de captifs et de bestiaux. Exposés à découvert à toutes les rigueurs d'un froid excessif et n'osant demeurer nulle part par la crainte des surprises, les Carnutes périrent en grande partie par l'épée de l'ennemi, par l'âpreté et les pluies de l'hiver ; le reste se dispersa chez les nations voisines.
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Avant le retour du printemps, César fut obligé de conduire une nouvelle campagne contre les Bellovaques. Ce peuple, qui avait refusé naguère son contingent à la grande armée de Vercingétorix, se vantant, dans son orgueil, de faire à lui seul la guerre aux Romains, s'était mis à la tète d^une nouvelle coalition gallo-belge. Une nombreuse armée de Bellovaques, d'Aulerkes, d'Ambiens, de Calètes, d'Atrebates, s'était réunie sur la frontière des Rèmes , commandée par le Bellovaque Corrée et TAtrebate Comm.
César accourt en toute hâte avec quatre légions. Il trouve les terres abandonnées. Les hommes en état de combattre s'étaient retranchés sui* une colline environnée par des marais et des bois ; la mul^ titude sans armes s'était cachée dans des retraites inaccessibles ; quelques individus seulement étaient restés dans les champs, moins pour travailler que pour observer l'ennemi.
Gésar alla camper en face de l'armée confédérée. Après plusieurs échecs partiels dans des escar-
mouches de cavalerie j il fait appeler deux légions nouvelles pour' enfermer les Gaulois dans une circonvallation. Ceux-ci, craignant un nouveau siège d'Alésia, renvoient tout ce que Tâge ou le défaut d'armes et de forces rendait inutile. Le jour les surprend tandis qu'ils faisaient défiler cette multitude effrayée et en désordre. César profite de cette confusion , fait jeter des ponts de claies sur le marais, et ses légions gravissent la hauteur en ordre de bataille ; elles coupent la retraite des Bellovaques . Les Gaulois se tirèrent de ce pas critique par un stratagème. Suivant la coutume de ces nations en guerre, ils portaient un faisceau de branches ou de paille sur lequel ils s'asseyaient. Hs les font passer de main en main, les amoncèlent sur leur front de bataille, et au même signal y mettent le feu partout à la fois ; un rideau de flammes les dérobe à la vue des Romains, et ils s'enfuient à toutes jambes. Ils firent dix milles sans-perte, suivis à distanee par la cavalerie romaine.
Mais ils ne purent longtemps échapper à la défaite. Leur chef Corrée, ayant quitté le gros de l'armée pour surprendre les f ourrageurs romains , fut surpris lui-même et enveloppé par toute l'armée ennemie. Vaincus, culbutés, frappés de terreur, les Gaulois s'enfuient au hasard; les Romains les poursuivent l'épée dans le dos et les massacrent. « Corrée, supérieur à tous les revers, dit Hirtius, ne veut ni quitter la mêlée ni se jeter dans le bols ;
vainement on lui crie de se rendre, il continue à se battre intrépidement, blesse, tue, terrasse les soldats qui l'approchent jusqu'à ce qu'il tombe luimême sous la grêle de traits dont l'assaillent les Romains furieux, n
Voyant tout contre eux, l'armée bellovaque voulut se rendre. A ce mot, Comm, l'autre chef de l'armée confédérée, monte à cheval, sort du camp, et de forêt en forêt regagne la Germanie, reniant, dit un historien, une patrie qui se résignait déjà à servir, et allant en chercher une autre où ses yeux ne rencontreraient pas un Romain.
Les députés des Bellovaques conjurèrent César « de se contenter des calamités qu'ils avaient éprouvées. Leur cavalerie était écrasée , leur infanterie d'élite anéantie. Dans un si grand malheur leur défaite était cependant pour eux un avantage, puisque Corrée n'était plus ; lui seul avait été le moteur de la guerre, le boute-feu de la populace ; car jamais, lui vivant, le sénat n'avait eu autant de pouvoir que l'aveugle multitude. »
César répondit « qu'il était commode sans doute d'accuser les morts des fautes commises ; que nul homme, ayant pour lui seulement une misérable populace, n'était dans le cas de soutenir une guerre,
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malgré l'opposition des principaux citoyens et du sénat ; qu'au reste , il les regardait comme assez sévèrement châtiés. »
La guerre était donc encore une fois comprimée dans le Nord. Mais la domination romaine inspirait > une telle haine qu'on désertait en foule les villes et les campagnes. Des bandes passaient le Rhin, renonçant à une patrie asservie. Pour s'opposer à ces migrations, César répand son armée sur différents points, et lui-même, de sa personne, il va ravager et dévaster le pays des Éburons, comme si sa terrible vengeance ne s'était pas encore assez appesantie sur ce malheureux pays. Désespérant de prendre Ambiorix, qui y était revenu, il crut de son honneur, dit un historien romain, de détruire si bien dans le pays les habitants , le bétail et les maisons, qu' Ambiorix, exécré des siens, si par hasard il en survivait encore , ne pût jamais rester - dans sa patrie. César fait parcourir aux légions et aux troupes auxiliaires l'Éburonie dans tous les sens : on pille, on ravage, on égorge. Ambiorix lui ' échappa encore, mais le nom Éburon fut effacé pour jamais de la liste des nations gauloises.
Pendant ce temps , les Andes et les populations de la basse Loire s'étaient soulevés ; mais, divisés entre eux, ils furent écrasés par Fabius lorsqu'ils passaient la Loire.
Les vainqueurs usèrent de la victoire comme ils en usaient d'ordinaire. « On tua, dit l'historien de César, tant que les chevaux purent aller et tant que les bras purent frapper. On massacra plus de douze mille hommes, soit de ceux qui avaient les armes à la main, soit de ceux qui les avaient jetées bas. t Fabius, sans attendre, entra sur le territoire des Garnutes, comptant que tant de désastres coup sur coup les auraient rendus plus faciles à Wd soumettre. En effet, ce peuple, qui n'avait jamais parlé de paix, courba la tète et donna des otages, et après lui toutes les nations armoricaines.