‹ Histoire de CésarChapitre 9 sur 22 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

César était déjà pasti pour l'IUyrie lorsque ces nouvelles lui parvinrent. Il voulait visiter ces peuples et connaître ce pays qui faisait partie de son gouvei^nement. Trop éloigné pour arriver aussi rapidement qu'il aurait voulu , il ordonne de construire des galères sur la Loire , de lever des rameurs dans la. province et de rassembler des matelots et des pilotes. De plus, dit-il, sachant que presque tous les Gaulois désirent un changement , qu'on les fait courir aux armes avec autant de légèreté que de précipitation, que tous les hommes, naturellement épris de la liberté, détestent l'état de servitude, craignant que, par ce caractère si aisément inflammable des Gaulois, l'insurrection ne gagne toute l'Armorique et ne s'étende même au delà, il ordonne à Crassus d'occuper le pays entre la Loire et la Garonne, et d'entrer en Aquitaine s'il en est besoin , à Labienus de surveiller la Belgique, à Titurius Sabinus de marcher contre les Guriosolites (environs de Saint-Malo) , les Unelles (le Cotentin) et les Lexoves (Coutances , Ëvreux , Lisieux). Il confie à Décimtis Brutus le commande-

iZg VIE DES GRANDS HOMMES.

ment de la £btte. Lui-même se césexve. l'élite des troupes de terre pour faire la guerre aux Yenètes qu'il regarde comme le centre du mouvement et la nation la plus redoutable de cette partie delà Gaule. A peine arrivé d'Italie , il se dirige avec son armée sur leur territoire, ordonnant à sa flotte de faire voile dans la même direction et de venir le rejoindre à la côte. «

Sur la presqu'île sauvage qui bornait la Gaule à l'occident , César n'avait pas seulement les hommes à combattre, il lui fallait aussi lutter contre les éléments. Le territoire venète était sillonné en tout sens de vastes et profonds marais produits par les inondations de la mer. La plupart des villes étaient bâties au milieu de ces marais d'eau salée ou sur des grèves recouvertes chaque jour par le flux : elles formaient alors de véritables îles inabordables aux piétons pendant la marée haute, et dangereuses aux navires,, parce que le reflux , eu se retirant, les laissait engagés dans les bas fonds et dans les sables. Lorsqu'à force de peines les Romains parvenaient à contenir la marée par des digues et à élever leurs terrasses de siège au niveau des remparts , les Venètes , n'espérjtnt plus se maintenir , faisaient à leur aise aborder un grand nombre de

GÉSArl^. 139

Tatssesiix , s'embaïqnaieiit ^wps et biens et se re^ tiraient dans une autre ville , que l'ennemi devait encore assî^r de la même manière.

Les Romains perdirent ainsi beaucoup de temps. Ils détruisirent plusieurs de ces forteresses ; mais le peuple venète subsistait invincible dans de non* veaux asiles , toujours prêts à le rec8V(»r.

Pour le réduire , César devait se rendre maître de la mer. Pendant presque tout Tété, des tempêtes violentes empêchèrent la flotte romaine da mettre à la voile. Puis elle hésitait à s'aventurer sur ce vaste océan sans bornes, dont elle ne connaissait ni les sondes, ni les îles , ni les ports.

Enfin elle parut au large. Toute la marine armoricaine, deux cent vingt navires réunis dans le port de Vannes levèrent l'ancre et se rangèrent en ligne devanila flotte romaine. Brutus, qui la commandait, hésita sur le parti qu'il devait prendre et sur la manière dont il devait combattre.

En effet , les vaisseaux venètes étaient bien mieux disposés que les siens pour manœuvrer sur ces mers. La carène en était plus plate^ et ils souffraient moins sur les bas fonds et à marée basse ; la proue et la poupe, très-élevées , pouvaient mieux résister aux vagues et aux tempêtes. Le seul avan-

tage des Romains était dans Tagilité de leurs rameurs.

Cependant le signal du combat fut donné et les deux flottes se mêlèrent. Les Romains attaquèrent d'abord avec Téperon, mais ils ne tardèrent pas à y renoncer, ne pouvant entamer ces masses solides * Us avaient établi sur leurs vaisseaux des tours, du haut desquelles ils lançaient des projectiles ; mais ces tours atteignaient à peine la poupe des vaisseaux yenètes, les traits étaient presque tous perdus, tandis que ceux de l'ennemi frappaient sûrement et mortellement. Une seule invention leur fut d'un grand d^cours. Ils avaient fabriqué des faux bien tranchantes, emmanchées et fixées à de longues perches ; les soldats romains engageaient ces faux dans les cordages qui attachaient au mât les vergues des vaisseaux gaulois. Le navire ainsi saisi et accroché, on [tirait à soi à force de rames , les cordages se coupaient et les vergues tombaient. Alors le navire, qui n^avait de mouvement que par sa voile et sa mâture, perdait toute action. L'affaire se trouvait réduite à un combat d'abordage. De ce côté les soldats romains avaient tout l'avantage ; « d'autant plus, dit César, que l'action se passait à la vue du général et de toute l'armée qui couvrait les falaises et les dunes qui dominent la mer, en sorte qu'aucun trait de courage ne pouvait rester ignoré. »

Les Venètes, après avoir perdu quelques vais-

GËSAR. 141

seaux , voulurent fuir, mais il survint tout à coup un calme plat qui les rendit immobiles. Les Romains les prirent un à un, les brûlèrent ou les coulèrent bas, et il n'y en eut que fort peu qui purent gagner la terre à la faveur de la nuit.

xa

Cette bataille termina la guerre des Yenètes et des États maritimes de l'ouest ; toute la jeunesse, toute l'élite de ces nations avaient péri «vec la flotte. Ceux qui survivaient , ne pouvant ni. fuir ni résister à un double siège , se rendirent à César ; mais ils ne trouvèrent qu'un vainqueur cruel et sans pitié. Le sénat expira dans les supplices , et le reste de la population , vendu à l'enchère , fut réduit en esclavage, comme les Aduatiques.

Pendant ce temps , un dea lieutenants de César, Titurius Sabinus, avait soumis l'Armorique du Nord (la basse Normandie). Un autre, le jeune Crassus, conquit l'Aquitaine, quoique jces peuples eussent appelé d'Espagne , pour les commander, les vieux compagnons de Sertorius.

Il ne restait plus dans toute la Gaule que deux peuples en armes contre l'armée romaine, les Mofins (Boulonnais, Calaisis, Saint-Omer) et les Ménapes (Gueldres, Hainaut). Quoique Thiver fût près de commencer, César marcha contre eux. Ces deux peuples, voyant tant de nations qui avaient essayé de la guerre régulière vaincues et domptées, adoptèrent un autre système de défense : ils se retirèrent avec leurs provisions et leurs biens dans leurs forêts entrecoupées de marais. Arrivé au commen- -cement des boiâ sans avoir vu les ennemis. César ordonne à ses troupes de se retrancher, quajod les Morins et les Menapes sortent toulà coup de toutes les parties de la forêt et tombent sur les légion* naires dispersés pour le travail. Ceux-ci saisissent leurs armes, le& rejettent dans le bois ; mais, s'étant engagés dans des fourrés, ils perdirent beaucoup de monde.

Les jours suivants, César ât abattre la forêt, et, afin que les travailleurs ne pussent être surpris, il ordonna d'amonceler à mesure tout le bois coupé pour en former un rempart sur les deux flancs. Déjà les Romains atteignaient les troupeaux des Belges et leurs derniers bagages, déjà l'ennemi gagnait des bois plus épais , lorsque des pluies con-

tirraelles survinwnt. César se \ît contraint d^intcrrompre cet immense abattis , et bientôt fl ne ftrt plus possible de tenir le soldat sous la tente.

Après avoir ravagé tout le pays et brûlé les bourgades et les habitations, César ramena son armée en quartier d'hiver sur les terres des Lexoves , des Aulerques (le Maine, et le Perche) et des autres peuples qui s'étaient récemment soulevés, et il partit pour l'Italie.

XGIH

A peine les légions romaines furent-elles rentrées dans leurs cantonnements, que les Germains débordèrent sur la Bel^que. Deux grandes tribus teutoniques , harcelées au nord par les incursions des Suèves, comme les Helvètes l'avaient été au midi, venaient de passer dans la Oaule, envahissant les terres-que possédaient les Ménapes au delà du Rhin , franchissant ce fleuve et se répandant dans toute la contrée entre le Rhin et la Meuse, depuis rile des Bataves jusqu'aux frontières des Éburons (Liégeois) . Ces tribus formaient une masse de plus de quatre cent mille têtes. « La Gaule opprimée, dit M. Henri Martin, projeta de recourir à ces Barbares contre César, comme elle avait recouru à César contre Arioviste. La Gaule ne se faisait plus son destin à elle-même : c'était entre

i44 VIE DES GRANDS HOMMES.

les Romains et les Gennains que se débattait désormais son sort. »

A\ant qu'aucune nation gauloise eût encore remué , César sentit que sa présence était indispensable. S'arrachant donc à cette foule de courtisans qui, dans l'intervalle de ses campagnes, accouraient à Lucques ou à Pise l'aduler et conspirer avec lui l'asservissement de Rome, il repassa les Alpes, et du fond de l'Armorique accourut sur le Rhin avec ses légions.

Il n'en était qu'à quelques journées , lorsqu'il reçut des envoyés germains qui lui dirent « qu'ils ne s'armeraient pas les premiers contre les Romains, mais qu'attaqués ils ne refuseraient pas la guerre ; que c'était une vieille coutume qu'ils te- 1! eit de leurs ancêtres de faire face à l'ennemi quel qu'il fût, et de ne jamais recourir à la prière. Ils ajoutaient que, chassés de leur pays, ils étaient venus malgré eux dans la Gaule; qu'ils pouvaient être des amis utiles aux Romains; que César leur assignât des terres ou les laissât en possession de celles qu'ils avaient conquises. Ils ne le cédaient qu'aux Suèves, à qui les dieux mêmes ne résisteraient pas ; mais, dans tout l'univers, il n'était aucun autre peuple qu'ils ne pussent vaincre. »

La, réponse de César fut celle d'un maître qui ouvre ou ferme à sa volonté Tentrée de son empire :

• Je ne puis, dit-il aux Germains, faire avec vos » nations aucun traité, tant qu'elles seront sur le

• sol gaulois. Quand on n'a pu défendre ses pro-

• près terres, il n'est pas juste de s'emparer de » celles d'autrui; d'ailleurs, il n'y a point dans la

• Gaule de terre vague pour recevoir une telle mul- » titude. » Il ajouta qu'ils pouvaient se retirer vers le territoire des Ubes (pays de Cologne), dont les envoyés lui demandaient en ce moment son assistance contre les Suèves, et qu'il se chargeait d'obtenir le consentement de la nation ubienne.

Le proconsul eut sans doute un moment la pensée de fondre ensemble ces tribus pour en faire une barrière contre les Suèves ; mais il ne s'y arrêta guère. Sous prétexte que, pendant les pourparlers, il ayait été attaqué par leur jeunesse, il fondit sur eux et les massacra tous, hommes, femmes et enfants ; et les Romains, sans perte d'un seul homme, rentrèrent dans leur caimp, ayant ainsi terminé en quelques heures une guerre qui leur avait causé d'abord tant d'inquiétude.

« Aucune bataille n'avait coûté moins de sang à César, mais aucune ne lui rapporta moins de gloire,

dit justement M. Âmédée Thierry. Les circonstances qui l'avaient précédée, les circonstances qui Tac* compagnèrent présentaient un côté peu honorable pour sa loyauté. Cet homme, vengeur si scrupuleux du droit des gens lorsqu'il intéressait lui et les siens, qui avait fait torturer tout un sénat, vendu à Fencan toute une nation, parce qu'en retenant quelques agents et espions romains cette nation avait cru pouvoir recouvrer des otages qu'on lui avait enlevés contre toute justice, ce même homme dressait un guet-apens à des ambassadeurs et accordait des trêves pour les violer; ce Romain, dont la clémence faisait tant de bruit parmi les siens, traitait des troupeaux de femmes et d'enfants fugitifs avec plus de rigueur qu'on ne traite des soldats vaincus dans une guerre sans quartier. Ces accusations couraient de bouche en bouche dans la Gaule et se mêlaient aux regrets d'une occasion échappée et d'une espérance déçue • »

En Italie et jusque dans le sénat de Rome^ des âmes honnêtes ressentirent une indignation non moins vive et osèrent l'exprimer, lorsque, après la lecture des dépèches de César, les sénateurs votèrent que des actions de grâces seraient adressées aux dieux en reconnaissance de cette victoire :

« Des actions de grâces! s'écria Caton; votei » plutôt des expiations ! suppliez les dieux de ne » pas faire peser sur nos armées le crime d'un gé- » néral coupable. Livrez, livrez César aux Ger-

» mains, afin que l'étranger sache que Rome ne » commande point le parjure et qu'elle en repousse ■ le fruit avec horreur 1 »

Pour inspirer plus de terreur aux Germains, César alla chercher ces terribles Suèves près desquels aucune nation n'osait habiter. En dix jours il jeta un pont sur le Rhin, non loin de Cologne, malgré la largeur et Timpétuosité du fleuve, et répandit répouvante parmi les nations germaniques les plus voisines. Mais, comme Télé touchait à sa fin et qu'il était trop tard pour commencer une campagne en Germanie, il repassa en Gaule. Il avait une vengeance à tirer des habitants de Tîle de Bretagne qui. Tannée précédente, avaient fourni des secours aux Venètes. Il fit rassembler par ses lieutenants la flotte construite dans la guerre contre TArmorique, se rendit lui-même avec deux légions et quelque cavalerie sur la pointe de la côte des Morins (Pas-de- Calais) , où il savait que le détroit de Bretagne était le moins large et le moins dangereux.

' Avant de s'embarquer, César appela près de lui les voyageurs et les trafiquants qui pouvaient lui donner quelque lumière sur l'étendue de l'île de Bretagne, sur les peuples. qui l'habitaient, sur les ports capables de recevoir de grands vaisseaux. 11 n'en put tirer rien de satisfaisant, soit qu'ils se refusassent à donner à un «conquérant étranger des renseignements sur l'île sacrée^ soit, comme il le dit lui-même, que les Gaulois qu'il consultait n'eussent pas pénétré dans l'intérieur et qu'ils n'en connussent que les côtes et les contrées en face de la Gaule. César prit le parti d'envoyer un de ses officiers explorer la côte .

La malveillance des Gaulois faillit être funeste à César dans cette expédition. Les hauts navires qui transportaient ses troupes , tirant beaucoup d'eau, ne purent appro.cher assez du rivage. Il fallut que ses soldats se précipitassent dans une mer profonde, les mains embarrassées et chargés de leur pesante armure, et que, plongés dans l'eau jusqu'aux épaules, ils s'avançassent contre l'ennemi.

CÉSAR. i49

Les Bretons, à qui tous les bas-fonds étaient connus , aecouraient avec assurance , lançaient leurs traits ou poussaient sur la grève leurs chevaux familiarisés avec la mer. Mais les machines de siège vinrent au secours des Romains et nettoyèrent le rivage par une grêle de pierres et dfe traits. Dès que les légions eurent le pied sur le sec , elles chargèrent les Barbares, qui prirent la fuite.

Cependant Téquinoxe approchait : c'était le moment des grandes marées. En une nuit la flotte romaine fut brisée ou mise hots de service. César et ses légions se trouvèrent sans vaisseaux, sans vivres, sans cavalerie. Les Barbares, qui dans le premier moment avaient donné des otages, essayèrent de surprendre son camp ; ils Tenveloppèrent et Tassaillirent avec leurs chariots à faux. Les Romains auraient péri jusqu'au dernier, si César n'eût dégagé ses légions. Vigoureusement repoussés, les Bretons demandèrent à se soumettre. César leur parla en vainqueur impérieux, leur ordonna de livrer des otages deux fois plus nonibreux ; mais ses vaisseaux étaient réparés , il savait que quelques jours plus tard la mer lui était fermée. Sans attendre la réponse des insulaires, il mit à la voile au milieu de la nuit.

Cette sorte de reconnaissance, qui avait duré vingt jours , fut suivie d'une expédition plus sérieuse : César voulait forcer les races galliques dans leur dernier asile. Il chargea ses lieutenants de pousser les préparatifs avec vigueur, tandis qu'il allait en Italie faire prproger son commandement pour cinq années. A son retour eh Gaule, il trouva vingt*huit galères complètement équipées et six cents transports construits d'après le plan qu'il avait indiqué, plus larges et moins hauts de bord que ceux dont il s'était servi précédemment, et tous en même temps à voiles et à rames«

César ^ attendant que la saison devînt favorable pour le départ, commanda aux cités gauloises de lui fournir quatre mille hommes de cavalerie qu'il se proposait d'embarquer avec cinq de ses légions ; Puis, ayant sous sa main les principaux persotihages de la Gaule entière, qu'il avait convoqués pour la session annuelle des états, il voulut les emmener avec lui outre iner, et s'assurer ainsi de la tranquillité de la Gaule en son absence. Une inquiétude sourde régnait partout, et l'invasion de la Bretagne, l'île sainte des druides, blessait profondément le sentiment national* L'Édue Dumnorix déclara que la religion lui défendait de suivre César, il es-

saya de s'enfuir; mais le proconsul, qui connaissait son génie remuant , le fit poursuivre avec ordre de le ramener mort ou vif. Il fut tué en se défendant. Son assassinat augmenta Témotion dans toute la Gaule, comme un attentat des Romains au droit des gens, car personnellement Dumnorix inspirait peu d'intérêt : il passait pour un des premiers instigateurs de l'entrée de César dans les Gaules et pour l'un des hommes qui avaient été le plus funestes à l'indépendance de leur patrie.

Les autres Gaulois partirent avec la flotte romaine, qui prit terre sans que les Bretons résistassent. César se disposait à pénétrer dans Tintérieur de l'île, lorsque des cavaliers arrivèrent à toute bride lui annoncer qu'une violente tempête avait brisé et jeté à la côte presque tous les navires de sa flotte .

Ses bâtiments mis à terre et enfermés dans le camp retranché, César continua son entreprise» Les rivalités locales vinrent à son secours en Bretagne comme en Gaule, et les Romains ne se retirèrent qu'après avoir mis en fuite les Bretons, assiégé le roi Caswallawn au nord de la Tamise, dans l'enceinte où il avait rassemblé ses bestiaux et réuni

l.>2 VIE DES GRANDS HOMMES.

des milliers d'essédaires montés sur de rapides et pesants chars de guerre.

César n'était pas assez sûr de la Gaule pour hiverner outre mer. Pressentant un soulèvement sur le continent, il se hâta d'accepter les ouvertures de paix du roi breton, exigea des otages, fixa le tribut annuel que la Bretagne payerait au peuple romain, et se rembarqua au mois de septembre.

La domination romaine n'était point établie en Bretagne par une expédition où César avait déployé un appareil de forces si imposant. Rome n'en retira d'autre avantage que quelques prisonniers et une ^ande quantité de perles de peu de valeur qu'on recueillait sur les côtes. Quant au tribut annuel imposé au roi Caswallawn, il ne fut point payé, et le proconsul n'y comptait guère. « César, dit Velléius Paterculus, mit le pied deux fois en Bretagne, et il en rapporta l'honneur d'y avoir deux fois combattu. ■

A son arrivée, il trouva la Gaule tranquille. Elle ne présentait du moins aucune résistance, aucune agitation apparente; mais la haine de Rome fermentait dans tous les cœurs, et les anciens alliés de César étaient devenus ses ennemis les pKs implacables. Le ressentiment de l'indépendance perdue

CÉSAR. i53

faisait chaque jour des progrès plus rapides, parce que chaque jour aussi cette domination devenait plus oppressive. La nécessité d'acheter Rome aux dépens des Gaules , d'assouvir tant d'amis qui lui avaient fait continuer le commandement pour cinq années, avait poussé le conquérant aux mesures les plus violentes. Selon Suétone., il dépouillait les lieux sacrés, mettait les villes au pillage sans qu'elles l'eussent mérité. Pour lever les tributs et les subsides, les Romains s'immisçaient dans les affaires les plus intimes des cités ; ils déposaient les magistrats légalement élus, sous prétexte qu'ils étaient suspects ; ils en nommaient d'autres et bouleversaient les constitutions locales.

• C'étaient surtout les gouvernements populaires, dit l'historien de la Gaule, qu'ils poursuivaient avec acharnement, parce qu'ils en redoutaient le principe .et l'énergie. Tantôt ils favorisaient sous main les chefs ambitieux, qui vivaient en conspiration permanente contre la liberté ; tantôt ils les imposaient ouvertement à la pointe de l'épée, prétendant les restaurer dans un pouvoir légitime, attendu que leur père , ou leur aïeul, ou leur oncle, l'avait jadis possédé. Ainsi ils établirent chez les Camutes le despotisme de Tasget, chez les Atrobates celui de Conim ; ainsi ils forcèrent la haute assemblée des Sénons à reconnaître pour roi Cavarin, homme abhorré de tous , dont le frère et le père avaient attenté successivement à l'indépendance publique.

154 YlË DES GRANDS HOMMES.

Ce n'était pas tout : depuis le commencement de la guerre, César s'était fait livrer tous les jeunes Gaulois distingués par la richesse , la naissance ou le rang de leur famille , et il les gardait près de lui moins comme des auxiliaires que comme des otages. Étudiant à loisir leur caractère et leurs penchans , il s'appliquait à les corrompre par l'ambition, à les ébloyir par la gloire , à étouffer en eux tout sentiment patriotique ; de cette pépinière de petits tyrans sortaient les instruments les plus dévoués et les traîtres les plus redoutables à la Gaule. Le proconsul les jetait ensuite sur le point où il voulait exciter des orages ; il leur prodiguait l'argent , il leur prêtait au besoin ses soldats, il préparait par leurs intrigues , chez ses alliés les plus fidèles , une conquête facile et en apparence moins odieuse que la conquête à force ouverte. »

Par ces princes et ses autres créatures , César espérait dominer les assemblées générales de la Gaule, qu'il s'arrogeait le droit de convoquer et de présider ; mais la colère des populations allait croissant.

eu

Une vaste conspiration, qui avait pour foyer la Belgique et pour chefs le trévi?îen Indutiomar et l'éburon (liégeois) Ambiorix , se propagea rapide-

CÉSAR. 15a

ment dans toute la Gaule. La disette obligeant César à disperser ses troupes pour les cantonnements d'hiver, rijisurreetion éclata partout : les légions étaient massacrées et les Romains chassé^ de la Gaule, si les Carnutes, exaspérés par latyran« nie de Tasget, créature du proconsul, avaient eu la patience d'attendre que César eût repassé les Alpes pour aller en Italie .

À la nouvelle de leur soulèvement, Âmbiorix crut la Gaule en feu , il appela les Belges aux ar-* mes, et par de faux' semblants il attira hors de leur camp les lieutenants de César qui avaient pris leurs quartiers d'hiver chez les Ëburons (Liégeois) , égorgea en trahison Sabinus, et fondit avec fureur sur le reste de la division romaine qu'il surprit dans un défilé .- Dix mille légionnaires périrent, massacrés par les Ëburons.

Ambiorix eut bientôt soulevé les débris des Aduatiques et des Nerviens , il vint assiéger dans ses retranchements une autre légion cantonnée sur le territoire nervien (dans le Hainaut), et commandée par Quintus Cicéron, le frère de l'orateur.

cm

César se trouvait à Samarobrive (Amiens ou peut-être Saint-Quentin) , il n'avait aucune nouvelle du désastre de Sabinus et de Cotta qui avait

eu lieu depuis douze jours , il ignorait le siège que soutenait Cicéron depuis une semaine, lorsqu'un message lui parvint.

A la lecture de la dépêche, il fut saisi d'une violente douleur ; il ne sentait que trop , dans cette interruption rigoureuse de ses communications, l'accord effrayant de toutes les nations du Nord contre les Romains. Il jura de ne plus couper ni sa barbe ni ses cheveux que le meurtre de ses deux lieutenans ni le désastre de leur armée ne fussent pleinement vengés. Avec une seule légion, il partit au secours de Cicéron. Ambiorix leva le* blocus pour venir l'accabler d'une armée de soixante mille combattants. La confiance des Gallo-Belges était si grande, qu'ils offrirent quartier à tout Gaulois ou Romain qui voudrait passer aux assié« géants.

César attendit qu'ils fussent disséminés autour de ses retranchements , puis il commanda une sortie générale par toutes les portes. L'irruption fut tellement vive que les Gaulois , culbutés , furent mis en déroute, et que César put opérer sans aucune perte sa jonction avec Cicéron. Il trouva l'armée de ce général dans un état déplorable : un dixième à peine des soldats était sans blessures. Il comprit le danger qu'il avait couru. Il ne vit pas non plus sans éionnement les travaux de siège exécutés par. les Gaulois, les tours, les tortues, les remparts qu'ils avaient élevés à l'exemple des Ro-

mains; et leur habileté dans un art qu'ils ignoraient naguère lui assombrit l'avenir .

Cette victoire de César dispersa les troupes d'Indutiomar, qui le lendemain devait attaquer le quartier de Labiénus, et fit rentrer les forces armoricaines, qui n'étaient plus qu'à huit milles de la treizième légion. La Gaule semblait encore une fois pacifiée, mais César ne s'y fia pas.

En effet, bientôt après, les Sénons, suivant l'exemple des Carnutes, chassèrent leur tyran Cayarin, roi imposé, comme Tasget, par César, et les Trévires prirent les armes à l'instigation d'Indutiomar. Ce patriote infatigable partageait avec Ambiorix tous les regards et toutes les espérances ; de tous côtés on lui adressait 'des députations pour lui demander de fixer le jour où l'étendard de la délivrance se lèverait à la fois sur toute la Gaule.

Sa* mort dans une escarmouche frappa au cœur la coalition belgique et désorganisa l'armée des Trévires. Toutefois, la valeureuse nation ne se re-

butft point et conféra en témoignage de ses respects le commandement suprême aux plus proches parents d'Indutiomar. Ils s'abstinrent, ainsi que les Sénons et les Carnutes, d'envoyer des députés à l'assemblée générale des cités gauloises convoquées par César à Samarobrive, et qui fut ensuite transférée à Lutèce (Paris) . '

A la fin du printemps, César était en mesure d'agir avec énergie. Trois légions nouvelles, levées en Italie, avaient réparé ses pertes. Les Sénons et les Carnutes, déconcertés par sa célérité, se virent contraints de demander la paix. Le proconsul voulait être inflexible et promener le fer et le feu sur leur territoire, lorsque le sénat éduen, allié des Sénons, vint s'interposer pour ce peuple qui touchait à ses frontières. Les Rèmes se firent les protecteurs des Carnutes auprès de César, qui consentit à les recevoir à composition. Dans les dispositions où se trouvait la Gaule, il n'osa pas rendre la domination romaine plus odieuse dans le centre, mais il ne se montra modéré envers ces deux peuples que pour exercer sa vengeance sur les Éburons.

Il commença par leur couper toute retraite en deçà et au delà du Rhin, mit à feu et à sang le

pays de leurs voisins, les Nerviens, les Ménapes, les Trévires et les Germains des bords du Rhin, jusqu'à ce que ces nations eussent rompu toute alliance avec le peuple voué à Textermination, Ayant ainsi assuré son œuvre de destruction, il se dirigea sur le pays des Éburons par la forêt des Ardennes.

Afin que le coup arrivât plus terrible et plus imprévu, César fit partir en avant sa cavalerie avec ordre de ne point allumer de feux dans les haltes et de ne néghger aucune des précautions qui pouvaient rendre la marche prompte et secrète. Les Éburons, se fiant à Téloignement de l'armée ennemie qu'ils croyaient engagée dans des guerres contre les Germains, n'avaient rien de prêt pour la défense. La cavalerie romaine tomba au milieu d'eux comme la foudre. Ambiorix, assailli à l'improvîste, ne dut son salut qu'à un bonheur inespéré. Surpris dans sa maison de campagne, qui était située au miheu d'une forêt, il put, grâce à la vitesse de son cheval, gagner la profondeur du bois.

De sa retraite, où il fut rejoint par un petit nombre de cavaliers, il envoya dans toutes les directions des émissaires chargés de publier que César approchait et gue chacun eût à pourvoir à sa sûreté. En quelques heures, tous les villages furent abandonnés et la campagne se couvrit de bandes de fugitifs qui gagnaient, avec leurs provisions et

i60 VIE DES GRANDS HOMMES.

leurs bestiaux, les lieux leç plus sauvages et les moins accessibles. Ambiorix, ne gardant près de lui que quatre cavaliers, se tint au milieu des bois, dont iLconnaissait tous les détours.

César fit cerner et envahir le territoire éburon de tous les côtés à la fois par dix légions et une formidable cavalerie.' Alors commencèrent, dit Thistorien auquel nous empruntons ce récit, des scènes de désolation plus horribles que tout ce que le pays avait encore vu et souffert. Les légions, la hache à la main , perçaient les forêts ; elles jetaient des ponts sur les marécages ; elles égorgeaient dans ses dernières retraites la multitude fugitive. Mais cette^ chasse n'était pas sans danger pour les soldats romains : la nature du pays ne leur permettant pas de marcher par grandes masses, les traînards ou ceux qui se séparaient du gros de l'armée périssaient enveloppés dans des embuscades. Pour conciher la sûreté de ses soldats avec l'accomplissement de sa vengeance, César nait les Éburons hors la loi de l'humanité , il fit proclamer qu'il les livrait corps et biens au premier occupant. Il convia à cette proie les peuples voisins, déclarant que quiconque l'aiderait à exterminer cette race scélérate^ serait compté au nombre des amis du peuple ro-

main. De tous les coins de la Belgique on ^vit accourir une foule de malfaiteurs et de gens sans aveu. Il n'y eut pas jusqu'aux peuplades germaniques riveraines qui ne voulurent, elles aussi, avoir part à la curée. « Qu'on se figure, ajoute M. Amédée Thierry, les atrocités qui durent accompagner ce sac de tout un peuple ! Qu'on se représente un cordon de cinquante mille Romains, placés là pour assurer l'impunité aux assassins, pour leur livrer des victimes; et, parmi ces Romains, César, un frère de Cicéron, Brutus, Trébonius, tout ce que la jeunesse patricienne renfermait de plus éclairé et de plus poli 1 on détournera les yeux avec tristesse et horreur. »

Toutes les villes, toutes les habitations furent incendiées ; les blés que ne mangèrent pas les chevaux furent brûlés sur pied. Le général romain avait songé, par un raffinement de cruauté, aux malheureux Éburons que le hasard aurait soustraits au fer ou à la flamme : il les condamnait à mourir de faim après le départ des légions.

Quant à Ambiorix , toutes les tentatives pour s'emparer de lui échouèrent. Vingt fois on se crut au moment de l'atteindre ; mais toujours il s'échappait à la faveur des ténèbres, errant de forêt en forêt, de caverne en caverne, de précipice en précipice, accompagné de ses quatre cavaliers. De faux rapports, propagés par les prisonniers éburons, fourvoyaient perpétuellement les Romains dans

leur chasse. Ils se lassèrent, et ce héros de Findépendance vécut pour des temps meilleurs.

Après cette dévastation, César ramena son armée à Durocortum (Reims) ; il y tint l'assemblée générale des cités gauloises. Là, aous ses yeux, il fit instruire et juger Tafifaire des insurrections, sénonaise et carnute. Revenant sur la composition qu'il avait accordée à ces peuples, il condamna à mort et fit exécuter Acco, qui avait été Tâme des mouvements populaires chez les Sénons . Les autres accusés avaient pris la fuite ; ils furent frappés de l'excommunication de l'eau et du feu. Après avoir indiqué des quartiers d'hiver à ses troupes et s'être assuré du blé pour l'armée, César repassa en Italie, où de grandes agitations politiques réclamaient sa présence.

L'anarchie régnait dans Rome et suspendait la nomination des consuls. Clodius venait d'être assassiné par Milon, dévoué à Pompée. Les deui rivaux et les deux factions étaient en présence.

Ces nouvelles, arrivées au delà des Alpes, soûle-

vèrent les Gaulois ; ils espérèrent que la guerre civile retiendrait César et qu'il ne pourrait se rendre à Tarmée. Des conciliabules se formaient de tous côtés; ils se tenaient au fond des bois, dans les lieux déserts. Là accouraient les personnages notables de presque toutes les cités. Une vaste conjuration de tout le territoire préparait le plus terrible effort de la Gaule pour reconquérir son indépendance.

ex

Les Carnutes prirent Tinitiative de l'insurrection . Mais, en s'exposant les premiers, ils exigèrent que les confédérés s'engageassent à les soutenir. Gomme on ne pouvait js 'entre -donner des otages de peur d'éveiller l'attention des marchands et des autres agents romains, il fut convenu que les députés des cités gauloises prêteraient sur les étendards le serment de fidélité à la ligue de délivrance. Au fond de quelque vieille forêt, dans un lieu consacré aux mystères du culte druidique j furent réunis furtive* ment les drapeaux des cités gauloises, et sur ce faisceau sacré chaque député vint prononcer à son tour l'engagement solennel de haine aux Romains, de dévouement à l'indépendance de la Gaule.

Au jour fixé pour l'insurrection, des milliers de paysans carnutes se jettent sur Genabum (Orléans),

devenu, depuis rinvasion, Tentrepôt du commerce romain en Gaule. Les habitants gaulois secondent Tattaque, massacrent les marchands étrangers et pillent leurs maisons. L'intendant des vivres, Fusius Gotta, est jeté dans la Loire.

La nouvelle, criée dans les champs à travers les terres, passa de bourg en bourg, de ville en ville, avec une telle rapidité, qu'elle arriva avant la fin de la première veille (9 heures du soir), chez les Arvernes, à plus de cent soixante milles de Genabum.

11 y avait alors dans cette nation un jeune chef plus redoutable encore, dit un ancien, par son génie que par la force de son corps et sa valeur guerrière. Son nom même inspirait la terreur. Il s'appelait Vercingétorix, c'est-à-dite le grand chef des cent têtes. Son père, Celtill, noble arveme, avait expié sur le bûcher son ambition de royauté et son crime contre sa patrie. Vercingétorix eût pu se faire roi par l'appui de l'étranger, comme Tasget et Cavarin; César n'avait rien négligé pour se l'attacher, il lui donnait le nom d'ami. Mais le fils de Celtill ne répondit à ces avances qu'en efifaçant^ par *1 'ardeur de son patriotisme, la défiance imprimée sur son nom par les souvenirs. Retiré dans les montagnes de TArvernie, il travaillait à réveiller le parit

(le l'indépendance nationale, lorsqu'il reçut la nouvelle des événements de Genabum. Quoique la nuit fût (Jejà avancée, il arme sa tribu, dçscend de la montagne, et, dès le point du jour, entre dans Gergovie, appelant la ville à la guerre contre les Romains.

Aux acclamations unanimes du peuple, il est investi du souverain commandement militaire. Le ^ cités de la Gaule centrale et tous les peuples armoricains répondent à son appel et lui défèrent la conduite de la guerre. Avec une activité digne de César, il fixe les contingents à fournir par chaque cité et rassemble une magnifique cavalerie. La terreur des supplices fait marcher ceux qui hésitent ou balancent. On brûlait vif les traîtres, on mutilait les réfractaires et on les renvoyait dans leurs foyers pour servir d'exemple aux lâches et aux indifférents.

Le plan de Vercingétorix était d'attaquer simultanément au midi la province narbonnaise, et au nord les légions de César cantonnées dans leurs quartiers d'hiver. Il envoie son ami Luctère, chef des Cadurkes, dans le pays des Rutènes (Rouergue), tandis que lui-même se porte contre les Bituriges (Berri), qui hésitaient à se déclarer contre les Romains. La présence de Vercingétorix entraîne leur adhésion à la cause de l'indépendance. 11 y lève des troupes et met des garnisons dans les places fortes.

A la nouvelle de ces mouvements simultanés dans le Nord et dans le Midi , César devine le plan de Yercingétorix, passe les Alpes maritimes, et arrive, inattendu, sur les bords du Rhône. Sa présence rassure les Romains et contient les Gaulois de la province dont les dispositions étaient douteuses. 11 eut bientôt organisé les milices, éloigné et. découragé Luctère par ces mesures de défense. Alors, malgré Thiver qui était encore dans toute sa force, il franchit les Cévennes à travers six pieds de neige et entre sur les terres des Arvernes. Tombant sur eux quand ils se croyaient inexpugnables derrière leurs montagnes glacées, il augmente leur terreur en faisant saccager le pays par sa cavalerie.

Le chef gaulois, déjà parti vers le Nord, fut contraint malgré lui de revenir, ses compatriotes l'abandonnant pour défendre leurs familles. C'est tout ce que voulait César : il quitte son armée sous prétexte de faire des levées chez les AUobroges , renpionte le Rhône, la Saône, sans se faire connaître, rejoint et rallie ses légions.

César, craignant de perdre le petit nombre d'alliés qui lui restaient en Gaule, n'ose délaisser les Édues attaqués par Vercingétorix, et, au risque de manquer de vivres, il met son armée en campagne malgré la rigueur de la saison. 11 enlève d'assaut les principales villes des Séjions, et, se trouvant près de Genabum, il ne veut point passer outre sans donner un exemple terrible des vengeances ro* maines.

tin peu avant minuit, au moment où les habitants, redoutant l'assaut qui devait être donné le lendemain, sortaient de la ville et commençaient à traverser la Loire, César met le feu aux portes, lance ses légions dans la ville, massacre la multi* tude embarrassée sur le pont et dans les rues étroites. Les maisons sont pillées et réduites en cendres ; des flots de sang punissent le meurtre de Fusius Cotta et des marchands romains, et ce qui échappe au carnage est traîné comme esclave à la suite d% l'armée*

Vercingétorix , qui cherchait à contraindre les Édues et les Boies (Bourbonnais) à quitter ralliance romaine, fut obligé de suspendre ses projets pour secourir Noviodunum (Nevers) assiégée par César. C'était la seconde fois que son armée le forçait de renoncer à ses plans. En effet, comme le remarque un historien, parmi tant de peuples divers habitués jusqu^ici à voir leurs intérêts séparés, la préoccupation des souffrances particulières entravait inévitablement les mesures de salut public. A la pensée de leurs enfants captifs, de leurs femmes outragées, de leurs maisons incendiées, le Sénon, le Carnute, le Biturige frémissaient de rage et demandaient à grands cris à leur général qu'on les ramenât combattre pour défendre leurs familles.

Les Gaulois accourent, et c'est pour voir la prise de Noviodunum .

Alors Vercingétorix comprit qu'il fallait renoncer aune guerre méthodique, où ses bandes intrépides, mais mal rompues à la discipline et à l'unité du commandement, auraient toujours le dessous contre

les légions de César. Il assemble son conseil et leur déclare qu'on doit adopter un plan de campagne tout différent de celui qu'on avait suivi jusque-là , qu'il faut affamer l'ennemi, intercepter les vivres aux hommes, les fourrages aux chevaux, a Le salut commun, ajoute-t-il, exige des sacrifices particuliers. Nous devons nous résoudre à brûler toutes nos habitations isolées, tous nos villages ; nous devons brûler nos villes mêmes qui ne sauraient se défendre, de peur qu'elles ne servent de refuge aux lâches ou qu'elles n'attirent l'ennemi par l'espoir du butin. Si ces mesures vous paraissent dures et violentes, n'est-il pas plus dur encore de voir vos femmes et vos enfants réduits en esclavage et de périr vous-mêmes? car voilà votre sort, si vous êtes vaincus. »

Pas une voix ne protesta contre cet immense sacrifice. Ce fut à l'unanimité que les chefs de tant de nations décidèrent la ruine de leurs fortunes et la dispersion de leurs familles. Us accomplirent héroïquement et sans délai cette résolution terrible. En un jour, vingt villes des Bituriges sont brûlées parleurs habitants. Cet exemple se propage, et de toutes parts, chez les Carnutes et dans les 'Etats voisins, on n'aperçoit plus que le feu et la fumée des incendies volontaires. A travers les décombres, une population innombrable se dirige vers la frontière, souffrante et morne, mais non sans consolation, dit César lui-même, puisqu'une victoire

no VIE DES GRANDS HOMMES.

presque certaine rindemniserait d'un sacrifice à la patrie.

C'était le conseil de l'armée qui désignait les villes dont la destruction paraissait nécessaire. Mais quand on en vint à Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges, les habitants en larmes embrassèrent les genoux de Vercingétorix, conjurant les chefs d'avoir pitié de leur ville. Ils protestaient de la défendre jusqu'à la mort et de la sauver. Le conseil et Vercingétorix lui-même, vaincus par leurs larmes et leur désespoir, cédèrent à leurs supplications. Ces ménagements firent leur malheur. La ville périt de même, mais par César , qui la prit après de prodigieux efforts.

La garnison et la populaton entière, femmes, enfants, vieillards, furent passés au fil de l'épée. Sur quarante mille, à peine huit cents gagnèrent le camp de Vercingétorix. 11 les recueillit au milieu de la nuit en silence et les fit disséminer dans les quartiers des différentes nations, car il craignait que leur arrivée et la commisération de la multitude n'excitassent quelque désordre.

^ Il convoque l'armée le lendemain , la console et Texhorte à ne point se laisser abattre par un échec, t Les Romains ne devaient point la victoire à leur

CÉSAR, i7i

valeur en bataille rangée , mais à un art et à une habileté dans les sièges inconnus aux Gaulois. Il n'avait jamais été d'avis de défendre Avarîcum, l'armée le savait ; mais cette perte, il saurait la réparer bientôt. Il travaillait à rallier à la cause de la liberté les nations gauloises jusqu'alors dissidentes, actives ou neutres, dans l'alliance de Rome. Ses mesures étaient prises et leur succès infaillible. Ainsi réunis, les Gaulois formeraient une fédération à laquelle l'univers entier ne résisterait pas ; le moment était proche, et il avait presque réussi. »

Grâce au caractère magnanime de Vercingétorix,les revers ne faisaient qu'augmenter son ascendant et raffermir la confiance. L'assurg,nce que toutes les divisions allaient enfin cesser et tous les Gaulois se réunir sous le drapeau d'une liberté commune remplissait les c&urs d'espérance. Ces hommes indociles, turbulents, ennemis du travail, se plièrent à tout ce que leur général exigeait d'eux : ils apprenaient à s'endurcir aux mêmes labeurs que les légionnaires, ils s'exerçaient à retrancher les camps et à construire des machines selon la manière romaine •

Vercingétorix n'avait point mis d'exagération dans ses promesses. Tandis que le siège d'Avari-

\n VIE DES GRANDS HOMMES.

cum absorbait tout Teffort des Romains, il leur avait suscité de nouveaux ennemis. Les Aquitains s'étaient déclarés, ils avaient envoyé de la cavalerie au généralissime. Les Édues eux-mêmes s'étaient détachés de César, et, pendant le siège d'Avaricum, ils l'avaient laissé manquer de blé. Leur défection le priva de sa cavalerie, et il fut obligé d'en faire venir de chez les Germains pour la remplacer. Labiénus, lieutenant de César, eût été accablé dans le Nord s'il ne s'était dégagé par une victoire (entre Lutèce et Melun) . César lui-même échoua au siège de Gergovie des Arvernes. L'armée romaine eût été entièrement défaite sans la dixième légion, la légion favorite de César, qu'il avait placée en réserve et qu'il conduisit lui-même à l'ennemi. Quarante-six centurions étaient restés sur le champ de bataille.

cxvin

La guerre allait toujours grandissant. La Belgique avait adhéré à la fédération, et une assemblée solennelle des délégués de toute la Gaule se tenait à Bibracte (Autun) pour délibérer sur les opérations ultérieures de la guerre et sur la réélection du généralissime. Trois nations seulement ne s'y firent point représenter, lesRèmes, les Lingons et les Trévires : ceux-ci comme trop éloignés et d'ailleurs empêchés par de nouvelles incursions ger-

maniques, les Lingons et les Rèmes surtout comme contraires à la coalition et amis déterminés des Romains.

Vercingétorix, à la presque unanimité des suffrages, fut maintenu dans le commandement qu'il avait honoré par tant de vertu et de courage.

Chargé du sort de tant de millions d'hommes, il revint à son ancien plan, que l'arrivée subite de César avait fait échouer au commencement de la campagne. Tandis qu'il marchait en personne contre les légions réunies dans le Nord, il fit attaquer la province narbonnaise par trois endroits à la fois.

Les affaires de César allaient si mal, qu'il ne pensait plus qu'à se retirer en bon ordre vers le nord de la province, afin de la secourir et de tirer de nouvelles troupes d'Italie. Du territoire des Lingons, il se dirigea vers la frontière séquanaise pour gagner le Rhône. Vercingétorix le suivait à dix milles de distance, attentif à tous ses mouvements ; il l'atteignit avant que. César eût passé la Saône.

Ayant appelé au conseil les chefs de la cavalerie : « Le jour de la victoire est arrivé, leur dit-il ; les Romains s'enfuient dans la province et quittent la Gaule. C'est assez pour la Ubeçté du moment ; ce n'est rien pour la paix et la liberté à venir. Bientôt.

i74 VIE DES GRANDS HOMMES.*

ils reviendront avec de plus grandes forces, et la guerre ne finira pas. Qu'y a-t-il à faire? Tenter un combat de cavalerie, attaquer l'ennemi en pleine marche et embarrassé de ses équipages. Si Tinfanterie s'arrête pour les défendre, César ne peut continuer sa route, il est perdu. S'il les abandonne pour songer à sa sûreté, il sortira de la Gaule, mais couvert de honte. ■

Tous s'écrient qu'il faut combattre sans délai, tous s'engagent par le serment le plus sacré i à ne point revoir leurs maisons , leurs familles , leurs femmes et leurs enfants, qu'ils n'aient au moins deux fois traversé la ligne ennemie. »

Le combat fut terrible. César y courut les plus grands dangers. Enveloppé par des cavaliers arvernes, il fut presque pris, et son épée resta entre leurs mains. Il eût perdu la journée si les masses compactes de ses légions ne se fussent sans cesse portées, pour soutenir sa cavalerie, partout où le combat était le plus vif.

Enfin , la cavalerie germaine, gagnant une hauteur importante, se précipita avec tant de fureur sur une division gauloise qu'elle la mit en déroute; A cette vue, les deux autres divisions, craignant d'être enveloppées, se mirent à fuir en désordre;

CÉSAR. i75

Les Romains et les Germains en firent un massacre horrible. Il ne fut plus possible d'arrêter cette panique. Ces esprits mobiles tombèrent alors dans un tel découragement, que Vercingétorix ne put les rassurer qu'en se retranchant sous les murs d'Alésia, ville forte (dans TAuxcis)..

César ne perdit pas un instant. Laissant ses ba« gages sur une colline, à la garde de deux légions, il se mit à la poursuite des confédérés tant que dura le jour, leur tua près de trois mille hommes, et campa le lendemain sous les murs de la place.

Alésia, antique cité, qui passait pour avoir été fondée par les Phéniciens, était bâtie au sommet d'une haute colline, aujourd'hui le mont Auxois, à trois Ueues de Semur* Le général gaulois assit son camp sur le versant oriental de la montagne . Sa force en infanterie était de 80,000 hommes, et il comptait encore 10,000 cavaliers échappés au désastre de la bataille et de la retraite.

Une armée si nombreuse sous une place si forte défiant toute attaque de vive force. César n'hésita point à assiéger cette grande armée et conçut le gigantesque projet d'enfermer à la fois la ville et les troupes gauloises dans une circonvallation de quinze milles flanquée de vingt'-trois forts; Ces ouvrages

ne VIE DES GRANDS HOMMES.

étaient prodigieux : c'étaient d'abord trois fossés, chacun de quinze ou vingt pieds de large et d'autant de profondeur, puis un rempart de douze pieds, huit rangs de petits fossés, dont le fond était hérissé de pieux aiguisés par le sommet et couvert de branchages et de feuilles, des palissades de cinq rangs d'arbres entrelaçant leurs branches. Ces ouvrages étaient commencés du côté de la campagne, afin de mettre le camp à l'abri des attaques du dehors. Tout cela fut terminé en moins de cinq semaines et par moins de soixante mille hommes.

Vercingétorix comprit la faute qu'il avait faite en concentrant toutes ses forces en un seul point. Avant que les lignes des assiégeants fussent terminées, il convoqua sa cavalerie au milieu de la nuit, recommanda à chaque cavalier d'aller dans son pays et d'appeler toute la population en âge de combattre, k II les conjure de pourvoir à sa sûreté, de ne pas l'abandonner au supplice et à la merci de l'ennemi, lui qui s'était dévoué si pleinement pour la cau3e publique ; c'était sa vie qu'il fallait sauver, c'était la vie de quatre-vingt mille hommes qui périraient avec lui. » Il ajouta qu'il avait des vivres pour trente jours, qu'à la rigueur même il pourrait les faire durer un peu plus.

CÉSAR. i77

Puis, à' la seconde \eille, il les fait évader par rintervalle que laissaient encore les ouvrages romains. 11 se retire dans la ville avec son infanterie, se fait apporter tout le blé qui s'y trouvait, prononce la peine de -mort contre quiconque le recèlerait, et distribue par tète le bétail que les habitants avaient fait rentrer en grande quantité. Ainsi il attend les secours de la Gaule ou les horreurs de la famine.

cxxni

Les paroles de Vercingétorix retentirent comme le cri de détresse de la patrie elle-même. Depuis la Garonne jusqu'au Rhin, des Alpes àTOcéan, toutes les nations gauloises armèrent en masse pour la déUvrance d'Alésia. « Il n'y eut pas, remarque un historien, jusqu'aux malheureux débris des Helvètes, des Nerviens (exterminés deux fois), des Venètes, qui ne voulussent prendre part au dernier effort de la liberté : Ambiorix, TÈburon, parut seul au nom de son peuple égorgé. A cette heure suprême, la Gaule, mutilée, décimée peuple à peuple depuis tant d'années, semblait enfin trouver cette unité nationale dont l'absence avait été si funeste à la Gaule. »

Deux cent quarante mille fais lassins et huit mille cavaliers se rassemblèrent sûr la frontière éduenne

i78 VIE DES GRANDS HOMMES.

et se mirent en marche vers Âlésia. « Us étaient pleins d'ardeur et de confiance, dit César, car il n'en était pas un qui supposât qu'on pût soutenir le seul aspect d'une pareille armée, surtout dans une double attaque , lorsque les assiégés feraient une sortie et qu'une armée si nombreuse paraîtrait en même temps du côté de la campagne.

Malgré tous leurs efforts, les confédérés laissèrent passer le terme* assigné par Vercingétorix, et déjà dans la place la disette devenait extrême. Séparés de touje nouvelle par une double enceinte, les assiégés ignoraient le rassemblement et l'approche de l'armée gauloise.

Voyant tous les vivres épuisés et l'époque plus que passée où devait arriver le secours, Vercingétorix avait assemblé le conseil, et l'on délibérait sur le parti à prendre. Quelques-uns inclinaient à capituler, d'autres à faire une sortie tandis qu'on avait encore quelque vigueur. Critognat, Arverne d'une haute naissance et d'une grande autorité, ouvrit un avis d'une atroce et effroyable énergie :

« Je ne parle point, dit-il, de l'avis de ceux qui A prétendent appeler capitulation la plus honteuse • servitude. On ne doit, je pense, ni les regarder » comme citoyens ni les admettre dans nos con«

seils ; je combats ceux qui proposent une sortie et qui semblent répondre ainsi au souvenir de notre ancienne gloire. Mais ne pouvoir soutenir un peu de disette, c'est faiblesse. Les hommes qui se dévouent à la mort sont moins rares que ceux qui endurent patiemment la douleur. Et moi aussi, qui ai souci de mon honneur, je serais de ^cet avis, si je n'y voyais d'autre perte que la vie; mais , en prenant un parti , songeons à toute la Gaule que nous avons appelée à notre délivrance. Quel courage auront, croyez^vous, nos parents et nos amis, s'ils sont réduits à combattre sur les cadavres de quatre-vingt mille compatriotes égorgés en un seul lieu ? Ne privez donc pas de votre soutien ceux qui, pour vous sauver, n'ont pas craint de s'exposer à tous les dangers ; et , soit folie et témérité, soit défaut d'énergie, n'allez pas accabler toute la Gaule et la livrer à un esclavage perpétuel. Parce qu'on n'est pas arrivé à jour fixe, vous douteriez de la constance et de la foi publique I Eh quoil pensez- vous que ce soit pour se tenir en haleine que chaque jour les Romains ajoutent des fortifications nouvelles? Si, tous les chemins étant fermés , vos amis ne peuvent s'annoncer par des courriers, croyez-en les témoignages, leur arrivée est prochaine : c'est là ce qui effraye les ennemis et les tient jour et nuit » à l'ouvrage.

f Quel est donc mon avis ? de faire ce que firent

nos ancêtres dans la guerre bien différente des Cimbres et des Teutons. Réfugiés dans leurs villes , réduits à la même disette , plutôt que de 86 rendre , ils soutinrent leur existence avec les corps de ceux que leur âge ou leur faiblesse rendait inutiles à la défense. Et si nous n'avions pas cet exemple , je dirais que , pour la liberté , il serait glorieux de le transmettre à nos descendants. Car, quelle guerre fut pareille à celle-ci? Les Cimbres, quand ils eurent ravagé la Gaule et couvert notre pays de calamités , en sortirent enfin et passèrent sur d'autres terres : ils nous laissèrent nos lois, nos mœurs, nos champs, notre liberté. Mais les Romains, conduits par l'envie, que veulent-ils î que cherchent-ils autre chose que de se fixer dans nos campagnes et dans nos villes et de soumettre à un joug éternel des peuples que la renommée leur disait illustres et belliqueux? Ils n'ont jamais eu d'autre but dans leurs guerres ; et , si vous ignorez leur politique chez les nations éloignées, considérez la Gaule » qui vous est voisine : son droit et ses lois sont » changés, elle est sous la hache et, réduite en pro- » vince, elle gémit dans une servitude sans terme. • Les voix recueillies , il fut résolu qu'on ferait sortir de la place toutes les bouches inutiles, et qu'on tenterait tout avant de suivre l'avis de Critognat; cependant, si les secours tardaient trop, on s'y conformerait plutôt q^ue d'en venir à capituler.

CÉSAR. i91

Les Mandubiens, citoyens d'Âlésia, avec leurs femmes et leurs enfants, se virent chassés de leur ville par les soldats qu'ils y avaient reçus ; ils s'avancèrent en pleurant vers les lignes des Romains, suppliant a qu'on les prît pour esclaves et qu'on i leur donnât des vivres. » César plaça des postes sur les remparts pour les éloigner à coups de traits. Ainsi rejetée entre la ville et le camp romain, courant tour à tour des portes d'Alésia aux retranchements de César, cette multitude périt en peu de jours de faim et de désespoir.

Cependant l'armée nationale arrive près d'Alésia et campe sur une colline, à moins d'un mille des Romains. Le lendemain la cavalerie se répand dans la plaine , l'infanterie se tenant à quelque distance^ cachée derrière les hauteurs. D'Alésia l'on dominait la campagne : à la vue du secours, on s'empresse, on se félicite, on s'exalte. Les troupes sortent et se forment devant la ville ; on remplit le premier fossé de fascines et l'on se prépare à tout événement pour une attaque décisive.

César disposa ses légions sur les deux Ugnes de ses retranchements, fit sortir sa cavalerie et engargea le combat. On pouvait le voir des divers camps qui occupaient toutes les hauteurs, et les soldats

gaulois et romains, Tâme en suspens, en attendaient Tissue. L'affaire se passant sous les yeux de tous , et nul trait de "valeur ou de lâcheté ne pou* vaut rester caché, l'amour de la gloire et la crainte dé l'infamie animaient des deux côtés les combattants. La mêlée fut acharnée depuis midi jusqu'au coucher du soleil , et la victoire restait indécise, lorsque la cavalerie germaine , se serrant sur un point, chargea l'ennemi, l'enfonça et le mit en fuite. Les légions sortirent alors à la poursuite des fuyards et les poussèrent en déroute jusqu'à leur camp sans leur donner le temps de se reconnaître. La garnison d'Âlésia, consternée, regagna ses murailles .

Le surlendemain , vers le milieu de la nuit , l'armée extérieure tenta l'assaut du camp de César. Elle s'approcha des ouvrages romains dans le plus grand silence. Là, poussant un cri général pour aveftir les soldats de Vercingétorix , elle se mit à jeter des fascines et de la terre dans le fossé. Vercingétorix et les siens accoururent. Mais les deux armées gauloises se brisèrent contre les merveilles de la science militaire et durent se retirer sans avoir entamé les retranchements de César.

Page 1