‹ Histoire de CésarChapitre 12 sur 22 · CESAR. SIS · texte numérisé non relu

CESAR. SIS

rapprochant de Rome autant que les lois le permettaient à un général d'armée à qui il était défendu de dépasser les limites de sa province, tantôt en s'éloignant tout à coup comme pour tromper le désir qu'il avait allumé et emporter à l'extrémité des Gaules le regret du peuple. Jamais courtisane d'Athènes ou de Rome n'employa plus d'artifice pour Tamour que César pour l'ambition.

Aussi la voix de l'enthousiasme était unanime. Cicéron, le premier des orateurs et des écrivains politiques, se laissait prendre à ces pièges. César entretenait avec lui, comme avec les hommes principaux de Rome, un commerce assidu de lettres qui faisait croire à chacun qu'il avait en lui le plus tendre et le plus confiant des amis. Il avait emmené avec lui le frère de Cicéron, Quintus, et il lui conférait les charges les plus lucratives pour que l'intérêt de Quintus retint le grand Cicéron dans les intérêts de César. Toute la jeunesse militaire de Rome, appelée par ses faveurs autour de lui, se glorifiait de servir sous César et le préférait ouvertement à la patrie. Les trésors et les dépouilles de la Gaule, rançon des villes et pillage des temples, lui servaient à corrompre tantôt le peuple entier de l'Italie par des libéralités, tantôt les endettés de Rome par les millions qu'il payait pour eux à leurs créanciers. Après avoir été par politique le débiteur de tout le monde, il était devenu le créancier complaisant de tous les jeunes dissipateurs de Rome.

La bourse de César était la source intarissable où le tribun Curion, le consul même Paulus, puisaient leur or« Il éblouit le peuple romain de ses dons ; il prête aux sénateurs sans intérêt; il achète de ses deniers, pour en faire présent à la ville, un terrain pour un nouveau Forum qui lui coûte soixante miilions de sesterces ; il fait construire au Champ« de-Mars un portique couvert pour les comices, d'un mille étendue ; il élève des palais aux colonnes de marbre pour les réunions des citoyens ; il envoie des armées de gladiateurs pour les cirques ; il fait présent de milliers d'esclaves aux rois alliés de la république ; il donne asile dans sa province à tous les banqueroutiers et à tous les hommes flétris par des condamnations infamantes ; il appelle à la suite de ses camps tous les aventuriers, sangsues des pays conquis, pour les engraisser de ses ra« pines. On ne sait si son armée est notée de plus de gloire par ses exploits ou de plus d'infamie par ses mœurs. « Les soldats de César, dit-il complai* » samment, peuvent vaincre, quoique assouvis de n débauche et de luxe 1 1

Il protège ou asservit à son gré les nations; sans attendre les ordres du sénat, il prend la dictature insolente de la guerre, il enrôle jusqu'à des légions de Gaulois, il triple le nombre des siennes, il leur distribue le blé gratuitement et double leur solde sans consulter Rome ; il fonde des colonies dans la Gaule cisalpine, entre Turin et Milan, et ily appelle

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toua les hommes suspects de complicité avec Catilina, comme pour se préparer une nation à lui contre la nation légale ; il y laisse fermenter à des^ sein les doctrines les plus subversives de la vieille constitution de Rome ; à Rome même il soutient de son crédit, contre les honnêtes gens et contre Cicéron lui-même, la bande révolutionnaire de Clodius ; il lui permet de proscrire Cicéron et de brûler les maisons des prétendus ennemis du peu** pie. Tous les forfaits de Clodius le font sourire d'une perverse indulgence. En vain Cicéron l'élève au-dessus des proportions humaines dans ses écrits : « Les Alpes peuvent tomber, dit-il dans son » livre sur les Provinces consulaires; depuis les » victoires de César, ce rempart est inutile à . ritalie I »

Enfin les Ptolémée, ces rois opulents, mais tributaires, d'Egypte, lui payent des millions sans distinguer entre le trésor particulier de César et le trésor de la république. Tout ce qu'il reçoit en concussions, il le reverse à Rome en corruptions. Il achète la république avant de Tenchaîner.

Chaque année, pendant les quartiers d'hiver de ses troupes au delà des Alpes j il s'approche de Rome pour y recevoir la visite du peuple romain. Lés magistrats, les sénateurs en masse, les tribuns, les consuls, Pompée lui-même viennent lui former à Lucques une cour d'adulateurs ou de clients. Rome, pendant ces résidences de César en Toscane,

supplice, rappela toutes les horreurs des Gatilina et des Acilius. Le douzième de novembre, il se mit à la tête d'une troupe de gens armés de boucliers qui vinrent l'épée à la main attaquer la maison que Milon a sur le mont Germanicus ; d'autres tenaient des flambeaux pour y mettre le feu; il se posta dans la maison de Sylla pour faire cette attaque* Flaccus sortit tout à coup de celle que Milon a eue de la succession d'Ànnius avec des hommes hardis et vigoureux qui repoussèrent cette troupe de brigands et tuèrent les plus signalés. On chercha Clodius, et on ne l'aurait pas épargné, mais il se cacha dans l'endroit le plus reculé de la maison. »

Cependant Pompée détournait les yeux de ces tumultes, et César refusait de soutenir Cicéron contre l'agitateur de Rome, de peur de diminuer sa propre popularité dans la lie des démagogues de Clodius. Il fallut qu'un citoyen intrépide, mais isolé, Milon, adversaire personnel de Clodius, se chargeât seul de la vengeance publique en tuant Clodius qui cherchait à le tuer. Et oh va voir que ce généreux vengeur de Rome, quoique défendu par Cicéron, fut puni par Rome et abandonné par César.

Au Champ-de-Mars, Métellus fait au peuple des harangues séditieuses ; celles d'Appius le sont encore davantage, et celles de Clodius se ressentent de toute sa fureur. Les consuls sont insultés et poursuivis par lui sur le Champ-de-Mars. L'excès

de ses violences et le courage de Milon relèvent l'esprit public contre lui.

« Le 21, il y eut une foire, et le peuple ne s'assembla point ce jour-là ni le suivant. Aujourd'hui 23 que j'écris catte lettre, à trois heures du matin, Milon s'est déjà posté dans le Chs^mp-de-M9.r8. On m'est venu dire qu'il n'y a dans le vestibule de Clodius que quelques malheureux avec une méchante lapteme. Les gens de sa faction disent partout qvie Alilqn ne f^it que ce que je lui fais faire. Ils devr^ent savoir que ce héros ne prend conseil que de lui-même, et qu'il est aussi capable d'entre* prendre que d'exécuter. Sa valeur est inconcevable; il fait tous les jours des actions merveil* leuses. Mais, ^ans m'arrèter à ce détail, je vous dirai seulement qu'il n'y a pas d'apparence qu'on fasse l'élection des édiles ; que Clodius sera sans doute mis en justice par MUon, h moins qu'il ne soit tué auparavant, et qu'il pourra bien l'être par le n^ême Milon s'il se rencontre quelque part sur sa route. C'est une affaire résolue; il se charge de l'exécution et n'en craint pas les suites. Mon exemple ne l'étonné point. Ce qui le rassure, c'est qu'il n'eut jamais d'amis jaloux et perfides, et qu'il n'a gar46 de se reposer , comme moi , sur un faible protecteur. »

Les honnêtes gens attristés, dont Cicéron était la gloire et dont Caton était la vertu, commençaient à prévoir que de tels excès, commis à Rome en dépit de Pompée et avec la connivence muette de César, amèneraient bientôt un déchirement d'alliance entre ces deux hommes et qu'il faudrait suivre l'un ou l'autre pour ne pas périr écrasé entre les deux.

« Hélas ! écrit le protégé de Pompée et l'ami de César, depuis que la république est dans un état si déplorable, les amusements et les plaisirs de la vie n'ont plus rien de piquant pour moi, et je ne trouve de ressource que dans mes livres. J'aime mieux être assis dans votre bibliothèque, sur ce petit banc qui est au-dessous de l'image d'Aristote, que dans leurs chaises curules, et me promener avec vous que de marcher avec celui que je vois bien qu'il faudra suivre ; mais remettons-nous-en au sort et aux dieux, s'il en est en effet qui se mêlent des choses d'ici-bas!... Tout est brigue ici : la faction de César porte Memnius pour consul ; cela ne plaît point à Pompée, qui s'indigne et se plaint tout haut ; il s'est déclaré pour Scaurus. Ces troubles ne peuvent aboutir qu'à un interrègne ; on pourrait bien nommer un dictateur. »

Ce mot faisait à la fois méditer César et Pompée.

« Considérez dans de telles circonstances combien il est heureux pour moi d'avoir une si gracieuse bienveillance de César! Quelle heureuse planche dans le naufrage ! Comme il traite mon frère ! comme il le comble de prévenances , de dignités, d'honneurs! César vient de- lui laisser choisir entre tous les quartiers d'hiver la résidence le plus à sa convenance pour la légion qu'il commande ! Et on n'aimerait pas un tel homme de préférence à tous ceux-ci ?»

Les Romains , en effet , en étaient venus à cet excès de désordre où l'on n'a plus qu'à implorer un maître pour relever la liberté s'il est honnête, pour asservir la patrie s'il n'est qu'ambitieux. Milon venait d'armer populace contre populace, d'arracher Clodius de sa litière sur le chemin de Tibur, et de le tuer dans une rixe, à défaut de justice, pour venger les bons citoyens de ces incendiaires de sa patrie. Le meurtre accidentel ou prémédité de Clodius fit jeter à la multitude de Rome le même cri que la multitude de Paris jeta au meurtre de Marat par Charlotte Corday. Clodius était, en effet, le Marat de Rome. La honte de César fut d'avoir protégé si longtemps et jusqu'à sa mort un pareil scélérat. César ami de Clodius ! Ces deux noms associés par l'histoire des agitations de Rome dévoilent assez toute la part de César dans les calamités intestines qui devaient lui asservir sa patrie.

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^ulie, fille de Cés^r et fepiwp de Pompée, avaH été jusque-là, malgré la rivalité politique, le nœqd de Talliaoce entre ces deux hpmmps. Leur en^piTe, ep ^e confondant par cette parenté ^i rapprochéç d\n cœur, était un empire de fam^le. La i^Qrt précoce de Julie relâcha ce lien ; la compétition d\\ ponvoir suprême fit le reste.

César briguait un second consulat ; \^^ lois ii^tçrdisaient à un général gouverneur d'vine provipce romaine de venir à Rome briguer les bopjaeun* Pompée, copsul avant son refroidissement pour Ce: sar, avait fait lui-même révoquer cette interdîctioQ en faveur de César. Une Ipi spéciale, inscrite çiir l'airain au Capitole, avait autorisé le vainqueijr desi Gaules à briguer 1^ consulat sans venir à Rome* César annopçait hautement Tintentiop de profiter d^ cette loi pour déclarer sa candidature. César copspl était en ce moment, pour le sénat et pour les amis de Pompée, César dictateur. Pompée et la sénat, craignant trop tard de subir la présence et l'autorité de l'homme qu'ils avaient si démesuré-

ment grandi, firent révoquer cette loi de faveur dont ils sentaient maintenant l'imprudence, et s'opposèrent légalement ainsi à la candidature de César. L hostilité secrète se dérobe encore sous l'apparence

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