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Il fallait d'abord éblouir le peuple par l'éclat de . cette éloquence qui , plus que tous les autres dons , charmait un peuple pour qui le Forum était le perpétuel spectacle du jour; il fallait de plus s'accréditer dans les provinces en affichant l'intérêt pour leurs causes; il fallait enfin étaler une certaine audace de probité qui plaisait même aux déprédateurs de l'univers , en se faisant le champion du désintéressement et de la justice contre quelques illustres concussionnaires. Ces accusations, au nom des provinces , ressemblaient à une satisfaction que la conscience bourrelée du peuple romain se donnait de temps en temps à elle-même comme un hypocrite hommage de la vertu.
11 accusa Dolabella et Antoine , oppresseurs et spoliateurs de la Grèce, comme Cicéron avait accusé Verres, spoliateur de la Sicile. Ces deux accusations lui valurent la clientèle de la Grèce ,
l'applaudissement du peuple, l'estime des bons citoyens. Rome feignit de s'émouvoir à ces peintures de ses propres crimes. De nos jours, avec un gouyemement analogue au sénat de Rome^ l'Angleterre s'est émue et passionnée aux accosations de ses orateurs Burké et Sheridan contre les sévices de Hastîngs dans les Indes. Les peufdesi engraissés des rapines du monde , veulent avoir le droit de répudier et de flétrir leurs instruments.
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La parole élégante , grecque et substantielle du jeune orateur patricien charma le peuple romain , connaisseur si exercé dans l'art de bien dire. Hortensius et Cicéron s'étonnèrent d'avoir un égal. César multiplia ses succès oratoires et sa clientèle en plaidant gratuitement , comme avocat , toutes les causes populaires auxquelles la faveur publique s'attachait d'avance. Le barreau ou le Forum était alors la grande candidature aux suffrages politiques de la multitude. Le peuple récompensait par ses votes l'éloquence mise à son service par les orateurs. Le bruit d'un discours volait par toute l'Italie aussi vite que la parole.
César confirmait cette faveur des citoyens par des libéralités qui ruinaient de plus en plus sa fortune privée , mais cette ruine même était moins une dis-
sipatioa qu'un système : en multipliant ses eréan* ciers dans Rome , ii multipliait les hommes intéressés à s<m élévation pour recouvrer avec usure leura avances , et il multipliait en même temps ses obligea dont la reconnaissance lui assurait des suffrages. Que lui importaient des millions puisés dans la bwrae de créanciers qui lui achetaient la republiqM et auxquels il donnerait lui-même la répnblicpia en gage ? Ck)-intéresser le plus de citoyens possibles à son ambition par des emprunts et par des prodigalités inépuisables , ce n'était pas seulement son luxe , c'était sa politique.
Gicéron commençait à soupçonner ce dessein profond sous l'incurie apparente du jeune favori du peuple. « Dans toute la conduite de cet homme , éciivait-il à ses amis , je crms entrevoir des vues de Ijrannie sur son propre pays; mais lorsque je vois ensuite qu'il peigne ses cheveux avec tant de recherche et d'artifice , qu'il se gratte si efféminé^ ment la tête du bout du doigt , j'avoue que j'ai peine à m'imaginer qu'un homme si léger et si voluptueux nourrisse dans son âme un si profond et si funeste dessein de renverser la i-épublique. »