LUI
Il y avait à Rome un jeune patricien, émule des Gracques, dont nous avons déjà prononcé le nom parmi ceux des protégés de César et des favoris dé sa faction : c'était Glodius, doué de tous les dons de la naissance, de la figure et de la richesse. Glodius était né pour décorer l'aristocratie ; mais son impatience d'honneurs , son immoralité et sa tm^bulence lui avaient fait chercher une fortune plus prompte, plus bruyante et plus orageuse dans les séditions de sa patrie. C'était un de ces hommes néfastes qui naissent dans les décadences des nations pour précipiter la ruine des institutions et des pouvoirs et pour s'ensevelir eux-mêmes sous les débris.
Il avait à la fois l'orgueil de l'aristocratie où il était né et l'envie de la démagogie où il s'était jeté pour écumer de la popularité à défaut d'estime. Son éloquence , désordonnée et convulsive comme son âme, convenait merveilleusement à la populace, qui ne veut pas être dirigée, mais agitée. Il soulevait celle de Rome , comme le vent soulève les vagues , sans s'inquiéter des excès et des délires auxquels elle s'abandonnait à sa voix. Pourvu qu'il
eût h moQvement et le bruit , peu lui importait le crime ! 11 n'avait pour conscience que sa pasôion. il était l'ennemi né de tous les hommes de bien ; Caton, Cicéron, Pompée lui-même étaient sans cesse désignés par lui aux poignards des sicaires comme les seuls obstacles de l'anarchie , seul gouvernement compris par ce révolté contre toutes les lois. IT enrôlait , il soldait, il traînait partout à sa suite une bande de vociférateurs, de .gladiateurs et de scélérats, qui assiégeaient les maisons de ses ennemis, qui imposaient leurs volontés aux comices du peuple , et qui faisaient trembler même le sénat.
C'était le roi de la multitude, le Danton de Rome, mais un Danton subalterne , sans autre politique que le tumulte, sans autre éloquence que la vocifération. De tels hommes, odieux à tous dans les jours de sang-froid, ont, dans les temps de trouble, la force que la convulsion donne aux hommes saisis d'un accès de délire. Ils sont la fièvre chaude des attroupements, ils périssent après le paroxisme, mais ils sont redoutables pendant Faccès.
Tel était le grand démagogue de Rome : Clodius.
Gésaar seul avait de l'empire surClodins parce que €ésar était un Gtodius de génie, un ClodittB modéré, un Clodiu& politique qui couvrait la déma-
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gogie tumultaeufie du vrai Clodius de sa considération quand elie tombait dans le mépris , de sa protection quand elle formulait des désordres, de son indulgence quand elle touchait au crime.
D'ailleurs, César^ comme on l'a ¥U, n'avait pas ciaiat de faire lui-même violence au sénat , aux lois, à son collègue le consul Bibulus, pour favoriser les prétentions de Clodius au titre de plébéien et aux fonctions de tribun du peuple, dont ce titre de jdébéien était là condition à Rome.
Ces services forçaient Clodius, sinon à la reconnaissance, au moins à une déférence qui profitait à César. Entre ces deux hommes il y avait un lien d'ambition d'un côté, de clientèle de l'autre. Uleur importait également de ne rompre à aucun prix cette coalition sourde de l'ambition et du crime.
Un hasard allait mettre à une pénible épreuve cette alliance des deux agitateurs de Rome, et montrer si dans César l'homme l'emportait sur l'ambitieux ou i'ambitieux sur l'homme.
Clodius, qui ' fréquentait la maison de César, aimait Pompéia, la jeune et belle épouse du consul. Pompéia, séduite par la jeunesse et par les grâces de Clodius, avait préféré le tribun au héros.
Cette passion criminelle de Pompéia et de Clodius éprouvait des obstacles dans la nombreuse domesticité de César et dans la surveillance de sa mère, femme austère, qui gouvernait sa maison. Une jeune esclave de Pompéia, nommée Abza, cor rompue à prix d'or par sa maîtresse, favorisait lés entrevues secrètes des deux amants. Les fêtes de la Bonne Déesse^ pendant lesquelles les femmes célébraient, dans l'intérieur de leur maison, des cérémonies mystérieuses d'où les hommes étaient sévèrement exclus, parut à Clodius une occasion propice de s'approcher de Pompéia sans risquer de rencontrer César.
Il se déguisa en chanteuse, déguisement que sa jeunesse, sa tkille, la blancheur féminine de son teint ne démentaient pas au demi-jour des flambeaux, et il pénétra sous ce voile dans le vestibule de la maison du consul. Âbza, qui l'attendait à la porte, feignit de le prendre pour une des chanteuses convoquées pour la fête, le conduisit par la main à l'étage supérieur, et, le laissant seul dans un corridor obscur, s'empressa d'aller prévenir sa maîtresse. Mais, pendant la courte absence d'Abza, Clodius, rencontré et reconnu pour un homme déguisé en femme par une esclave d'Aurélia , mère de César, s'enfuit et se cacha dans la chambre d'Abza.
Le sacrifice profané et interrompu par le bruit de ce scandale remplit la maison de trouble et de
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rumeur. Clodius, cherché avec horreur par toutes les femmes, est découvert dans la chambre de l'esclave complice ; il est chassé comme un sacrilège, et les femmes, sortant en foule de la maison profanée, remplissent la ville du récit, et du scandale, et de l'impiété adultère de Clodius. La mort, dans les lois romaines, devait être l'expiation d'un tel forfait. Les tribuns citent Clodius à leur tribunal. Le peuple, qui lui est vendu et qui pardonne tout à ceux qui le servent, prend le parti de son démagogue favori. L'émeute l'absout d'avance, pendant que les juges, intimidés, l'interrogent.
César , le plus intéressé de tous dans le procès , partagé entre son honneur à venger et son ambition à préserver, n'hésite pas à sacrifier son honneur. Cité comme témoin , il déclare aux juges qu'il n'a aucune connaissance de ce qu'on impute » à Clodius. » Le tribun qui l'interroge , étonné d'une réticence si étrange, lui demande pour quel motif alors il a répudié Pompéia le lendemain de la découverte de Clodius dans sa maison. 11 explique cette inconséquence évidente par un de ces mots qui cachent le vide de sens sous l'apparat du sophisme. « C'est, dit-il, que la femme de César ne » doit pas même être soupçonnée. » L'esprit de parti se contenta de cette réponse, qui, si elle était sérieuse, condamnerait une femme innocente pour le crime de son suborneur ou pour la malignité de ses calomniateurs . Mais César éluda ainsi la rup-
dg VÏE DES GRANDS HOMMES.
ture des intelligeoees qu'il voulait conserver avec le boute-feu de Rome.
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Il profita même de cette circonstance pour s'assurer un appui de plus dans le sénat, en épousant Calpurnie, fille de Pison, homme consulaire, du tiers parti de Rome, dont l'alliance était une racine jetée de loin dans l'aristocratie. Ayajit ainsi combiné ses popularités contraires dans la plèbe, dans les vétérans et dans les colons par ses lois agraires, dans le sénat par Pompée, dans le parti xles honnêtes gens par Gicéron, dans le parti de Marins par sa première femme , dans le parti de Sylla par la seconde , dans le parti intermédiaire par la troisième, dans la coterie des riches par Grassus, dans la horde des démagogues et des scélérats par Glodius, il rassembla, dit-on, avant son départ , tous les membres de ces factions diverses dont il avait fait ainsi sa faction personnelle, et il leur fit prêter serment de soutenir dans Rome sa fortune, pendant qu'il allait grandir pour revenir à son tour servir de sa toute-puissance leurs intérêts .
Ce fut la ligue de toutes les ambitions subalternes avec l'ambition suprême. Tout en est vrai dans la contexture, excepté sans doute le serment rap-
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porté par Suétone. César, aasefz impie pour douter des dieux , n'était pas assez novice pour croire qu'on retenait les hommes politiques par un serment. Le seul serment pour fui, c'était l'intérêt persoimel de ses complices ; tous étaient bien convaincus que sa fortune était leur fortune et qu'ils ne pouvaient désormais s'élever ou tomber qu'avec lui.
César hit-mème a écrit sa guerre des Gaules avec la rapidité et la concision d'ua soldat ou d'un géo^aphe: qui note en courant les lieux et les choses • Ses CémmenMmns^ ouTPage , selon nous , trop loué sur* le nofa àt l'auteiir par le» superstitions de la renonunée, n'est qu'un registre, tenu par un CMqpiloteiir afEsdré, de matériaux préparés pour réd%er à toisir sa véritable histoire. 11 n'y a guère que ce qu'oa estime dans» unr catalogue de faits : exactitude, clarté, précipitation de phime, ébauche dessinée à grands traits, mais rarement peints, encore moins sentis; çà et là quelques bons éclairs de style qui illuminent par moments un horizon vaste et obscur ; mais en général une aridité, une sécheresse, une nudité osseuse de récit qui ne ' donnent aux farts, aux lieux, aux batailles, aux caractères, ni leur éclat, ni leur couleur, ni leur
intérêt. César était trop presdé pour peindre ; il esquissait l'univers.
Il a laissé sous ce rapport, selon nous, une im- .mense supériorité à Bonaparte à Sainte-Hélène. Là, dans les Dictées historiques de ses premières campagnes, Napoléon, écrivain, s'est égalé lui-même à lui-même ; il a fait de ses batailles des poëmes écrits par un tacticien. L'expression s'y moule sur le fait comme l'airain sur le nu; elle s'y colore, non de teintes artificielles, mais de sa propre chaleur, comme le fer au feu, rouge parce qu'il brûle. Nul, excepté Machiavel, n'a écrit la guerre ou la politique de ce style. Ce n'est plus un écrivain qui remue des mots, c'est un colosse qui construit sa phrase avec des blocs d'images, d'impressions et de pensées. Copiste dans sa jeunesse, déclamateur dans sa maturité, la guerre, la politique et l'expérience des choses en avaient fait le plus robuste des historiens. L'âme pathétique de César lui manqua seule pour le surpasser. Mais Napoléon n'était qu'une intelligence. César était homme, et c'est ce qui le fit adorer.
Sa popularité et ses libéralités l'avaient précédé parmi les légions qui l'attendaient dans les deux Gaules. Nous avons déjà dit que les Romains ne
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scindaient pas leurs grands citoyens en deux et que la réputation d'un grand orateur ou d'un grand politique ne faisait pas préjuger aux troupes un médiocre général ; au contraire, le prestige d'une supériorité de génie à la tribune ou au conseil leur faisait augurer une supériorité égale dans le commandement des armées. La guerre n'y était pas un métier, mais un héroïsme intelligent des batailles.
Gésar fut reçu par ses légions comme un homme qui portait le génie et la fortune avec lui. Sa familiarité cordiale, son intrépidité gracieuse, sa conversation élégante avec les chefs, populaire avec les soldats ; ses libéralités qui ne se réservaient rien à lui-même que le bonheur de tout conquérir pour tout donner; une supériorité de génie, qui se révélait au premier coup d'oeil et au premier mot, sur les roiitines militaires de ses prédécesseurs ; des perspectives de gloire, de conquêtes, de dé; pouilles, de triomphes en commun, qui précipitaient, dans ses harangues, les légions oisives au delà des Alpes ; une certaine indulgence habile et licencieuse qui laissait détendre la discipline des camps, pendant les loisirs, pour la resserrer avec plus de nerf dans la marche et dans l'action ; enfin un aspect et une éloquence qui enlevaient les regards et les cœurs, et qui faisaient qu'on lui donnait avec enthousiasme ce qu'on se laissait imposer par
d'autres; ces dons variés en firent en peu de mois
iW VIE DES GRAMMS HOMMES.
Tidole (fe 8QQ année. Il s'étudia à Ii^ séduire econme il simt sédwt le peuple romain, et à w Fincorporer plus qix'àla groHÎr.
UX
•L'idée de l'empire l'obsédait jusque éaaatk sea premiers pas vers la Gaule ; il la laissait transpercer avec ses lieutenants dans les confidencea de la marche. Il savait que l'espérance démesurée d'une ambition attadie les subalternes par leurs rêves».
Une fois, comme il soupait dans une misécable bourgade du sonunet des Alpes, quelquesruns de ses jeunes convives, plaisantant avec ironie sur la pauvreté et la relégation aux confins des neiges de ce hameau inconnu, se demandaient s'il pouvait y avoir dans ce village des ambitions, des compétiti<ms de pouvoir et des brigues pour l'autorité comme à Rome. César, qui les entendit, se retourna vers eux et s'étonna de leur doute* « Quant à » md, » dit-il en soupirant, conune il avait soupiré à Cadix devant le buste d'Alexandre, «j 'aimerais B mieux être le premier ici que le second dans B Rome. »
Jamais la soif de la gloire n'éclata plus franchement dans un cri de l'aune.
GËSAIL ^ loa
L'invasioa inuaineiite dea Helvètes (Suisses) dans la Gaule centrale fut le prétexte qui appela^ César.
Un puissant chef de clan, nommé Orgétorix, avait voulu persuader aux Helvètes, ses compatriotes, que leur valeur les rendrait facilement maîtres de toute la Gaule s'ils abandonnaient leur étroit territoire. Il se flattait que la conduite de la horde lui serait confiée , et qu'alors, investi d'une autorité presque absolue, il pourrait, à la faveur d'une telle entreprise, s'emparer de la royauté. II lia ses intérêts avec ceux de deux autres chefs de élan, YÉduen Dumnorix et le Séquanais Castic, leur promettant de les aider à se faire rois de leurs nations.
Au premier bruit des projets d'Orgétorix, il fut jeté en prison par l'ordre des magistrats helvètes , et mis en jugement devant le peuple comme aspinmt à 1« tyraanie. Dâivré par son clan, mais se sentant le plus faible, il jse tua de sa propre main.
La mort d'Orgétorix ne fit point abandonner aux Helvètes le dessein qu'il leur avait inspiré, et les préparatifs commencés se poursuivirent avec la même chaleur. On yoyait bien qu'ils voulaient s'interdire à jamais le retour. Ils avaient brûlé
leurs douze yilles et leurs quatre cents villages, détruit les meubles et les provisions qu'ils ne pouvaient emporter. En comptant les femmes et les enfants, ils étaient au nombre de trois c^nt soixantedix-huit mille : chiffre certain, car les Romains, dit César, trouvèrent dans le camp helvétien les rôles du dénombrement écrits en caractères grecs.
Le rendez-vous général avait été fixé près du lac Léman. Us trouvèrent, vers Genève, César qui leur ferma la route : il avait fait couper le pont du Rhône qui communiquait avec l'Helvétie , et rassemblé en toute hâte les garnisons et les milices de la Narbonnaise. Les principaux chefs des Helvètes lui furent envoyés en députation. V Homme de la parole (c'était le titre que portait l'orateur en langue gallique) lui dit : « Les Helvètes veulent traverser la province, mais sans y causer le moindre dommage ; ils n'ont pas d'autre chemin à prendre, et ils espèrent que César ne leur refusera point son consentement. »
. César n'avait pas oublié la mort du consul L. Cas- 8ÎU8 et la hante des légions que les Tigurins (habitants du canton de Zurich) avaient fait passer sous le joug dans le lieu même où ils venaient solliciter l'entrée du territoire romain ; mais il n'avait qu'une
légion avec lui. Il différa de répondre, et usa du délai, qu'il indiqua, pour creuser un fossé et construire un mur de seize pieds de haut, flanqué de tours, sur une étendue de dix-neuf milles entré le lac Léman et le Jura. Quand les ambassadeurs helvètes revinrent, il leur déclara « que, d'après les. usages du peuple romain, il ne pouvait permettre à qui que ce fût l'entrée de la province. »
n ne leur restait plus que la route du Jura, route si difficile qu'ils n'osaient s'y engager sans le consentement formel des habitants. Ceux-ci, circonvenus par Dumnorix, l'ancien allié d'Orgétorix, ne défendirent pas l'entrée des montagnes, quoiqu'ils l'eussent promis aux Romains.
Les Helvètes se dirigèrent sur la Saône, limite conmiune des Séquanes (Francs-Comtois) et des Edues (Autunois). Les émigrants travaillèrent jour et nuit à rassembler des barques, à construire des radeaux ; mais une si grande multitude de peuple, de bêtes de sonmie, de bétail, de chariots, de bagages de toute sorte, occasionna une perte immense de temps. Les Tigurins, qui formaient l'arrièregarde, étaient encore sur la rive gauche du fleuve quand César arriva comme la foudre et les tailla en pièces ; puis, jetant un pont sur la rivière, il fit en
un jour passer toute son armée, forte de smxaiite^ dix mille hommes, sur l'autre ri^e.
Les Helvète» avaient marché si tentemeat qm César avait eu le temps de eourir en Italie, d'en ramener cinq légions, de traverass les Alpes^ par La pins eourt chemin, malgré la vigoureuse défense des montagnards, peuplades ennemies de Rome, et d'arriver ainsi au secours des Édues:, menacés par l'invasion des Hehètes.
jLxm
Effrayés de sa promptitadâ, les Hdvète& hn envoyèrent des députés chargés , disaient-ils , de traiter de la paix ; mais les discours de ces hommes et leur choix faisaient voir que leur mission n'était qu'une feinte pour gagner du temps. A leur tête se trouvait Dîvicon, qni commandaîl lœ Tigurinaar lors de la journée au Léman, et qm avait ^Kk paasor la» légions romaines sous le jeug.. Quoique âgé ^ qaatre->vingt8 ans, le vieux dief parlaà Gésar victe>^ tiens wee le mâme orgnefl qt^iL aioBk parié cân^ qiiante ans auparavant aiBK lieubcnaiits' desiégibn» vaincue» :
« Si lés Romains veulenir la paix, kû dit^ll^ qu'Ai Ans aaa^ent une plaee en Gande^ eb nous ThalÉteroas; s'ils persistent à nous- faire hugeienre, qu'il» se rappellent ee qu'elle bura ceôlé. Pour avoîi
CÉSAR. Ifn
assailli à Timproviste un de nos cantons, lorsque tes autres, au delà du fleuve, ne pouvaient lui porter secours, il n'y a pas tant sujet de s'enorgueillir et de nous mépriser 1 Les Helvètes ont appris de leurs pères à se fier plus au courage qu'à la ruse, et à «ompter peu sur les stratagèmes de la guerre. Que les Romains ne s'exposent donc pas à voir le lien où nous nous trouvons, comme un autre bien connu, s'illustrer pai' la honte de leur république et la destruction de leur armée I »
 ces paroles dures pour la fierté romaine. César
répondit « qu'il n'avait point oublié ce que les
Helvètes prenaient à tâche de lui rappeler ; qu'ainsi
sa conduite était tracée d'avance ; qu'il conservait
de ce revers d'-autaiit plus de ressentiment que le
consul Cassius, attaqué à l'improviste, avait été
victime d'une perfidie. Quand lui, César, oublierait
cette ancienne injure, pourrait-il perdre le souvenir
d'aflfronts plus récents? Les Helvètes n'avaient-ils
pas voulu s'ouvrir malgré lui un chemin à travers
la province ? N'avaient-ils pas porté la désolation
chez les Édues, chez les Ambarres, chez les AUo-
broges, dont ils avaient saccagé les établissements
et les propriétés sur la rive droite du Rhône ? Une
armée romaine verrait-elle de sang-froid ravager les
champs des sujets ou des alliés de Rome, envahir
leursvilles, traîner leurs enfants en servitude? « Cet
» insolent orgueil que vous inspire une victoire,
» ajouta le proconsul avec colère, cette lenteur de
» la vengeance dont vous avez droit d'être surpris, » entrent, n'en doutez pas^ dans les desseins des » dieux. Quand ils veulent châtier les hommes, ils » leur accordent de temps en temps quelques suc^- » ces, pou^ les enivrer de leur impunité et leur » rendre par là le malheur plus terrible. Cependant, » si vous livrez des otages, si les Édues, leurs aUiés,^ » et les AUobroges reçoivent réparation des dom- B mages soufferts, je consens'à faire la paix. »
« Les Helvètes, repartit froidement Divicon, ont appris de leurs pères à recevoir et non pas à donner des otages ; le peuple romain en porterait témoignage au besoin. »
Les négociations furent rompues, et la horde reprit sa marche, suivie de l'armée de César. Après quelque temps d'escarmouches, les Helvètes, profitant d'une diversion de César à Bibracte (Autun) , où il était allé s'approvisionner, firent volte-face et assaillirent l'armée romaine.
Pour soutenir ce premier choc, César jeta en avant toute sa cavalerie, pendant qu'il ordonnait son infanterie sur une hauteur. Dans ce moment, on lui présenta son cheval, mais il le renvoya : • Qu'on me l'amène après la victoire^ quand il fau- » dra poursuivre, dit-il; maintenant, il s'agit d'at-
CÉSAR. i09
» tendre de pied ferme. » A ee mot d'ordre, tous les officiers romains renvoyèrent, comme lui, leurs chevaux.
Les Romains, postés sur une colline, repoussèrent l'attaque des Helvètes avec avantage ; mais, quand ils voulurent prendre l'offensive et poursuivre leurs ennemis, ils furent chargés en flanc par la réserve de l'armée helvétienne.
La lutte recommença avec acharnement et dura longtemps dans les ténèbres, jusqu'à ce que les Helvètes, rompus une seconde fois, se retirèrent vers leurs chariots et leur bagage. « Depuis le milieu du jour que le combat avait commencé, aucun Romain, dit César, ne pouvait dire qu'un Gaulois eût tourné le dos. » Autour des campements de la horde, la bataille se prolongea, et là, nou'-seulement les hommes, mais les femmes et les enfants, du haut des chariots, de dessous les chariots, à travers les roues, de toutes parts enfin, firent pleuvoir une grêle de traits qui arrêtèrent longtemps les Romains. Enfin l'enceinte des chariots qui formait leur camp fut forcée avec un horrible carnage.
Les débris de la nation helvétienne se mirent en marche, la même nuit, dans la direction du nord,
0tj apris aToir marclié «an» faire halte, amvèreiit le quatrième jour rar le territoire des Ling^ms {pu,jB de Langres). César les rejoignit vers DijoD. Hok d'état de tivrer une seconde bataille, ils sulûrent les conditions du vainqueur et retournèrent da&B leur patrie après avoir livré leurs ota^s et leurs armes. César voulait empêcher, dit Plutarque, que les Germains, voyant ce pays désert, ne passassent le Rhin pour s'y établir : il enjoignit aux émigrants de relever leurs bourgades incendiées et eux Àllobroges de leur fournir tout h Ué qui leur sertit nécessaire jusqu'à la prochaine récolte. Quand la horde rentra dans THelvétie, il ne restait que cent dix mille têtes des trois cent aoixante*huit mille qui Avai^t passé le Jura moins de trois mois auparavant.
Des félicitations arrivèrent à César de pi^sqixe toutes les parties de la Gaule. Une députation des notables citoyens se rendit près de lui, chargée de lui dire, au nom de leurs cités, a qu'encore qu'il eût combattu les Helvètes pour garantir les tenres du peuple romain et venger d'anciennes injures, la Gaule ne lui devait pas moins que sa patrie même ; car il l'avait sauvée d'une guerre cruelle et peutêtre de la servitude. ■
GfiSAR. m
Ce n'était mu d'avoir repotissé les Helvètes, ai les Suèdes envahissaient la Gaule. Les migrar» tions des Germains étaient continuelles : déjà cent vingt mille guerriers étaient passés. Arioviste, chef des Suèves, s'était établi sur les terres des Sequanes ; il en avait d'abord pris le tiers, et maintenant il ordonnait aux habitants d'évacuer un antre tiers pom* le céder à vingt-quatre mille Hé* ruies qui, depuis quelques mois, étaient venus se joindre à lui.
Se trouvant réunis en grand nombre auprès de César, les députés de la Gaule centrale crurent l'instant opportun pour lui demander son assistance contre les envahiss^nents et la tyrMinie d'Arioviste. Le même druide qui av»t sollicité les secours de Rome, Divitiac, frère aîné de Dumnorix, prit la parole et exposa devant César la situation de la Gaule, inondée et opprimée par un déluge de €rermain8 .
« Il arrivera nécessairement, ajouta-t-il, qu'est pen d'années tous les Gaulois seront chassés de la Gaule et que tous les Germains auront passé le Rhin ; car le sol de la Germanie et celui de la Gaule ne peuvent se comparer, non plus que la manière de vivre des habitants. Si le peuple ro»
ii2 VIE DES GRANDS HOMMES.
main ne vient pas à notre secours, 11 ne nous reste d'autre parti à prendre que d'émigrer comme les Helvètes, d'aller chercher loin des Germains d'autres demeures, une autre patrie, et de tenter, quoi qu'il en puisse advenir, les chances d'une meilleure fortune. »
De graves motifs, remarque l'historien de la Gaule, M. Amédée Thierry, engageaient César à embrasser chaudement la cause des Gaulois. 11 sentait que l'abaissement des Édues, honorés tant de fois par le sénat romain du titre de frères, était, aux yeux de la Gaule , un sujet d'étonnement et presque de mépris pour la république. Il voyait, en outre, la province déjà menacée par les Germains, puisque Arioviste, maître de la Séquanie Franche-Comté), n'était plus séparé des établissements romains que par le Rhône. Ce chef féroce en était venu d'ailleurs à un degré d'arrogance et de cruauté qu'il n'était plus possible de soutenir. Au moindre aocès de son humeur ombrageuse, il torturait les otages qu'il s'était fait livrer par les Gaulois ses tributaires, et quelquefois il les faisait périr dans les supplices. Cet homme farouche n'avait rien changé à la vie de ses forêts ; il campait en plein air, promenant son armée de bois en bois,
ne connaissant d'abri que la voûte du ciel et la tente de peaux du guerrier germain.
César, afin de mettre de son côté les apparences de la modération, députa vers Arioviste pour lui demander un entretien touchant des objets de haute importance. « Si j'avais besoin de César, répliqua ■ le Suève, j'irais vers lui ; s'il veut de moi quelque • chose, qu'il vienne vers moi. »
César lui signifia alors par députés qu'il eût à ne plus attirer d'autres Germains dans les Gaules, à restituer les otages des Édues, et à ne plus ravager les terres de ce peuple ni de ses alliés. S'il se refusait à ces réclamations, César vengerait leurs injures.
— « Je suis maître, répliqua Arioviste, de ma province gauloise que j'ai vaincue par les armes, comme les Romains de la leur... Si vous me laissez en repos, vous y gagnerez ; je ferai toutes les guerres que vous voudrez, sans peine ni péril pour vous. . . Quant à la déclaration de César, « qu'il ne négligerait pas de venger les Édues, » personne ne s'est attaqué à moi sans s'en repentir. Qu'il vienne donc , et César apprendra alors à connaître les Germains, qui depuis quatorze ans n'ont pas dormi sous un toit. 9
César reçutà la fois et cette réponse et la nouyelle que les cent cantons des Suèves s'avançaient en masse vers le Rhin. Voyant qu'il n*a pas un seul instant à perdre, il se met en marche, traverse le territoire des Séquanes et occupe à Timproviste Vesontio (Besançon).
Cependant les soldats romains questionnment les Gaulois avçc inquiétude sur les nouveaux ennemis qu'ils allaient combattre. Tout ce qu'on rapportait de la taille et de la férocité de ces géants du Nord épouvantait les vétérans eux-mêmes. César, voyant, dit Hutarque, que la terreur s'était emparée de ses officiers, et surtout des plus nobles, qui n'étaient venus servir sous lui qu'avec l'espoir de s'enrichir et de vivre dans le luxe, les assembla et leur dit qu'ils pouvaient se retirer; que, lâches et mous comme ils étaient, ils ne devaient pas s'exposer à contre-cœur. « Il me suffit de la fixième légion, » ajouta-t-il, pour aller attaquer les Barbares, qui » ne sont pas plus redoutables que les Cimbres ; et » je ne me crois pas inférieur à Marius. »
La dixième légion, flattée de cette marque d'estime, lui députa ses officiers pour lui en témoigner sa reconnaissance. Les autres légions désavouèrent leurs officiers, et tous ensemble, pleins d'ardeur
et de bonne volmfté, marchèrent droit aa can^i d'Arioviste.
Après sept jours de marche, César, conduit par son fidèle ami Diyitiac, arriva en vue des Germains.
Âloi^ eut lieu Tenlxevue que César ayait aupara» vaat demandée en vain. Les deux généraux, sans descendre de cheval, conférèrent sur un tertre qm s'élevait entre les deux armées, rangées dans une vaste plaine. Pendant ce colloque, on vint avertir César que la cavalerie d'Arioviste, se rapprochant de la hauteur, commençait à lancer des pierres et des traits.
Le proccmsul rompit la conférence et se retira vers son armée, lui défendant aucun acte de représailles. Lorsqu'on connut dans le camp romain la fin de l'entrevue, il n'y eut qu'une voix pour combattre. Deux jours après, Arioviste fit demander que les négociations fussent reprises. César se contenta d'envoyer un Gaulois dont la fidélité lui était connue et un Romain qui avait été l'hôte d'Arioviste : il les chargeait de recevoir et de rapporter les propositions du chef germain. Mais aussitôt que celui-ci les vit entrer dans son camp, il leur eria devant toute Farmée : « Qui vous amène ? Ve-
nez-vous ici pour nous espionner? » Et il les fît mettre aux fers.
Une semaine se passa en escarmouches. Ario\iste s'efforçait de couper les \iyres aux Romains, mais il évitait toujours la bataille. Cinq jours de suite, César tira ses légions de son camp et les disposa pour le combat ; mais Arioviste retint constamment son infanterie derrière ses lignes.
Dans une escarmouche où les Germains n'engagèrent que leur cavalerie, il y eut beaucoup de blessés de part et d'autre. Comme le général romain s'enquérait auprès des prisonniers pourquoi Arioviste ne voulait pas combattre, il apprit que, suivant la coutume des Germains, l'ennemi avait consulté les devineresses sacrées s'il fallait ou non livrer bataille, et que les prêtresses, qui prétendaient connaître l'avenir par le bruit des .eaux, par les tourbillons que les courants font dans les rivières, avaient défendu à l'ennemi de combattre avant la nouvelle lune.
César crut le moment favorable pour attaquer, il marcha aux ennemis. A l'approche des légions, les Germains, forcés de combattre, sortirent de leur camp et se rangèrent par nations. Le choc fut si violent des deux parts, que ni les uns ni les autres
CÉSAR. il7
ne purent faire usage des javelots; on se battit corps à corps ayec le glaive ; mais les Germains, ayant promptement formé leur phalange accoutumée, soutinrent avec fermeté TefiTort de Finfanterie romaine. « On vit alo^s, dit César, les légionnaires s'élancer sur la voûte des boucliers qui couvrait cette phalange, les arracher avec leurs mains, les briser à grands coups d'épée et égorger Tennemi, dont ils foulaient la tête sous leurs pieds. »
César en personne culbuta Taile gauche des Germains, mais leur aile droite fit plier la gauche des Romains et elle l'accablait, quand le lieutenant Crassus, commandant la réserve, lança la troisième ligne, jusqu'alors immobile, pour soutenir les autres légions. Enfoncées de toute part, les troupes d'Ariovtste se débandèrent, prirent la fuite, et ne s'arrêtèrent qu'au Rhin, éloigné d'environ cinq milles du champ de bataille. Tout ce qui ne put passer le fleuve en barques ou à la nage fut massacré par la cavalerie romaine. 11 resta, selon Plutarque, quati^evingt mille morts sur la place. Arioviste, perdant à la fois, dans la déroute de son armée, ses deux femmes et ses deux filles, alla mourir de désespoir en Germanie.
Le Gaulois qui avait été député par Céaar était emmené chargé de chaînes par ses gardiens fugitifs. César le retrouva tout à coup en poursuivant Tennemi. « Cette rencontre ne lui fit pas moins de plaisir que la victoire même, dit4t, dans ses eom* mentaires, car il retrouvait Thomme le plus estimable de toute la province, son commensal, son. hôte, qu'il arrachait des mains des ennemis ; et la fortune, en le lui rendant, lui permettait de jouir pleinement d'un aussi grand succès» Le Gaulois lui dit qu'il avait vu trois fois jeter le sort pour décider s'il serait livré aux flammes ou si son sup^ plice serait différé, et que trois fois le hasard l'avait sauvé. »
A la nouvelle de cette victoire, les cent cantons des Suèves qui arrivaient déjà sur les bords du Rhin reprirent avec effroi la route de leurs forêts, et les habitants de la rive les poursuivirent et leur tuèrent beaucoup de monde.
César avait terminé ces deux grandes guerres en une seule campagne. Il emmena ses troupes en quartier d'hiver chez les Séquanes, et, les laissant sous le commandement de Labiénus, il partit pour aller tenir l'assemblée annuelle dans la Gaule cisalpine.
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L'enthousiasme des Gaulois jpour le vainqueur égala d'abord celui des Romains ; mais, lorsqu'on vit qu'il ne ramenait point avec kii en Italie ses légions victorieuses, qu'elles occupaient la Gaule comme un pays conquis, que les agents de Rome s'emparaient de toute l'administration dans l'intérieur des villes, l'abattement succéda à la reconnaissance. On s'apercevait qu'on n'avait fait que changer de maître.
Ce mécontentement éclata dans h Nord. Une vaste coalition des peuples de la Belgique s'y forma, contre César. Les B^es, au rapport de César, étaient les plus belliqueux de tous les Gaulois, parce qu'ils étaient les plus éloignés de la civilisation de la promnce et qu'ils commerçaîefit peu avec les marchands étrangers. Lorsque depuis près d'un siècle le reste de la Gaule était réduit à se défendre contre les agressions incessantes du dehors, les Belges, demeurés intacts, faisaient encore des conquêtes , et il y avait peu d'années qu'ils avaient opéré une descente dans l'île de Bretagne.
Il ne fut pas difficile aux mécontents, qui ne youlaient être ni Romains ni Germains, de soulever ces populations remuantes. Une assemblée générale fut convoquée où toutes les cités de la confédération étaient sommées d'envoyer des députés. Toutes le firent, à l'exception de ceux de Rèmes (les Rémois), qui, gagnés par les menées deCésar, espéraient obtenir avec son secours la suprématie sur le reste des Belges.
César, inquiet de ces nouvelles, revint en hâte de la Gaule cisalpine, où il avait levé deux légions nouvelles; il rejoignit son armée cantonnée dans la Séquanie, et se porta en douze jours du Doubs sur la Marne. Il arriva lorsque la levée en masse de la Belgique se précipitait sur les terres des Rèmes ; elle comptait deux cent quatre-vingt-dix mille hommes.
« On a peine à comprendre , dit M. Henri Martin dans son Histoire de France^ comment le sol de la Belgique , couvert de forêts et fort mal cultivé, pouvait nourrir une telle multitude d'hommes libres et de guerriers; c'est que la barbarie gauloise n'était pas dévorée, comme la civilisation grécoromaine, par la plaie de l'esclavage. Il n'y avait point là, comme en Italie, sous la population libre,
une couche bien plus épaisse et plus profonde de population servile, et Tesclavage était presque une exception dans la Gaule septentrionale. »
L'arrivée de César sauva Bibrax, ville des Rèmes, réduite à l'extrémité par 4es assiégeants ; mais il hésita quelque temps à livrer bataille, à cause du nombre des Belges et de la haute idée qu'il avait de leur, bravoure. Il estimait, par l'inspection des feux et de la fumée, quG leur camp pouvait occuper huit milles d^étendue , et il avait à peine quatrevingt mille hommes à opposer aux masses énormes des Belges.
Après l'épreuve de quelques combats de cavalerie, il crut pouvoir tenter une affaire décisive ; il marqua un champ de bataille en avant de son camp. Le lieu était favorable aux manœuvres de la tactique romaine. Les troupes belges sortirent de leurs quartiers et se rangèrent en ligne.
Un marais peu étendu séparait les deux armées, et chacune d'elles attendait que l'autre le passât la première pour l'attaquer avec avantage durant le mauvais pas. Les Belges ne se décidant point à traverser. César fit rentrer ses légions. Alors les confédérés essayèrent de tourner l'armée romaine et de couper ses communications avec la capitale
du pays des Rames, d'où les légions tirai^rt toutSB leors fMsonrees. César, aTorti, part avec toute sa cavalerie, les Numides aimés à>la légère, les fraudeurs baléares , les archers crétois , et court aux ennemis qui passaient l'Aisne. Le choc fut vif. Attaqués dans l'eau qui gênait leurs mouvements, plusieurs fois les Belges furent arrêtés, plusieurs fois ils revinrent intrépidement à la charge pardessus les cadavres. Ceux qui passèrent furent enveloppés par la cavalerie romaine et massacrés. C'est sans doute à ce combat que Plutarque fait allusion lorsqu'il dit , en parlant du carnage des Belges, que les Romains passaient les rivières et les étangs sur les corps morts dont ils étaient remplis.
Les Belges, déçus dans leur espoir d'emporter Bibrax et de passer la rivière, voyant que les Romains ne quittaient pas leur excellente position, et commençant à manquer de vivres, tinrent conseil, et décidèrent que chaque nation rentrerait dans ses foyers, sauf à se rassembler de toutes parts pour défendre le premier peuple d'entre eux dont le sol serait envahi par les Romains. Il valait mieux, disaient-ils, attendre la guerre sur leur propre territoire, où du moins les vivres ne manqueraient pas.
En conséquence, ils décampèrent au milieu de la
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nvàk avec grand bruit et grand bunalte, ne gasdant auetœrangvB'obéîsaantà aueiui chef, chaiwi ne songeant qu'à prw.dre le» devante pour arriver phia tôt chez lui ; ce départ avait l'air d'une fuite. César, averti par ses vedettes, mais eraignant d'abord quelque piège parce qu'il ne connaissait pas encore les motifs de cette retraite , retint d'abord ses légions. Au point du jour, il lança toute sa cavalerie avec trois légions pour la soutenir. Elles tombèrent sur les Belges et en tuèrent un grand nombre. N'ayant aucun chef pour les contenir, les fuyards se débandèrent dans toutes les directions, de sorte que les Romains, sans courir le moindre danger, continuant à tuer tant que dura le jour.
lÀXVII
Le lendemain, avant [que l'ennemi fût remis de sa terreur , César leva le camp et se dirigea vers le paya des Suessions (Soissonnais). En une grande journée de marche il arriva vers Noviodunum (Noyon). Il tenta d'enlever la ville d'assaut, parce qu'on la disait sans troupes, mais il échoua à cause de la largeur du fossé et de la hauteur des murailles. H disposa tout pouf un siège en règle. La grandeur des machines de siège et la promptitude des travaux de terrassement , tout nouveaux poin* les Belges ; les terrifièrent, et ils députèrent vers
César , lui offrant de capituler. Le général romain leur accorda la vie sauve, à la prière des Rèmes, leurs frères, mais il exigea qu'ils Uvrassent leurs armes et les principaux personnages de la nation , y compris deux fils du roi Galba, généralissime des confédérés.
De là il conduisit son armée dans le pays des Bellovaques (Beauvaisis). Ils s'étaient enfermés, avec tout ce qu'ils avaient, dans la jville de BrattAS paniium (Gratepenche). À cinq milles de c£tte place. César rencontra tous les vieillards qui en étaient sortis ; ils lui tendaient les mains, en disant dans leur langue « qu'ils se soumettaient et ne prétendaient pas résister au peuple romain. À peine fut-il campé sous les murs , qu'il aperçut au haut des remparts la multitude des * femmes et des enfants le suppliant par leurs gestes de ne point les traiter en ennemis.
Le druide Divitiac, qui accompagnait César, intercéda pour eux. « De tout temps , dit-il , les Bellovaques ont été les alliés et les amis des Édues. Entraînés par des chefs qui leur répétaient que César avait réduit les Édues en esclavage et qu'il les accablait d'indignités et d'outrages, les Bellovaques se sont détachés de nous, ils ont pris les armes
contre vous. Maintenant les auteurs de ces intrigues , voyant les calamités qu'ils avaient attirées sur leur pays, se sont enfuis dans Tile de Bretagne. Les Édues s'unissent aux Bellovaques pour implorer la douceur et la clémence de César. Que César les écoute ! ce sera porter au plus haut degré le crédit et la considération des Édues dans toute l'étendue de la Belgique. »
César, dont l'intérêt était de faire grâce, parut ne céder qu'aux prières de Divitiac ; et , comme l'intercession des Rèmes avait sauvé Nbviodunum , il voulut que les Édues pussent aussi se vanter d'avoir préservé de sa ruine la capitale des BeÛovaques. Il consentit donc à recevoir les assiégés à composition , leur fit livrer six cents otages et leurs armes, et paâsa de là sur le territoire des Âmbiens (Âmiénois) , qui se rendirent aussitôt corps et biens.
Les Âmbiens touchaient aux Nerviens (Hainaut) •
Ils répondirent aux questions que leur fit César sur
le caractère et les mœurs de ces peuples « que les
marchands n'étaient point reçus chez eux ; qu'ils
n'y laissaient entrer ni vin ni rien de ce qui flatte la
sensualité, parce qu'ils croyaient que cela pouvait
énerver et amollir le courage. Ils étaient féroces et
lâft VIE DES GRADS HOMMES.
trèfi4)raves. Ua ^'emportaient est m¥ectiYe& contre lea autres Belges, qui, dégénérant de l'énergie de leurs aneêtres, s'étaient rendus à César. Ils reniaient cette fraternité et le nom gaulois, s'attribuant avec orgueil une origine germanique. Us déclaraient qu'ils n'enverraient point au général romain de députés et qu'ils n'accepteraient la paix à aucune condition. »
La natute de leur paya était d'ailleurs très-fairoraMe aune guerre défensive. Là, aucune ville, aucun bourg ccmsidérable ne s'offirait aux regards des légions, forcées de se fray^ un passage à travers une contrée sauvage, que barraient en tout sens de grandes haies entrelacées de m^n d'homme et des taillis presque impénétrables à la vue. Ces espèces de murailles végétales empêchaient l'abord de la cavalerie et arrêtaient à chaque pas les troupes à pied. Un historien remarque « que par les soins des Nerviens, les arbres de leurs forêts étaient entrelacés comme ceux de l'Amérique le sont naturellement par les lianes. Mais, ajoute-t-il, les Pizarre et les Corlez, avec une telle supériorité d'armes, faisaient la guerre à coup sûr ; et qu'était-ce que les Péruviens en comparaison de ces dures et éaef^iques populations des Bellovaques et des Nerviens (Picardie, Hainaut, Flandre), qui venaient par cent mille attaquer César ?»
C&SuiB^ iXi
Lea Nervi^na, soutenus par les Atrebates et les Yéromanduesi, descendirent, coonne un torrent, d'une colline boisée, culbutèrent la cavalerie ro* maîne et alliée, et s'élancèrent à l'assaut du camp que César n'avait pas fini de tracer.
• César, surpris, dit-il lui-même dans ses Çom-^ mentairesy avait tout à faire à la fois : il fallait élever le drapeau qui donnait le signal de courir aux armes, faire sonner le rappel du travail, rallier ceux qui s'étaient un peu écartés pour couper du bois, ranger l'armée en bataille, encourager les soldats, donner le mot: choses dont il omit une grande partie, vu la brièveté du temps, l'approche et l'attaqua des ennemis . Deux ressources se présentaient dans cet embarras : c'étaient d'abord l'expérience et l'habileté du soldat, qui, formé par les affaires précédentes, savait se prescrire à lui-même ce qu'il devait faire*; c'était ensuite la défense faite par César à ses Keutenants de quitter chacun sa légion^ avant que le camp fût retranché.
■ Ayant pourvu au plus nécessaire, César court esDCOurager ses troupes, comme le hasard les lui présente. Rencontrant la dixikne légion, il l'exhorte, peur tonte harangue, « à se rappeler son ancienne valeur, à ne point s'étonner, et à soutenir vaillam-
ment le choc des ennemis. » Et ceux-ci n*étant plus qu'à portée du javelot, il dopna le signal du combat. Arrivé sur un autre point pour dire quelques mots aux troupes, il les trouva déjà aux mains. L'ennemi fut si empressé de combattre et nous laissa si peu de temps, que l'on ne put déployer les enseignes et même lacer les casques et ôter l'enveloppe des boucliers. L'endroit où'chacun se trouva par hasard en abandonnant le travail, la première enseigne qu'il vit, ce fut là qu'il se ralUa, afin de ne pas perdre, en cherchant son rang, le moment de corn* battre. ■
Des huit légions qui composaient l'armée de César, six seulement étaient près de lui. Quatre d'entre elles tinrent tète aux Âtr.ebates et aux Yéromandues ; mais les Nerviens se précipitèrent sur les deux dernières, qui formaient l'aile droite, les prirent en flanc, et, faisant le tour de la hauteur où le camp était assis, parvinrent tout à coup au sommet. À cette vue, la cavalerie romaine, déjà rompue, et toutes les troupes auxiliaires commencèrent à se mettre en pleine déroute. Des cavaliers que la cité Trévire (Trêves) avait envoyés par peur à César, voyant le camp rempli de troupes nerviennes, les légions pressées et presque enveloppées , les valets
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du camp, la cavalerie, les frondeurs, les Numides dispersés et fuyant de toutes parts, crurent la ba* taille désespérée , et reprirent aussitôt la route de leur pays, publiant avec joie que les Romains étaient défaits, leur camp et tout leur bagage au pouvoir des Nerviens.
La bataille était perdue, en effet, si César, par un prodigieux effort de courage, n'eût rétabli le combat. CoDune il n'avait pas son bouclier, il saisit celui d'un des soldats du dernier rang, se fait jour au front de la baCaiUe, appelle les centurions par leur nom, encourage les soldats, ordonne aux files de se déployer afin qu'on puisse se servir de l'épée, conmiande la charge et la conduit lui-même. Sa présence, son exemple rendent l'espoir aux troupes. Chacun, sous les yeux de son général, veut faire plus que son devoir, et l'impétuosité de l'ennemi se ralentit un peu.
Cependant, sur la nouvelle du combat , les deux légions d'arrière-garde qui escortaient le bagage, accouraient à toutes jambes. L'arrivée^ de ces troupes fraîches changea complètement la situation des choses. Les Romains prirent l'offensive, et ce fut aux Nerviens à se défendre. • On vit , dit César, des soldats qui gisaient couverts de blessures se soulever sur leurs boucliers pour prendre encore part l'action, les valets de l'armée se jeter sans armes sur leurs ennemis armés , et la cavalerie, pour effacer par sa bravoure la honte
laO VIE DES GRANDS HOMMES.
de sa faite, se battre partout à Fenvi des lé^on-»
Mais les Nernensne reculèrent pomt. Là où tom* baient les guerriers du premier rang , ceux da second les remplaçaient, montés sur leurs cadavres» Ceux-ci périssaient à leur tour, et, les corps s'amcmoctant , les derniers qui restèrent debout lançaient encore Hieurs traits et renvoyaient aux Romains leurs propres javelots du haut d'un monceau de cadavres. • De tels hommes, écrivait César en racontant cette journée (l'une des plus périlleuses de sa vie), avaient pu entreprendre sans témérité de franchir un large fleuve, de gravir des bords escaiv pés, d'attaquer dans un lieu défavorable : la grandeur de lew courage aplanissait pour eux tant de difficultés. »
La nation nervienne n'était pas vaincue, elle était anéantie. Les vieillards et les femmes, qui avaient été déposés dans une retraite fortifiée, au milieu d'un marais, envoyèrent des députés à César poux se soumettre. Us lui dirent, pour lui donner une idée de leur désastre, « qu'il ne leur restait que Ixois sénateurs sur six cents, et cinq cents hommes à peine sur soixante mille combattants. »
César, voulant montrer sa compassion pour ces-
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malheuMUx 6a^>lÎMit8, pourvut à la ccyaoBerratiou des débris d'un gmiid peuple, leur rendit leurs champs et leurs villes, ordonnant aux peuples vwsins de s'abstenir de tout pillage et de toute violence à leur égard.
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De tous les peuples de la Confédération belge , les Aduatiqués seuls avaient eneore les annes à la main. Ce peuple tirait son origine des Cimbres qui, après avoir ravagé la Gaule et l'Espace, allèrent tomber, en Italie, sous l'épée de Marias. Six mille, demeurés autrefois dans la forteresse d'Aduat (Namur) , avaient fait souche de nation et par leurs alliances s'étaient accrus successivem^xt jusqu'à soixante mille, ils comptaient dix-neuf mille guerriers.
Ces forces étaient en marche pour secourir les Nerviens, lorsqu'elles apprirent leur désastre. Elles revinrent précipitamment sur leurs pas, évacuèrent leurs bourgades, et s'entassèrent avec toutes leurs familles et leurs richesses dans leur forteresse d'Aduat, où ils attendirent l'ennemi. La nature semblait avoir tout combiné pour en faire une retraite imprenable ; car les rochers prodigieux et les précipices qui l'entouraient ne laissaient d'accès que par une pente douce, large de deux cents pieds au plus^
et défendue par un double mur très-élevé sur lequel on avait placé des quartiers de roches énormes et des poutres très-pointues.
Les Âduatiques ne parurent pas d'abord s'inquiéter des premiers travaux de siège , de la circonvallation de quinze milles qui environna leur ville ; ils considéraient avec une muette curiosité ces ouvrages tout nouveaux pour eux, ces terrasses, ces machines de formes variées. Voyant construire dans le lointain l'énorme tour de bois à plusieurs étages qui devait servir à escalader leur muraille, ils raillaient ces petits hommes d'Italie qui croyaient pouvoir mettre en mouvement une si grande machine. La petite taille des Romains était pour eux, comme pour tous les Gaulois, un sujet de risée.
Mais, quand la tour roulante commença à se mouvoir et à s'avancer, frappés de ce spectacle comme d'un prodige, ils envoyèrent demander la paix à César. Leurs députés lui dirent • qu'ils ne doutaient pas que les Romains, dans la guerre, ne fussent assistés par les dieux, car ils ne pourraient, sans leur aide, ébranler ces énormes machines et les approcher si rapidement des murs pour combattre de près. Ils se Uvraient donc à lui corps et biens ; seulement, si, dans sa clémence qu'ils avaient
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entendu vanter, il avait résolu de leur faire grâce, ik le conjuraient de ne pas les dépouiller de leurs armes. Les Aduatiques n'avaient pour voisins que des ennemis jaloux de leur courage, et contre les* quels ils ne pourraient plus se défendre. II valait mieux pour eux, s'ils en étaient réduits là, souffrir tout des Romains qu'être torturés et mis à mort par leurs inférieurs et leurs tributaires. »
César leur répoudit : • Que, s'ils se rendaient a\ant que le bélier eût frappé le mur, il épargne^ rait leur cité, non qu'ils le méritassent, mais parce que c'était son usage ; ajoutant qu'il n'y aurait point de capitulation s'ils ne livraient leurs armes. Il ferait alors pour eux.ce qu'il avait fait pour les Ner- ^ens : il ordonnerait à leurs voisins de respecter les sujets du peuple romain. »
Celte réponse ayant été portée dans la ville, les assiégés crièrent du haut de la muraille qu'ils promettaient d'obéir, puis il jetèrent dans les fossés ï»ne telle quantité d'armes, que les tas s'en élevaient presque au niveau des fortifications. Les portes alors s'ouvrirent, et, pendant un jour, tout présenta aux Romains l'aspect de la soumission la plus complète.
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Sur le aoir, César fit sortir les soldats de la ville, de peur qu'on ne fît de nui! quelque violence aux habitants. Les Aduatiques s'étaient concertés d'avance, espérant que les Romains, apràs la soumission, se relâcheraient de leur vigilance habituelle, que les portes seraient mal gardées et les retranchements déserts. S'armant donc les uns des armes qu'ils avaient mises en réserve , les autres de boucliers d'écorce et d'osier tressés , recouverts de peaux, fabriqués en quelques heures, ils firent à la troisième veille une sortie en masse de la place, et assaillirent les lignes ennemies par l'endroit qui leur paraissait le plus accessible. Leur attente fut trompée : ils trouvèrent les Romains éveillés et sur leur garde. Les avant-postes donnèrent l'alarme en allumant des feux, et les légions accoururent des forts les plus éloignés. Les Àduatiques se battirent en hommes intrépides qui n'avaient de salut que dans le succès ; mais, exposés dans un fond aux traits lancés du rempart et des tours, ils furent rejetés dans la ville avec une perte de quatre mille hommes.
Le lendemain , César fît rompre les portes à coups de hache et entra sans résistance . Les habitants expièrent cruellement leur manque de foi
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envers le Tainqneur. Tous furent vendus soi» la l»iee, eorpset biens, aux marchands d'esdaves qui suivaient Tarmée romaine» On sut par les adjudicataires cpie cinquante-troÎB mille tètes avaient été misesàTencan.
Cette campagne fut terminée par la soumission de TArmorique à une seule légion que César , sans provocation aucune, avait détachée contre les pays de rOuest. Crassus, qui la commandait, parcourut la côte de l'Océan, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire , ne rencontrant ni armée sur i^ed ni résistance dans les villes . Il écrivit à César que la Gaule maritime , effrayée de la prompte défaite des Belges , lui avait remis des otages en re-* connaissance de la suprématie de Rome.
Cependant Tbiver commençait, et César avait hâte de se rendre en Itahe afin d'y surveiller ses intérêts. Il fixa donc à ses troupes des quartiers d'hiver. La cavalerie alla dans le nord, chez les Belges-Trevires , comme pour les braver et démentir par sa présence les nouvelles défavorables que les auxihaires s'étaient trop pressés de répaoi* dre. Sept lésons fmrent distribuées sur la rive droite de la Loire , chez les Camutes (pays chartrain), les Andes (Anjou), et les Turons (Touraine),
dans le but de surveiller rArmorique , que César, avec raison, ne croyait pas encore soumise. Une autre légion (la douzième) alla hiverner dans les contrées qui s'étendent entre la crête des Alpes et le Rhône, afin de frayer une route sûre au commerce.
• La Gaule entière paraissait ainsi reconnaître la domination romaine à la fin de la seconde année du proconsulat de César. Ses succès avaient été trop rapides pour être décisifs. L'Ârmorique, surprise plutôt que domptée , se réveilla bientôt , honteuse de s'être avouée vaincue sans avoir combattu. L'armée romaine qui hivernait entre la Loire et la Seine , manquait de vivres . En vain les préfets et les tribuns parcouraient le pays de tous côtés et se rendaient de ville en ville, pressant les envois de provisions. Les Venètes (pays de Vannes) se saisirent des commissaires romains, croyant parla avoir trouvé un moyen infailUble de recouvrer leurs otages. Cet exemple fut imité par les peuples voisins. Bientôt une ligue commune pour la délivrance du territoire réunit toutes les nations maritimes et voisines de la côte, depuis la Seine jusqu'à la Loire. Les confédérés demandèrent du secours dans l'île de Bretagne et en reçurent quelques troupes auxiUaires. Ils signifièrent au général ro-
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main un message conçu en ces termes : • Si tu veux recouvrer tes compagnons , rends-nous nos otages. »