LE CONNÉTABLE DE BOURBON
ENFANCE DE CHAULES DR MONTPENStER. — IL DEVIENT l/ÈPOlTt DE SUZANNE DE BOURDON. — IL REMPORTE, A 16 AXS, LB PRIX DANS- UN TOURNO» — FRANÇOIS 1" LE NOMME CONNÉTABLE DE FRANCE. — BATAILLE Dr. MARIGNAN. - IL EST VICE-ROI DU MILANAIS. — SA PRESENCE A CHANTELLE. — MAGNIFICENCE QU'IL V DÉPLOIE.
— IL Y EST GUÉRI D'UNE FIÈVRE OPINIATRE. — NAISSANCE DE SON PREMIER ENFANT- — FRANÇOIS I" EN EST PARRAIN. — LE ROI, AVEC TOUTE LA COUR. EST REÇU AU CBATEAU DE CUAXTELLE — REJOUISSANCES EXTRAORDINAIRES. — DÉPIT DU ROI. — DISGRACE DU CONNETABLE — BOURBON PERD SON FILS ET SA FEMME
— DUPRAT ET BONNITET. — LA REINE - MERE LUI OFFRE SA MAIN. — AVANCES REJETÉES. — PROCÈS UUI EN RESULTE, — CHARLES -QUINT ESVOIE VS DE SES GENTILSHOMMES A CHANTELLE. — CONSPIRATION Dl CONNÈTARLE. — LE ROI EN EST INSTRUIT. - LEUR ENTREVUE A MOULINS. — FEINTE DE BOURBON. — IL VIENT S'ENFERMER DANS SA FORTERESSE DE CHANTELLE . — ACTIVITÉ EXTRAORDINAIRE DE LA PLACE — SES CONDITIONS AU ROI. — UNE ARMÉE EN APPORTE LA REPONSE. — GRAND CONSEIL TENU ENTRE BOURBON ET SES OFFICIERS- — LEUR FUITE NOCTURNE. — BOURBON ARRIVE SUR LE TERRAIN DE L'EMPEREUR.
— FRANÇOIS I" TENTE DE LE RAMENER A SON SERVICE — CHARLES DE BOURBON PREND LES ARMES CONTRE SA PATRIE — REPROCHES QUE LUI FAIT BAVARD. — SES REMORDS. — SIÈGE DE ROME. - IL EST TLÉ D'U.V COUP D'ARQUEBUSE. — VENGEANCE DU PARLEMENT. — SA MÉMOIRE EST REHABILITEE. - SA SEPULTURE A GAETE - APPRÉCIATION
est un véritable drame que la vie du connétable de Bourbon. Né sur les marches du trône , citoyen le plus vertueux de son siècle , chevalier sans peur et sans reproche, il devient tout-à-coup chef d'aventuriers, traître à sa patrie, et va mourir en désespéré sous les murs de la ville éternelle qu'il voue au meurtre et au pillage.
Et chose singulière, c'est avec regret que dans son cœur on trouve une parole de blâme à jeter à cet homme, malgré lui poussé dans cette voie déplorable qui lui a enlevé l'honneur et la vie.
Charles III, comte de Monlpensier. fut dès son bas âge adopté par Anne do Beaujcu qui le fit élever sous ses yeux, et lui donna en mariage sa fille unique, Suzanne do Bourbon. Cette alliance le rendit l'un des princes le* plus riches et les plus puissants de la monarchie.
François I" l'aimait comme un frère ; il y avait entre euv conformité d'humeur et de sentiments chevaleresques. Le jeune due de Bourbon le surpassait toutefois par son esprit méditatif et sérieux, qui en fit l'un des hommes les plus remarquables de son époque.
D'une force herculéenne, il avait, à Ifi ans, remporté le prix dans un tournois; honneur fatal, observe judicieusement un historien i l ) si, rumine on le croit, ce fut là que la duchesse <f Angoidcme conçut pour lui un amour qui devait se changer un jour en une /mine implacable. Les vieux généraux ne pouvaient s'empêcher de reconnaître en tous points sa supériorité.
A 25 ans, nommé connétable de France, le jeune due justifia le choix du monarque. La victoire de Marignan, appelée avec raison le combat des géants, fut due en partie à son courage.
« Mon frère le connétable, mandait François I" à Madame la régente, a été le héron de la bataille par son intrépidité et surtout son habile tactique. *
Ce prince fut le premier, en effet, qui modifia le système militaire, en tenant compte des nouvelles aimes <pii donnaient à la sage impulsion des manœuvres tant d'avantages sur la forco physique.
Les peuples qu'il avait su vaincre, il savait mieux les «immander encore. Le Milanais s'applaudit de l avoir pour vice-roi.
Rappelé brusquement de son gouv ernement d'Italie, il vint à ChanU lle recevoir les félicitations de ses vassaux, heureux de revoir en leur due un héros et un père.
Marillae, son secrétaire (2), nous apprend que Chan telle partagea avec Moulins l'honneur d'être le séjour de ce prince. Chantcllc même avait la préférence, et Madame de Bourbon, son épouse, aimait comme lui passionnément cette résidence, l'héritage de ses ancêtres. La régularité de l' architecture, la pureté de l'air et fa beauté de se." jardina . dit un auteur rendaient cette demeure la plus délicieux? de rEitrope et lui faisaient disputer de magnificence avec le Louvre même.
C'est là seulement , dans cet agréable palais, qu'au retour de la conquête de Gênes, le noble prince put se remettre d'une fiècre tierce qui f avait limqternps retenu à Sienne i-i.i.
(Il De Coiflicr. HitL </« Boulonnait, lom. I", pp. 352.
:3l Baudot d* Ji.iillv, k touiititMe cfc Bourtw. p^. 89. Il) MariHac.
La paix de Marignan no l'y laissa point inactif: de Chantelle, il convoqua les Etats-Généraux d'Auvergne. Il alla les tenir à Riom, et revint à Chantelle au milieu de sa cour qui était presque aussi grosse que celle du roi (1 ).
De son château de Chantelle, il a daté une foule d'actes importants : là, il fit son testament; là, il écrivit sa dernière lettre à François c'est du haut des collines de Chantelle enfin, qu'il a dit un éternel et déchirant adieu à son beau duché de Bourbonnais.
Chantelle résume donc toutes les péripéties de cette haute existence. Mais, n'anticipons pas sur les événements.
Tout souriait au connétable. Un fils venait d'être accordé à ses vœux. Le roi lui-même voulut êtro parrain de cet enfant qu'au berceau Bayard arma chevalier.
Nous ne dirons pas les tournois et les fêtes qui eurent lieu, à cette occasion, dans la capitale de son duché.
Ce baptême fut si superbe, au jugement de Brantôme, qu'un roi de France eût été bien empeschi d'en faire un pareil....
Le monarque resta un mois entier en Bourbonnais. Pour amuser les loisirs de son royal hôte, le connétable lui fit visiter ses principaux domaines. II en est un qui ne fut pas oublié. Plusieurs historiens même nous en ont laissé des description* étendues que nous allons analyser :
« Le roi et la reine descendirent à Chantelle, accompagnés de toute la cour.
« On ne peut exprimer la magnifique et superbe réception que le connétable lit à Leurs Majestés. Il alla les recevoir à Saint-Pourçaiu, suivi de deux mille gentils-hommes ses feudataires, habillés de velours et la chaîne d'or au cou. »
Suivant une tradition, qui s'est conservée parmi les paysans de Cbareil, ce fut dans le village de Cbassigné que les habitants de Cbantelle vinrent se joindre au cortège royal. Quoi qu'il en soit, d'après l'un des auteurs 'où nous avons puisé certains détails, . toute la cour fut logée commodément à Chantelle. Tous les plaisirs que l'on goûte à Paris s'y trouvèrent, et la table fut servie avec une propreté, une délicatesse cl une magnificence incroyables (2).»
« Ce Iu.ve, ajoute un biographe estimé (3), auquel n'ont pas échappé les pourpoints de velours et cette chaîne d'or, montée à t avantage, faisant trois fois le tour du cou, ce luxe fut surpassé par celui des festins, des tournois, des ballets et des mascarades.... Non-seulement le connétable fit toute cette dépense ; il régala même tous les courtisans de présents. »
{S) Baudol du Juilly.
<2| Le coruuxdMc il* Auvrfan. p»g. 242.
<3> VarilUs, Uist tk Fran/pi» i» lu IV.