‹ Histoire de ChantelleChapitre 3 sur 104 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ORIGINE DE GHANTELLE.

Œ COLONIE DE PHÉNICIENS FONDE CUANTELLE-LA -VIEILLE. — ELLE DEVIENT U CIIET-LIEU D UNE DES U)i PEUPLADES QUI COMPOSAIENT L'ANCIENNE GAI LE. — VEBCINGETORIX LA REDUIT tN CENWtBS. — KESAU ETABLIT UN CAMP SUN NOTRE ROCHER — ORIGINE DE CIlAVTELLE-LE CHATEAU. — CULTE DES FAUX DIEUX. — LA BnUBLB EST DÉDIÉE A JUPITER. — TFMI'LE DE DRUIDE* — USAGES ET LOCUTIONS CELTHJUES. — OPINIONS DIVERSES SUR CAXTII.IA - VOIE ROSIAINB — LA CITÉ DE CHANTELI.E EST RAM1EE DANS LA PREMIERE AQUITAINE.

ERE PHENICO-CELTIQUE.

-- CîA

u a .x t u l 1. 1: (1) est l'une des cités les plus remarquables de notre province ; son antiquité, ses souvenirs historiques , son site pittoresque , sa physionomie moyen-âge, ses fortifications, son prieuré, son château, tout la rend digne du pinceau de l'artiste et de la plume de l'écrivain.

Noble et gracieux pays, souffre que l'un de tes o plus faibles enfants te rende en reconnaissance et en dévouement la v ie intellectuelle et morale qu'il a puisée dans ton sein. L'ombre de ton vieux donjon

H) Chamelle c*t apprit"- par les aukurs anciens Canlilia, Omtetla, Ctmiteh, Cantilh, Cancrla, Omtilm- .Vorn. Cantmaue-Castnm, Cat)tulltmi$ }Kt<jut, CmiMIa-CasttlImn, Canl. le, Ctiantèle-du-Chastcl, CharUcl-ln- Villc, ChaAKlMe-OlUeMI. Quelquefois, mais irèvrareuiont, une * es» mise à la fin du mol Clwnielle.

a couvert, jiour ainsi dire, mon berceau, la religion, fille du ciel, m'a confié tes intérêts les plus chers ; reçois, ô ma bien-aimée et deux fois adoptive patrie, le fleuron historique dont je voudrais parer ton front.

Il n'existe que deux localités en Franco qui |M>rtent le nom de Chantellc. D'où leur vient cette étymologic ? Quelle est leur origine? Voici notre opinion qui n'est, à vrai dire l>asée sur aucun monument positivement certain , mais sur des convenances locales, sur une foule de données que nous nous somme» efforcé de lier et de coordonner ensemble.

L'étude des langues anciennes est aujourd'hui l'une des principales clefs de l'histoire. Souvent une expression saisie au hasard a suffi pour mettre sur la voie de découvertes importantes.

Qui s'imaginerait, par exemple, que Chantellc est un mot phénicien, et qu'avec cette simple indication il nous sera possible d'établir que notre pays doit, comme Marseille, sa fondation à quclquo colonie venue jadis du fond de l'Orient?

Il était dans la nature des anciens peuples de consacrer à leurs divinités les lieux où ils abordaient, les forêts qui les abritaient sous leurs ombrages, les fleuves qui les abreuvaient de leurs eaux. C'était un souvenir des traditions d'enfance, c'était un hommage aux dieux de la patrie qui devaient continuer à les protéger dans leurs lointaines pérégrinations.

Chantelle est une preuve de cet usage :

Chantellc, dans l'idiome phénicien, Canalh-el, signifie le bien de Sait/rne, le boun/ de Saturne. Telle est l'opinion du savant Bochard. Le mot latin Canthelia n'est, selon lui, qu'une traduction du nom phénicien. Bruzen la Marlinière, dans son grand dictionnaire géographique et critique, partant de Canthèle. lui donne la même étymologie, la même origine.

Sans doute, au premier coup d'oeil, il doit sembler ini|H)s8ible qu'une poignée d'étrangers ait pu franchir des distances si énormes et pénétrer à travers un ]iays entrecoupé partout de forêts et de rivières, et défendu par des indigènes qui devaient disputer, avec acharnement, l'envahissement du foyer natal; mais c'est un fait incontestable. Ouvrez l'histoire, et de l'aveu des auteurs les plus dignes de foi, Polybe, Ammien-Marcellin, Diodore de Sicile, Denis d'Halicarnasse, vous verrez que les Phéniciens, peuple aventurier et entreprenant comme les anglais de nos jours, ont [toussé leurs excursions jusqu'au cœur de la Gaule. Le fer du Berry, si nécessaire à leur commerce et à la construction de leurs vaisseaux, était le principal appât qui les attirait dans notre pays.

» Dans ces temps reculés, dit M. Guizot, le commerce exercé avantageusement [«aides marchands d'Italie et de Grèce, par les Phénicien* même, dans presque toute la Gaule, adoucissait l'âpreté des mœurs de ses habitants i l i. »

(I) Mctiiuircs sur le* Gaulois 3' luéin . i*s. 8ô.

■ Les vieilles traditions Galliques, ajoute A. Thierry, d'accord avec les traditions Phéniciennes et Grecques, donnent pour fondateur à la ville à'Alezia. Hercule ou plutôt le peuple Tyrien dont ce Dieu conquérant était le symbole ( I ). p

Or, puisque les Phéniciens ont pu pénétrer jusqu'à Alise, en Bourgogne, point beaucoup plus avancé dans les terres que notre Chantelle, pourrait-on raisonnablement soutenir qu'ils ne sont pas venus sur notre territoire ? Et pourquoi n'auraient-ils point, en passant, jeté une colonie dans notre vallée pittoresque, sur les bonis de notre gracieuse rivière? Ne sont-cc pas eux, enfin, qui ont introduit la vigne dans quelques-unes de uos provinces (2)? Et quel terroir est à ce genre de culture plus propice que le nôtre?

La ville bâtie par les émigrés Tyriens, n'est point précisément le lieu qui nous occupe ; mais Chantelle-Ia-Vieille , petit village situé à quelques pas de nous , antérieur, ainsi que son nom l'indique évidemment, Cantilia velus, à notre moderne Chantelle, Cantilia nova (3).

Tout écrivain retraçant les origines d'un pays est porté à faire du merveilleux, à se laisser aller aux séductions d'une imagination trop éprise de son sujet. Ce danger, nous le comprenons parfaitement nous-même. Toutefois , nous n'en persistons pas moins à maintenir tout ce que nous avons avancé sur ce que l'on peut appeler les temps héroïques de Chantelle.

Et ici , devrionB-nous paraître fastidieux , nous allons consciencieusement reproduire tout ce qui a été avancé sur cette question qui est pour nous de principe.

D'abord, un reste de tradition balbutie que Cantilia est composé de deux mois celtiques Cant et il. signifiant ville aux rochers, mais il nous est impossible de rien affirmer sur ce point, l'idiome des anciens Gaulois nous étant trop imparfaitement inconnu.

Un étymologiste distingué (4), dans des recherches entreprises à notre prière, fait dériver Chantelle du latin Cantellum, petit coin, ou Chantellum, chantier «l'habitation, fief octroyé par le seigneur pour y asseoir le foyer domestique.

A cette assertion, nous ne ferons que cette simple réponse : Chantelle-la-Vieille, car notre ville cantonale tire de là son nom, est antérieure à la domination romaine, plus encore à la période féodale ; elle avait un nom, des mœurs et des coutumes avant que des maîtres divers fussent venus lui imposer des lois.

ill Histoire des Gaulois, tome III, part. 2, ebap. vm, pag. 473. Diodoro raconte qu'Hercule en revenant <!e ribùrie jeta les fondements A'AUsia, dont le nom fait allusion aux voyages ou erreurs de son fondatcur- Salluste dit qu'Hercule y mourut. Quinle-Curce, lit. iv, ch*|>. 49, parle des colonies que les Plitnicien* tlablirenl, soit pacifiquement, soit les armes à la main, sur presque tout le globe.

(2) Maltebran, Géographie muturveNe, liv. u, description de la France, t. m. p. 117.

13) Sirmond, Xotes sur le* lettre» dt saint Sidoine.

(4) M. Aug. Le Prévost, de l'Académie des sciences.

Cette opinion qui semble fausse au premier coup-d'œil, peut se justifier toutefois, si l'on considère que le grec K*»0o< coin, circuit, courbure, est le radical de Catttus et de son diminutif CaïUelhtm. Nombre de localités dont la dénomination offre de l'analogie avec la nôtre, Chantenay, Chantilly. Chanteuge (Canttts Julit), paraissent

a\oir min provenance semblable.

Ce» préliminaire» poses, nous allons actuellement marcher d'un pas plus sûr dans le cfeiir de noire histoire.

f.hantelle la-Yieilie doue si: perd dans la unit des temps. Kllc avait de bonne heure pris tant; parmi les bonnes villes des Gaules ; elle était devenue bientôt le noyau, le centre d'une cité importante. Aux join s de sa splendeur, sa population s'élevait, dit-on. au chiffre de huit mille âmes, Bcsly, dont l'autorité est si respectable, n'admet-il pas lui-même que, dès les âges les plus anciens, notre Ctmtitllensis fun/tn était chef-lieu de cite 1 1 1 ?

Ainsi, les habitants de Chantelle-la-Vieille formaient un peuple à pari, une nation distincte qui avait ses usages et ses lois. On sait que longtemps avant l invasion romaine, la Gaule primitive se partageait en i(K) peuples divers.

Appien nous l'apprend lui-même , des géographe* et des auteurs dignes de toi ;;2i, confirment l'exactitude de ces calculs.

L'étendue île chacune de ces peuplades pourrait se comparer à la circonscription de nos arrondissements actuels. Les plus fortes renfermaient deux cent mille hommes, ut les plus faibles environ cinquante mille V.\). l'lutarque fixe le nombre de leurs villes à huit cents. César les a trouvées toutes très-populeuses et bien fortifiées, bâties ordinairement sur des hauteurs.

La plupart de ces peuples, noyés dans l'ancienne géographie, ont totalement disparu dans la moderne. Je mentionnerai si l'on veut les Imtiùres, les Amhimrili. les Aulerri, les JlrfMovices et tant d'autres qui nous sont inconnus , jmïïcc à la nomenclature romaine.

Les citoyens de CoiUiliti ont eu le privilège de ne point échapper totalement à l'oubli. A travers les métamorphoses des âges, il est facile d'en suivre les traces, de reconnaître leur individualité.

Quatre grands peuples existaient jadis au centre des Gaules, les Eduens, les Lémovices. les Arverties et les Bilurige». Intermédiairement, étaient placés les peuples du Combrailles Çmnbiwirunecx ( i l, environs de Montaient, ceux de Jarges, comprenant tout l'espace d Huriel à Montmarault (5), puis enfin ceux de Uiantelle.

(\\ lltslmrt ,ks c*nte$ de Poitou, pag. 79 et 236.

(2) l'lutarque en a compte jusqu'à trois cents. Voir aussi Ptolomce, dan» la troisième table de l'Europe, qui a pour titre : Celto Galalia affût.

(3) Diodorc de Sicile, liv. v, traduction de l'abbé TcrraMon [i\ Cliarabon. pris Monlaigut, était U capitale- du Combrailles.

(5| Huriel, Monlluçon, Nëri», Hérisson cl Montmarault appartenaient au pnj» des Jargeols.

Le territoire de Chantelle était situé à l'orient du Combraillcs et s'étendait depuis Bourbon jusqu'aux environs de Montmarault et de Montaigut.

Dans les anciens auteurs, les Chantelois sont toujours distingués des Bituriges, Lémo vices, Eduens, Arvcrne», du jiays de Combraillcs et des habitants de Jarges, au milieu desquels ils étaient placés ; et quand ils parlent de Cbantelle, ils le prennent, non point comme une simple localité, mais comme une agglomérat ion considérable, comme la métropole d'une foule de villes et de bourgades qui rayonnaient autour de lui. Le savant liarailon, dans ses Rec/ierc/ies sur plusieurs monuments ceftif/ues et romains, a parfaitement éclairci ce point originel de noire histoire (I). Nous n'insisterons pas davantage sur la ville phénico-celtique de Cbantcllc-Ia-Vieillle.

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