‹ Histoire de ChantelleChapitre 30 sur 104 · IU · texte numérisé non relu

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Lorsque existait la riche église de St-Vincent, celle de St-Nicolas n'avait qu'une importance secondaire. Aussi était-elle entièrement négligée. En 1765, \u son état de délabrement, elle fut interdite par S. Em. Monseigneur lecardinal de la Rochefoucauld, patriarche archevêque de Bourges, le même dont le portrait se voit chez M. Garnaud. Les notable* habitants de la paroisse avaient été convoqués au son de la cloche : MM. Mignot, Forestier, Larlaud, Petit, Morio, de Chauvigny, figurent des premiers sur l'enquête (1). L'intendant de la généralité de la province du Bourbonnais déclare que les réparations du chœur et l'achat des ornements seraient à la charge des RR. PP. Jésuites du collège de Moulins, usufruitiers du prieuré de St-Vincent, seul dé cimuteur ecclésiastique. I^cs autres dépenses furent imposées au rôle et supportées par les habitants, l'nc cuve baptismale, servant aujourd'hui de bénitier, est seule digne de fixer un instant l'attention de l'artiste. C'est un morceau du XIII* siècle, malheureusement un peu mutilé, représentant Y Annonciation, le baptême de Notre Sieigneur et le Jugement général. La scène du Jourdain est admirablement rendue : le Sauveur est à demi plongé dans le fleuve. Deux anges, voltigeant a ses côtés, tiennent respectueusement ses habits, la colombe symbolique plane au-dessus. L'austère précurseur est debout, sa main laisse échapper l'eau sur ce front divin entouré d'un nimbe crucifère. La partie réservée au jugement, beaucoup moins dégradée, renferme des détails encore plus remarquables. Les anges ici sonnent de l'olifant, là, déroulent dos phylactères où sont gravés les péchés des hommes. Le Christ prononce la terrible sentence : ses pieds et ses mains sont percés et laissent voir la profonde empreinte. Rien n'a été oublié, pas même les ongles, rendus sur la pierre avec un fini, avec une délicatesse qui frappe l'observateur. L'Annonciation est le morceau le plus faible. Ici, du reste, comme ailleurs, toutes les draperies un peu raides peut-être, sont fouillées av ec art et noblement jetées. Ce beau trav ail était autrefois déposé dans la collégiale du château. Pendant plus de ;*>0 ans, il a servi à abreuver les chevaux d'une auberge. Puisse l'eau lustrale qui y est déposée maintenant laver tant de souillures et de profanations !

Dans ces derniers temps, pour rompre la monotonie de ce pauvre édifice, quelques verrières, ouvrage deM. Thévenot deClermont-Ferrand, ont été placées dîuis le chœur : c'est le Père-Eternel, bénissant le monde, l'Immaculée-Conception, le lion-Pasteur, portant la brebis égarée sur son cœur, St-Nicolas, patron delà paroisse, et l'Assomption de la glorieuse Marie. Enfin, deux grandes toiles, données par le gouvernement, représentant la Vierge au chapelet de Murillos, et l'un des chefs-d'œuvre de Lesueur, la mort de St-ISruno, forment tout le décor de cette église, naguère si délabrée.

La sonnerie de St-Nicolas est assez complète. Trois cloches, aux jours de fête, mêlent leurs voix aux chants de nos orgues et proclament au loin les joies du Seigneur. La plus

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forte, dile Taureau de Sl-Vincent, excède à peine mille livres : mais elle a une puissance et une majesté qui électrisent les habitants et les couvrent a" un charme, ainsi qu'ils l'expriment eux-mômes. Ses accents peuvent être comparés à ceux de la Marseillaise. Une telle sonorité est due non-seulement à la perfection de la forme, mais encore à la qualité du métal. Tout le monde vous rappelle quelle énorme quantité de bronze et d'argenlerie a été spontanément offerte pour sa confection. Autrefois, en effet, la fusion d'une cloche émouvait toute une cité. Au milieu des chants et des prières, les nobles et pieuses matrones se dépouillaient à l'envi de ce qu'elles avaient de plus précieux : anneaux, bracelets, pendants d'oreilles, tout allait gonOer l'ardent réservoir. Le denier du pauvre, l'obolo de la veuve so confondaient dans le creuset avec les riches offrandes. C'était une œuvre religieuse et patriotique à laquelle tout le monde voulait participer. Le bourdon de Chantellc s'ost évidemment ressenti de la pensée généreuse qui inspirait nos pères.

Telle est sa légende :

ï ai été fondue et bénie aux frais de la commune de cette ville de Chantelle et au soin de M. Antoine Mono, maire. Fan deus de 1 7'JI .

M. Mono a été parrain, et M 01 * Morant, marraine. Cette circonstance n'est point indiquée sur l'airain : mais c'est un fait présent encore à la mémoire de nos anciens.

La moyenne, du poids de 840 livres, comptera bientôt 300 ans. Elle est remarquable elle-même par la beauté du son. Son inscription prouve qu'elle annonçait autrefois les heures :

Au seul Dieu honneur et yloire !

L'an 4560 et au mois de murs, les habitants de Chantelle ont fait faire ce présent timbre.

La plus petite, du poids seulement de 340 livres, montre ces paroles :

• Maria, sancta mater, ora pro nobis.

Pierre de Jouant écuyer, sieur de la Jolivetle. parrain, et marraine. Catherine de Saulgnier, dame du Plaix. 16ô4. »

Leurs écus sont gravés au-dessous de leurs noms.

Quant au timbre, tout nouvellement installé au dôme de l'Hûtel-de- Ville, il pèse 470 kilogrammes et ne porte aucune inscription.

Le cimetière naguère entourait l'église. Ce n'est qu'en 1851, et grâce aux soins d'un habile administrateur, M. le docteur Irma Choisy, qu'il a pu être transféré hors de la ville. Il a un fort hectare d'étendue. Un portail de fer, enchâssé au milieu de quatre pilastres gothiques, formant demi-lune, vous introduit dans cet asyle des morts, entouré partout de hautes murailles. De vastes allées, plantées d'arbres funéraires, vous promènent dans les carrés et le long des plate-bandes, destinées aux

concessions. A l'un des angles, on a creusé une pièce d'eau, nécessaire à l'arrosement des fleurs. Au milieu, est un rond-point que domine une croix monumentale en pierre de Volvic ; à son piédestal est gravé ce verset de l'apocalypse : beati qui in Domino moriunlur. C'est immédiatement à son ombre que dormiront les prêtres de la paroisse, hk sacerdotum requies. Dans le fond, à l'endroit le plus mystérieux, s'élèvera bientôt une chapelle, la première pierre en a été bénite par Mgr de Dreux Bréxé, évêque de Moulins. Ce cimetière, ainsi conditionné, reviendra à près de quinze mille francs, et sera, à n'en pas douter, l'un des plus complets et des plus beaux du département.

Déjà, quelques mausolées de bon goût dénotent la piété des vivants et le respect pour ceux qui ne sont plus. Là, c'est la tombe d'un vieux maître d'école, marquée par cette phrase qui dit tout :

IL ITT LE PERE ET LAUI DE LA JEUSESSE.

, Plus loin, c'est l'inscription qu'une mère a tracée sur la pierre qui recouvre son enfant :

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