‹ Histoire de Charlemagne (volume 2)Chapitre 18 sur 44 · ai · texte numérisé non relu

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oïl HISTOIRE

celante et sans principes finissent toujours par le rendre le jouet et la victime du clergé. Comme Louis XI , il fut dévot et injuste, superstitieux et cruel; comme Louis XI, ses conquêtes furent des surprises, son talent fut 1 art de trahir, et la trahison retomha presque toujours sur lui-même; comme Louis XI, en haine de la noblesse que Charlemagne et que tous les grands princes ont toujours su s'attacher, il voulut élever les gens sans naissance, ce qui le rendit plus odieux que redoutable ; comme Louis XI , ses intrigues perpétuelles remplirent son régne de troubles ; il mourut enfin sous l'empire et peut-être par le crime de Sédécias son médecin, comme Louis XI trembloit sous la tvrannie de son médecin Coctier.

Charles-le-Chauve aima les lettres ; il attira enFrance des savants, qu'il alla chercher dans la Grèce et même dans l'Asie: «Très louable en cela, dit Mézeray [a]y « s'il eût songé à pourvoir à la sûreté et aux nécessités « de son État, avant que de pourvoir aux ornements. » Les gens de lettres , par une reconnoissance dont le principe est estimable, mais dont l'effet fût blâmable et honteux , ont prostitué à ce vil tyran le titre de Grand ( i ) . La postérité, plus équitable, dit un auteur moderne, ne lui a laissé que le titre de Chauve , pareequ'il l'étoit en effet. Que les gens de lettres apprennent, par cet

[a] Mézeray, Abrégé chronol.

(x) Multa quidem nobis facimuS malu sœpe poëta,

( Ut uineta egomef , filant mea).

Hop.at. Epistol. lib. 2, epistol. 1 .

«J'avoue que nous autres auteurs (car je ne prétend-* point uu-par- ■ gner plus que les auti es ) . nous noue taisons souvent à nous-mêmes « Lien des maux

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exemple , à louer , non ceux qui leur font du bien , mais ceux qui en font au monde, et que leur reconnoissance s'acquitte envers les mauvais princes par des leçons qui puissent les corriger, et non par des éloges qui ne peuvent que les pervertir encore.

On peut juger de la licence où les mœurs étoient parvenues, par l'enlèvement, non seulement impuni, mais presque consacré , de diverses princesses du sang royal, crime qui en suppose une infinité de pareils dans les conditions inférieures. Un seigneur français, nommé Gilbert, enleva une fille de l'empereur Lothaire, et l'épousa publiquement. Le ravisseur étoit sujet de Charles-le-Chauve , qui ne le punit point [a], et qui fut même soupçonné de le protéger secrètement, n'étant pas fâché de l'humiliation et du chagrin qui arri voient à son frère, et ne poussant pas la prévoyance jusqu'à sentir que cette impunité pouvoit lui en attirer autant à lui-même. De plus, les trois frères, c'est-à-dire l'empereur Lothaire, Louis-le-Germanique, et Charles-le- Chauve , s'assemblèrent et convoquèrent une assemblée, pour délibérer des moyens de réparer ou de venger l'affront fait à l'aîné d'entre eux. Ils n'eurent pas même le crédit de faire condamner ou excommunier le coupable, soit que l'obstacle vînt de leur mésintelligence ou de la résistance des grands, qui défendoient un de leurs semblables, et qui vouloient en pouvoir faire autant dans l'occasion. On ordonna cependant, en se séparant, qu'à l'avenir le crime de rapt seroit puni.

[a] Annal. Bertin.

ai.

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Ce qui devoit arriver , arriva. Cette ordonnance , vague et purement comminatoire, eut bien moins d'effet que l'exemple de l'impunité de Gilbert. Si Charlesle-Chauve avoit prêté son appui à l'enlèvement de la fille de Lothaire, il en fut justement puni par l'enlèvement de Judith sa propre fille, fait du consentement de Louis son fils, frère de Judith. Le ravisseur étoit Baudouin, grand forestier de Flandre. Charles, dans sa colère, parvint à le faire excommunier, ainsi que Judith; mais on négocia, et après quelques traverses, Baudouin fut récompensé de son crime par Charles [a], qui non seulement consentit à le regarder comme son gendre, mais qui le fit comte héréditaire de Flandre. C'est de lui que descendoit cette maison de Flandre, si long-temps redoutable à nos rois.

Louis et Charles , frères de Judith , se marièrent aussi contre le gré de Charles-le-Chauve leur père, ou à son insu. Il fallut les soumettre par les armes.

Lorsque des sujets d'un crédit ordinaire commettoient impunément, et même heureusement, de tels attentats, Boson , à qui la faveur de Charles-le-Chauve, et le titre de beau-frère de ce monarque, rendoient tout permis, crut que l'enlèvement d'une princesse du sang étoit la moindre chose qu'il pût se permettre. Il enleva Hermengarde, fille de l'empereur Louis II, et il l'épousa [b\. Les noces furent célébrées avec une magnificence solennelle dans cette maison royale de Ponthion, où Pepin-le-Bref avoit reçu , en 753 , le pape Etienne.

LTn concile tenu à Verneuil sur-Oise, en 884, nous

\a] Annal Bertin. et Fuldens. [b\ Annal. Fuldens.

fait connoître une fraude pieuse d'un genre bien singulier, qui se pratiquoit alors. Des femmes qui vouloient entrer dans fétat monastique, ne jugeant pas qu'il y eût pour leur sexe d'ordres assez austères , se coupoient les cheveux et s'habilloient en hommes pour être reçues dans les communautés de moines les plus renommées pour l'austérité. Le concile condamne , avec raison, cet abus et cette recherche de macérations.

On trouve à la suite des oeuvres d'Agobard, archevêque de Lyon, une lettre fort curieuse d'Amulon ou Amolon son successeur ; elle contient le détail d'une aventure toute semblable à celle qui , de nos jours , a donné pour un temps une si grande célébrité au cimetière de Saint-Médard ; car il n'y a aucun genre de fanatisme et de barbarie dont on ne retrouve des traces dans ce dix-huitième siècle si fier de ses lumières, et les peuples ont toujours besoin d'être avertis de veillersur eux. Des moines errants et fort suspects déposèrent dans l'église de Saint -Bénigne de Dijon des reliques qu'ils avoient, disoient-ils, apportées de Rome, et qui étoient d'un saint dont ils avoient oublié le nom. L'évêque de Langres , nommé Théotbolde , du diocèse duquel Dijon dépendoit alors, refusa de recevoir ces reliques sur cette allégation vague et suspecte. Les reliques ne manquèrent pas de faire des miracles, et ces miracles étoient des convulsions dont étoient saisis ceux qui venoient pour révérer ces reliques. L'opposition de l'évêque fit bientôt de cette dévotion une fureur, et de ces convulsions une épidémie. Cette folie passa du peuple aux grands, souvent peuple sur ces matières. Les femmes s'empressèrent de donner de la vogue au parti. Théot-

holde consulte l'archevêque de Lyon , dont il étoit suffragant. « Proscrivez, lui dit l'archevêque de Lyon, ces «fictions infernales, ces hideuses merveilles, qui ne « peuvent être que des prestiges ou des impostures. « Vit-on jamais aux tomheaux des martyrs ces funestes « prodiges , qui, loin de guérir les malades, font souf- « frir les corps et troublent les esprits? » La lettre d'Aînulon étoit accompaguée dune lettre écrite anciennement par son prédécesseur Agobard , sur des prestiges à-peu-près semblables, employés de son temps dans la ville d'Uzès. Il n'y a guère de folies modernes dont on ne trouve le modèle dans les temps anciens, ni de folies anciennes qu'on ne répète avec succès dans les temps modernes.

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