MAXIMILIEN
Il falloit un défenseur à la princesse et contre le roi , dont les conquêtes augmentoient tous les jours, et contre les Gantois, dont les fureurs pouvoient recommencer. Le prince de Cléves , le duc de Clarence, qui prétendoient à sa main, n'avoient que de la foiblesse à lui offrir: on a même cru que la mort de ce dernier, noyé par ordre d'Edouard IV, son frère, dans un tonneau de malvoisie, avoit été le fruit de ses démarches auprès de la princesse , à laquelle Edouard lui avoit dé-
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. fendu de penser. Maximilien n'étoit pas encore puissant , mais il devoit l'être un jour : il pouvoit dès-à-présent tirer du secours de l'Allemagne. D'ailleurs un penchant très estimable entraînoit Marie à cette alliance. Maximilien étoit le prince sur lequel le choix
^du duc Charles avoit paru le plus prêt à s'arrêter; il étoit même vraisemblable que sans les incidents qui a voient rompu si brusquement l'entrevue de Trêves , l'affaire auroit pu se terminer ; et malgré cette rupture , le duc n'avoit apparemment pas perdu tout désir de renouer, puisqu'il avoit trouvé bon que Maximilien gardât la promesse de mariage que la princesse de Bourgogne lui avoit donnée par son ordre, comme elle en avoit donné une auparavant au duc de Calabre.
L'empereur Frédéric, instruit par la duchesse douairière des dispositions de la princesse, lui envoya une ambassade solennelle , que le duc de Cléves , qui n'avoit pas encore perdu toute espérance pour son fils, tâcha vainement de traverser. Les ambassadeurs s'étoient avancés jusqu'à Bruxelles: il leur envoya défendre d'en sortir jusqu'à nouvel ordre; et cependant il fit les derniers efforts dans le conseil pour obtenir qu'on les renvoyât sans les entendre. Mais les ambassadeurs, instruits par la duchesse douairière qu'ils pouvoient violer cette défense, et que le succès de cette affaire dépendoit de leur diligence , osèrent passer outre : ils arrivèrent à Gand , ils furent admis , ils présentèrent à Marie sa promesse, qu'elle reconnut avec plaisir, et qu'elle promit d'exécuter. Le duc de Cléves trouva que, par ce libre aveu de ses sentiments , la princesse avoit manqué aux bienséances de son sexe. On le laissa dire, 2. 29
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Les ambassadeurs contents portèrent à l'empereur cette heureuse nouvelle. Louis l'apprit, et reconnut trop tard la faute qu'il avoit faite , en révoltant ce cœur soumis et pacifique , qui s offroit à lui , et en le forçant de se jeter dans des bras étrangers. Il voulut tout réparer, il sollicita instamment cette alliance quil avoit rejetée ; et ses sollicitations purent alors être sincères. Il fit aussi passer en Allemagne Robert Gaguin , général des Mathurins, (dont nous avons une histoire de ces temps-là) avec ordre d'emplover tout pour empêcher le mariage de Maximilien avec la princesse. C'étoit précisément celui que le roi avoit le plus redouté. La maison d Autriche , accrue des vastes États de Marie , aîloit emporter la balance. Les intrigues de Gaguin, ministre sans caractère, et peut-être sans talents, se bornèrent à quelques tentatives inutiles pour soulever les princes d Allemagne, qui restèrent dans le parti de
l'empereur.
Le mariage se fit; mais l'empereur déplova en cette occasion , aux yeux de toute 1 Europe , 1 indécent excès de la plus sordide a\arice. Non seulement il ne donna rien à son fils en faveur dune si grande alliance, pour laquelle il n'eût dû rien épargner; mais il refusa même de faire les frais du voyage. Il crut avoir assez fait pour la princesse, en décorant son mari de quelques titres pompeux et frivoles, en érigeant pour lui l'Autriche, qu'il devoit posséder un jour, en (j) archidurhé. te
(i) Les historiens sont partages sur l'auteur et sur 1 «poque de cette érection. Les ans l'aittribuent ,i I i édéric, les autre- à Maximilien 1 »i~'|u il fut parvenu à L'empiré. Mézeray l'attribue à Frédéric, et dit qu'il la Ht eu laveur de liaiimiliea , mm à l'occasion de son maria
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l'investissant du duché Je Gueldres et du comté deZutphen , qu'il préteudoit être dévolus à l'empire par la mort du duc de Bourgogne. Saus vouloir examiner le mérite de cette prétention, il est au moins très vraisemblable que l'empereur ne la forma qu'afin de paroître donner quelque chose à son fils, lorsque Marie lui donnoit tout.
Maximilien n'apporta donc en mariage que sa bonne mine, ses espérances, quelques dispositions pour la guerre , et un désir ardent de combattre l'ennemi commun. La magnificence de Marie suppléa au reste.
Ce fut le 20 août i4?7« c{ue Févéque de Tournay donna la bénédiction à ces deux augustes époux. Ce jour est l'époque mémorable de l'élévation de la maison d'Autriche, déjà illustrée plusieurs fois par l'empire. Elle sut dans la suite accroître sa force par les mêmes moyens qu'elle l'avoit acquise. De grandes alliances , ménagées avec sagesse, mirent sur sa tête presque toutes les couronnes de l'Europe ; et c'est peut-être la seule puissance qui se soit élevée si haut sans le secours
avec Marie de Bourgogne, mais à l'occasion d'un autre mariage, projeté en 1488, entre le même Maximilien et une hiie de Ferdinandle-Catholique et d'Isabelle de Castille. D'autres disent que cette érection fut faite en faveur du premier mariage de Maximilien ; mais qu'elle éprouva quelque opposition de la part des princes de l'empire, et qu'elle n'eut lieu qu'après qu'elle eut été ratifiée solennellement dans la diète de Francfort, en 1488. On donne ici par-tout le titre d'archiduc à Maximilien, pareequ'il le prenoit, et qu'Olivier de La Marche, son premier maître-d'hôtel, le lui donne toujours, aussi bien que Pierre Matthieu, Dunod, le P. Daniel, et plusieurs autres qu'on croit devoir suivie, malgré l'exemple contraire de quelque* modernes.
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de la guerre. C'est ce qu'on a exprimé dans un distique latin, dont le sens principal peut être rendu par ces quatre vers français :
De myrte et d'olivier que l'hymen te couronne : Triomphe, heureuse Autriche! au sein d'un doux loisir;. Les sceptres à ta main vont eux-mêmes s'offrir; Mars les vend aux guerriers, et Vénus te les donne.