SECONDE QUESTION
Doit-on regarder Charlemagne comme le fondateur de l'Université de Paris ?
Du Boulay a traité cette question [a] avec le plus grand luxe d'érudition (i);il reprend les choses de très haut, il remonte aux anciennes écoles, universités, académies, collèges, etc. , établis dans les Gaules, sans trop distinguer les temps fabuleux et les temps historiques ; il parle d'abord du collège des Samothées , prêtres ou professeursinstitués par Samothès, premier roidesGaules, fils ou frère de Gomer, et petit-fils de Japhet fils de Noé; du collège des Sarronides, fondé par Sarron troisième roi des Gaules, et fils de Magog, petit-fils de Samothès; du collège des Bardes; de l'école des Drui-
[a] Du Boulay, Histor. univers. Paris, t. i.
(i) On peut voir, sur le même sujet, le Traité des Écoles , de Cl. Joli; Pasquier, Loisel; Y Histoire littéraire de la France , par les bénédictins ; l'abbé Le Bœuf, État des Sciences sous Charlemagne.
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des, prêtres et docteurs plus célèbres que connus; il expose au long leur doctrine, leur religion , leurs sacrifices, leur législation, leurs privilèges.
Il passe à des écoles plus connues, et dont L'histoire est moins mêlée de fables; l'école de Marseille, celles d'Autun, de ISarbonne, de Toulouse, de Bordeaux, de Trêves, de Besançon , de Poitiers, de Clermont en Auvergne, de Lyon , du temps des Romains : il ne prétend pas à moins qu'à exposer tout ce qui concerne le gouvernement de ces anciennes écoles, les maîtres, les examens qu'ils subissoient, les bonoraires qu'ils recevoient, les privilèges dont ils jouissoient, les écoliers , les pensionnaires, les boursiers; il trouve toujours entre ces anciennes écoles et les universités établies si long-temps après la plus grande conformité.
Il parle ensuite des écoles que les moines tinrent dans leurs couvents et les évéques dans leurs églises , pour remplacer ces anciennes écoles qui avoient péri sous les ruines de l'empire romain , lorsque celui-ci avoit été réduit dans les Gaules. S'il v eut de semblables écoles dans Paris, comme on ne peut guère en douter, elles eurent peu de célébrité, du moins elles n'égalèrent jamais celle de ces anciennes écoles de Marseille , d Autun, de Lyon [a], etc. : les guerres continuelles de ces barbares mérovingiens , et des auteurs de la racecarlovingienne, firent disparoîlre toute école et toute étude.
Charlernagne rétablit l'empire des lettres, et fonda l'université de Paris; car c'est Cliailemagne , selon du Boulay, qui en est le véritable fondateur , rien ne lui
!"a] Du Boulay, Ilist. univers. Puii*. t. 1.
paroit plus certain : tant certnm est,, dit-il , quhm quod certissimum; et il ne conçoit pas comment quelques savants ont voulu renvoyer aux temps de Louis-le-Jeune et de Philippe-Auguste la fondation de ce corps.
Du Boulay distingue deux espèces d'écoles instituées par Charleinagne; celles qu'il appelle vulgaires et privées, et que Charlemagne renouvela plutôt qu'il ne les institua. Ce sont ces écoles qu'il fit établir par-tout dans les monastères , les cloîtres des chanoines , et les maisons épiscopaîes : il y en a voit déjà eu avant lui , mais en trop petit nombre pour suffire à l'instruction publique , et d'ailleurs elles n'existoient plus de son temps ; il paroit que, selon les idées un peu confuses de du Boulay, l'objet principal de ces écoles étoit de former des ecclésiastiques , et on n'y enseignoit guère que les sciences relatives à cet objet.
Mais il faîioit former des savants de tout état , intruire tous ceux qui vouloient être instruits , enseigner tout ce qui pou voit être enseigné. Pour remplir cet objet pkts vaste, il fonda dans son palais cette école ou ce corps littéraire qui nous paroit une véritable académie, sur le modèle de laquelle les académies postérieures ont été formées, et qui paroît à du Boulay une université , et l'université de Paris. Le nom d'académie , qui signifie en général un lieu d'exercice , en particulier un lieu d'exercice consacré aux arts et aux sciences, ce nom qu'on donne en conséquence à l'université prête ici à l'équivoque.
Cette académie ou école publique, qu'on nomma université, pareequ'on y enseignoit unwersa univerds J n'étoit elle-même, si l'on veut, que renouvelée; car on
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trouve, sous la première race de nos rois, des vestiges dune école tenue dans leur palais , où la jeune noblesse se formoit et acquéroit les connoissances nécessaires aux places qu'elle étoit destinée à remplir un jour ; mais celui qui donne la consistance et la perpétuité à des établissements ébauchés, et qui n'avoient pu subsister, peut bien passer pour inventeur.
Selon le même du Boulay, Charlemagne, qui avoit institué une multitude de petites écoles, n'institua que trois grandes écoles ou universités; savoir, celle de Paris vers Tan 790, et deux autres, lune à Pavie, l'autre à Bologne vers l'an 801.
Il observe des différences essentielles entre les petites écoles , cachées pour ainsi dire dans lombre des cloîtres et des maisons épiscopales , et ces grandes écoles qu'il appelle universités. Dans les premières on n'enseignoit que quelques sciences choisies et relatives à un objet particulier; dans les secondes on enseignoit tout ce qui étoit susceptible d'être enseigné, omne scibile , c'est-àdire le peu et le très peu que Ton savoit alors. Les petites écoles se trouvoient par-tout et en grand nombre; les grandes dans des lieux choisis , et au nombre de trois seulement. Les petites écoles pouvoient être fondées sous 1 autorité du roi par des évêques, des chanoines, des moines; les grandes écoles ou universités ne pouvoient l'être que par des papes, des empereurs, des rois. Les petites écoles n'avoient point de privilèges ; Charlemagne en accorda aux grandes, nommément à l'université de Paris; fait plutôt allégué, plutôt appuyé par du Boulay sur des conjectures plus ou moins plausibles, que prouvé par titres formels. En effet on ne rap-
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porte point de privilèges accordés à l'université avant Philippe-Auguste et Tan 1200. Enfin l'administration des petites écoles étoit très simple, celle des universités très compliquée : il leur falloit une foule d'officiers , recteurs, chanceliers, conservateurs des privilèges, doyens, procureurs des facultés et des nations, procureur- général, questeur, scribe, appariteurs ou bedeaux, et autres suppôts supérieurs ou subalternes, dont du Boulay , qui aime à remonter très haut en matière d'institutions, rapproche, autant qu'il peut, la création du temps de Charlemagne.
Du Boulay, pour établir par l'autorité ce qu'il a d'abord établi , pour ainsi dire , par raisonnement et par induction, savoir, que Charlemagne doit être regardé comme le fondateur de l'université de Paris, rassemble tous les témoignages favorables à son opinion, et les distribue en trois âges, dont le premier commence vers l'an 790 , et s'étend jusqu'à l'an 1 200. Le second comprend les treizième et quatorzième siècles jusqu'à Tan 1 400 , et le dernier s'étend jusqu'au temps depuis 1 400 où. l'auteur écrivoit, c'est-à-dire jusqu'à Louis XIV, à qui du Boulay dédie son ouvrage, qu'il termine cependant à l'an 1600.
Les principaux écrivains du premier âge sont Ëginard, Alcuin, contemporains; le moine de Saint-Gai, Henri , évêque d'Auxerre , tous deux du temps de Charles-le-Chauve; le rédacteur des actes du sixième concile de Paris , tenu en 829; le rédacteur de ceux du concile de Quiersy, tenu en 858, etc. Tous ces auteurs s'accordent sur l'amour de Charlemagne pour les sciences , sur son zèle pour répandre l'instruction et per- 2, 10
fectionner l'esprit humain , sur la fondation qu'il fit de diverses écoles et d'une académie dans son palais, qui sera, si Ion veut, l'université : mais pour rendre ces auteurs entièrement favorables à son opinion , il en coûte à du Boulay quelques inductions, quelques interprétations, et quelques conjectures
La plus forte de ces autorités est celle d'Élinand, qui écrivoit à la fin du douzième siècle , sous le régne de Philippe-Auguste, dont il étoit connu et chéri, et qui attribue formellement à Charlemagne l'honneur d'avoir institué l'université : si cet honneur, comme on le prétend, eût appartenu à Philippe-Auguste ou à Louis Vil son père, Elinand eût-il tenté de le leur enlever? Cet argument a de la force ; et ce qui n'en a peut-être guère moins, c'est quePhilippe-Auguste, dans le diplôme de i 200, par lequel il accorde des privilèges à l'université, ne réclame ni pour son père , ni pour lui-même, l'honneur d'avoir fondé ce corps. Au reste , à l'exception du seul Élinand, tous les autres auteurs du premier âge peuvent favoriser l'opinion de du Boulay, mais ils ne la confirment pas expressément.
Il en est de même des principaux auteurs du second ou moyen âge ; Vincent de Beauvais ( 1 24° ) » l'Allemand Jordain ( 1278) dans son livre de la translation de l'empire romain; Guillaume de Nangis ( 1281 ), Brompton ( i34o), etc. On peut y trouver, si Ton veut, que l'académie établie par Charlemagne dans son palais est luniversité de Paris ; et du Boulay en tire l'induction que c'est de là qu'elle fut nommée la fille aînée des rois : mais ceux qui ne veulent pas faire remonter jusqu'à Charlemagne l'institution de l'université pourroient aisément interpréter le texte de ces auteurs, et refuser
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d'y trouver une décision contraire à leur opinion. Cependant quelques-uns de ces auteurs du second âge, nommément le grand Jacques de Tolède ( i3o,o), sont absolument favorables à du Boulay.
Les écrivains du troisième âge confirment encore plus expressément son opinion; mais leur autorité diminue en proportion de l'éloignement où ils sont du temps dont il s'agit. Les principaux de ces écrivains sont le célèbre Gerson, chancelier de l'église de Paris et de l'université (1404); le cardinal Zabarella de Padoue ( 1 4 ! 7 ) 7 le dominicain Antonin, archevêque de Florence ( i45o); Le roi Louis XI qui , dans son édit, d'ailleurs si déraisonnable contre les Nominaux ( 1 47^) , reconnoît formellement Charlemagne pour le fondateur de l'université de Paris ; Robert Gaguin, l'historiographe de France ( 1480); Trithême ( i5i6), Baptiste Mantouan , général des carmes , poëte célèbre ( 1 5 1 6 ) ; Hector Boece dans son histoire d'Ecosse ( 1626); Polvdore Virgile dans son histoire d'Angleterre ( 1 53o ); Aventin dans ses annales de Bavière ( 1 534).
L'autorité contraire de Pasquier, de Duchesne et de Loisel , n'a pas empêché plusieurs auteurs du dix-septième siècle de reprendre l'ancienne opinion qui fait Charlemagne fondateur de l'université de Paris; cependant Pasquier sur-tout ajoutoit à l'autorité générale de son érudition, l'autorité particulière que lui doimoit l'avantage d'avoir plaidé en 1 564 pour l'université contre les jésuites : « Que cette université, dit-il [a], ait été « fondée par Charlemagne, je ne me le suis jamais pu
[a] Recherc. de la Fr. 1. 3 , c 29 , et 1. 9, c. 3 et suiv.
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« persuader, encore que pour ne me démouvoir de cette « commune opinion j'aye voulu rechercher pour elle « tous les advantages qu'on lui sauroit donner; car ce « ne seroit pas petite rencontre pour l'exaltation "de notre « ville que l'université eût un tel parrain comme ce grand ■ prince. »
Le grand argument de Pasquier contre cette opinion est tiré du silence des auteurs, ou contemporains, ou les plus anciens. Du Boulav fait voir que ce silence allégué, ou n'a rien de réel, ou ne prouve rien : il nous paroît répondre avec assez davantage à Pasquier et aux autres fauteurs de la nouvelle opinion, laquelle, pour démentir une croyance de neuf siècles, n'e^-t pas fondée sur des découvertes assez précises ni assez concluantes; il nous paroît sur-tout tirer un grand parti d'un plaidoyer de lavocat-général Servin, où Loisel y qui soutenoit à-peu-près la même cause que Pasquier, est vivement réfuté.
Élinand paroît être le premier auteur qui ait nommé les quatre premiers maîtres employés par Charlemagne à L'instruction publique dans son université; cYtoient , selon lui et selon la foule des auteurs qui font copié, Raban, Alcuin, Jean, et Claude, surnommé Clément, Écossais. Si Raban, qui est nommé le premier des quatre, est le célèbre Rabanus Maurus , archevêque de Mayence, et que l'université ait été fondée eu 7'j", il est impossible qu'il ait été un des quatre premiers maîtres, puisqu'il n'avait alors que deux ans, Liant né en 788; et en effet il paroît qu'il fut disciple, et non pas collègue d' Alcuin. Mais qu'Élinand et les autres se soient trompés sur les noms des premiers maîtres, il ne résulte pas moins du témoignage universel de 1 lus-
toire , que Charlemagne faisoit venir de l'Italie , des royaumes britanniques, de tous les pays, tous les savants et tous les philosophes distingués; qu'il les appeloit dans ses Etats, qu'il les y fixoit, qu'il s'entouroit de toute part de lumières et d'instruction, qu'il prenoit tous les moyens d'étendre et de perpétuer la science; et si on montre une continuité d'enseignement public depuis ce prince jusqu'à nos jours, si la barbarie qui lui a succédé n'a pas eu le pouvoir, comme celle qui Tavoit précédé, d'anéantir toute école et toute étude, il faut avouer que l'opinion qui le fait auteur des universités, cette opinion, qui a été si long-temps établie sans contradiction, a pour le moins beaucoup de vraisemblance.
C'est là le véritable point de la question : puisqu'on trouve, sous les rois de la première race, des écoles épiscopales et monastiques et quelques vestiges même d'une école établie dans le palais des rois [a], Charlemagne, à la rigueur, ne peut pas être regardé comme l'inventeur de ces établissements : mais l'enseignement public, ou resté en France, depuis le temps des Romains, comme des débris de leur littérature, ou ébauché sous les rois mérovingiens, suspendu ensuite, et anéanti par les guerres continuelles, fut ressuscité enfin par Charlemagne, restaurateur magnifique des études , s'il n'en fut pas l'inventeur. Or, si cet enseignement public, qu'elle qu'ait été sa forme dans les différentes époques, n'a pas cessé depuis Charlemagne, l'université peut avec raison rapporter son établissement à ce grand prince.
[a] Hist. littt'r. de la Fr. t. 3 , p. 424.
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Du Boulay va sans doute trop loin lorsqu'il prétend trouver toute la machine de 1 université , constituée, comme elle lest aujourd'hui, dès les temps les plus anciens et les plus rapprochés de Charlemagne; mais si , de maître en maître et de disciple en disciple, on peut descendre de Charlemagne jusqu'aux temps où l'université nous présente un corps existant, soumis à des statuts, et honoré par nos rois de privilèges dont elle conserve encore une partie, la question est décidée, Charlemagne est le fondateur de l'université.
rsous ne comprenons pas pourquoi les savants, tels que du Boulay, Crevier, etc. ont mieux aimé faire descendre l'université de cette compagnie littéraire formée par Charlemagne dans son palais, et qui nous paroît une véritable académie, que des écoles épiscopales et monastiques, établies de même par les ordres et par les soins de ce prince. Ils appellent la première l'école palatine, ou l'école du palais [a]; mais, quelques efforts qu'ils fassent , et quelques conjectures qu'ils hasardent, ils ne peuvent parvenir à en suivre l'histoire que jusqu'au temps de Louis-le-Begue, ou tout au plus de Louis et Carloman ses fils , encore est-ce avec bien des lacunes. On ne sait presque rien de cette prétendue école palatine, considérée comme école, pas même si elle étoit fixée à Paris ou à Aix-la-Chapelle, ou si, ce qui est encore moins vraisemblable, elle suivoit partout, et sur-tout dans les camps, une cour toujours errante. Dans la vérité, on ne trouve à cette académie ou école une existence réelle et sensible que sous Charfa] Du Boulay , Histor. univers. Paris, t. i. Crevier, Hist. de l'Université" de Paris, liv. i , p. 65. Histoire littéraire delà France, t. 4? p. 22S , 226.
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lemagne et sous Charles-le-Chauve, les deux seuls princes de la race carlovingienne qui aient véritablement aimé les lettres ; elle disparoît ensuite entièrement, et Ion voit au contraire, au douzième siècle, l'université sortir dune manière sensible des écoles de Notre- Dame, de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor, qui disputent entre elles de célébrité.
Au reste, le lieu où l'on enseignoit, soit que ce fût le palais des rois, ou lévêché , ou des monastères, est une chose indifférente; le point important est que l'enseignement n'ait point cessé, que l'ouvrage de Charlemagne n'ait été ni détruit ni interrompu. Or, dans le neuvième siècle , on descend de maître en maître depuis Alcuin, par Raban son disciple, Loup de Ferrières, disciple de Raban , Henri, disciple de Loup de Ferrières, jusqu'à Rémi d'Auxerre, qui termine ce siècle et commence le dixième [«], mais de ces maîtres qu'on voudroit donner à l'école palatine, la plupart n'ont enseigné que dans des monastères.
Il en est de même de ceux du dixième siècle; leur liste est décorée, entre autres noms célèbres, du nom d'Abbon , moine, puis abbé de Fleury-sur-Loire , qui déjà, depuis long-temps, savant maître, vint à Paris non pas pour enseigner, mais pour s'instruire comme simple écolier. Elle est terminée par Huboldus , qui enseignoit à Sainte-Geneviève [b]. Ce dernier appartient aux deux siècles.
Les maîtres qui tiennent l'école de Paris dans le onzième siècle, Lambert, Drogon, Manegolde, lui donla] Histoire littéraire de la Fr. t. 6, p. ioo.
[6] Histoire littéraire de la France , t. 7, p. 1 3g. Crevier, Histoire de l'Université de Paris, 1. 1 , p. 67.
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lièrent moins de célébrité que n'en eurent dans le même temps l'école de Reims sous Gerbert, celles de Chartre sous Fulbert, celle de l'abbaye du Bec sous Lanfranc et Anselme; mais Manegolde fut le maître de Guillaume de Champeaux, et la succession des maîtres de Paris nous mène jusqu'à ces beaux temps de Guillaume de Champeaux, d'Abailard, d1Hildebert de Lavardin , de Jean de Salisburi, etc., beaux temps, si Ion s'abstient de toute comparaison avec ces siècles d'or, qui n'ont brillé que quatre ou cinq fois pour les lettres dans l'histoire du monde. Pour illustrer tout autre siècle que ceux d'Alexandre, d'Auguste, de LéonXetdeLouisXIV, il suffit d'un homme tel qu'Abailard, et d'une femme telle quHéloïse. Leurs talents, leurs passions, leurs malheurs sont encore aujourd'hui loccupation et l'intérêt des âmes sensibles. La gloire d'Abailard est bien moins d'avoir effacé ses maîtres , et enivré de zèle et d'enthousiasme pour les lettres et pour lui-même la foule de ses disciples, que d'avoy su inspirer, à un cœur noble et tendre, à un esprit vraiment éclairé, une inclination si constante et par-là si respectable. Pétrarque; dans la suite, a immortalisé Lanre; c'est îîdoïsequi a immortalisé Abailard. Comme elle l'ennoblit au moment même où il l immole, lorsque s enfermant dans un cloître pour lui obéir, pour L'imiter, pour s unir du moins à sa destinée, ne pouvant plus s'unir à lui, elle s'accuse encore de l'avoir rendu malheureux ; i le avec Cornélie dans Lucain :
O maxime conjuxl O thalamis inrf'gnp meisl Hocjuris hahebat
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In tantum Fortuna caput! Cur impia nupsi, Si miserum factura fui ? Nunc accipe pœnas^ Sed quas spontè tuam.
Lucan. Pharsal. liv. 8.
Elle s'appliquoit aussi, par amour et par respect: pour Abailard, cette belle expression d'Énée à Andromaque :
Dejectam conjuge tanto.
Cétoit Àbailard dont on pouvoit dire :
Dejectum conjuge tali.
Jusque-làles maîtres avoient enseigné séparément, et les écoles du cloître de JNotre-Dame, de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève étoient rivales les unes des autres. C'est dans le douzième siècle qu'elles se rassemblèrent en un corps que Matthieu Paris appelle consortium electomm magistrorum , société des maîtres choisis. Ce corps étoit déjà divisé en diverses nations ou provinces, en 1 169. Le même Matthieu Paris nous apprend qu'en cette annnée Henri II, roi d'Angleterre, offrit de prendre pour arbitres, dans sa querelle avec saint Thomas de Cantorbéry , ou la cour des pairs de France, ou le clergé de France , ou les diverses provinces de l'école de Paris. On peut, par ces alternatives, juger de la considération dont l'université jouissoit dèslors. Les premiers privilèges existants de l'université sont contenus dans un diplôme de Philippe- Auguste, de Tan 1200. Ce diplôme parle du chef ou recteur de l'université comme déjà établi; les premiers sta-
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tuts aussi existants de l'université sont de l'an 1 2 1 5 , donnés par le légat Robert de Courçon. Les quatre facultés commençoient à se distinguer parfaitement par leurs objets [a] : le livre des sentences de Pierre Lombard avoit donné , vers le milieu du douzième siècle , un point fixe à la théologie; les Pandectes de Justinien trouvées dans Amalphi en 1 1 33 , le décret de Gratieu publié en 1 1 5 1 , firent des juristes et des canonistes ; on commença aussi vers la fin du douzième siècle à enseigner la médecine, les livres de physique et de métaphysique dAristote, apportés de Constantinople à Paris vers Tan 1167, occupèrent la faculté des arts, et l'université reçut tous les jours de nouveaux accroissements.
On voit , par ce précis des faits, qu'il est très aisé de concilier ceux qui placent l'institution de l'université dans le douzième siècle, avec ceux qui la font remonter jusqu'à Charlemagne. La réunion des maîtres en un seul corps n'eut lieu qu'au douzième siècle; mais les leçons de ces maîtres ne cessèrent point depuis Charlernagne; c'est de lui que nous vient le bienfait de renseignement; lui seul a eu la gloire au moins de le ressusciter d'une manière fixe et durable. Observons que l'anarchie, ayant été plus grande encore à la fin de la seconde race qu'à la fin de la première, ce n'est pas un médiocre effet de l'ascjndant d'un grand homme, que les études, anéanties sur la fin delà première race, se soient conservées au milieu du chaos de la seconde.
["] Crevier, Hist. de l'Univ. de Paris , liv. i et a.
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