‹ Histoire de Charlemagne (volume 3)Chapitre 10 sur 38 · Î08 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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Théodoric devint amoureux d'une fille de Théodebert, qui étoit sa prisonnière , et voulut Fépouser; Brunehaut, qui ne vouloit point souffrir qu'il se mariât, lui représenta pour l'en détourner qu'il ne lui étoit pas permis d'épouser sa nièce (quoique elle-même eût épousé son neveu. ) Théodoric, détestant alors les crimes qu'elle lui avoit fait commettre, s'écria, plein d'indignation : « Méchante femme, horreur de Dieu et des hommes, ne <c m'avois-tu pas dit qu'il n'étoitpasmon frère? Tu m'as «donc rendu fratricide? « Alors, mettant Fépée a la main, il Fauroit percée, si on ne Feût dérobée à sa fureur [a].

La mort de Théodoric suivit de près cet emportement, et le plus grand nombre des auteurs dit sans détour qu'il fut empoisonné par Brunehaut , parcequ'il commençoit à la connoître.

Pendant que Brunehaut commettoit ou faisoit commettre tous ces crimes, Clotaire II, prince habile, songeoit à en recueillir le fruit. Théodoric, peu de temps avant sa mort, lui avoit fourni un prétexte plausible de reprendre les armes en lui faisant quelque querelle sur les limites fixées par les traités [/?]. Brunehaut espéroit régner encore en Austrasie et en Bourgogne, sous le nom de ses arrière-petits-fils, enfants de Théodoric; ils étoient au nombre de quatre, tous nés de concubines ; mais l'exemple de Thierry, fils aîné de Clovis^ qui avoit eu sa part du royaume de son père , quoiqu'il fût né d'une concubine , et beaucoup d'autres exemples

[a] L*auteur des Gestes , c. 3q, Adon , dans sa Chronique. Aimoin, 1. 2, c. 100. [b] Fredeg. Chron. c. 4^^ 4' ^ 4^-

DE CHARLEMAGNE. lOQ

pareils, leur étoient favorables. Ces quatre enfants se nommoient Sigebert, Childebert, Corbe, Mérouée (i). Brunehaut destinoit FAustrasie à Sigebert, Famé, âgé de douze ans, et la Bourgogne à Childebert , âgé de dix; mais les seigneurs aus-trasiens et bourguignons, las du joug de Brunehaut, traitèrent avec Clotaire, dont le gouvernement juste et modéré invitoit les peuples à le reconnoître. Brunehaut voulut tenter le sort des armes; Farmée de Clotaire et celle des quatre fils de Théodoric se rencontrèrent sur les bords de la Saône; celle des enfants de Théodoric étoit secrètement vendue à Clotaire; et au lieu de combattre, elle lui livra les princes. Childebert seul échappa; on n'a jamais su ce qu'il étoit devenu.

A Fégard de ses frères, Fopinion la plus commune est que Clotaire fit périr Sigebert et Corbe, et n'épargna que Mérouée, parcequ'il Favoittenu sur les fonts.

Brunehaut, qui voyoit approcher le terme que le ciel avoit marqué à ses crimes , s'étoit enfermée dans le château d'Urbe, au pays des Transjurains; elle y fut prise et menée à Clotaire.

Austrasiens , Bourguignons, Neustriens, tous les Français étoient assemblés autour de Clotaire, qui leur demanda justice des crimes die cette femme, oubliant que sa propre mère Frédégonde en avoit bien commis d'aussi nombreux et d'aussi atroces [a].

Sur Faccusation de Clotaire, tous les Français secrièrent d'une voix unanime que Brunehaut méritoit

(i) Il y en avoit deux autres, mais l'histoire n'a pas conservé leur^ noms.

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les plus rigoureux tourments; ce fut là son arrêt, il fut exécuté [a]; elle fut livrée pendant trois jours aux tortures , promenée ensuite dans tout le camp sur un chameau, enfin attachée à la queue d'un cheval fougueux, ou, selon quelques auteurs , tirée à quatre chevaux : les restes sanglants et déchirés de son cadavre furent jetés au feu.

Ainsi fut traitée, à près de quatre-vingts ans, une reine, fille et mère de tant de rois; mais aussi une femme meurtrière , et empoisonneuse de ses propres enfants; des auteurs Font nommée la Jésahel et \ Atlia-lie de son siècle. L'auteur des Gestes des Français prétend qu elle ne désespéroit pas de séduire Clotaire, qui, pour l'engager à se remettre en sa puissance, lui avoit fait parler de mariage; il ajoute qu'elle parut devant Clotaire, pompeusement parée, comme Jésabel devant Jéhu , et avec le même succès. Son supplice fut affreux, si Ton considère son rang, son sexe et son âge; il fut juste, si l'on considère ses crimes.

L'histoire de la première race de nos rois ne présente rien de plus frappant que les fureurs et les crimes de FrédégondeetdeBrunehaut. Ces deux femmes, si implacables dans leurs haines , si terribles dans leurs vengeances, si impétueuses dans toutes leurs passions, si jalouses de l'autorité , si peu scrupuleuses sur les moyens de l'acquérir et de la conserver, étonnèrent, à force de cruautés, même leur siècle barbare. L'une, avec une plus insolente audace, employant presque

[6] Fredeg. Sigebert Je Gerublouis. Ahnoin , Appendix aJ Chron. Marii. Jonas. A<lon. Reginon.

publiquement contre tous ses ennemis le fer et le poison, parut outrager riiumanité en général par un plus grand nombre d'attentats : l'autre, ménageant avec plus d'art ces détestables ressources , mais les employant presque toujours contre son propre sang, parut outrager plus particulièrement la nature. Leurs noms sont également dévoués à l'exécration publique.

Les auteurs espagnols, et parmi les français, M. de Cordemoy , et quelques autres , ont fait de vains efforts pour justifier Brunehaut, d'après un conte deBocace, où tous les fondements de l'histoire sont renversés, et où Ton dit que Clotaire, qui fit périr Brunehaut, étoit son fils. Bocace, très ignorant en histoire, est postérieur de sept à huit siècles à Brunehaut, et pendant ces sept à huit siècles , il ne s'étoit pas élevé une voix en faveur de cette princesse, ni un doute sur la justice de son arrêt.

C'est de Frédégonde, au contraire, qu'il a plu à Fabbé Le Gendre de faire son héroïne.

Brantôme s'est déclaré le panégyriste de Catherine de Médicis , qu'il avoit cependant connue.

Le plus illustre de nos écrivains a prétendu justifier Pierre-le-Cruel.

Quiconque prendra la peine de remonter aux sources^ et de les examiner de bonne foi, n'adoptera jamais ces paradoxes brillants.

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