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sieurs femmes, dont quelques unes furent brûlées, d'autres noyées; quelques autres, par une barbarie digne de ce temps-là, et digne de Frédégonde, furent rouées (i).
Il naquit enfin un dernier fils à Frédégonde [a], et ce fils vécut: c'étoit Clotaire; il devoit un jour réparer les crimes de Chilpéric et de Frédégonde, et punir ceux de Brunehaut.
Chilpéric, lorsque sa mesure fut comblée , selon l'expression deMézerai, fut assassiné à Chelles, en revenant de la chasse. Frédégaire attribue sa mort à Brunehaut, dont cette mort relevoit les affaires ; Fauteur des Gestes, Adon, Réginon, Aimoin en accusent Frédégonde elle-même, qui, par un mot imprudent, lui avoit révélé par hasard son intrigue avec Landry, et qui avoit tout à craindre pour son amant et pour elle-même, si elle ne prévenoit les effets de la jalousie de Chilpéric.
Le corps de Chilpéric, abandonné de tout le monde ( tant sa personne étoit haïe ), seroit resté sur la place, si Malulfe, évêque de Senlis, d'ailleurs mécontent de lui, n'eût pris soin, par décence, de le transportera Paris. Chilpéric est appelé, par Grégoire de Tours, le Néroji et VHérode de la France \h\\ il se piquoit à-lafois d'irréhgion et de théologie, et il n'avoit que de la superstition : les prêtres étoient l'objet éternel de 'ses railleries, et on le foisoit trembler au nom de saint Martin. Pour terminer les disputes de Tarianisme, il fit
(i) Alias lotis ossibus confractis innectit. Gre^. Tiir. 1. 6, c. 35. [n] 584- [b] Greg. Tur. 1. 6, c. 46.
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\m édit j par lequel il défendoit d'admettre aucune distinction de personnes dans la Trinité ; et ce ne fut pas à titre d'incrédule qu'il fit cet édit. mais à titre de théologien. Salvius, évêque d'Alby , et Grégoire de Tours , qu'il consulta, l'avertirent que c'étoit renouveler Terreur de Sabellius ; il dit qu'il consulteroit des gens plus habiles qu'eux ; et Grégoire de Tours lui répondit avec franchise qu'il ne trouveroit que des insensés qui fussent de son avis : voilà sa théologie. Quant à sa superstition , en voici des traits.
Il avoit fait avec ses frères un traité, par lequel il s'engageoit à ne point venir à Paris; il avoit juré, par saint Polyeucte, saint Hilaire et saint Martin, et s'étoit soumis aux malédictions les plus terribles en cas d'infî-^ délité. Il vint à Paris cependant ; mais il prit la précaution de faire porter devant lui en procession beaucoup de reliques , pour opposer aux trois saints, par lesquels il avoit juré, un plus grand nombre de saints, Cju'il croyoit avoir mis par-là dans ses intérêts.
Il vouloit enlever de l'asile de Saint -Martin de Tours son fils Mérouée, qui s'y étoit réfugié; il écrivit à saint Martin pour en obtenir la permission; la lettre fut déposée sur le tombeau de saint Martin , avec un morceau de papier blanc , qu'on eut soin d'y ajouter, pour que le saint n'eût cju'à écrire sa réponse. Un historien grave assure que le saint n'en fit point. De son côté, Mérouée consulta saint Martin, par l'ouverture des, livres saints : toutes les réponses furent sinistres ; aussi Mérouée périt-il : voilà les lumières des siècles où on ne sait que faire la guerre. A la vérité la dévotion de Louis XI, dans un siècle plus avancé, ne fut
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pas plus éclairée , et ce prince eut plusieurs traits de conformité avec Chilpéric.
Chilpéric se piquoit encore d'être grammairien et bel esprit; il faisoit des vers, dont on se moquoit même à sa cour ; il fît un édit ( car il en faisoit volontiers ) pour introduire dans Talphabet les lettres doubles des Grecs, et ces lettres ne furent point introduites dans l'alphabet.
Contran, roi de Bourgogne, pendant le régne de Chilpéric, son frère, s'étoit déclaré le protecteur du jeune Childebert, son neveu; et, se voyant sans enfants mâles, il l'avoit désigné solennellement son successeur. Les sentiments et la conduite de Brunehaut à l'égard de Contran, furent toujours assez équivoques; d'un côté, elle sentoit que la protection de ce roi lui étoit nécessaire contre Chilpéric et Frédégonde; de Fautre, elle craignoit l'ascendant que ces titres de protecteur et de bienfaiteur pouvoient faire prendre à ce prince sur l'esprit de Childebert, et l'autorité qu'il pouvoit s'arroger dans le gouvernement des affaires d'Austrasie. Elle étoit jalouse à l'excès de cette autorité; Fusage qu'elle en faisoit soulevoit contre elle de jour en jour tous les grands d'Austrasie. Dans le choc de toutes ces cabales , on parvint quelquefois à diviser Contran et Childebert; tantôt Childebert et Chilpéric se réunissoient contre Contran ; tantôt Contran paroissoit prêt à s'unir avec Chilpéric contre Childebert; mais un penchant plus décidé le ramenoit toujours vers Childebert, auquel il destinoit sa succession. Ils étoient unis contre Chilpéric, lorsque ce prince mourut. Frédégonde fut alors à-peu-près dans le même embarras où Brunehaut
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s'étoit trouvée à la mort de Sigebert. Childebert étoit à Meaux; Frédégonde s'enfuit de Chelles, et se sauva dans Féglise de Paris : elle n avoit pas de meilleur parti à prendre que celui de se mettre, avec son fils, sous la protection de Contran, comme avoit fait Brunehaut. Contran envoya Frédégonde au Vaudreuil, près de Rouen, où elle se trouva plus en sûreté; il promit détenir sur les fonts Clotaire, son fils, âgé de quatre mois , et Je fit reconnoître pour roi par les sujets de Chilpéric [a].
Cette conduite de Contran donna de l'inquiétude à Brunehaut et à Childebert ; ils envoyèrent des ambassadeurs à Contran, pour le prier de remettre Frédégonde entre leurs mains , afin qu'elle fût hvrée au suppHce que méritoient ses crimes. Contran ne put y consentir; sur son refus , d'autres ambassadeurs d'Austrasie vinrent lui redemander des places qui appartenoient, disoient-ils, à Childebert. Contran refusa de les rendre : « Vous nous refusez, lui répondit insolemment un des « ambassadeurs, eh bien , la hache qui a abattu les têtes « de vos frères n'est pas perdue. »
Contran, toujours placé ainsi pendant le reste de son régne, entre Frédégonde et Brunehaut, et ne pouvant se résoudre à sacrifier ni l'une ni l'autre, les eut toutes deux pour ennemies; il ne dut la conservation d'une vie toujours menacée qu^aux précautions qu'il prit contre les assassins , en faisant redoubler sa garde , et qu'à la précaution plus sûre encore d'intéresser tous ses sujets à la durée de son régne, par un gouver-
[a] Greg. Tur. toto lib. 7.
nement sage et doux. Brunehaut ne songeoit qu'à lui susciter des affaires , afin qu'il se mélàt moins de celles d'Austrasie. Frédégonde étoit moins touchée de ses bienfaits qu'irritée de la réforme qu'il faisoit des abus qu'elle avoit introduits sous Chilpéric, et sur-tout de ce qu'il avoit rétabli Prétextât dans son siège [a] ; elle s'en vengea d'abord sur Prétextât, qu'elle ne craignit point de faire assassiner dans son église au pied de l'autel. Un seigneur austrasien, qui détestoit le crime ^ ne put contenir son zèle , et alla l'accabler chez elle des plus violents reproches [b] : elle parut les recevoir avec douceur; elle témoigna du repentir, retint ce seigneur à dîner,' et l'empoisonna. Elle livra ensuite au neveu de Prétextât l'assassin dont elle s'étoit servie pour tuer cet évêque , mais elle ne le livra qu'après être convenue avec le neveu de Prétextât qu'il l'empêcheroit de parler, en se défaisant de lui : en effet, lorsque cet assassin voulut nommer Frédégonde et Mélance, le neveu de Prétextât se hâta de le mettre en pièces à coups de hache. Frédégonde, sachant que Contran vouloit poursuivre la vengeance de la mort de Prétextât , tâcha de le prévenir; il n'y avoit presque point de jour qu'elle ne tendît quelque piège à Contran, qu'elle n'envoyât contre lui quelque assassin [c] ; elle passa tout le reste de sa vie à aiguiser le fer, à préparer le poison contre Contran , contre Brunehaut , contre Childebert , contre Théodebert fils de Childebert , enfin contre tous ses ennemis : elle fomenta, par mille intrigues,
[a] 586. [6]Gres. 1. 8, c. 3i.
[c] Greg. Tur. Fredegar. et alii, passim.
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les troubles que Firrégularité de Fadministratiou de Brunehaut faisoit naître en Austrasie. Ces complots, continuellement découverts, faisoient place, presque sans interruption , à de nouveaux complots : elle envoyoit de tous côtés des assassins , qu'elle punissoit ensuite ou de lui avoir obéi ou d'avoir manqué leur coup; jamais le crime n'avoit été si insolent, si actif, si intrépide.
Un aventurier , nommé Gondebaud , qui se disoit fils du roi Clotaire P"^, et que Gontran disoit fils d'un homme qui avoit été meunier et cardeur de laine, avoit prétendu , dès le temps* de Chilpéric , demander un partage à ses frères, qui avoient rejeté sa demande avec mépris. Quand il vit le royaume en proie aux factions , l'Austrasie et la Neustrie gouvernées par deux femmes, sous le nom de deux enfants , le roi de Bourgogne fort embarrassé à défendre sa vie contre deux monstres, qu'il n'avoit pu ni- apprivoiser par ses bienfaits, ni dompter par les armes, tous les seigneurs des différents États prenant parti dans ces troubles au gré de leurs passions, il crut l'occasion favorable pour faire valoir ses droits prétendus. Quelques factieux rélevèrent sur le pavois à Brive-la-Gaillarde [a] : cette entreprise paroissoit intéresser également les trois princes; cependant , non seulement Childebert et Clotaire ne se joignirent point à Gontran , dans les provinces duquel Gondebaud faisoit principalement son irruption, mais encore Frédégonde et Brunehaut, désirant également de secouer lejoug de Gontran, firent des
avances à Gondebaud, et conspirèrent avec lui contre Contran. Ce prince eut lieu de soupçonner Brunehaut d'avoir envoyé des ambassadeurs et des présents à Condebaud , et d'avoir voulu l'épouser ; et lorsque Condebaud, après quelques succès stériles , eut été tué par ceux mêmes qui Favoient fait roi, Contran eut des avis que Brunehaut avoit aussi fait faire la même proposition au fds de Condebaud. C'est ainsi que cette femme artificieuse, lasse d'un bienfaiteur importun, et craignant son propre fils même, qui, avançant en âge , pouvoit lui ôter les rênes du gouvernement , cherclîoit à prolonger son empire, en lui opposant un homme dont elle auroit réalisé les chimériques prétentions , qui auroit été tout par elle, et qu'elle auroit replongé dans le néant quand elle auroit voulu. Frédégonde avoit eu la même politique, et il seroit étonnant qu'elle ne Feût pas eue; elle avoit aussi fait des avances à Condebaud : M. de Valois croit qu'elle avoit aussi dessein de Tépouser ; mais un outrage qu'elle reçut des partisans de Condebaud la détacha du parti.
Rigonte, fille de Frédégonde, alloit en Espagne épouser Récarède, fils de Leuvigilde, roi des Visigoths: Didier, duc de Toulouse, un des chefs du parti de Gondebaud , arrêta Rigonte , mit en fuite ceux qui l'accompagnoient, et pilla ses trésors. Frédégonde reçut cette nouvelle; celui qui la lui porta, éprouva que la douleur , dans cette ame féroce , devenoit toujours fureur; elle le traita indignement, ainsi que tous ceux qui avoient abandonné Rigonte [a]. Cependant on lui
[«] Greg. 1. 7, c. i5.
rendit sa fille, pour le malheur de toutes deux : Frédégonde Taimoit d'abord , car ce monstre paroît avoir connu quelquefois les sentiments de la nature; Rigonte la détestoit, laméprisoit, lui reprochoit continuellement la bassesse de sa naissance. La tendresse de Frédégonde se lassa enfin, et fit place à la haine ; Tantipathie devint réciproque; Grégoire de Tours dit qu'elles se battoient souvent : Frédégonde attenta même à la vie de sa fille; elle feignit un jour de vouloir lui donner ce qui restoit des trésors de son père, et au moment où Rigonte avoit la tête avancée dans un des coffres qui les contenoit , Frédégonde referma le coffre en lui pressant la tête avec violence pour Fétouffer; des domestiques accourant aux cris que poussoit une femme présente à ce spectacle , sauvèrent Rigonte.
Malgré tant de crimes, soit que Frédégonde connût mieux que Brunehaut Fart de gouverner , soit qu'elle inspirât plus de terreur, on ne vit jamais s'élever dans l'intérieur de son royaume des orages pareils à ceux qui agitèrent l'Austrasie sous l'administration de Brunehaut. Dès les premières années de cette administration, on voit les plus grands seigneurs d'Austrasie, le duc Rauchin , Contran Boson , Gilles évêque de Reims, et sur-tout Ursion et Bertefrède, soulevés contre elle, s'armer pour accabler Loup , duc de Champagne, qui étoit devenu leur ennemi par son attachement inviolable à Brunehaut et à Childebert : il est vrai que cette révolte servit à mettre dans un beau jour le courage de Brunehaut. Les forces des rebelles étoient très supérieures à celles du duc de Champagne, et
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celui-ci alloit infailliblement succomber; Brunehaut se présente tout-à-coup entre les deux armées, et, par les instances les plus pressantes, désarme, pour le moment, la fureur d'Ursion et de Bertefrède qui commandoient les rebelles [a]. Elle ne parut point intimidée des menaces insolentes d'Ursion qui , sans vouloir Fentendre , crioit arrogamment : « Qu'on fasse a retirer cette femme , ou nous Fécraserons sous les « pieds de nos cbevaux; qu'il lui suffise d'avoir régné a sous le nom de son mari , sans prétendre régner en- <i core sous le nom de son fils ; c'est par nos forces , a non par celles de cette femme , que ce royaume est « défendu et qu'il se conserve. »
Un emportement si brutal contre la mère du roi, annonce de violents sujets de mécontentement ; il ne fit qu'augmenter, dans la suite, par quelques actes de rigueur et de perfidie que Brunehaut fit exercer sur les mécontents [l?], Childebert, par son conseil, invite le duc Magnoalde à venir dans son palais voir un combat de bêtes ; Magnoalde vient , et il est assassiné ; Contran Boson est arrêté : Rauchin , Ursion , Bertefrède prennent l'alarme, et, de concert avec Frédégonde, forment le projet de tuer Childebert, de s'emparer de Théodebert son fils , et d'éloigner Brunehaut des affaires [c]. Le complot est découvert [Jj; Childebert mande le duc Rauchin, sous prétexte de lui communiquer quelque secret; il lui prodigue les marcrues de confiance les plus fortes; Rauchin sort content, et se croit en faveur; des gardes, placés le long
[a] Greg, 1. 6, c. 4, [b] 586. [c] Greg. l 8, c. 36. [(/] 587,
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de Fescaller, se jettent sur lui et Fassomment; le roi s'empare de tous ses biens. Ursion et Bertefrède se retirent dans une église; Tasile est violé, ils sont massacrés. Contran Boson du moins fut jugé et condamné à mort juridiquement; Ageric , évêque de Verdun , son ami, sur la parole duquel il s'étoit présenté, en mourut de douleur. L'évêque de Reims fut jugé aussi , et déposé. Contran Boson et Gilles méritoient Jeur sort par leurs infidélités et leurs trahisons, et voilà pourquoi ils furent livrés à la justice, il étoit difficile de convaincre les autres , on les assassina. Tant de coups d'autorité, parmi lesquels il y en avoit beaucoup d'illégitimes et de criminels, firent de plus en plus détester le gouvernement de Brunehaut.
Contran mourut réconcilié avec Childebert [a]^ auquel il avoit appris enfin à se défier de sa mère; Childebert fut son héritier, et joignit le royaume de Bourgogne à celui d'Austrasie,
«Contran, dit Tabbé Le Cendre, étoit dévot, à la « liberté près qu'il se donnoit d'entretenir autant de « femmes qu'il voidoit. w Avec cette liberté, il auroit dû mieux choisir celles qu'il honoroit du nom d'épouses et de reines. Il épousa d'abord la servante d'un de ses domestiques, ensuite une fille d'un rang plus convenable, qu'il répudia bientôt, parceque, disoitil , sa mère étoit décriée pour les mœurs. Il épousa depuis une femme-de-chambre , qui eut le titre de reine. Celle-ci, désespérée de mourir à trente-deux ans d'une maladie que ses médecins ne purent guérir, pria Con-
[rt] 592 ou 595.
Iran de les faire mourir; ce qui fut religieusement exécuté, comme dernière volonté d'une reine mourante.
On ne peut le disculper encore d'avoir ordonné le combat judiciaire entre deux de ses officiers, pour un taureau sauvage tué dans ses forêts : Faccusateur fut blessé mortellement; mais le champion de l'accusé, voulant désarmer son ennemi, se perça lui-même, et mourut sur la place. C'étoient trop de morts pour un animal tué; nul intérêt de chasse ne pouvoit mériter un pareil sacrifice. Contran ne fut pas encore satisfait; il jugea que la mort du champion de Taccusé, quoique arrivée par hasard, et en quelque sorte hors du combat , étoit une conviction du crime , et il fit lapider l'accusé , vieillard infirme , qui , par cette raison , n avoit pu combattre en personne.
Contran a été mis au nombre des saints , et c'est en effet un des moins mauvais rois de la première race. Ce fut aussi celui qui fit le moins la guerre. .
Dans un concile qu il prit soin d'assembler à Maçon , on débattit fortement la question : Si la femme peut être com^prise sous la dénom^ination dliomm^e. On se rendit enfin à l'autorité de laCenèse, qui dit expressément : // le créa mdle et femelle,
Childebert mourut deux ans après Contran [a] , lorsqu'il sembloit vouloir gouverner sans Brunehaut : Faileube sa femme, qui eût pu avoir la tutéle de ses enfants, et en exclure Brunehaut, mourut aussi presque en même temps. On a dit qu'ils étoient morts de poison, et on a soupçonné Frédégonde, mais plus en-
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core Brunehaut elle-même , qui n'avoit plus que ce moyen de conserver l'autorité.
Enfin Frédégonde mourut [a] , et Brunehaut , se voyant délivrée à-la-fois d'un prince qui vouloit la tenir sous sa tutéle, d'un fils qui vouloit s'échapper de la sienne , et d'une rivale dont la haine industrieuse et terrible Fobligeoit de veiller sans cesse sur elle-même, ne mit plus de bornes à la licence de son gouvernement ni à l'emportement de ses passions.
Théodebert et Théodoric , ses petits-fils , partagèrent les États de Childebert leur père. Théodebert eut l'Austrasie, Théodoric la Bourgogne.
Frédégonde avoit laissé à Clotaire le royaume de Neustrie, riche, puissant, et en état de se défendre contre les deux royaumes ennemis.
Brunehaut f^ouvernoit ces deux rovaumes sous le nom de ses deux petits-fils; mais elle demeuroit en Austrasie, à la cour de Théodebert, l'aîné de ces deux princes, où elle poursuivoit le cours de ses violences. Wintrion, duc de Champagne, fut la dernière victime qu^on lui laissa immoler à son avarice en Austrasie ; tous les grands de ce pays se soulevant à-la-fois contreelle, obligèrent son petit-fils de l'abandonner [è] : cette révolution universelle, cette réunion de tous les chefs de la nation contre Brunehaut , prouvent que les révoltes qu'on a vues précédemment , n'étoient pas dépourvues de motifs plausibles. Brunehaut fut donc honteusement chassée d'Austrasie [c] , et conduite sur la frontière , où ayant été laissée seule, elle futrencon-
f«] 597. [6]Fredeg. Chron. c. 18. [^] ^99.
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trée dans la campagne d'Arcis-sur-Aube, par un homme à qui elle se fit connoitre, et qu'elle pria de la mener vers ïhéodoric, son autre petit-fils ; cet homme obéit , et eut depuis, pour récompense, l'évêché d'Auxerre.
Brunehaut fut très bien reçue de Théodoric; elle eut bientôt l'adresse de se rendre aussi puissante en Bourgogne, qu'elle l'avoit été en Austrasie; mais elle eut la maladresse d'y être aussi violente, aussi avide, aussi déréglée dans sa conduite. Pour s'assurer un empire éternel sur l'esprit et sur les États de Théodoric, elle s'attacha toujours à le rendre incapable de gouverner; elle eut soin de l'environner de concubines et de filles infâmes; elle l'empêcha toujours de prendre une femme légitime , qui eût pu devenir pour elle nne rivale de crédit et d'autorité ( car on savoit dès-lors tous ces secrets du machiavellisme ) : pour l'apprivoiser plus aisément avec le vice , elle lui en donna l'exemple; elle se prostituoit aux jeunes gens de la cour, sa puissance suppléant, pour les attirer, à ce que Fâge a voit pu lui ôter d'agréments.
Saint Didier , évêque de Vienne , ayant cru devoir lui faire quelques remontrances sur les désordres de sa vie [a] , elle le fit déposer [b] et condamner à l'exil, par une assemblée de prélats vendus à ses caprices [c] ; mais le vœu unanime des évêques ayant obtenu , quelques années après, le rappel de saint Didier, et ce saint prélat montrant toujours la même fermeté, elle le fit lapider [d].
[fl] Adon. in martyr. S Desid. [b] 602. [cJFredeg. Ghron. c. 3i. [d] 6o5.
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Saint Colomban , fondateur de l'abbaye de Luxeuil , en Franche-Comté, ayant voulu exhorter Théodoric à prendre une femme légitime [a], et ayant commencé aie persuader, elle le chassa des États de ce prince [b].
Son ambition et son avidité rendant toujours coupables à ses yeux les hommes riches et puissants , elle cherchoit à les perdre et à les dépouiller; elle fit tuer Égila , patrice de Bourgogne, sans qu'il fût coupable d'aucun crime , et uniquement pour s'enrichir de sa dépouille [c].
Elle préféroit à tous ses autres amants un jeune Romain ou Gaulois, nommé Protade. Pour lui procurer la dignité de maire du palais , dont Bertoald étoit revêtu, elle fît exposer Bertoald à la guerre, à des périls auxquels il étoit impossible qu'il échappât, et Protade eut sa place.
Les enfants de Childebert, depuis qu'ils étoient montés sur le trône , avoient presque toujours été en guerre contre Clotaire : ce prince les a voit vaincus à la bataille de Leucofao , où l'on avoit vu trois rois, Tun âgé de douze ans ( i ) , les autres de dix (2) et de neuf (3) , commander en personne leurs armées ; depuis , il avoit été moins heureux contre eux; il avoit été battu par Théodoric dans un combat près d'Étampes , où Bertoald avoit été tué, mais où Clotaire avoit été mis en fuite, et où Mérouée son fils avoit été fait prisonnier ;
[rt] Jonas , in vitâ S. Colomb. [^] Go6. [c] Fredeg. Aimoin , 1. 3, c. 89.
(i) Clotaire.
(2) Thëodebert.
(3) Théodoric.
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Théocloric entra triomphant dans Paris; ensuite Théodebert et Théodoric firent la paix avec Clotaire pour se détruire l'un l'autre.
Us y étoient excités par Brunehaut , qui ne pouvoit pardonner à Théodebert l'affront qu'il lui avoit fait de consentir à son expulsion de l'Austrasie; elle ne cessoit d'animer Théodoric contre lui : « Que ne redemandez- « vous à Théodebert , disoit-elle, les trésors de votre «père, dont il s'est emparé? Vous savez qu'il n'est « point votre frère, et que c'est le fils d'un jardinier. » Théodoric sentoit sa cupidité s'enflammer par ce discours : Protade appuie Brunehaut , et par leurs instigations la guerre est résolue. Les armées étant en présence, et près d'en venir aux mains, les chefs de l'armée de Théodoric eurent horreur de voir une aïeule animer ses petits-fils à s'égorger l'un l'autre : ils respectèrent en elle ce titre d'aïeule de leur maître, qu'elle oublioit ; mais ils tournèrent tout leur ressentiment contre Protade , auteur, ou du moins fauteur de ces mauvais conseils. Le despotisme avide et insolent de ce ministre avoit, depuis long-temps , ulcéré contre lui tous les cœurs.
Un cri unanime s'élève dans le camp : « Il vaut mieux t( sacrifier un seul homme, que de mettre toute l'armée il en danger. » Le roi envoie Uncilène pour apaiser le tumulte : Uncilène , ennemi secret de Protade, déguisant ses ordres , annonce que le roi l'envoie pour déclarer qu'il consent à la mort de Protade, et ce ministre est tué dans la tente du roi; la paix se fit pour lors entre les deux frères.
Brunehaut montra bien l'intérêt qu'elle prenoit à
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Protade , par la vengeance qu'elle exerça sur les principaux auteurs de sa mort [a], Uncilène, dépouillé de tous ses biens, et cruellement mutilé , mourut dans la misère et dans les douleurs; le patrice Wulfe, qui étoit à la tête des ennemis de Protade , fut tué. Brunehaut ne put souffrir que la paix durât long-temps entre ses petits-fils ; ils reprirent les armes [b] : le sort fut favorable à Théodoric; il défit Théodebert dans deux grandes batailles, Fune auprès d'Andelau, Fautre à Tolbiac , dans Fendroit même où Clovis avoit vaincu les Allemands [cj. Théodoric poursuivit Théodebert jusqu'à Cologne : le malheureux Théodebert y fut pris , et périt, ou par la main de Théodoric, ou par celle des habitants de Cologne, qui ne purent éviter qu'à ce prix le ravage de leurs terres.
Un trait paroît peindre Théodebert; il avoit épousé, sans doute par quelque intrigue de Brunehaut son aïeule , une Bilichilde qui avoit été esclave de Brunehaut; il s'en dégoûta , et devint amoureux d'une autre femme , nommée Theudichilde , qu'il voulut épouser ; il pouvoit ou répudier la première , ou avoir deux femmes à-la-fois , comme plusieurs rois de sa race ; le barbare aima mieux poignarder Bilichilde de ^a main.
A la mort de Théodebert, les fils qu'il îaissoit, tous dans Fenfance , furent égorgés, ou de la main de Théodoric, ou de la propre main de Brunehaut; un d'entre eux, à peine sorti des eaux du baptême, eut la téta écrasée contre une pierre.
[a] Fredeg. c. 28. [6] 609. [c]Gï2.