‹ Histoire de Charlemagne (volume 3)Chapitre 12 sur 38 · DAGOBERT · texte numérisé non relu

DAGOBERT

I^AGOBERT [a], son fils aîaé ne fut point le modèle parfait des plus parfaits monarques j, comme on le dit dans les mauvais vers qui sont au bas de son portrait dans Mézeray. Il commença par être injuste envers Aribert son frère , qu'il priva du partage qui lui étoit dû [b\

Les partages étoient des abus sans doute, non pas que Tégalité dans le partage des successions ne soit Farrangement le plus conforme à la nature; mais il n'en est pas des royaumes comme des successions ordinaires, les peuples ne sont point aux rois, ce sont les rois qui sont aux peuples, et la réunion de TÉtat dans une même main peut seule assurer la paix , qui peut seule assurer le bonheur des peuples : ces principes n'étoient point connus alors , on regardoit la couronne comme le patrimoine des mâles, et on la partageoit entre eux; cet abus ctoit consacré par un usage constant , qui ne pouvoitplus être détruit que par une loi portée, sans intérêt et sur le vœu national, dans un temps où il n'y auroit point de partage à faire: la réunion ainsi réglée auroit coupé une des plus fortes racines des guerres ci-

[«]629. [6] Fiede{>. Chron. c. 56/Gest. Da(job. c. i5.

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viles : mais l'introduire par un principe d'avidité, par des moyens de force, c'étoit vouloir se jeter dans une nouvelle guerre civile ; et en effet , elle eût été inévitable avec un prince moins doux et moins patient qu'Aribertl

Une autre considération favorable alors aux partages se tiroit des accroissements successifs de Fempire fiançais, et principalement de Tétendue qu'il avoit acquise au-delà du Rhin , étendue qui avoit rendu nécessaire la division de la France en Austrasie et Neustrie , et qui avoit déterminé Clotaire il à céder la Neustrie à Dagobert. Cette libéralité d'un monarque envers son fils, libéralité sans exemple jusqu'alors , auroit dû empêcher Dagobert de commettre , à l'égard de son frère , une injustice sans exemple aussi jusqu'à lui.

Brunulfe, oncle maternel d'Aribert , parut vouloir réclamer les droits de son neveu; on le craignit du moins , et sur cette crainte, Dagobert le fit assassiner.

Il consentit cependant de cédera son frère quelquesunes des provinces méridionales , situées au-delà de la Charente. Cet État , trop foibîe pour rendre Aribert redoutable, étoit assez grand pour mériter le titre de royaume ; Toulouse en fut la capitale.

Aribert mourut deux ou trois ans après son père, à la suite d'un voyage à la cour de Dagobert; circonstance fâcheuse, et qui fut observée. Il avoit un fils, nommé Chilpéric, qui mourut peu de jours après lui; circonstance qui aggrava la première. Dagobert rentra dans les provinces cédées à Aribert, et réunit l'empire français.

Cependant Aribert laissoit deux autres fils , Boggiset

Bertrand, de la postérité desquels nous aurons beaucoup à parler dans la suite.

Ce qu'Horace dit des poètes , qu ils éternisent le souvenir des grandes actions et des grands hommes , qui, sans eux, seroient ensevelis dans l'oubli (i), Salluste le dit, avec raison, des historiens éloquents. Il rend justice aux guerriers illustres qui ont porté si loin la gloire d'Athènes , mais il croit qu'ils ont été bien servis par les grands historiens , qui, en décrivant leurs exploits, les ont gravés dans la mémoire des hommes, plus beaux, plus éclatants peut-être qu'ils n'ont été (2). Nos chroniqueurs font précisément le contraire, ils éteignent , ils anéantissent tout; sous leurs funestes mains tout se flétrit ou s'atténue, les hommes et les événements disparoissent. Un marchand, natif de Sens, selon les uns, ou de Soignies en Hainaut , selon les autres, voyageant loin de sa patrie pour les affaires de son commerce, trouve un assez grand peu-

(i) Vixere fortes ante A ffamernnonn

Multi, sed omncs illarryrnahiles Urgentur, ignotique longâ

Nocte , tarent g nia vate sacro.

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