CHAPITRE m
Des rois fainéants , et des maires du palais.
Les maires du palais, dit Fabbé Le Gendre, étoient d'abord comme les visirs de nos premiers rois ; leur poste n'étoit pas moins glissant que celui des visirs ; ils pouvoient, comme ceux-ci, être destitués à volonté; ils étoient de même en butte aux intrigues des femmes et des maîtresses : aussi voyons-nous que la liste des maires du palais , jusqu'à Dagobert ( quoiqu'on ne les connoisse pas tous), excède infiniment celle des rois; ce qui devient différent depuis Dagobert , parceque d'abord c'étoient les rois qui se jouoient des maires du palais , au lieu que depuis Dagobert , c'étoient les maires du palais qui se jouoient de ces fantômes , auxquels ils étoient cependant forcés de donner le titre de rois.
Ceux qui aiment à considérer les événements dans leurs premiers principes , et dans leur source la plus éloignée (i) , regardent Clotaire II, comme le premier auteur de l'énorme puissance des maires. Pour triom-
(i) Non sine usu fuerit introspicere illa primo aspectu levia , ex ^ueis ma^narum sœpè rerum motus oriuntui\ Tacit. Annal, lib. 4f cap. 33.
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pber de Brnnehaut et de ses enfants . pour parvenir à réunir l'empire français, il avoit fallu joindre l'intrigue à la force , il avoit fallu gagner les grands , et acheter leurs services par des complaisances. Une de ces complaisances fut de conserver un maire du palais dans chaque royaume , quoiqu'au moyen de la réunion il n'y eût plus qu'une cour et qu'un palais. Par-là, les maires d'Austrasie et de Bourgogne devinrent des vicerois dans leurs départements. Ce ne fut pas tout. Il fallut encore leur accorder Tinamovibilité , pas important pour arriver à Thérédité et à la propriété absolue d'une place si considérable ; et cet avantage de l'inamovibilité fut accordé indistinctement aux trois maires d'Austrasie , de Neustrie et de Bourgogne. Voilà le changement introduit par Clotaire ; il ne tarda pas à en éprouver les inconvénients. Il voulut déposer Garnier, maire de Bourgogne, pour quelque crime d'État, réel ou supposé. Premièrement , il fut obligé d'assembler un parlement ; sa volonté ne suffisoit plus. Secondement , le succès ne répondit point à ses vœux; tous les grands, sentant qu'il s'agissoit de leur cause, demandèrent grâce pour Garnier , et forcèrent le roi de le laisser en place.
Dans la suite , les maires du palais , au lieu d'être nommés par le roi , le furent par les grands : dès-lors ils devinrent les hommes de la nation , au lieu d'être les hommes du roi ; ils furent à-peu-près ce qu'étoient les éphores à Lacédémone, avec cette différence, qu'à Lacédémone il s'agissoit en effet des droits du peuple^ au lieu que chez les Français la nation résidoit dans les grands.
La minorité de Sigebert II et de Clovis II , tous deux fils de Dagobert, fut favorable à raccroissement de l'autorité des maires. Nous avons vu que Clotaire II , en cédant FAustrasie à Dagobert , lui avoit donné pour maire du palais Pépin de Landen. Cet homme , dont tous les historiens célèbrent à Fenvi la sagesse, la vertu, la sainteté même (i) , fît de Dagobert un bon roi , tant que Dagobert suivit ses conseils. Lorsque Dagobert , à son tour , céda FAustrasie à Sigebert son fils , il fit de tout point ce qu'on avoit fait à son égard , il le mit sous la direction des plus sages ministres. Il lui avoit donné pour gouverneur Cunibert , évéque de Cologne, comme il avoit eu lui-même pour gouverneur saint Arnoul , évêque de Metz ; et Cunibert suivit son élève en Austrasie : mais Dagobert craignit , pour un enfant de trois ans , l'autorité que Fexpérience et les services donnoient à Pépin dans ce pays ; car des siècles encore barbares ne sont déjà que trop capables de cette prudence machiavelliste , à qui les talents trop reconnus sont suspects. Il retint auprès de lui Pépin , sous prétexte du besoin qu'il avoit de ses conseils, qu'il ne suivoit plus guère ; il lui rendit des honneurs , pour se dispenser de lui donner sa confiance, et il nomma maire d'Austrasie le duc Adalgise , qu'il crut modéré. Il ne se trompa point; car, après la mort de Dagobert , ce duc, voyant que les vœux de tous les Austrasiens rappeloient Pépin à la place qu'il avoit occupée chez eux , il la lui remit de gré ou de force ^ disent les histo-
(i) «Aussi grand homine de bien que grand homme d'Ltat, dit « Mézeray , et qui ctoit selon le cœur de Dieu et des hommes. >»
riens , mais enfin sans guerre et sans combat , au lieu que nous verrons dans la suite les divers aspirants à la mairie déchirer l'Etat pour soutenir leurs prétentions.
Pépin redevenu maire d'Austrasie sous Sigebert, servit le fils avec autant de zélé qu'il avoit servi le père ; ami de Cunibert , il partageoit avec lui les soins du gouvernement [a],
Clovis II resta en Neustrie et en Bourgogne , sous la tutéle de Nantilde sa mère , femme d'une vertu éclairée , et sous celle du maire Ega , ami de Nantilde , homme comparable en tout à Pépin.
Tout promettoit à la France les plus beaux jours qu'elle eût encore vus luire. Un gouvernement sage et doux entretenoit la paix dans les deux États , et laisoit disparoître tous les inconvénients du partage : ce bonheur fut court , Ega et Pépin moururent promptement [b],
A Ega succéda Erchinoald , parent du roi du côte maternel, et à Pépin , Grimoald , fils indigne d'un tel père [cj. Les grands, qui l'estimoient peu , consentirent avec peine à rendre cette place héréditaire en sa faveur , et il n'en fut redevable qu'à la vénération cju'on avoit pour la mémoire de Pépin [d]. Il eut quelque temps un concurrent redoutable et plus agréable que lui aux grands , dans la personne d'Othon , seigneur austrasien ; il s'en délivra , en le faisant assassiner par Leuthaire , duc des Allemands.
Sigebert mourut à vingt-un ans [e], « C'étoit, dit l'abbé
[a] Fredeg. c. 80, 85. Gest. Da(rob. c. 46. [6] 639. [c] 64 1. [d] Fredeg. c. 83 , 84 , 88. [e] 65o.
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« Le Gendre , un véritable Israélite , dans lequel il n'y K avoit nulle malice, w II donna tant aux moines, que la nation le força de révoquer ses dons , quoique faits à des moines. Les moines en ont fait un saint ; du moins il étoit humain^ et il eût été pacifique, si Ton en juye par les larmes amères qu'on le vit répandre sur le sort de ses sujets tués à ses yeux , dans un combat désavantageux qu'on le força de livrer contre Raoul , duc de Thuringe , qui avoit secoué le jong. Le duc de Berri, frère de Louis XI , donna , dans une pareille occasion , les mêmes marques d'attendrissemet et de douleur. Les historiens, quand ils rencontrent de ces traits de sensibilité , ne manquent jamais de les représenter comme des traits de foiblesse , et de les condamner, au lieu de se plaindre d'en trouver si rarement. Xerxès pleura de la seule idée, que de son innombrable armée il ne resteroit rien dans cent ans ; ce sentiment étoit beau , mais il falloit ne pas faire la guerre.
Sigebert laissa un fils presque au berceau , nommé Dagobert , qui porta environ un an et demi le titre de roi. Sigebert en avoit donné la tutéle à son maire Grimoald. Celui-ci répondit mal et au choix des grands et à la confiance de son maître; il s'égara dans des projets ambitieux. Ayant vu la mairie passer du père au fils dans sa personne , il crnt que le temps étoit venu de mettre aussi la royauté dans sa maison; il se trompoit ; il ne savoit pas que les noms imposent encore aux peuples long-temps après que les choses n'existent plus ; les rois n'étoient rien , les maires étoient tout ; ils décidoient de la paix et de la guerre : les armées , les trésors de l'État étoient dans leurs mains j les ducs leur
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étoient soumis , ils disposoient des grâces , ils disposoient même du trône ; mais sous la condition d'y faire asseoir un prince issu de Clovis de mâle en mâle : ils faisoient tout, ils pou\ oient tout; mais il falloit que tout fût fait sous le nom de ce fantôme couronné , qu'ils pouvoient choisir, mais qu'ils étoient obligés de créer, et qu'ils ne pouvoient dépouiller de ce vain titre de roi. Grimoald ne comprit qu'une partie de cette vérité; il n'osa pas prendre pour lui la couronne d'Austrasie , mais il crut pouvoir la mettre sur la tête de Childebert son fils, en publiant qu'il avoit été adopté par Sigebert. Cette fable étoit assez mal ourdie. En supposant que l'adoption pût avoir chez les Francs les mêmes effets que chez les Romains ; en supposant qu'un roi pût intervertir l'ordre de la succession, comment concevoir que Sigebert , au préjudice de ses parents , eût appelé au trône un homme étranger à la race de Clovis ? L'invraisemblance de cette chimérique adoption n'arrêta point Grimoald ; et quand il crut avoir tout préparé , il fît tondre Dagobert 11 par un autre traître , nommé Didon, évêque de Poitiers, et le fit transporter, par cet évêque , en Irlande , où cet enfant fut long-temps oublié. En même temps il répandit le bruit que Dagobert 11 étoit mort ; il lui fit faire de magnifiques funérailles, et fît proclamer Childebert son fils, comme ayant été adopté par Sigebert [à\. Quelques auteurs prétendent même que Grimoald , pour assurer l'exécution de son projet, avoit empoisonné Sigebert; et sa conduite ne démentit pas ce soupçon.
[a] Vit. S. Vulfrid. Vit. S. Sigebert. Reg. Act. S. Audoeni. Gest. Franc, c. 43.
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Quoi qu'il en soit , Grimoald n'avoit travaillé que pour le roi de Neustrie , et ne recueillit point le fruit de son crime : les Austrasiens soulevés le firent prisonnier avec son fils , et les envoyèrent 1 un et l'autre à Clovis : depuis ce temps ils ne reparurent plus [a],
La Neustrie étoit toujours assez tranquille.
Depuis la mort de ce Garnier , que Clotaire II n'avoi^ pu faire déposer, il n'y avait point eu de maire du palais en Bourgogne , et il n'étoit pas à propos qu'il y en eût ; ce royaume devenoit une dépendance de la Neustrie, et la France avoit une division de moins. Nantilde fit revivre la mairie de Bourgogne , en faveur de Flaochat son parent; les grands de ce royaume l'élurent, avec beaucoup de répugnance , à la recommandation très pressante de cette princesse. Le seul usage connu que Flaochat fit de sa puissance , fut d'attaquer , à main armée, Guillebaud , duc des Transjurains , son ennemi , dans le logement qu'il occupoit à xiutun , où se tenoit alors une assemblée des grands [b] : Guillebaud fut forcé et tué , sa dépouille abandonnée aux soldats ; mais du moins Flaochat ne put jouir de son crime, la fièvre l'emporta quelques jours après , au moment où les grands indignés s'armoient pour le punir : Nantilde étoit morte avant lui.
Par la mort de Sigebert II, et Fexil deDagobertlI son fils, Clovis II étoit devenu seul roi dans les trois royaumes. Par la mort de Grimoald et de Flaochat , Erchinoald étoit aussi devenu seul maire. Ce ministre, dont les historiens ont dit beaucoup de bien et beau-
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coup de mal, sans que ni l'un ni l'autre soit justifié par les faits , rendit un grand service à TÉtat, lorsqu'il fit épouser à son maître ( si ce titre étoit encore fait pour Jes rois ) une esclave qu'il avoit achetée de quelques pirates. Cette esclave, c'estla fameuse Batliilde; les historiens la représentent comme une femme d'une beauté parfaite, et sa moindre perfection étoit d'être belle. Elle étoit née en Angleterre; et quand elle fut reine, des flatteurs publièrent qu'elle descendoit de quelqu'un des princes de Fheptarchie. «On le crut, dit rt un historien, parcequ'on l'aimoit. v Ajoutons qu'en ne le croyant pas on ne lui ôtoit rien , et que Bathilde devoit tout à elle-même.
Elle fut mère de trois princes , que nous verrons régner après Clovis H, et comme lui, c'est-à-dire occuper le trône sans prendre part à rien , marquer de leurs noms les événements et les dates, être inutiles à la patrie, et bons tout au plus à fixer la chronologie, qui même a beaucoup souffert de l'obscurité dans laquelle ils ont vécu.
On ne connoît que trois actions dans la vie de Clovis II; Tune, plutôt mauvaise que bonne, a été extrêmement louée; l'autre, vertueuse, a été extrêmement blâmée; une autre, à-peu-près indifférente, a été aussi blâmée que si c'eût été une action vertueuse.
La première , est qu'il fit exempter Tabbaye de Saint- Denis de la juridiction de l'ordinaire. Pourquoi intervertir Tordre, et détruire la hiérarchie?
La seconde , est que dans une famine il prit, pour nourrir les pauvres, l'argenterie que son père et lui
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avoient donnée à Féglise de Saint-Denis [a] ; c étoit un devoir; on lui en a fait un crime.
La troisième, est qu'il fit transporter dans son oratoire un bras de saint Denis; c'étoit l'effet d'une dévotion bien ou mal entendue, et le principe de cette action devoit plaire aux moines; mais ce bras leur étoit plus utile dans leur église que dans Foratoire du prince; ils publièrent qu'en punition de cette profanation Clovis étoit mort fou [b] ; il mourut imbécille , comme il avoit vécu , et consumé par les voluptés , avant Fàge où les anciens Germains et Gaulois se permettoient de les connoître [c].
Il y avoit toujours dans la constitution de Fempire français deux principes contradictoires, quoique Fun rendît Fautre nécessaire; c'étojent d'un côté Fesprit de guerre et de conquête , qui tendoit à reculer les limites de la France , et à rendre ses voisins vassaux ou tributaires ; de Fautre., Fusage des partages , qui affoiblissoit et bornoit cette puissance en la divisant, et qui étoit cependant devenu nécessaire pour défendre et gouverner un si vaste royaume : ce n'est pas que Fusage des partages n'eût précédé les grands accroissements de cet empire; mais ce n étoit d'abord que l'exercice du droit naturel, qui appelle tous les enfants au fjartage égal de la succession paternelle ; au lieu que dans la suite, les partages furent un arrangement avoué par la politique, exigé par les conjonctures, et qui eut lieu même du père au fils. C'est ainsi que Clotaire II
[c] Monacli, Dionys. Aimoin. Cont, d'iVimoiij,
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fut déterminé à céder l'Austrasie à Dagobert son fils, et que Dagobert fut forcé de la céder aussi à son fils Sigebert. Les accroissements de la France rendoient ces partages nécessaires; mais ces mêmes partages étoient un abus funeste qui entraînoit des guerres civiles. Le vrai remède, dont on ne s'est servi que longtemps après, étoit que la France fût renfermée dans les bornes que la nature semble lui avoir prescrites, en Fenvironnant de mers, de montagnes et de grands fleuves, et qu'il n'y eût point de partages , qu'il n'y eût qu'un roi et qu'un peuple. Mais dans le temps dont nous parlons , outre l'accroissement excessif de la France, une autre cause encore rendoit les partages nécessaires : cette cause , c'étoit non seulement l'usage passé en force de loi, de faire de semblables partages , mais encore une disposition particulière que cet usage avoit fait naître dans les esprits. Je m'explique. Quand deux ou plusieurs États, d'une force et d'une puissance à-peu-près égales, ont une fois été séparés, chacun d'eux conserve un esprit d'indépendance, qui s'oppose à la réunion , dont l'effet naturel seroit d'asservir un des Etats à l'autre. L'Etat réunissant a toujours sur FÉtat réuni une supériorité marquée , que celui-ci ne veut point jreconnoître. Ainsi, quoique FAustrasie eût été le partage de l'aîné des enfants deClovis I^^, cependant comme Clotaire F' , Clotaire II et Clovis II, qui tous avoient réuni l'empire français , avoient tous été rois de Neustrie, FAustrasie, pendant les époques de réunion, avoit toujours paru subordonnée à la Neustrie; elle avoit d'ailleurs l'exemple du royaume de Bourgogne, €|ui, pour avoir été long-temps uni à la
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Neustrie , en étoit devenu en quelque sorte une dépendance. L'Austrasie en craignoit autant pour elle : delà, un tel refroidissement de zélé de la part des Austrasîens, qu'on pouvoit à peine compter sur eux pour repousser les attaques perpétuelles de tant de vassaux jnal soumis, de tributaires indociles, et de voisins turbulents : delà, ce désir perpétuel que montroient les Austrasiens d avoir un roi particulier : de là , leur indii^ féreuce sur les courses des Esclavons et des Saxons » jusqu'à ce qu'on eût donné à TAustrasie un roi particulier. Ce roi (Sigebert) étoit uq enfant de trois ans; c'étoitlefils du roi de Neustrie ; mais il portoit le titre de roi dWustrasie, et dès-lors les Austrasiens ne se croyoient plus dépendant^ de la Neustrie. La division de la France en Austrasie et Neustrie étoit donc alors un mal inévitable : mais c'étoit un mal , on le sentoit, et on vouloit ne diviser la France que le moins qu'il seroit possible. Clovis II laissoit trois fils ; Dagobert III , Childéric , et Thierry, Les partages sembloient tout faits d'après les exemples précédents. L'un devoit avoir la Neustrie , l'autre FAustrasie , le troisième la Bourgogne : mais , comme nous l'avons dit, la Bourgogne, par succession de temps, s étoit tellement unie et incorporée avec la Neustrie , qu'on ne jugea pas à propos de 1'^ détacher de nouveau. Clotaire III eut donc la Neustrie avec la Bourgogne ; Childéric FAustrasie ; et Thierry fut le premier exemple d'un descendant de Clovis, qui n'eut eu aucune part à la succession paternelle, car Dagor bertn'avoit pas osé pousser Finjustice envers Aribert son frère, jusqu'à lui refuser tout partage; il lui en avoit donné un qui pouvoit du moins comporter le
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titre de roi. Thierry au contraire fut pleinement déshérité.
Il arriva dans la famille de Clovis ÎI ce qu'on vit arriver depuis en Angleterre dans la fcunille deGuiliauinele-Gonquérant. Thierry, le seul qui n'eût point eu de partage , réunit dans la suite tout le royaume. De même, parmi les trois fils de Guillaume-le-Conquérant, Robert eut les provinces françaises , Guiilaume-îe-Roux , FAngleterre, et Henri F' n'eut point d'Etats, mais il fut le seul qui les réunit tous dans la suite.
Pourvoir ce qu'étoient les rois alors, il faut voir ce qu'ont été leurs maires.
Erchinoald étant mort, le maire de Neustrie fat ce terrible Ebroin, guerrier violent, ministre perfide, despote cruel , en faveur duquel , malgré les éloges qui lui ont été prodigués par quelques écrivains de sou parti, nous ne trouvons qu'une chose à dire, c'est que saint Ouen fut son ami. Mais il persécuta d'autres saints ; et ce n'est pas sans quelque peine qu'on voit les saints mêmes, entraînés par les intérêts du siècle , se réunir trop peu pour l'intérêt public. Dans la moitié des vies des saints, principaux monuments historiques de ces temps, on trouve Ebroin scandaleusement exalté comme un héros; et dans l'autre moitié , justement décrié comme un méchant : une nouvelle égHse fondée , une ancienne église négligée décidoient trop alors de la louange et du blâme. On ne peut refuser à Ebroin ce qu'on appeloit alors du talent, c'est-à-dire, quelque science dans l'art de nuire, une activité redoutable, une valeur toujours funeste, le secret de faire tomber ses ennemis dans des pièges grossiers^
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qui 5 selon Tusage , finirent par se tourner contre lui.
Ulfoade fut maire plus paisible de l'Austrasie. L'enfance des princes, dont Tainé avoit à peine cinq ans , le second quatre, et dont le troisième étoit au berceau, fut encore une circonstance favorable à Taccroissement de la puissance des maires; mais elle fut balancée par * une autre circonstance , je veux dire le changement de maires, arrivé en même temps que le changement de régne. Les nouveaux maires ayant à gagner les esprits, et à établir leur autorité , furent obligés d'avoir ou de feindre les plus grands égards pour Bathilde, qui joignoit à l'autorité de tutrice de ses fils et de régente du royaume celle que donnent les charmes et les vertus. Quant à l'Autrasie , toujours jalouse , comme nous l'avons dit, de son indépendance, et flattée d'avoir sa cour particulière, elle se chargea de Penfarice de Childéric; et Ulfoade n'eut à ménager que les grands : mais dans l'Austrasie , Clotaire étoit sous la tutéle de sa mère, et les talents et les vertus de Bathilde servirent quelque temps de contrepoids aux vices encore cachés d'Ebroin. Le gouvernement de Bathilde, toujours juste et doux, et (ce qui ne pouvoit être que l'ouvrage d'une femme) toujours pacifique et au-dedans et au-dehors , est marqué par des réformes heureuses.
On avoit laissé subsister entre les Gaulois ou Romains 5 et les Francs leurs vainqueurs , des distinctions fâcheuses pour les premiers [a] ; la politique ne savoit
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point alors unir les peuples, et former de tous les citoyens d'un même empire une seule famille [a]. Une de ces distinctions étoit qu'on assujettissoit les Gaulois à une capitation si dure, que les enfants (qui aggravoient ce joug, parcequ'il falloit le porter pour eux ) , étant devenus un fardeau insupportable, on se privoit des douceurs du mariage, ou Ton vendoit à vil prix ces enfants à des Juifs , qui alloient les revendre chèrement dans d'autres pays. Bathilde défendit , sous des peines rigoureuses, aux Gaulois et aux Juifs, cet infâme commerce , et bien des gouvernements s'en seroient tenus là. Bathilde alla plus loin; remontant à la source du mal, elle abolit cet impôt, qui rendoit une partie de la nation jalouse et ennemie de Fautre ; impôt d'ailleurs toujours onéreux par l'arbitraire, et par le défaut de base pour asseoir une répartition juste. La piété tournoit la principale attention de Bathilde vers le gouvernement des affaires ecclésiastiques ; les rois , soit qu'ils nommassent directement aux bénéfices , comme le prétendent plusieurs auteurs, soit qu'ils ne fissent que diriger les élections par leur influence , avoient fait , de cette nomination , une affaire de finance; «ils vendoient les évêchés , et les évêques , « dit Mézeray, revendoient en détail ce qu'ils avoient « acheté en gros [b]. » Bathilde , toujours disposée à prendre sur le fisc pour tous les retranchements que le bon ordre exigeoit, fit encore cesser ce commerce, et ne souffrit plus que la simonie et la vénalité souillassent un ministère essentiellement pur et saint.
[a] Vit. Bathild. [b] 656, 657.
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Un siècle ne conçoit point les erreurs d'un autre siècle; des abus qui ne subsistent plus, paroissent toujours si énormes, qu'on s'étonne qu'ils aient pu avoir lieu , et qu'on n'admire pas assez le courage de ceux qui les ont réformés ; c'est aux hommes d'État , qui , dans des siècles plus éclairés , ont tenté de faire quelque bien, ou d'empêcher quelque mal, c'est à eux à juger si c'est une chose facile, même sous les meilleurs rois ; souvent toutes les lumières d'un siècle éclairé aboutissent à reconnoître que la barbarie est, dans tous les temps, une maladie presque incurable.
Bathilde fonda l'abbaye de Chelles pour les filles, et celle de Coibie pour les hommes : on lui a reproché d'avoir fait trop de bien aux moines: mais on ne considère pas que les moines , occupés alors à défricher les terres, à nourrir les pauvres, à cultiver les lettres, étoient les meilleurs des hommes ; que dans ces siècles de guerres et de violence ils recueilloient au fond de leurs retraites le peu de paix qui restoit sur la terre; qu'enfin, par leurs travaux et par leurs veitus, ils étoient dignes de toute la faveur des rois , et de toute la bienveillance des peuples.
Bathilde eut pour amis deux évêques; saint Léger, qu'elle fit évêque d'Autun; et Sigebrand, moins digne de sa confiance que le premier, et qui ne fut pas choi.si avec assez de circonspection [a\ On ignore quel étoit son siège; mais il paroît qu'il n'auroitdù être ni évêque ni ministre. Ses mœurs pouvoient éveiller la médisance , et autoriser les soupçons sur une reine encore jeune
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et belle, et le faste qu'il mettoit à sa faveur, augmentoit encore cet inconvénient; aussi la calorïinie n'a-telle point épargné Batliilde , qui , trop sensible pour son repos à cette injustice, n'y opposa pourtant que la patience et les larmes. L'orgueil de Sigebrand voulut écraser l'orgueil des grands; les grands le firent assassiner : on croit que ce fut l'effet d'une intrigue tramée sourdement par Ebroin, qui vouloit donner des dégoûts à Batliilde , pour réunir toute l'autorité [a]. Son artifice réussit. Bathilde, fatiguée de la perversité des hommes, se hâta de se consacrer à Dieu ; elle en avoit formé depuis long-temps le projeL Son ame douce , et exempte d'ambition , avoit toujours soupiré pour la retraite ; elle envioit la paix qu'elle avoit procurée à tant de cénobites dans les saints asiles élevés par ses soins ; mais elle n'avoit voulu quitter la cour que quand ses enfants et ses peuples n'auroient plus besoin d'elle. L'insulte qu'on lui fit dans la personne d'un homme honoré de sa confiance , les calomnies semées avec art contre elle-même par Ebroin , lui firent devancer le temps qu'elle s'étoit prescrit. Quelques auteurs insinuent que sa retraite ne fut pas volontaire, qu'elle ne fit que céder aux instances insolentes des grands, soulevés contre elle par Ebroin. Si le fait est vrai, ces indociles sujets étoient bien peu dignes du bonheur dont ils avoient joui sous ses lois. Quoi qu'il en soit, elle prit le voile à Chelles [b] , et fut l'édification du cloître 5 après avoir été l'exemple du monde [c].
[a] Vit. S. Bathild. Vit. S. Leodeg. [6] Vit. S. Bathild. c. 7, 8, [c] 665.
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Aussitôt que, par la retraite de la reine, Ebroin se vit le maître des affaires , son masque tomba , ses vices éclatèrent, son gouvernement fut un tissu d'injustices et de violences; rien ne pouvoit assouvir son avarice ; les biens, la vie même des plus grands seigneurs, n'étoient pas en sûreté : pour toute expiation de ses crimes , il prenoit sur la dépouille de ses victimes de quoi faire bâtir quelques églises ; ce qui l'a fait louer par quelques moines. L'assassinat de Sigebrand Favoit délivré d'un rival d'ambition , vicieux comme lui ; il retrouva dans saint Léger un nouveau rival, d'autant plus redoutable qu'il étoit vertueux.
Paul Diacre dit que , vers ce temps, les Français firent une irruption en Italie; qu'ils se laissèrent surprendre par Grimoald roi des Lombards , auprès de la ville d^Asti ; qu<3 ce prince en fit un si grand carnage, qu'à peine en resta- t-il quelques uns cjui pussent porter dans leur patrie la nouvelle de ce désastre. Aucun des historiens de France n'a parlé de cette déroute d'Asti , qui seroit un des plus funestes échecs que les Français eussent essuyés , si elle étoit réelle. L'autorité de Paul Diacre étant seule, n'est pas suffisante pour établir ce fait ; et Sigonius qui ne cite point ses autorités , mais qui , n'en ayant pas d'autre sur ce point que celle de Paul Diacre , dit cependant beaucoup de choses que Paul Diacre n'a point dites ; Sigonius qui parle du roi de France , comme s^il n'y en avoit eu qu'un seul alors, ne paroît pas assez instruit en cet endroit des affaires de la France, pour faire autorité. Au reste, comme d'après les calculs les plus raisonnables , cet événement, s'il étoit vrai, se rapporteroit à Tannée 663 ,
c^étoit Clotaire IIÏ qui étoit alors roi de Neustrie et de Bourgogne, et Childéric II , qui étoit roi d'Austrasie, Si Tun des deux a fait ou fait faire la guerre en Italie , ce doit être le roi de Neustrie et de Bourgogne. Clotaire, qui étoit ce roi , avoit douze à treize ans , et Childéric onze à douze; c'étoient Ebroin et Ulfoade, leurs maires du palais , qui gouvernoient , sur-tout pour les affaires de la guerre.
Clotaire lîl mourut sans enfants , Childéric régnant en Austrasie [a], c'étoit, par les raisons que nous avons dites, un titre d'exclusion à Fégard de la Neustrie, et le moment sembloit être arrivé de rendre à Thierry le partage dont il avoit été privé ; c'étoit le suffrage des grands de Neustrie qui devoit décider entre ces deux princes. Ebroin se rendit justice sur la haine qu'il avoit méritée ; il sentit que , si les grands élisoient un roi , ils pourroient bien en même temps éJire un nouveau maire , moins violent et moins injuste ; il résolut de les prévenir, de créer un roi qui n'eût obligation qu'à lui de la couronne , et qui ne pût la conserver que par lui : il fît proclamer Thierry de son autorité particulière, et sans consulter les grands ; nouveauté hardie , et qu'il n'étoit pas encore temps de risquer.
L'évêque d'Autun rassemble les grands; il leur demande si les Francs sont devenus sans retour les esclaves d'Ebroin ; si les grands et les évêques ne sont plus rien dans FÉtat; s'il ne leur reste plus qu'à baiser, en tremblant , une main teinte de leur sang et chargée de leurs dépouilles [è]. A sa voix, les grands, le peuple, tous
[a] 668. [b] Vit. S. Leodeg. c. 2. Gest. Fr. c. 45- Fredeg. c. 94,
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se soulèvent contre Ebroin^ ils vont chercher Childéric en Austrasie, et réunissent les trois royaumes sous sa domination [a], Ebroin, abandonné de tout le monde, n'a plus pour refuye , dit Mézeray, que la corne d un autel : on vouloit le l'aire périr, et c'étoit le vœu général ; mais on en usa envers lui comme quelques philosophes ont proposé d'en user à l'égard des criminels; on lui laissa la vie pour qu'il fût plus long-temps et plus rigoureusement puni ; on le tondit, on le fit moine dans le monastère de Luxeuil, on espéra qu'il mourroit lentement dans le désespoir de l'ambition trompée et de l'orgueil humilié. Thierry fut aussi tondu ; on le mit , mais en dépôt seulement, dans l'abbaye de Saint-Denis, comme en Turquie on enferme les frères du sultan, en leur permettant de vivre jusqu'à ce que le sultan ait des fils. On conservoit la race de Clovis, comme on tâche de conserver la race ottomane, en craignant également, et qu'elle ne s'éteigne , et qu'elle ne s'étende. C'étoit pour la seconde fois que Thierry étoit frustré de ses droits.
Childéric devoit tQut au choix libre des IXeustriens ; ils crurent pouvoir mettre à leur bienfait quelques conditions ; ils étoient d'accord avec les Austrasiens pour empêcher la réunion , et par des raisons semblables. Jusque-là c'étoient des rois neustriens qui avoient réuni l'Austrasie , et il en avoit résulté une sorte de dépendance de l'Austrasie à l'égard de la Neustrie; cette fois c'étoit un roi austrasien qui réunissoit la Neustrie, et il pou voit en résulter pour celle-ci le même inconvénient : on n'étoit point alarmé de voir la mo-
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iiarclîie réunie sous le nom d'un seul roi , on savoit que cette réunion ne seroit que de nom , et n'auroit rien de réel , tant que Fautorité , qui étoit dans la main des maires , ne seroit point réunie. On fit donc jurer à Childéric qu'il y auroit dans chaque royaume un maire de la nation , et qu'il y en auroit même un dans la Bourgogne , qui apparemment réclama , comme les autres , ton ancienne indépendance. Childéric promit tout , n'exécuta rien ; Clfoade resta seul maire des trois royaumes [a] , et la faveur de Childéric fut partagée entre lui et saint Léger , à qui Childéric devoit la Neustrie et la Bourgogne.
Saint Léger avoit une inflexibilité de caractère, qui plaît rarement aux rois , et qui déplaît toujours aux courtisans, a Ayant de bonnes intentions, dit Fabbé « Le Gendre, il croyoit que son seul iment étoit toujours « le meilleur. » Il tomba dans la disgrâce de Childéric. On avoit persuadé à ce prince qu'en effet Léger avoit formé une conspiration contre lui avec un Hector, patrice de Marseille, que Léger appuyoit de son crédit dans un procès que ce patrice avoit contre saint Prix , évêque de Clermont. Les évêques alors invitoient les rois à passer les fêtes de Pâques dans leur église; c'étoit une marque de faveur pour Févêque qui obtencit la préférence : elle étoit due à saint Léger; mais ce fut ïa dernière marque de faveur qu'il obtint. Les soupçons du roi augmentant par les intrigues des courtisans, le roi n'osa passer, selon Fusage, la nuit de Pâques dans la cathédrale; il Iw passa dans l'église de Saint-Symphorien d'Autun , où il
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communia delà main de saint Prix [a] : le lendemain il ne vint à la cathédrale que pour insulter et menacer l'évêque d'Autun, au grand scandale du peuple et du clergé. Saint Léger eut un moment de foiblesse, dont on abusa cruellement contre lui. Effrayé de la fureur du roi, entraîné par des conseils peut-être perfides, il prit la fuite avec ce même patrice de Marseille qu'on accusoit d'être son complice. Cette démarche inconsidérée fut regardée comme un aveu tacite du crime qu'on lui imputoit : on courut après les deux fugitifs; le patrice fut tué; l'évêque fut ramené [<?>]; on le punit, comme Ebroin, d'un supplice plus cruel que la mort; on Yenferma dans Fabbaye de Luxeuil avec ce même Ebroin, son ennemi. « Le loup et la brebis , dit Mézeray , vé- « curent ensemble sous un même toit. » Ils se réconcilièrent; que pôuvoient-ils faire de mieux? Saint Léger pardonna au cruel Ebroin tous ses crimes ; Ebroin ne pardonna pas de même à saint Léger ses vertus.
Les violences d'Ebroin avoient fait regretter Batbilde; celles de Childéric firent regretter saint Léger. Privé des conseils de ce saint évêque, Childéric se livra tout entier à ses vices, il devint vil et féroce [c]. Un des plus grands seigneurs du royaume, nommé Bodillon, ayant fait quelques remontrances sur un impôt très onéreux que Childéric vouloit établir, Childéric, indigné qu'on osât le contredire, fit arrêter Bodillon par ses gardes, le fit attacher à un poteau, et battre de verges en sa présence [d]. Si les rois exerçoient alors des actes de despo-
[a] Vit. S. Leo(3c(î. c. 5, 6. [b] 671. [c] G-S. [d] Gest. Franc, fr, ^3. Conlinual. Fredeg. c. qS.
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tisme, comme ont fait depuis les sultans , ils en étoient punis comme les sultans. Les grands révoltés invitèrent eux-mêmes Bodillon à venger un affront qui rejaillissoit sur eux.; Bodillon assassina Childéric à la chasse, et courut au palais plonger la même épée dans le sein de la reine Bilechilde sa femme , grosse alors , et dans celui d'un fils de Childéric, encore enfant. Vengeance exécrable! effrayante leçon !
Vers le même temps régnoit en France un prince qui a été, pendant plus de mille ans, ignoré de tous les historiens. On lisoit dans Paul Diacre que Grimoald, usurpateur célèbre du trône des Lombards, qui a exercé, quoique sans succès , le génie de Corneille dans Penharitej, avoit fait alliance avec Dagobert, roi de France. Cette alliance est le dernier événement du régne de Grimoald , et précède de fort peu sa mort, qui arriva en 671. On demandoit quel étoit ce Dagobert qui régnoit en France vers Tan 67 1 ?
Ce n étoit point Dagobert V\ fils de Clotaire II , puisqu'il étoit mort , selon Fopinion la plus commune, en 643 , et même , selon quelques auteurs, dès ôSg.
Ce n'est point non plus celui qu'on appelle assez communément Dagobert II , dit le Jeune j, et qu'on doit appeler Dagobert III; celui-ci , qui étoit fils de Childéric II , n'a commencé à régner qu'en 711.
On ne croyoit pas davantage que ce pût être ce Dagobert II , fils de Sigebert II , et petit-fils de D.jgobert I^, que le perfide Grimoald, maire du palais d'Austrasie, avoit fait transporter en Irlande. De ce moment , Dagobert II étoit entièrement oublié dans nos annales ; il n'en étoit plus parlé ^ ni dans Frédégaire, ni dans aucuu