CHAPITRE IL
Etat de la France, au moment de sa réunion sous Cliarlemagne.
Considérons quel étoit cet empire que Theureux Charlemagne léunissoit sous ses lois, et dont il devoit reculer si loin les limites.
Il faut d'abord distinguer la France proprement dite d'avec la France germanique.
La première avoit à -peu -près la même étendue qu'elle a aujourd'hui ; elle possédoit seulement de plus les Pays-Bas, et tout ce qui est sur la rive gauche du Rhin. Ainsi elle étoit bornée au nord et au couchant par rOcéan seul , depuis Fembouchure du Rhin jusqu'aux Pyrénées; au midi, par ces mêmes Pyrénées, et par la Méditerranée ; au levant, par les Alpes , et par le cours du Rhin.
La France germanique étoit composée , au-delà du Rhin , de divers Etats dont on parlera dans un moment.
Grâce au système de guerre auquel on avoit été si fidèle jusc[u'aîors , être seul roi de France , c'étoit avoir à combattre seul une multitude d'ennemis. Voyons quels étoient ces ennemis.
La Franee ne pouvoit être attaquée, et ne pou voit elle-même s'agrandir par des conquêtes, que de trois côtés : du côté de la Germanie , du côté de l'Italie , et du côté de FEspagne. Elle n^avoit rien à craindre ni à espérer des Insulaires , dans un temps où la marine en Europe étoit encore au berceau, et où la grande et funeste rivalité de la France et de l'Angleterre n'étoit pas encore née , à moins qu'on ne veuille regarder comme un des germes de cette rivalité les guerres continuelles des Français de ce temps contre ces Saxons , dont une peuplade, connue sous le nom d'Anglo-Saxons , avoit conquis la Bretagne, et Fa voit nommée de son nom Angleterre.