‹ Histoire de Charlemagne (volume 3)Chapitre 25 sur 38 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

L'énumération des nations germaniques nous a insem siblement rapprochés de l'Italie : de ce côté se présentoient d'abord les Lombards, dont nous avons vu les dispositions à Fégard de la France.

Depuis la chute de l'empire romain ou empire d'Occident, sous Augustule, époque remarquable pour les événements qui doivent suivre, les barbares quiavoient détruit cet empire, et les Grecs de Constantinople ou de Tempire d'Orient, autres barbares, mais efféminés et corrompus, n'avoient cessé de se disputer Tltalie. Odoacre et ses Hérules, qui avoient détruit Fempire romain , n'avoient travaillé que pour les Ostrogoths ; Théodoric leur roi, aussi grand prince que peut Fêtre un barbare, combattit Odoacre, et lui enleva la couronne et la vie; il fonda ce royaume des Goths d'Italie, nommés Ostrogoths, ou Goths du Levant, par opposition avec les Goths d'Espagne , nommés Visigoths , ou Goths du couchant.

Le royaume des Ostrogoths tomba sous les coups de Bélisaire et de Narsès , illustres généraux des foibles empereurs Justinien et Justin IL Le royaume des Ostrogoths avoit duré environ cinquante-neuf ans.

Des dégoûts que la cour absurde de Constantinople

avoit donnés à Narsès pour prix de ses services, IV voient déterminé àdétruire Fouvrage de sesconquêtes , en appelant dans Fltalie les Lombards, pour remplacer les Goths. Les Lombards y fondèrent un royaume qui dura bien plus long-temps que celui des Goths , et qui ne céda enfin qu'au puissant génie de ce Charlemagne auquel il fut donné de tout vaincre et de tout subjuguer.

Cette nation , plus célèbre que connue , avoitparcouru de victoire en victoire la Germanie presque entière; elle avoit triomphé sur sa route des Vandales, des Assipites, des Bulgares, des Hérules, des Suéves, des Gépides ; mais jusque-là les Lombards n étoient qu'une nation errante qui avançoit toujours sans s'étendre, parcequ'ils abandonnoient sans retour les pays qu'ils laissoient derrière eux; le moment où ils passèrent de la Pannonie en Italie fut une révolution plus grande encore pour eux que pour la contrée qu'ils soumettoient; ils changèrent entièrement de principes et de conduite, ils se fixèrent enfin, et réunirent leurs nouvelles conquêtes en un corps d''empire; ils n'avoient su jusque-là que conquérir, ils apprirent à conserver, à jouir, à gouverner; l'Italie subjuguée charma, ses farouches vainqueurs , leur inspira le goût de la propriété , poUt insensiblement leurs mœurs, et les accoutuma du moins à joindre l'autorité des lois à la force des armes.

Les Lombards, à peine établis en Italie, ayant à combattre toutes les forces de Fempire grec, allèrent d'abord, par une assez mauvaise politique, chercher de nouveaux ennemis; ils voulurent s'étendre aussi du côté de la France; mais ils reconnurent bientôt la différence d'une nation qui , comme les Grecs, est sur son

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déclin, et qui, accoutumée journellement à deâ pertes, tombe, pour ainsi dire, en ruine; et d'un peuple conquérant , aussi-bien que les Lombards eux-mêmes, qui prend son accroissement, et qui est dcms toute la vigueur de la jeunesse. L'écriture sainte appelle les conquérants prœdones gejitium (i) , brigands des nations ^ il ne faut pas que ces brigands s'attaquent les uns aux autres, s'ils veulent réussir. Les Lombards ayant donc fait une descente dans le Dauphiné , qui étoit du partage du roi Gontran , y remportèrent d'abord une victoire , bientôt expiée par trois grandes défaites , qui leur apprirent à respecter le nom Français , et à trembler au seul nom du patrice Mummol. Cbildebert , fils de Sigebert, les alla chercher jusque dans Fltalie, et n'y fut pas plus heureux que les Lombards ne l'avoient été en France. Deux grandes armées revinrent sans avoir rien fait. Autharis , roi brillant pour un barbare, gouvernoit alors la Lombardie : on négocia, on lui promit en mariage Chlodosinde, sœur de Chddebert; mais ce traité couvroit un piège , les Français se jetèrent sur les Lombards, qu'ils croyoient avoir trompés par leurs promesses; un des plus horribles échecs que la France ait jamais essuyés , fut la juste peine de cette perfidie. Le même Cbildebert envoya encore en Italie deux autres

(i) Ascendit leo de cubili suo , et prœdo gentium se levavit : egressus est de Iocq siio , ut ponat terrant tuam in solitudinem , civitates tuœ vastabuatur, rémanentes absque liabitatore* . Jérém. chap. 4, vers. 7. Voilà le résultat des conquêtes : dévastation et solitude.

*«Le lion s'est élancé de sa tanière, et le brigand des nations s'est levé : il est «sorti de son repaire pour faire de votre terre une solitude j vos cités sercntra- «vagées; elles resteront sans un seul habitant. »

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armées, qui périrent encore, moins par les armes des Lombards, queparles maladies, l'Italie s'annonçant dèslors pour le tombeau des Français ; elle est le tombeau des Français intempérants et indisciplinés, mais non des Français sages et bien conduits ; il ne paroît pas qu'elle Fait été sous Pepin-le-Bref et sous Charlemagne.

Cependant cet acharnement de Childebert sur l'Italie donna de l'inquiétude aux Lombards, ils crurent devoir le désarmer par un tribut; Clotaire II les en affranchit, et depuis ce temps jusqu'au temps de Pépin , la paix paroît avoir toujours régné entre les Français et les Lombards ; car nous avons fait voir que la prétendue défaite des Français en Lombardie , vers le temps de Dagobert II et d'Ebroin, n'est vraisemblablement qu'une fable; mais sous Pépin et Charlemagne, cette paix a voit fait place à la guerre la plus acharnée.

Autant les Lombards avoient alors à se plaindre de la France, autant les papes lui étoient dévoués par reconnoissance et par intérêt.

Au-delà de ces puissances, on rencontroit l'empire des Grecs, qui nepouvoit voir sans beaucoup d'inquiétude l'influence que les Français avoient alors sur les affaires de l'Italie.

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