‹ Histoire de Charlemagne (volume 3)Chapitre 26 sur 38 · ESPAGNE ET AQUITAINE · texte numérisé non relu

ESPAGNE ET AQUITAINE

Du côté de l'Espagne , s'offroit d'abord l'Aquitaine , conquise et réunie par Pepin-le-Bref , mais réclamée par Hunaud. L'Aquitaine avoit été long-temps comme un royaume particulier dans le royaume de France , et elle avoit eu en effet ce titre de royaume, lorsque Dagobert l'av oit donnée à son frère Aribert, en dédommagement de l'Austrasie ou de la Neustrie, qui auroit dû lui revenir. L'Aquitaine comprenoit la Saintonge, le Périgord, le Quercy, l'Agénois, tout ce qui est entre la Garonne et les Pyrénées, de plus, le Toulousain, et Toulouse étoit la capitale de ce royaume.

Aucun de nos anciens histoiiens n'a su quel étoit ce duc Eudes qu'on voit jouer un si grand personnage , et figurer comme un souverain, du temps de Charles Martel ; ils l'ont représenté comme un duc ou gouverneur ordinaire , qui s'étoit rendu indépendant à la faveur des troubles. On ne savoit rien de sa généalogie, ni avant, ni après lui. Cette généalogie n'a été bien connue que dans ces derniers temps , par la charte d'Alaon , que dom Vaissette a rapportée dans son histoire du Languedoc ; cette charte est de Charles-le-Chauve , donnée à Compiègne le :2i janvier de l'an 845 de l'ère

chrétienne, et le cinquième de son régne (i); elle contient la généalogie d'Eudes, duc d'Aquitaine, non seulement dans la partie qui le précède , mais dans celle qui le suit jusqu'à l'époque de la charte. Le reste est connu par les généalogies ordinaires et prouvées.

Il est dit dans la charte d'iVlaon (2) , qu'après la mort du jeune Chilpéric, fils d'Aribert, lequel étoit, comme nous Tavons dit, frère de Dagobert (et observons en passant que la charte, en parlant de la mort de Chilpéric, emploie, tantôt le mot générique mortem , tantôt celui de neceirij, qui signifie mort violente) (3) , Dagobert donna l'Aquitaine à Boggis et à Bertrand, frères de Chilpéric; que Boggis et Bertrand son frère étoient fils d'Aribert ou Charibert , et de Gisèle , fille d'Amand , duc de Gascogne ; qu'Eudes , fils de Boggis , posséda l'Aquir taine à titre héréditaire , et qu'il la réunit tout entière, ayant aussi recueilli la succession de Bertrand son oncle, qui lui fut abandonnée par le fameux saint Hubert, évêque de Maëstricht et de Liège , fils unique de Bertrand. Eudes eut pour successeur Hunaud son fils aîné, celuici Gaïffre son fils : tous ces ducs, dit la charte^^çuàaniœ ducatu potiti sunt ^ nomine tamen Francorum reguin. Ce mot sembleroit signifier que le duché d'Aquitaine ne fut pour eux qu'un gouvernement ordinaire; mais il paroît que ce n'est pas ainsi qu'il faut l'entendre. Le titre de roi d'Aquitaine, par l'injustice de Dagobert, avoit péri avec Aribert et Chilpéric ; mais les droits de

(i) Duodccimo kalendas februarii , indictione octavâ.

(2) Ainsi nommée d'un monastère du diocèse d'Urgel , dont elle confirme la fondation.

(3) On sent le rapport de nex à necare.

DE CHARLEMAGNE, â63

Boggis et de Bertrand étoient les mêmes que ceux de Chilpéric; Amand, duc de Gascogne, leur aïeul maternel par Gisèle sa fille , prit la défense de ces droits. Les historiens parlent d'une révolte des Gascons sous Dàgobert: cette révolte^ qui peut-être n'en mérite pas le nom, avoit pour objet cette défense des droits de Boggis et de Bertrand; et il paroît que ce fut pour terminer la guerre que Dagobert se résolut enfin à donner l'Aquitaine à ces deux princes : on fit un accommodement; on prit un milieu entre les prétentions contraires; Dagobert ne Youloit point donner le royaume d'Aquitaine à ses deux neveux , et ceux-ci ne vouloient pas se contenter du simple gouvernement de cet Etat : on leur donna ce duché à titre héréditaire, sous la condition de la foi et hommage envers la couronne , et d'un tribut annuel ; premier exemple de Thérédité des fiefs , ou plutôt premier exemple de Tapanage. Ce duché passa au même titre à Eudes , qui peut bien avoir achevé de se rendre indépendant à la faveur des conjonctures, et on peut dire qu'il en avoit le droit. Il paroît que Chilpéric li et son maire Rainfroy, pour obtenir des secours de ce duc contre Charles Martel , reconnurent ôâ sou^ veraineté [regnum) sur toute l'Aquitaine [a]; et lorsque Charles Martel, après la mort de son fantôme de Clotaire, consentit à reconnoître Chilpéric, et se le fit livrer par le duc Eudes , dom Vaissette croit qu'il reconnut aussi la souveraineté de ce duc. Dans une inscription de l'an 716, trouvée en 1279, à Saint-Maximin

[a\ Frédégar. Vales. Rer. Francicar. 1. 23, t. 3, p. 434- Histoire de l'académie dés inscriptions et belles-lettres, t. i , pag. 162 et suiv.

en Provence, Eudes est appelé Francorum Rex^ roi des Français ; et dom Vaissette observe que les titres de princes , et même de rois d'Aquitaine , que tous les historiens anciens, tant nationaux qu'étrangers, donnent à Eudes et aux princes de sa famille, tels queHunaud, Gaïffre , Loup , etc, , sont une preuve qu'on reconnoissoit en eux une origine et une autorité différentes de celle des autres gouverneurs de province; car, selon la remarque d'Adrien de Valois, on donnoit bien quelquefois aiors la qualité de princes aux grands seigneurs , mais on ne joignoit jamais cette qualité avec le nom de la province dont ils avoient le gouvernement [a].

Non seulement on a quelquefois donné à Eudes et aux autres princes de sa maison le titre de Roi^ mais on a quelquefois daté des chartes des années de leur régne , sans énoncer celui du ou des véritables rois de France, ce qui est sans exemple pour les autres ducs , ou simples gouverneurs de province dans le huitième siècle.

Le duc Eudes étoit donc un souverain absolument indépendant, soit qu^il dût cet avantage à son extraction royale, ou au talent qu'il avoit eu de profiter des circonstances. Ilparoit qu'il mourut en possession de cette indépendance, source et objet de toutes les guerres qu'il eut à soutenir contre Charles Martel ; mais dans la suite ce conquérant ayant été encore plus heureux contre les enfants du duc Eudes , nommément contre Hunaud, il lui imposa la condition de tenir ses États a foi et hommage ( i ) , non pas de la couronne , dont Char-

[rt] Vales. Rer. Francicar. lib. 18, p. 34»

(i) Ce qu'on appela ^e/ dans la suite, s'appeloit alors bénéfice;

les ne stipuloit plus les intérêts, mais de la personne même de Charles , et de celles de Carloman et Pépin ses enfants : ainsi le premier état de cette maison fut que Boggis et Bertrand furent vassaux de la couronne, mais à titre héréditaire; le second, qu'Eudes fut indépendant; le troisième, que Hunaud et ses enfants furent vassaux de la race carlovingienne ; vassalité dont ils se défendirent toujours , parcequ'ils la regardoient comme contraire aux droits deleur naissance, et comme ayant été uniquement Fouvrage de la force.

La charte d'Aîaon fait mention de la réunion de l'Aquitaine, causée par la prétendue félonie de Gaïffre et de Fapostat Hunaud . Pour ne pas anticiper sur les faits , nous ne la suivrons point , quant à présent , dans Fénumération de leurs descendants jusqu'en Fan 845, époque de la charte; nous nous contenterons d'observer ici, qu'en joignant à la généalogie contenue dans cette charte les généalogies non contestées et bien connues qui la suivent , il en résulte qu'Eudes descendoit de mâle en mâle de Clovis, par Aribert et par Boggis, et que de cet Eudes descendoit par les ducs d'Aquitaine , puis par les ducs de Gascogne, cette illustre maison d'Armagnac , qui a produit le connétable d'Armagnac , trop fameux du temps de Charles VI ; le duc de Nemours , trop malheureux sous Louis XI, et qui s'est éteinte en I 5o3 , par la mort du duc de Nemours , son fils, tué à la bataille de Cérignoles; mais la postérité d'Aribert et d'Eudes s'est perpétuée dans d'autres maisons, actuel-

voilà pourtant bien le vrai caractère de la féodalité , la foi et liom-» ïnage.

206 HTSTOIRE

lement existantes, nommément dans celle de Montesquieu . Voilà ce qui n'a été bien éclairci que par la charte d'Alaon , et par Tusage que dom Vaissette en a fait dans son histoire du Languedoc.

Au reste, dom Vaissette a rapporté cette charte, mais il ne Ta pas découverte ; elle étoit imprimée trentesix ans auparavant dans la collection des conciles d'Espagne, parle cardinal d'Aguirre; cette collection a été publiée en 1694, et l'histoire du Languedoc a paru en 1780 : c'est des conciles d'Espagne que dom Vaissette a tiré cette charte, que dom Mabillon et Ferreras avoient aussi connue; mais dom Vaissette l'a discutée, Faéclaircie, il a fait voir que rien n'en peut faire soupçonner l'authenticité; que non seulement elle s'accorde avec tous les autres monuments historiques, mais qu'elle répand du jour sur plusieurs faits, qui ne trouvent que dans cette charte une explication satisfaisante; enfin, son travail sur cette matière équivaut véritablement à une découverte.

Ce n'est , par exemple, qu'à la faveur de cette charte qu'on voit clair véritablement dans l'histoire de ce duc Eudes, auquel on seroit étonné, sans cet éclaircissement, devoir un gouvernement et si vaste et si absolu: on voit qu'il faut le regarder, non comme un gouverneur nommé par le roi , qui eût usurpé l'indépendance, mais comme un souverain qui posscdoit ces provinces à titre héréditaire : ainsi , lorsque Dagobert , à la mort d'Aribert et du jeune Chilpéric son fils , avoit réuni l'Aquitaine à la couronne , il avoit commis envers Boggis et Bertrand, frères de Chilpéric, une injustice et une violence dont ceux-ci s'étoient relevés en partie ;

DE CHARLEMAGNE. T.Gj

lorsqu'à la faveur des troubles du royaume, T Aquitaine s'étoit détachée de la France, lorsqu'on voit ses ducs, indépendants et absolus, ou cherchant à l'être, faire la guerre aux rois de France , et traiter avec eux de couronne à couronne, ils pouvoient avoir profité des conjonctures pour étendre et affermir leur indépendance, mais on voit qu'ils y avoient droit par leur naissance , et voilà ce qu'ont ignoré les historiens, et ce qu'on peut appeler la découverte de dom Vaissette.

kSî dans la suite Eudes , dépouillé par les Sarrasins , fut rétabli par la valeur de Charles Martel , il ne paroît pas qu'en conséquence il lui ait rendu hommage, ni que la reconnoissance ou le malheur ait coûté à Eudes son indépendance. Mais, dans la suite, comme nous l'avons dit, Charles Martel fit avec Hunaud, fils du duc Eudes, un traité par lequel Hunaud le reconnoissoit pour souverain, et s'engageoit à tenir ses États à foi et hommage de lui et de Carloman et Pépin ses enfants ^ sans faire aucune mention du roi ; ainsi c'étoit à Charles Martel et à ses enfants qu'il se soumettoit; non à la France, dont ces princes n'étoient pas encore les rois.

On voit encore mieux à présent de quelle horrible violence Pepin-le-Bref s'étoit rendu coupable en faisant pendre RemisLain, frère de Hunaud, et oncle de Gaïf-« fre; on voit qu'il n'étoit pas possible de pousser plus loin Fabus de la victoire ; et tant d acharnement et de cruauté de la part des princes carlovingiens contre cette maison d'Aquitaine, qu'ils eussent voulu exter* miner, est une nouvelle preuve de Forigine de cette maison , et de l'authenticité de ses droits , toujours odieux et redoutables à la maison carlovingienne,

Cette descendance d'Aribert se confirmera de plus en plus par Texamen de quelques objections, par lesquelles on a prétendu Tébranler.

Il se présente d'abord une difficulté qui peut mériter attention. Le jeune Chilpéric avoit succédé à son père Aribert; ce ne fut qu'après la mort de Chilpéric que se fit la réunion; Boggis et Bertrand son puîné vivoient alors. Pourquoi Dagobert avoit-ii respecté les droits de Chilpéric, ou pourquoi ne respecte-t-il pas ceux de Boggis et de Bertrand? Pourquoi cette différence entre des frères, qui tous, au défaut les uns des autres, ont les mêmes droits? De plus, Dagobert fut soupçonné d'avoir fait périr Aribert et Chilpéric , pour donner lieu à la réunion ; il laissa vivre Boggis et Bertrand, donc il ne les regardoit pas comme des obstacles à la réunion. Tout cela ne méne-t-il pas à penser que Boggis et Bertrand, s'ils étoient fils d'Aribert, étoient de simples bâtards , qui n'avoient aucun droit de succéder ni à leur père, ni à leur frère?

Mais, i^ eussent-ils été bâtards, ce n'étoit point alors un titre d'exclusion. En effet, à travers le mélange continuel que les princes mérovingiens faisoient du mariage et de l'adultère, à travers l'usage alors permis d'une concubine, et l'abus excessif du divorce, il devoit être assez difficile de distinguer les bâtards d'avec les enfants réputés légitimes. Au reste, la charte d'Alàon ne représente nullement les princes Boggis et Bertrand comme bâtards.

2*" La mort de Chilpéric suivit de si près celle d'Aribert son père, qu'on ne peut pas dire que Dagobert eût perdu de temps depuis la mort d'Aribert, pour faire la

réunion de l'Aquitaine, ce qui fait tomber la prétendue différence qu'on veut qu'il ait mise entre les droits de Chilpéric et ceux de Boggis et de Bertrand.

3^ Il paroît que Dagobert . pour réunir l'Aquitaine, avoit fait périr Aribert et Chilpéric , et qu'il avoit destiné le même sort à Boggis et à Bertrand , mais que leur aïeul, Amand, duc de Gascogne , les mit à l'abri de ses entreprises.

4"^ Toute la différence qu'il y eut entre ces frères, consistoit vraisemblablement dans leur âge; Chilpéric pouvoit entrer dans Fàge où les peuples commencent à espérer d'un prince; au lieu que Tâge tendre de Boggis, et encore plus de Bertrand, pouvoit seconder, même auprès des peuples, les vues ambitieuses de Dagobert.

5^ Enfin, par le silence des historiens, toutes les bases manquent, tant pour les objections que pour les réponses , et ce n'est pas la peine de raisonner sur ce qu'on ne sait pas.

Ceci peut répondre d'avance à d'autres objections que fait aussi M. de La Bruère, contre cette descendance d'Aribert par Boggis.

Comment , dit-il , Hunaud et Gaïffre , dans leurs guerres contre Pépin et Charlemagne, n'alléguoientils point cette descendance , qui eût donné à leur cause de la force et de l'intérêt? Comment même n'alloientils pas plus loin, et ne réclamoient-ils pas, comme princes mérovingiens, la couronne de France contre des usurpateurs, tels que Pépin et Charlemagne?

Je réponds, i ^ que rien ne prouve qu'ils n'aient pas fait ces diverses réclamations, tant à l'indépendance de l'Aquitaine qu'à la succession au trône. Le silence des

historiens de ces temps ne prouve rien. Ils énoncent les faits, mais ils ne les discutent point; ils racontent les guerres, mais ils n'en expliquent point les motifs, et n'exposent point les droits des contendants.

9.^ La réclamation de la couronne, de la part des princes d'Aquitaine, eût-peut être été prématurée dans un temps où Childéric et son fils, quoique déposés et enfermés , vivoient encore ; et cette même réclamation eût peut-être été déplacée contre des princes auxquels ils avoient rendu hommage , lorsque Hunaud avait été battu par Charles Martel.

3^' De plus, la nation s'étoit déclarée pour la postérité de Pépin, et les droits que donnoient les suffrages des peuples étoient respectes alors.

4^ Enfin les papes, autre autorité très respectée, avoient consacré les droits de la race de Pépin.

Comment, dit encore M. de lia Bruère, Eudes, ou Hunaud son fils , auroient-ils prêté serment à Charles Martel et à ses fils, dont ils pouvoient devenir les maîtres? Comment Charles Martel et ses fils pouvoient-ils exiger un pareil serment?

C'est que Charles Martel et ses fils étoient vainqueurs et tout-puissants ; c'est que le duc Eudes avoit eu obligation de son rétabhssement dans son duché à la valeur de Charles Martel ( i ); c'est que Hunaud n'a voit pu le conserver que par la clémence de Charles Martel, et qu'en pareil cas le vainqueur impose, et le vaincu subit les

(1) Cependant, il paroît , comme nous l'avons observé, que le (îuc Eudes ne rendit point hommage, et ce l'ut peut-être la cause des guerres qu'il eut à soutenir contre Charles Martel , et dans lesquelles quelques auteurs disent qu'il fut tué.

BE CHARLEMAGNE. 2JX

conditions les plus rigoureuses. Peut-être même la condition de riiommage, exigée par Charles Martel , étoitelle une précaution prise contre les droits des princes d'Aquitaine à la couronne.

Quoi qu'il en soit de tous ces raisonnements , pour lesquels, encore un coup, toutes les bases manquent, le fait que les ducs d'Aquitaine descendoient d'Aribert par Boggis , son second fils , est invinciblement prouvé par la charte d'Alaon , et aucune objection ne peut l'ébranler.

Aux dépens de l'Aquitaine s'étoit formé ce duché particulier des Gascons, dont Loup, petit-fils de Hunaud et fils deGaïffre, étoit en possession du temps de Charle^ magne. Ce peuple montagnard , habitant des Pyrénées , protégé par ses montagnes et par sa pauvreté, avoit longtemps conservé une indépendance qu'on avoit peu d'intérêt de lui disputer ; il paroît cependant que les Gascons avoient été tributaires des Français dès les premiers temps de la monarchie, ainsi que les Cantabres ou Basques, leurs voisins , et qu'alors le pays des Gascons comprenoit la Navarre, une partie de la vieille Castille et de l'Aragon ; que Pampelune et Calahorra étoient leurs principales villes; mais dans la suite ils avoient secoué le joug, et, descendant de leurs montagnes, ils faisoient quelquefois des incursions dans les provinces^^. de l'Aquitaine : dès qu'ils étoient poursuivis , ils se sauvoient dans ces mêmes montagnes , où il étoit rare qu'ont osât les suivre.

Dans divers temps, Chilpéric, Théodebert, et Théodoric son frère, petits-fils de Sigebert, Ciotaire II, Dagobert r\ avoient eu aies combattre, les avoient vaincus,

leur avoient Imposé le tribut et Thommage. Cependant, par succession de temps, les Gascons s'étoient établis dans la province qu'on appeloit alors Novempopulanie, et qu'on appela depuis, de leur nom, Gascogne. Là, ils vivoient sous la dépendance des Français , et étoient gouvernés par un duc que le roi nommoit.

Sous Pepin-le-Bref , Gaïffre les avoit entraînés dans ses entreprises contre la France; ils n'échappèrent pour lors à leur ruine que par la plus prompte et la plus soumission.

Nous avons vu à quel prix Loup , fils de Hatton , évita sa perte sous Charlemagne.

Les Sarrasins possédoient encore une partie delà Septimanie ou Languedoc. Nous avons assez parlé de ce peuple, à propos de la victoire que remporta sur lui Charles Martel ; nous observerons seulement que ces Sarrasins ou Arabes , répandus dans tant de contrées , reconnoissoient tous l'autorité d'un calife, c'est-à-dire d'un vicaire ou successeur de Mahomet , dont la résidence étoit d'abord à Damas, d'où il étoit à portée de donner la main , pour ainsi dire , aux trois parties du monde, sur lesquelles s'étendoit sa domination : dans la suite, la capitale de l'empire des Musulmans fut Bagdat, sur le Tigre. Du temps de Charlemagne vivoit ce calife Aaron , surnommé Rachid , ou al Raqhid c'est-àdire le juste, qui, comme Charlemagne , commit quelques crimes politiques, parcequ'il vivoit dans le huitième et le neuvième siècle, mais qui, comme Charlemagne aussi, eut des vertus, protégea les lettres, et se fit un grand nom.

Nous avons dit que la France, baignée au couchant

par rOcéan, n'avoit, de ce côté, aucun ennemi étranger à combattre; mais elle avoit, de ce côté-là même, un ennemi intérieur et domestique, d'autant plus à craindre , qu'il pouvoit choisir les moments , et saisir les occasions; c'étoient ces Bretons qui, chassés par les Anglo -Saxons du pays qu'on nomme aujourd'hui l'Angleterre, s'étoient réfugiés dans la province de France à laquelle leur nom est resté. Clovis les avoient soumis plus parles négociations que par les armes; leurs chefs étoient convenus de quitter le titre de rois, et de se contenter de celui de ducs ou de comtes , sous la condition de l'hommage; mais chaque fois qu'ils se révoltoient, ils reprenoient ce titre de rois. Frédégonde, par ses intrigues, souleva contre Gontran leur fameux comte Waroc , qui , en joignant la perfidie à la valeur , parvint à défaire deux armées françaises. Judicaël, sous Dagobert, profitant d'une irruption des Gascons, avoit repris le titre de roi, et fait des courses dans les provinces voisines de la Bretagne; il fut obligé de venir à Saint- Denis demander pardon , et il n'osa même sortir de cet asile de Saint-Denis pour aller trouver le roi à Clichy, tant il redoutoit la rigueur des lois féodales contre les vassaux félons et rebelles !

Les Bretons se révoltèrent encore sous Pépin, qui n'eut qu'à paroître pour les soumettre. Ils étoient calmes et dociles du temps de Charlemagne.

Ainsi les Français avoient autour d'eux comme deux enceintes d'ennemis et de rivaux.

Au nord et au levant , les Saxons et les autres nations germaniques ou sarmates ; au midi , les Lombards^,

S-j HISTOIRE

les Aquitains et les Gascons ; au couchant, les Bretons formoient la première.

Au-delà étoient de grandes puissances , qui jetoient sur la France des regards inquiets , et qui pcuivoient devenir ses ennemies ; c'étoient les Danois ou Kormands, les empereurs grecs, et les Sarrasins.

Page 1