‹ Histoire de CharlemagneChapitre 101 sur 108 · VIE DE WITIKIND LE GRAND · texte numérisé non relu

VIE DE WITIKIND LE GRAND

Witt ou Witte. C'est le sentiment de quelques sa vans allemands, celui de Juste-Lipse et de Pierre Albums, qui, en parlant de Witta, prince saxon, dit :

Witta subit , certis eui dot sapientia nomen ominibus.

«Ensuite paroît Witta, dont le nom annonce la

« sagesse »,

S'il ne s'agissoit que d'orner le tableau de Witikind des traits que peut fournir l'imagination, il seroit facile de remplir le vide des trente premières années de sa vie, dont pas un auteur ne parle. Ces traits, quoique imaginés, pourroient plaire; mais tous ceux que la vérité' ne fournit pas à l'histoire, sont indignes de son pinceau. Il faut donc se contenter de penser que les occupations de la guerre, ou celles qui y ont quelque rapport , remplirent cet espace* Né Saxon, et prince, une pareille conjecture est plus que vraisemblable, La nation ne connoissoit alors guère d'autre mérite que celui des armes.

Pour sa taille, Crusius prétend qu'elle étoit riche, et même fort au-dessus de l'ordinaire. Mais sur quoi se fonde-t-ïl? Sur le portrait que font des anciens Germains les auteurs tels que Tacite, Pomponius- Mela, Strabon et les autres, qui nous les représentent tous grands, et quelquefois même d'une taille gigantesque. Il ne tiendra pas à moi qu'on ne croie que Witikind étoit grand, qu'il avoit l'air extrêmement noble, que tout en lui annonçoit un héros. Le portrait même qui est sur son tombeau , dont je parlerai, donne lieu à ces idées; mais comme les peintres et les sculpteurs usent souvent du privilège d'oser au-delà du vrai , je laisse aux lecteurs la liberté de se

• bue des sAXOirs» 4° 3

fâire un portrait de Witikind tel qu'ils le jugeront à propos. L'imagination libre ne fait rien perdre aux hommes tels que lui. Alexandre n'étoit petit de taille qu'aux yeux de ceux qui lavoient vu.

L'histoire ne parle de Witikind que lorsqu'il païut à la tête des troupes saxonnes, pour repousser les attaques de Charlemagne, Il semble que le titre de duc fut celui qu'il reçut des Saxons; c'est le titre sur lequel les auteurs s'accorident le plus généralement. Quelques-uns pourtant lui donnent la qualité de grand ou de chef de la nation , d'autres même celle de roi. Son épitaphe (0 •semble favorable à ceux qui la lui ont donnée. Mais outre que cette inscription paroît bien postérieure à la mort de Witikind, peutêtre par le titre de roi ne faut-il entendre que ce que présente à l'esprit celui de duc; il est vrai qu'il se trouve quelques autres monumens où le terme de roi est employé; mais encore une fois rien n'en détermine la signification, et l'histoire garde un profond silence sur la suite des rois de Saxe. Winkelman, qui a prétendu en établir une sur le fondement de cette épitaphe, et sur quelques expressions de Dithmar et de Gobelin, n'y a pas fait assez de réflexion.

La province où Witikind exerça un pouvoir souverain, et fort approchant de la royauté, est celle qui a été connue sous le nom &Angrie W. Elle com-

(0 Omnis mundatur hune regem qui veneratur.

(») Le pays des Angrivariens, suivant Cluvier, renfermoit une partie du duché de Schavcmbourg , à la droite du Vcser; la moitié de I evêché de Minden, au midi • une grande partie de Pévêché <TOnasbrug, quelque portion de celui de Tecklembourg , et la partie du comté de Ravensbcrg , où se trouve Lirabourg. L'électeur de Saxe porte les

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