TIE DE WITIKIHD LE GRAND
11 réussit , et la prit en très-peu de temps , de quelque importance qu'en fût la conservation aux Saxons, Il y détruisit le temple de la fameuse idole d'Irmensul (0, à laquelle les Saxons rendoient leur plus grand nommage. Trois jours entiers furent employés à démolir cet édifice M et abattre l'idole , quoique la moitié de l'armée y fût occupé* 7 tandis que l'autre moitié étoit sous les armes, et mettoit les travailleurs
à couvert des insultes des Saxons au désespoir de
Les divinités connues des Saxons étaient Thoron, H r odanus , et Frcgga, ou Frea , femme de Wodanus. Thoron étoit^adoré sous la figure d'un vieillard debout sur un poisson. Frea étoit représentée sous la figure d'une femme nue, ayant un flambeau sur l'estomac, 1* figure du monde ou un globe dans la main droite, et trois oranges dans la gauche. Vodan étoit adoré comme le dieu de la guerre, et portoit aussi le nom dVferman, et ceux d'Irminsul, qui étoit le plus ordinaire, ou Hermensul, lnmndsul, Hermansaul. Les uns ont eru que cet Irmensul étoit Mercure, d'autres font pris pour Mars, parce que la statue étoit armée de toutes pièces. Quelques-uns, peut-être mieux fondés, ont pensé que cette idole étoit la statue qu'on avoU élevée au fameux Arminius , appelé par les Allemands, Hermannus , ou flarmannusy célèbre par la défaite de Quintilius Varus, qui périt à la tête de cinquante mille hommes, dont il n'en échappa presque pas un seul , entre Diethmell et JFIorn, suivant Philippe Cluvter. Celte conjecture, qui est de Georges Spalatinus, est fort du goût du savant Gérard Jean Vossius , dans son excellent traité de Y Origine de Vldo- Idtrie , lib. i t c. 3a. Voyez , sur l'idole et le temple d'Irmensul , Gaspard Barihius, dans ses Recueils ou Adversariorum , lib. 4 > c * 7* La Saxe, d'Albert Cranta, 1. i , c. 9. George Fabricius, l. 6, de srs Origines saxonnes ; et André Crusius, in Wilikendo, c. 6, p. i5 et 16, col. a , et col. 15 et c. ia, p. 34-
(') Henri d'Hervord dit que ces trois jours furent employés par la moitié de l'armée à détruire Vidote. idolum rix per triduum etertit. Cela donne f idée d'un colosse si prodigieux , que je n'ai osé l'adopter. Par le mot ido'um n'auroit-il point voulu entendre ce que les Grecs entendent par celui d'utéwit, temple où étoient adorés le* dieux ?
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voir la destruction de l'objet de leur culte. La prise d'Eresbourg décida du sort de cette campagne, ainsi que lavoit prévu Charlemagne. Les Saxons furent obligés de conclure un traité dont il dirigea les articles , et de donner des otages au vainqueur pour en assurer l'exécution ; Charles usa des précautions qu'on pouvoit prendre pour s'assurer de la foi des sermens qu'il avoit exigés, et laissa des garnisons partout où il crut en devoir mettre. Mais Witikind rendit toutes ces mesures inutiles. Charlemagne eut à peine quitté la Saxe, que l'ennemi, à la tête d'un corps de troupes, attaqua ces garnisons, et reprit les places dont elles s'étoient emparées. Ceux qui refusèrent de se rendre à discrétion, furent tous passés au fil de l'épée. Charlemagne crut opposer un rempart capable d'arrêter les incursions des Saxons, en faisant élever une muraille (0 dont la vaste enceinte les environnoit. Ils franchirent bientôt cette barrière, et la muraille fut renversée. Witikind réveillant le courage de sa nation, et le désir naturel de la vengeance, conduisit son armée sur les Etats de Charlemagne, du côté du Rhin. Les Saxons, dit Réginon W , l'auteur le plus voisin de ces temps, après Eginhard, se saisirent de l'occasion que leur présentoit l'éloignement de Charlemagne, qui étoit passé en Italie. Ils pé-
(0 Tous mes lecteurs connoissent la muraille qui sépare la Chine (le la Tariarie, appelée la grande muraille; la muraille de la Corée , cotre la Chine et le Japon ; on parle d'une pareille muraille en Amérique; la muraille construite par Sévère, en Ecosse : c'est ici le cinquième monument de cette espèce.
(*) Livre a de sa Chronique, sous Tannée 774*