‹ Histoire de CharlemagneChapitre 104 sur 108 · TIE DE WITIKIND LE GR>À!TD · texte numérisé non relu

TIE DE WITIKIND LE GR>À!TD

nétrèrent dans ses Etats , sans égard aux traités, ni à leurs sermens, et vinrent jusqu'à un endroit appelé Buribourg (0. Les habitans se renfermèrent dans le fort, et les ennemis trouvant la campagne abandonne^, brûlèrent et ravagèrent tous les environs. Ils poussèrent leurs courses . jusqu'à Fritzlar, dans la basse Hesse, où étoit une église bâtie par le bienheureux saint Vincent. Ils tentèrent en vain de la réduire en cendres. Quelques chrétiens renfermés dans la place , et même quelques païens de l'armée de Witikind W virent deux jeunes hommes habillés de blanc, qui préservoient l'église desatteintes des flammes. Les Saxons, frappés de terreur, se retirèrent en désordre , et comme s'ils eussent eu une armée sur les bras. Ce fait est placé sous l'année 774.

Quelques auteurs étendent les ravages des Saxons cette même année , jusqu'aux rives du Mein ; ils ajoutent même qu'ils construisirent un fort appelé Saxenhauzen , dans l'endroit qui porte encore aujourd'hui ce nom , et où ils étoient campés. Le nom de Saxenhauzen , qu'on donne à la partie de la ville de Francfort que sépare le Mein , signifie en effet demeure des Saxons, et suivant l'opinion du poète Guntherus, le nom de Francfort est le monument d'un avantage que les Français remportèrent sur les

(0 Dans le landgraviat de Hesse , montagne prés de la rivière d'Eder , et de la ville de Fritzlar. Elle fut érigée en évéché par saiot Bonifacc de Maycnce , qui y établit pour premier évèqae Albewin.

(») Cette apparition a encore bien Tair de celles dont nos légendes sont remplies j on en uouveroit des modèles dans Tite-Live> où elles ne sont pas rares.

DUC DES SAXONS. 4 1 r

Saxons , qu'ils dépostèrent de leur camp en passant le Mein par un gué inconnu aux ennemis (0.

A son retour d'Italie en France, Charles vit avec chagrin le peu d'avantage qu'avoient procuré à ses sujets ses victoires sur les Saxons. Il résolut pourtant de les punir de leurs infidélités et de leurs révoltes. Il est de la gloire d'un grand roi de pardonner à des peuples qui se soumettent, mais il est de sa gloire et de son intérêt de subjuguer les rebelles et les infiacteurs des traités. Il fit marcher quatre corps de troupes dans la Saxe ; trois livrèrent chacun un combat où les Saxons furent défaits ; le quatrième , qui n'eut pas occasion d'en venir aux mains , se contenta de se charger du butin qu'il fit sur l'ennemi, et de repasser en France.

L'année suivante 775 vit renaître ou plutôt vit

(0 Voici les vers de Guntherus, dans le poème dont Frédéric Barberousse est le héros, cités par Bertiiis, De urùibus Germaniœ, p. 1 15. Eu parlant de l'élection de Frédéric Barberousse, faite à Francfort, le poète donne l'origine du nom de cette yille , et dit :

Teuton us incola dixil Francofuht. Nobis liceat sernione latino, Fhancorvm dixisse vadum ; quia Carolus illic Saxonas indonuld nimium feritate rebelles Oppugnans , rapidi latissima Jlumina Mœnl Ignoto f régisse vado, mediumquc per amncm Transmisissc suas , neglecto ponte, cohortes CredUur. Inde locis massurvm no.ven inbjssmt.

Je dirai en passant que ceux qui appellent Fauteur Ligurinus , comme ont fait Baroniu&et bien d'autres , entraînés par son autorité, se trompent^ Ligurinus est un nom donné à Barberousse, à cause de la guerre qu'il fit aux Milanois, que Fauteur appelle Ligures. Voyez Vossius, De historicis lalinis, lib. secundo, p. 43 1«

4ia VIE DE WITIKIND LE GRAND,

continuer la guerre entre Charles et les Saxons. Les Français , toujours supérieurs , leur brûlèrent plusieurs de leurs meilleures places -, un grand nombre de Saxons y furent tues; et Brunon, frère de Witikind , avec Hassion , généraux saxons , demandèrent la paix ; elle leur fut accordée, ils la jurèrent, et donnèrent des otages.

Ce traité, qui ne fut regardé que comme particulier à ceux qui l'avoient conclu , n'empêcha pas les Saxons qui demeuroient le long des bords du Veser, d'engager différens combats ; mais ayant toujours été battus, ils furent obligés de suivre l'exemple des autres, et de traiter de leur côté avec les Français.

Les troubles de la Lombardie, et les entreprises du prince Rotgaud, ayant obligé Charlemagne de repasser en Italie , firent une diversion à l'expédition de Saxe , dont Witikind chercha à profiter. Il employa le temps que lui donnoit l'absence de Charles, pour armer de nouveau contre lui. Il forma une nouvelle armée, montra à ses troupes le prix de la liberté, la honte de la servitude, et les disposa à suivre ses projets contre la France. Il assiégea le fort d'Eresbourg, et l'emporta d'assaut. Réginon, qui parle de ce siège, dit cependant que la place ne fut pas prise, et que Witikind, épouvanté par la vision de » deux boucliers enflammés , prit même la fuite. Mais la flatterie , ou l'amour du merveilleux , si commun aux écrivains de son temps, n'ont-ils point plus de part à son récit que la vérité? Cette seconde vision m'a bien l'air d'être la copie de la première. Il est vrai qu'il est parlé de ces deux boucliers dans un ancien

DÎJC DES SAXONS. 4*3

poème (0 fait sur Charlemagne ; mais ces sortes de pièces ne sont pas toujours des guides bien certains. Ces victoires miraculeuses, et l'intérêt que le ciel y prenoit, faisoient l'éloge du prince; c'en étoit assez pour engager le poète qui vouloit le louer, à les ima^ giner. Un fait constaté dans ce genre en accréditoit une infinité d autres, souvent rendus dans les mêmes termes, et avec les mêmes circonstances. Ceux qui sont familiers avec nos premiers historiens apprécieront ma réflexion.

Cette nouvelle attaque de la part des Saxons , et de? ' Witikind leur chef, est placée par Crusius, d'après les historiens d'Allemagne, en 776.

Après avoir mis ordre aux affaires d'Italie, Charles revint àWorms, et y tint une diète générale. Il passa ensuite dans la Saxe, avec toute l'ardeur du juste ressentiment que pouvoient lui inspirer tant de manquemens de fqi de la part d'un ennemi. Il ravagea tout sur sa route, porta partout le fer et la flamme. Les Saxons effrayés vinrent encore se jeter à ses pieds, et se livrer eux et leur pays au vainqueur. Ils ajoutèrent à leurs offres celle d'embrasser la religion chrétienne; ils furent écoutés, et Charles rétablit Eresbourg, qu'il avoit saccagé, et une autre place située sur les bords de la Lippe 00. Les Saxons, de tout

(0 Divino dypei super urbem sole rubentes Absterrent hostcs conversa cœde furentes.

Crusius, p. 17, n. i5.

f*1 La Lippe, rivière de Westphalie, donne le nom au bourg de lippsing où elle prend sa source, à un mille de Paderborn, après avoir coulé dans réyéché de Paderborn ; elle sépare Véut de Yévèqu*

Page 1