‹ Histoire de CharlemagneChapitre 14 sur 108 · LIVRE 2, CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE 2, CHAP

crimes mêmes naîtront des obstacles plus forts. Irène avoit fait périr trois empereurs, son beau-père, son mari, et son fils ; elle avoit empoisonné son niinistre, le complice de ses crimes , et peut-être aussi le principe de sa grandeur et de sa gloire ; elle avoit appelé Charlemagne pour renverser l'eunuque Aétius qui alarmoit son autorité, et cette autorité lui est enlevée par un homme obscur, sans talens, sans desseins, qui n'étoit à craindre que parce que personne ne le craignoit. Combien elle dut regretter ce fils, qu'elle avoit sacrifié au désir de conserver le pouvoir et d'usurper la couronne ! S'il eût vécu , quelque foible part qu'il lui eût laissée dans l'autorité, cette part eût été consacrée par ses droits, et affermie par sa puissance ! elle perdit tout , parce qu'elle l'avoit perdu, et surtout parce qu'elle l'avoit fait périr ; car sa chute fut évidemment l'effet, non du hasard, mais de l'indignation qu excitoient ses crimes, et c'est ce qu'on ne peut trop redire aux petits politiques, aux petits ambitieux, toujours prêts à se prosterner devant les criminels, qu'ils appellent habiles > et à se croire très-habiles euxmêmes, quand ils peuvent se rendre le témoignage qu'ils sont faux et malfaisans. Tout machiavéliste est essentiellement maladroit , va directement contre son but, et sera tôt ou tard, mais infailliblement et par la nature des choses, la victime de ses artifices, parce qu ? il n'en est point qu'on puisse dérober entièrement aux regards,, ou du moins aux soupçons, et qu'il n'en est point qui n'irrite et ne révolte, dès qu'il est aperçu ou soupçonné. C'est une vérité qu'il importe encore plus de bien inculquer, que celle de l'inutilité de la guerre, car il est effrayant de considérer quel vieux

respect pour la fourberie et pour le crime est encore enracine' dans le cœur des hommes, et combien Tune les séduit par un air d esprit, et l'autre par un air de grandeur.

Les ambassadeurs français à la tête desquels étoit un évêque nomme' Hetton , furent témoins de la révolution qui renversa Irène du trône ; à tout ce que cet événement avoit de désagréable pour eux, la nation grecque ajouta des marques choquantes deloignement pour la France. Les ambassadeurs prirent d'abord le ton de la menace, ils protestèrent que Charlemagne ne laisseroit pas impuni le traitement fait à *>on alliée, et ils partirent mécontens. Cependant l'affaire tourna bientôt en négociation. Nicéphore sentit l'intérêt qu'il avoit de ne pas s'attirer un ennemi tel que Charlemagne, il se hâta de lui envoyer des ambassadeurs pour demander la paix*

Cliarlemagne, ordinairement le plus simple de tous les hommes dans son extérieur, ne voulut pas même que l'Empire d'Occident cédât à l'Empire d'Orient le foible avantage de la représentation; il prit plaisir à étonner les ambassadeurs grecs par une magnificence inattendue, et à étaler un faste plus qu'asiatique aux yeux de cette nation vaine et frivole, qui n'estimoit que Moine de S. l'éclat. Le moine de Saint-Gall dit crue

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Magn. dessein à travers les Alpes par des chemins impraticables, ce qui, en alongeant leur route et la rendant plus pénible, les avoit excédés de fatigue, et même épuisés d'argent, de sorte qu'ils manquoient de tout à leur arrivée. Cette petite vengeance ou ce petit artifice , pour leur faire trouver la magnificence de

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