LIVRE 2, CHAP. I
la carrière de la gloire ; la guerre qui s'alluma entre eux fut une affaire d'émulation , et plutôt une guerre personnelle qu'une guerre politique. La force étoit Egin. Annal, du côté de Pépin, à qui même le roi d'Aquitaine, Louis, amena en personne un puissant secours -, il eut l'avantage, mais il l'acheta cher. La famine, qui desoloit alors l'Italie, ainsi que plusieurs provinces 79* de la France, fut surtout poussée aux dernières extrémités dans le camp français ; les historiens, pour représenter l'excès de misère ou on fut réduit, en rapportent un effet assez bizarre , c'est que les soldats; furent obligés de manger delà viande pendant le carême. Un effet plus funeste de cette disette, fut la ruine dune grande partie de l'armée. Si quelque chose peut faire craindre que cette rage épidémique de guerre, dont l'espèce humaine est: possédée, ne soit incurable, c'est de voir qu'elle subsiste à l'aspect des ravages causés par les fléaux, et que les hommes ne concluent pas qu'ils peuvent s'en rapporter à la nature poun leur destructipn , et pour celle de leurs semblables. Tout l'effet de cette petite guerre imprudente, qui produisit d'ailleurs peu d'exploits et peu devénemens, fat d'affranchir Grimoald du joug de la recon-* noissance, de le détacher des intérêts de la France, et de le jeter, comme son père, dans l'alliance de l'Empire grec, avec lequel la situation de ses Etats lui donnoit des relations presque nécessaires.
Rome étoit alors le théâtre de révolutions impor-
tantes ; le pape Adrien I étoit mort après environ 79 6. vingt-quatre ans de pontificat, ayant plus approché qu'aucun auttfe pape de ce terme qu'aucun pape ne
4 HISTOIRE DE CHÀRLEMÀGIÏE.
Egin. in Vit doit voir (0. Charlemagne ne le regretta pas seulement Carol.Magn. comme un ces allie's que donne la politique, et sur lesquels on ne peut compter qu'en proportion de l'intérêt, il le pleura comme un ami tendre, courageux, d'une constance éprouvée dans des temps difficiles; qui, assiégé dans Rome par Didier, et pressé de couronner les fils de Garloman, avoit sauvé Rome, et peut-être la France, par son intrépide fidélité; un ami, dont le cœur ne s'étoit jamais démenti à son égard dans tout le cours de sa vie. Nous avons dit qu'Aaron Rachid et Charlemagne s'étoient aimés fidèlement sans s'être jamais vus ; Charlemagne et Adrien s'aimoient d'autant plus qu'ils s'étoient vus , qu 1 ils s'étoient connus dans l'une et l'autre fortune , et que leurs relations étoient plus intimes. Adrien avoit fait en vers l'éloge de Charlemagne; Charlemagne fit aussi en vers latins l'épitaphe d'Adrien, il y peint sa tendresse et sa douleur ; c'est un monument bien précieux de l'amitié d'un grand prince. On voit encore cette épitaphe gravée sur une table de marbre auprès de la porte de l'église du Vatican.
Charlemagne apprit la mort d'Adrien au moment où il lui envoyoit Angilbert, abbé de Saint-Riquier, son gendre, comme nous l'avons dit, et son ami particulier (car, on ne peut trop l'observer, Charlemagne eut beaucoup d'amis); Angilbert portoit à ce pontife ce qui, dans le butin fait sur les Huns,
(0 Non videbis annos Pétri. Vingt-quatre ans cinq mois et dix jours, pendant lesquels saint Pierre gouverna l'église de Rome. Adrien I fut, dit-on , le premier pape qui exigea qu on ne parût jamais devant lui sans lui baiser les pieds.